TOURISME ESTIVAL : Le Manoir Mauvide-Genest
Par Benoit Voyer
10 mai 2026
L'époque des seigneuries et celle qui l'a précédée m'intéressent beaucoup. De plus, j'adore les vieilles maisons coloniales. Le 23 juillet 2025, de passage sur l'île d'Orléans dans le cadre d'un premier survol du lieu où ont vécu mes ancêtres Dupont, à Sainte-Famille, j'ai visité le Manoir Mauvide-Genest, à Saint-Jean.
C'est en lisant le livre "Par le chemin du Roi, une femme est venue", consacré à la vie de la bienheureuse Marie-Rose Durocher (1768-1830), que j'ai découvert ce site historique tout à fait exceptionnel. C'est ici que sa mère, Geneviève Durocher, a passé son enfance, bénéficiant de l'éducation que lui offrait sa tante Anne Mauvide (1736-1799), la seigneuresse du lieu et épouse de René-Amable Durocher (1737-1786). L'actuel nom du manoir fait référence aux parents de sa tante, Jean Mauvide (1701-1782) et Marie-Anne Genest dit Labarre (1707-1781). En plus d'être seigneur de la partie sud-ouest de l'île de 1752 à 1779, Jean Mauvide était chirurgien du roi et marchand.
C'est dans cette maison que le contrat de mariage entre Geneviève Durocher et Olivier Durocher (1771-1859) a été signé. Ils se marieront le 20 janvier 1794, dans l'église catholique du patelin qu'il est également possible de visiter.
Ainsi donc, le Manoir Mauvide-Genest est un ancien manoir seigneurial situé à Saint-Jean, sur l'Île-d 'Orléans. Il a été construit en 1734 par Jean Mauvide et agrandi en 1738 et avant 1755. La chapelle date de 1929. Il s'agit d'un des plus vieux manoirs seigneuriaux qui existent au Québec. Il a été classé immeuble patrimonial en 1971 et désigné lieu historique national du Canada en 1993.
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Mgr Joseph-Aurèle Plourde
Archevêque émérite d'Ottawa
« Sur mon testament, j'ai demandé qu'on chante à mes funérailles l'Ave Maris Stella, l'hymne national des Acadiens, pour qu'on sache que je suis Acadien jusque dans la mort. » « C'est Mon Fils! Il est formidable »
OTTAWA — Il est bon de rencontrer un aîné heureux et serein. Le visage de Mgr Joseph-Aurèle Plourde, archevêque émérite d'Ottawa, est rempli de bonté. Il rayonne. Ses yeux sont magnifiques. Ils ont du regard. Il n'a vraiment pas l'air de son âge. Pourtant, il a passé le cap des 90 ans. Il marche droit et fier. Et, surtout, il a l'esprit vif. Il est à la retraite depuis maintenant 15 ans.
Il arrive sans retard à notre rendez-vous. Il s'avance dans le couloir du troisième étage du Centre diocésain d'Ottawa à pas lents et avec élégance. Pour l'occasion, il a mis son col romain et sa croix épiscopale. Il me sert chaleureusement la main et me regarde droit dans les yeux.
« Vous êtes originaire de quel endroit? » Il n'en faut pas plus pour lancer la conversation. « Je suis Acadien! » Rapidement, il clarifie ses origines : « Je dis que je suis Acadien, mais je ne suis pas un descendant des déportés. Mes grands-parents venaient de Rivière-Ouelle, au Québec. »
Dans ma mémoire, l'évocation de ce village me ramène plusieurs années en arrière. Lorsque j'étais enfant, je me rendais souvent au Foyer Martin pour aller y visiter ma grand-mère paternelle, Alice Chenard, veuve d'Edgar Voyer.
Je lui confie mon souvenir : « Il y a beaucoup de Plourde dans le comté de Kamouraska ! Je me souviens de ceux de Mont-Carmel... »
Il répond sans tarder : « C'étaient probablement des parents éloignés parce que tous les Plourde d'ici ont la même souche. Ils sont les descendants des deux mêmes frères. »
Malgré tout, son cœur est acadien : « Un jour, je prêchais une retraite à des prêtres de Moncton. J'ai confié : sur mon testament, j'ai demandé qu'on chante à mes funérailles l'Ave Maris Stella, l'hymne national des Acadiens, pour qu'on sache que je suis Acadien jusque dans la mort. J'ai eu droit à de chaleureux applaudissements ! » (rires)
Une vie au crépuscule
Il y a de ces questions difficiles, même pour un journaliste: « Mgr Plourde, je sais que c'est délicat, mais c'est une réalité de la vie : vous avez 90 ans. Vous en êtes au crépuscule de votre vie... Éventuellement, le Seigneur vous fera rentrer au bercail. Il vous arrive de penser à la mort ? »
Il sourit : « Et ça ne m'énerve pas du tout! Je trouve cela normal. Et cela vous paraîtra peut-être étrange, mais j'ai presque hâte de mourir. Je me dis : je vais rencontrer beaucoup plus de monde que j'aime. Ils sont déjà rendus où j'irai! Si je vais au ciel, comme je l'espère, je vais être beaucoup plus heureux que je le suis ici. Alors pourquoi rester ? Je n'ai plus de famille! J'avais cinq frères et cinq sœurs. Il ne me reste plus qu'une sœur et elle a la maladie d'Alzheimer. Il n'y a donc plus aucune communication possible avec elle quand je lui téléphone. Alors, je n'ai plus de famille. De plus, les amis que j'avais au collège sont aussi partis. Il ne me reste plus rien ici ! »
Je rétorque en douceur : « On dirait que le Seigneur vous a oublié... » Il trouve la réflexion bien drôle : « Oui! Peut-être! » Il me confie ne pas avoir peur de la mort et qu'il sera content de l'arrivée de ce moment. Honnête, il admet cependant que la manière du départ l'inquiète beaucoup. Il craint la maladie et la souffrance.
Seul au monde ?
Il dit être seul au monde, mais il finit par confier un secret: « Vous vous souvenez des boat people, en 1975, au Cambodge ? »
Cette année-là, le gouvernement avait demandé aux évêques du Canada de promouvoir le parrainage. L'état s'engageait à doubler le montant financier de l'aide. L'archevêque d'Ottawa, alors en fonction, avait accepté d'en parler.
Un jour, il est invité à souper chez l'ambassadeur américain qu'il connaît assez bien puisqu'il est catholique. Il y avait autour de la table le commissaire aux réfugiés des Nations unies et quelques personnes.
« Ils m'ont dit: « Vous, les évêques, faites la promotion du parrainage d'enfants, mais, comme cʼest souvent le cas, vous ne ferez concrètement rien! Pourquoi ne parrainez-vous pas personnellement quelqu'un ? » J'ai été surpris de la remarque et de la question. J'ai répondu: « Mon milieu est beaucoup trop clérical et il y a très peu de catholiques au Cambodge... », relate l'archevêque émérite de la région ottavienne.
Après son départ, il réfléchit sérieusement à la proposition. Il décide de retourner rencontrer l'ambassadeur pour en reparler plus longuement. La femme de celui-ci partait justement en Thaïlande afin de visiter un camp de réfugiés dans lequel sa fille travaillait.
Mgr Plourde lui dit : « Si vous trouvez un orphelin, puisque je ne peux pas prendre la charge d'une famille, je pense que je le parrainerais. »
Là-bas, elle parle de l'intérêt du prélat. La réponse vint instantanément. Un jeune était pointé : Huot Tee.
De retour au Canada, l'affaire est conclue. « Comment va-t-il vous appeler, Monseigneur ? » « Qu'il m'appelle père et il décidera d'y mettre le sens qu'il voudra. »
Peu de temps après, les Chevaliers de l'Ordre de Malte demandent à Mgr Joseph-Aurèle Plourde de visiter des camps de réfugiés en Thaïlande. Il accepte.
Joseph-Aurèle Plourde se souvient : « À Bangkok, où je passais, on a fait venir le jeune que je parrainerais. Je pensais qu'il m'appellerait père, comme nous avions convenu. En me voyant, il s'élance vers moi en disant : « Ah ! Papa ! Pour lui, c'était définitif : j'étais son père ! »
Le jeune de 17 ans a finalement émigré au Canada et l'archevêque a réalisé auprès de lui son contrat d'une année tel que convenu.
Ses yeux s'allument et il raconte avec émotion : « Je lui ai finalement trouvé une famille formidable. Le couple avait sept enfants. Je croyais que c'était un milieu bien mieux pour lui. Je lui ai finalement communiqué ma décision. Il était furieux! Il m'a dit: « Non !!! Vous êtes mon père et je reste avec mon père! » J'ai donc accepté de le garder. Je pensais que cela allait être beaucoup de préoccupations pour moi, mais ce ne fut pas le cas… Aujourd'hui, Huot Tee a 42 ans, il travaille pour Postes Canada et il est marié. Vous savez, il vient me voir deux ou trois fois par semaine. Il m'appelle toujours avant sa visite pour me demander si j'ai besoin de quelque chose. Le dimanche il vient avec sa famille, à la messe, dans l'église qui est située en face du Centre diocésain où je demeure et ils viennent dîner avec moi. C'est mon fils ! Il est formidable ! »
Il ne cache pas qu'on s'est beaucoup questionné sur la présence de ce jeune dans sa vie. On craignait que l'exemple se répande trop. Même le Vatican a fait sa petite enquête suite à une visite chez le Saint-Père avec « son fils »
Un mot pour l'histoire
L'histoire se souviendra inévitablement de son action dans l'archidiocèse d'Ottawa. Je ne peux m'empêcher de lui lancer ma traditionnelle question piège: « Qu'est-ce que vous aimeriez que je retienne de vous ? »
Il répond sans tarder: « Cela m'est égal! On dira ce qu'on voudra de moi... Vous savez, lorsqu'on arrive à un certain âge, comme le mien, on se demande beaucoup plus ce que Dieu pense de soi que ce que les autres peuvent bien penser. C'est ma rencontre avec Dieu qui est importante, le reste m'importe peu. »
La romancière Amélie Nothomb a tellement raison quand elle questionne et répond, dans son ouvrage « Métaphysique des tubes » : « Quelle est la différence entre les yeux qui ont un regard et les yeux qui n'en ont pas ? Cette différence a un nom : c'est la vie. La vie commence là où commence le regard ». Tout est affaire de vision des choses. Et quand elle a la couleur du ciel, comme le bleu des yeux de Mgr Joseph-Aurèle Plourde, il nous fait inévitablement affirmer que la vie commence à la veille de la mort C'est le secret de la sérénité.
Mgr Joseph-Aurèle Plourde,
Archevêque émérite d'Ottawa
Centre diocésain
1247, Place Kilborn
Ottawa, Ontario, Canada
K1H 6K9
Par Benoît Voyer
(Revue Sainte-Anne, janvier 2005, p. 9)
SANTÉ MENTALE : Recréer des liens afin de contrer la solitude
Par Benoit Voyer
9 mai 2026
À l’occasion de la Semaine de la santé mentale, qui se terminera demain, le 10 mai, on lance un appel à se rassembler et à recréer des liens humains afin de briser le sentiment de solitude, le « défi majeur de notre époque » selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Les spécialistes conviennent de plus en plus que la solitude est devenue une source de nombreuses problématiques en santé mentale.
L’humain est un être de relations. Cela fait partie de son ADN. Afin d’avoir une vie en équilibre, il est important qu’il soit en dialogue avec d’autres personnes qui vivent son humanité. Si les Québécois et les Québécoises sont dans le top du palmarès mondial de la consommation d’antidépresseurs, l’isolement d’un grand nombre pourrait-il en être une des causes ?
Cependant, être en dialogue avec une autre personne ce n’est pas toujours facile. Je l’ai déjà écrit : une chose que la vie m'a apprise, c'est que pour se comprendre, il faut écouter avec le cœur. C'est ce qu'on appelle l'empathie. Il y a maintenant longtemps, le 21 septembre 2014, j’abordais pour la première fois le sujet de l’art du dialogue empathique dans la défunte version québécoise du Huffington Post [1].
J’écrivais que pour y parvenir, une ouverture réciproque sans peur de l'autre est nécessaire parce que la peur est l'ennemi de l'ouverture. « Lorsque j'ai peur, une part de moi se referme. C'est un mécanisme normal de défense. »
J’ajoutais : « Savoir écouter, ce n'est pas seulement entendre ce que l'autre me dit. C'est surtout savoir saisir ce qu'il tente d'exprimer avec toute sa personne. C'est ce qu'on appelle le langage non verbal. On dit qu'à peine 7% [à 12%] de la communication humaine se fait avec des mots. Il y a tant de choses dont on ne trouve jamais le verbe pour l'exprimer. Au-delà des paroles et des actions, qu'est-ce que le cœur de la personne devant qui je me retrouve veut exprimer ? Qu'est-ce que les attitudes et le langage de son corps disent ? J'aime l'idée que le corps placote autant que les syllabes en bouche. La rencontre de cultures différentes - tout comme le dialogue intergénérationnel - se passe de la même manière qu'entre deux personnes qui tentent de se comprendre. »
Il y a quelques jours, dans l’édition du 11 février 2026 du magazine français Psychologies, je lisais les propos fort intéressants de la psychopraticienne Violaine Gelly [2].
Elle écrit : « Comprendre l’autre, ce n’est pas forcer les mystères de son être, c’est plutôt apprendre son langage. […] Comprendre l’autre, ce n’est pas toujours parler sa langue, c’est lui demander de nous la traduire. C’est dire : « Je ne sais pas exactement ce que tu vis, mais j’ai envie de comprendre comment tu le vis. » [...] La compréhension n’est pas un savoir définitif mais un mouvement. Un élan. Une manière de poser un regard vivant sur l’autre, qui permet au désir de circuler là où la routine voudrait s’installer. Cette curiosité n’est pas naïve : elle voit les failles, les ombres, les agacements. Elle ne maquille rien. Mais elle donne du souffle. Elle crée un espace où l’autre peut se dire sans crainte. Et nous, elle nous permet de prendre le temps de confronter nos interprétations à la réalité. »
Elle écrit aussi : « On apprend à lire l’histoire de l’autre comme un texte dont certaines pages manquent, ou sont raturées, ou encore écrites dans une langue inconnue. Il s’agit moins de percer un secret que de suivre une intrigue. »
Pour appuyer son propos, Violaine Gelly s’appuie avec brio sur le philosophe Paul Ricoeur qui rappelait que nos vies sont des récits que nous réécrivons sans cesse : « Comprendre quelqu’un, revient à comprendre le récit que cette personne fait d’elle-même et que parfois elle n’arrive pas encore à formuler. » C’est accepter que l’autre se transforme, que ses motivations évoluent, que ses certitudes se fissurent, que le livre soit en cours permanent d’écriture. On ne comprend jamais quelqu’un une fois pour toutes. On le comprend à cet instant-là, avec ce qu’il vit, dans ce cycle, cette fatigue, cette réminiscence du passé. Comprendre, c’est entrer dans le récit de l’autre, dans ses zones de tension, ses incohérences, ses ellipses. L’amour devient une compréhension partagée : « Une manière d’interpréter l’autre sans jamais refermer son sens », pour Ricoeur. […] Aimer, finalement, c’est accepter que l’autre reste en partie inconnu – et choisir malgré tout de marcher vers lui. »
Être soi
Enfin, disons-le honnêtement, le point de départ d'un bon dialogue, c'est l'identité individuelle. Ainsi donc, ce sont deux « moi » – ou personnes – qui s'ouvrent l'un à l'autre ou, pour reprendre les termes de la série jeunesse « Passe-Partout », « deux fesses qui se connaissent ».
C'est un vieil adage : Il est impossible de bien connaître l'autre qui est devant moi, si je ne me connais pas moi-même. Et puis, je ne peux guère accueillir sa différence, si je suis incapable d'affirmer la mienne. Ainsi, pour apprécier une autre culture différente de la mienne, il faut avant tout aimer celle qui a fait de moi ce que je suis. Pour apprécier le pays d'autrui, il est préférable d'avoir visité le sien. L'autre n'est pas moi.
Ce que j’avançais dans le Huffington Post reste d’actualité : « Lorsqu'on veut véritablement comprendre culturellement l'autre, il est important de mettre de côté les réponses faciles, les propos superficiels et les idées préconçues. Et puis, éviter de se comporter en conquérants ou en « personne qui fait pitié ». Enfin, la rencontre avec une autre culture n'est possible qu'en restant humble ».
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[1] Benoit Voyer. « Apprendre à dialoguer avec les Premières Nations afin de sortir des préjugés», Huffington Post Québec, 21 septembre 2014 (page consultée le 29 juillet 2024) www.huffpost.com/archive/qc/entry/apprendre-a-dialoguer-avec-les-premieres-nations-afin-de-sortir_b_5844076
[2] Violaine Gelly. « COUPLE : faut-il se comprendre pour S’AIMER ? » Psychologies (France), 11 février 2026, pp. 84-86.
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Alain Massé
gestionnaire, homme de désir et témoin de la lumière
Benoît Voyer
GRANBY – Alain Massé ne peut plus se taire. Il a rencontré, dans une expérience christique, voire mystique, Jésus, le fils de Marie. Détenteur d'un baccalauréat en administration des affaires, option comptabilité, de l'Université de Sherbrooke, d'un baccalauréat multidisciplinaire en animation pastorale, en toxicomanie et en santé mentale et d'une maîtrise en comptabilité presque entièrement complétée, il est actuellement gestionnaire-comptable de l'usine d'une multinationale de l'industrie de la confiserie. Son expérience spirituelle intense est bien plus que du bonbon !
Alain Massé, avant de le rencontrer, qui était Jésus pour vous ?
Jésus était pour moi une personne importante et intéressante à cause de ce qu'il est et ce qu'il a fait.
Cependant, dans les circonstances difficiles que je vivais, je ne désirais rien de moins que le rencontrer. Je voulais vivre une expérience surnaturelle...
Je me questionnais sur la manière d'entrer en communication avec lui. Est-ce que c'est possible? Se transmet-on cela de génération en génération ?
Je savais, à l'intérieur de moi, qu'il devait bien y avoir un fond de réalité, car sans pouvoir le définir et le décrire j'avais toujours eu un attrait pour Lui.
Je me souviens de mes jeunes années, lorsque j'allais à l'église, je sentais, sans pouvoir la définir, une certaine présence dans ce lieu.
Je cherchais ... Je le désirais ! Je voulais voir Jésus ! Je voulais le connaître intimement.
C'était en 1988
Avez-vous trouvé ce que vous espériez tant?
Oui! En décidant d'aller plus loin !
Je me souviens d'une expérience que j'ai vécue à la maison des Trinitaires de Granby, un centre de retraites spirituelles qu'on appelle maintenant le Centre Jean-Paul-Regimbal. En entrant dans ce lieu, j'ai goûté à nouveau à la fameuse présence que je sentais à l'église durant mon enfance, une présence qui se décrit difficilement avec des mots, mais qui est tellement pacifiante.
Qu'est-ce qui s'est passé durant cette retraite spirituelle?
Durant la fin de semaine, il y a eu l'adoration du Saint-Sacrement. Un prêtre est arrivé dans notre salle de causeries avec un ostensoir. Il y avait une hostie blanche au milieu. Il disait: « Attention ! Laissez passer Jésus ! »
Intellectuellement, je ne comprenais pas trop ce qu'il voulait bien dire. Cependant, dans la foi, j'ai dit: « Seigneur, je ne sais vraiment pas si tu es présent là-dedans, mais si toutefois tu l'es, je suis prêt à t'accueillir tel que tu es ! »
Rien ne s'est passé pour moi à ce moment...
Alors, vous l'avez rencontré comment?
J'y arrive ...
Lors d'une autre soirée, il y a eu, encore une fois, la présentation du Saint-Sacrement.
Le prêtre se promène avec la présence réelle dans l'assistance. Lorsqu'il arrive à ma hauteur, une émotion indescriptible et une grande paix m'envahissent. J'en perds presque l'équilibre (!). Je m'assois ... C'est intense ! C'est extraordinaire !
Le phénomène se vit en moi et il est bien difficile à décrire. C'est verbalement quasi impossible.
Ce que je sais, c'est que je me sens bien. Je me sens comme un enfant emmitouflé au chaud dans une grosse doudou ! Ça ressemble vraiment à cette sensation, mais de l'intérieur...
Cette journée-là, en regardant l'hostie dans l'ostensoir, je vois comme une lumière vive jaillir d'elle. Après quelques instants, je ne suis plus capable de garder mes yeux ouverts. Je pleure... C'est plus fort que moi! Le Jésus que je désirais tant est là !
Pour moi, cette expérience a été la démonstration que Jésus est vraiment présent dans l'eucharistie.
À regarder vos yeux, il est clair que vous avez été touché par quelque chose ou quelqu'un qui transcende notre finitude…
L'expérience m'anime encore! Elle me motive à continuer à prendre des temps de relation avec Jésus.
Ces temps avec le Christ me font un bien inimaginable ! Souvent, lorsque je suis très fatigué physiquement ou intérieurement, je m'arrête et je demande à la Trinité la permission d'entrer en relation avec elle.
À chaque fois, je me sens tellement visité et comblé. Ma fatigue finit toujours par s'en aller. Ainsi, ma relation avec la Trinité devient comme un tremplin pour mieux replonger dans la vie active.
Vous êtes un gestionnaire d'entreprise. Vous administrez l'usine d'une multinationale de la confiserie. Qu'est-ce que Jésus change dans votre travail d'administrateur?
Cela me conduit à un plus grand accueil de l'expérience de l'autre et à un plus grand respect de ce qu'il est.
De plus, il m'inculque des valeurs de dépassement, d'honnêteté et de sagesse.
Lorsqu'on vous demande de faire des déclarations ou des transactions financières douteuses, comment réagissez-vous?
Ça m'est arrivé, il y a quelques années. J'avais refusé de me joindre à certains exercices financiers, car la situation entraînait de fausses déclarations. Je ne voulais pas participer à cela parce que des personnes auraient été brimées à cause de ce geste. Ma conscience chrétienne m’empêchait d'agir ainsi.
Que ce soit au travail ou à la maison ou entre amis, je me dis que les valeurs que j'ai me sont inspirées de l'Évangile. Mais celui-ci vient d’où ? Du Verbe qui s'est fait chair (!). C'est donc Dieu qui s'est incarné, qui est venu nous apprendre à mieux nous connaître et nous donner le défi de nous dépasser dans l'amour.
(Revue Sainte Anne, juin 2004, p. 249)
TOURISME ESTIVAL : La plage de l’Aboiteau
Par Benoit Voyer
8 mai 2025
La plage de l’Aboiteau est une plage exceptionnelle où il faut se rendre lors d’une visite au Nouveau-Brunswick. On y retrouve les eaux les plus chaudes au nord de l’État de la Virginie.
En plus d’être un site certifié écoresponsable et d'être très propre, la plage offre 5 kilomètres de sable doré, des vagues salées qui font du bien à la peau et des dunes remarquables qui protègent les berges contre l’érosion lors des tempêtes sur la mer.
Au pavillon, on retrouve le Restaurant de la Dune ou on offre aux visiteurs des repas simples et, surtout, des produits de la mer pêchés dans la région. Jusque à côté, la microbrasserie Cavok de Dieppe offre un centre de dégustation de ses bières locales. De plus, sur la terrasse, on présente régulièrement des spectacles et des ateliers populaires de zumba et de yoga. Bien entendu, on y retrouve des toilettes et des douches.
Sur le site, un sentier de marche est aménagé afin de découvrir la faune du secteur des dunes.
La plage de l'Aboiteau est un endroit idéal pour des journées de vacances en famille.
J’ai découvert cet endroit en 1977. J’étais un jeune homme de 10 ans. C’était à l’occasion d’une visite à mon oncle et ma tante, André Méthé et Denise Jean. J’y suis retourné 48 ans plus tard, les 23 et 25 juin 2025. De nos jours, ce n’est plus l’endroit sauvage de jadis, mais les efforts pour la préservation du site me touchent vraiment. Mes passages à la plage de l’Aboiteau, à Cap-Pelé, figurent parmi les plus mémorables moments de ma vie.
www.plageaboiteau.ca/fr
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Claude Ryan est mort comme il a vécu
Claude Ryan nous a quittés. Son ange est venu le chercher pour le conduire au royaume des bienheureux, ce grand univers de bonheur éternel auquel il croyait de toute son âme. Il n'est plus là, mais il est encore vivant. C'est bien le mot : vivant ! Son œuvre et sa pensée passeront, mais sa contribution à l'avancement de notre société, le petit pas de plus qu'il lui a fait réaliser, le gardera toujours uni à notre présent collectif.
Dans une interview journalistique qu'il m'accordait en 1999, pour la Revue Sainte Anne (diffusée dans l’édition de janvier), il me confiait : "La mort… j'y pense presque tous les jours. Vous savez, à mon âge, on sait que ça viendra. J'aimerais avoir la grâce de mourir comme j'ai vécu, sans tricherie. » Et ce qu'il a souhaité est arrivé.
Son départ est une lourde perte pour le Canada et le Québec. Il l'est aussi pour moi. Parmi tous ces personnages qui ont marqué notre époque, il était celui qui m'inspirait le plus. Bien que je n'aie pas toujours été en accord avec lui, sa capacité de donner au service des autres et de ne pas se laisser envahir par la médiocrité m'a toujours impressionné. De plus, son élan culturel et cultuel est une grande source d'inspiration pour ma vie.
Je retiendrai toujours ce qu'il me disait de lui : « Je ne suis pas l'homme pour engager une révolution qui va casser les choses, qui va renverser les murailles. Je crois plutôt à la puissance du ruisseau qui, chaque jour, perce le rocher petit à petit. C'est long, je sais. Cela permet de travailler longtemps sans s'impatienter, sans devenir amer, sans condamner qui que ce soit. De plus, toute ma vie, j'ai accompli mes devoirs sans effort. Je n'étais pas obligé de me « crinquer » le matin en me disant : aujourd'hui, il faut que tu fasses ton devoir. J'ai été heureux comme ça. Enfin, j'ai toujours aimé les valeurs qu'incarne à mes yeux le christianisme. J'ai essayé d'y demeurer fidèle à travers les engagements que j'ai connus. Je n'ai pas de mérite à avoir agi de la sorte. »
Là où son ange est allé le conduire, il voit maintenant tout le bon grain qu'il a semé. En revoyant sa vie, il doit assurément dire : « C'est le doigt de Dieu ! » (Ex 8, 15).
Benoît Voyer
(Revue Sainte-Anne, avril 2004, p. 156)
VISION CATHOLIQUE : Le pluralisme religieux : un défi pour le christianisme d'aujourd'hui
Par Benoit Voyer
7 mai 2026
Le pluralisme religieux est une question encore plus difficile que celle de l'athéisme et de l'indifférence religieuse qui a fait couler bien de l'encre, il y a quelques années. Il amène un challenge de taille au christianisme. Ce dernier doit veiller à maintenir le privilège de sa singularité comme étant LA vraie religion et trouver une manière de dialoguer avec les autres traditions religieuses dans le respect des visions de l'autre et de la sienne.
Le pluralisme religieux interpelle la théologie chrétienne en plusieurs aspects.
Tout d'abord, il a le défi de concilier simultanément : la permanence de la sécularisation, l'athéisme, l'indifférence religieuse, le retour du religieux et du sacré et un engouement pour des sagesses autres que celles des religions de la Bible, notamment celles de l'Orient. Le travail est imposant parce que les conciliations sont parfois quasi impossibles. L'heure est donc au dialogue.
En second lieu, il interpelle à répondre à une nouvelle question théologique fondamentale: Est-ce que d'un pluralisme nous ne sommes pas théologiquement invités à envisager un pluralisme de principe qui relèverait de la volonté de Dieu ? En d'autres mots, est-ce que le pluralisme correspondrait à la volonté de Dieu ? Le théologien Claude Geffré écrit dans son ouvrage « Croire et interpréter - Le tournant herméneutique de la théologie » (Cerf, 2001) que cela est possible, mais que nous n'en savons guère la signification : « On peut penser que [ ... ] les multiples expressions du phénomène religieux tout au long de l'histoire concourent à une meilleure manifestation de la plénitude inépuisable de l'Esprit de Dieu. »
Aussi, sans compromettre le privilège unique du christianisme, nous devons chercher à penser la pluralité insurmontable des voies vers Dieu. C'est un autre beau défi qui demande de concilier l'affirmation fondamentale de la volonté universelle de salut de Dieu avec tous les textes du deuxième testament qui, pour leur part, attestent qu'il n'y a pas de salut en dehors de la connaissance explicite de Jésus. Insurmontable? Claude Geffré spécifie que cela n'est peut-être pas si insurmontable qu'on le croit.
De plus, le pluralisme religieux amène à devoir réinterpréter tous les textes de la Bible et le témoignage de la tradition chrétienne à partir de sa réalité. Le pluralisme est une nouvelle expérience historique.
Enfin, il faut replacer les textes de la longue tradition patristique et théologique dans leur contexte historique. À part le judaïsme, à l'époque des Pères de l'Église, aux premiers siècles de notre ère, on n'était pas très ouvert aux autres religions. Elles formaient des groupes de païens inspirés du diable. On était extrêmement sévère. Les Pères de l'Eglise avaient une expérience historique très différente de la nôtre. Des religions comme celles de la Mésopotamie, de l'Égypte et de Rome de cette partie de l'histoire sont disparues. De plus, l'Islam n'était pas encore né et ils connaissent vaguement les autres religions d'Orient. Aujourd'hui, nous faisons appel à des systèmes religiologiques nouveaux, pour les plus importants de forme théiste, qui amènent une vision différente des relations interreligieuses.
Malgré leur sévérité, les Pères de l'Église montraient tout de même jugement fort positif à l'égard de la « Sagesse des Nations » qu'on peut aussi appeler la « sagesse philosophique des Nations ». Ces philosophies sont une théologie des semences du verbe, car elles parlent de Dieu.
Pour un œcuménisme interreligieux efficace
Trois conditions sont essentielles pour que le dialogue œcuménique interreligieux soit efficace et porteur d'avenir.
Premièrement, il faut respecter l'autre dans son identité propre. Ainsi, il faut commencer par dépasser ses préjugés historiques non critiqués. Il s'agit plutôt de faire un acte d'imagination analogique, c'est-à-dire de déceler la ressemblance dans la différence. Il s'agit d'une attitude herméneutique dans l'esprit du document de la Commission biblique pontificale sur l'interprétation de la Bible dans l'Église. Avant de juger l'autre, il faut vraiment le connaître. Ce n'est qu'en apprenant profondément le langage de la religion de l'autre que cela est possible, mais pour cela il faut du temps et un effort intellectuel.
Deuxièmement, il faut rester fidèle à sa propre identité religieuse. Cela est simple : pour accéder à l'autre, il faut être fidèle à soi, c'est-à-dire à sa propre tradition. Si cette idée n'est pas au rendez-vous, le dialogue est impossible. On se dirige vers le confusionnisme.
Le problème est que, actuellement, il est de plus en plus difficile pour un chrétien de réfléchir à ce qu'est véritablement sa propre identité et de comprendre que toutes les vérités religieuses ne sont pas toutes complémentaires et, parfois même, elles sont inconciliables.
Faire abstraction de sa propre foi n'est pas une véritable attitude d'ouverture à l'autre, car pour s'ouvrir à l'autre le dialogue est nécessaire. Celui-ci implique la divulgation et l'accueil de ses différences mutuelles.
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Les catholiques doivent prendre la parole
OTTAWA – Les médias forment et informent. Pour une grande partie de la population, il s'agit de la seule source de formation et d'informations accessible immédiatement.
Le monde des communications médiatiques joue donc un impact considérable sur les mentalités. Il peut faire un bien énorme ! Il peut bâtir comme il peut détruire l'être humain. Il peut présenter une vision très belle et constructive de ce qu'il est et, d'un autre côté, lui offrir une vision qui ne respecte pas sa dignité humaine.
C'est pour cette raison que Michèle Boulva, co-directrice de l'Organisme catholique pour la vie et la famille (OCVF) et ex-journaliste, lance, dans une interview qu'elle a accordée à la Revue Sainte-Anne, de passage dans la capitale canadienne, une invitation formelle, surtout à ceux qui ont choisi de suivre Jésus à travers la voie du catholicisme : « Il est important que monsieur et madame « Tout-le-Monde » qui lisent les journaux, qui voient une publicité sur un abribus, qui regardent la télévision ou qui visualisent des émissions sens dessus dessous prennent la parole. Écrire une lettre ouverte, ce n'est pas long ! Quatre ou cinq lignes suffisent ! Ce sont souvent les plus courtes qui sont publiées. »
Pour elle, il faut absolument apprendre à utiliser les médias pour faire valoir ce qu'on a à dire, surtout lorsqu'il s'agit de valeurs éthiques que proposent les textes des premier et deuxième testaments et aussi, la longue et riche tradition de l'Église.
Benoît Voyer
(Revue Sainte-Anne, mai 2005, p. 209)
VISION CATHOLIQUE: La vie spirituelle
Par Benoit Voyer
6 mai 2026
Au fil des ans, ma vision de Dieu et de Jésus a considérablement changé. Pour y parvenir, j’ai dû traverser plusieurs crises de vie et de foi. Tout comme ma compréhension de la vie en général et de celle de ceux qui m’ont donné naissance dans cette humanité, ma conception des choses divines a changé.
Durant les étapes que j’ai traversées, il m’est arrivé de dire : « Je suis agnostique » ou « Je suis chrétien à la limite de l’agnosticisme ». Il est bon de rappeler que l’agnostique n’est pas un athée. L’athéisme nie l’existence de Dieu. L’agnostique se questionne sur son existence. C’est quelqu’un qui doute. Il pose des questions. On ne lui fera pas gober n’importe quoi.
Depuis 2023, je dis : « Je suis chrétien… Je suis un chrétien de tradition catholique. Oui, je crois ! Mais pas en n’importe quoi ! ».
Ainsi donc, à presque 60 ans, l’image que j’ai de Dieu et de Jésus n’est plus celle de mon enfance, de mon adolescence et de celle que mes parents m’ont transmise. Au fil des ans, il m’a fallu à quelques occasions abandonner Dieu pour mieux le trouver ou le retrouver.
Et je sais déjà que lorsque je serai un centenaire, mes certitudes actuelles n’auront plus la même saveur qu’aujourd’hui.
Si je me fie à plusieurs grands psychologues, comme Erik Erikson, mon cheminement spirituel et religieux est normal et sain. Ils nous enseignent que l’homme et la femme passent par des étapes de développement à mesure qu’ils mûrissent. D’ailleurs, les grands mystiques catholiques ont enseigné la même chose pendant des siècles. C’est ce qui a conduit à des concepts comme les voies purgative, contemplative et unitive. De plus, plus près de nous, des auteurs spirituels comme James Fowler ont utilisé la psychologie moderne pour enrichir notre compréhension du développement spirituel.
Si on simplifie les choses à leur plus simple expression, le développement spirituel comporte trois grandes étapes : 1– Le détournement de nos mauvais penchants ou de nos péchés ; 2– La pratique de la vertu ; 3– Se sentir embrassé par l’amour divin. Ces étapes ne sont pas fermes, mais plutôt des périodes d’accentuation. Il y a une fluidité entre les trois. Selon les étapes de notre existence, nous serons plus ou moins dans l'une ou l’autre.
Malheureusement, bien des gens s’attardent à la première étape. On doit rapidement en venir à se focaliser sur la pratique de la vertu. Il faut passer du négatif au positif. On doit passer de « Comment puis-je arrêter de pécher ? » à « Comment puis-je être un meilleur chrétien ? »
Lorsqu’on prie et on lit les Évangiles, on ne se concentre pas sur le péché, mais sur Jésus comme la personne qu’on veut suivre et imiter : « Que puis-je faire pour plaire à Dieu ? » « Comment puis-je être meilleur ? »
La majorité des chrétiens passent la plus grande partie de leur vie dans cette étape du développement spirituel. Je ne suis pas un grand pécheur, mais pas non plus quelqu’un de parfait. Je tente d’être meilleur, même si j’échoue souvent. On fait ce qu’on peut.
Dans la troisième étape du développement, on ne se concentre pas sur soi, mais sur Dieu. En regardant Jésus dans les Évangiles, on verra une personne qui ne se contente pas de dire aux gens d’arrêter de pécher et de le suivre. On découvre plutôt quelqu’un de merveilleux qui nous parle de son Père, qui est aimant et compatissant. À cette étape du développement, on regarde les textes anciens pour constater à quel point Dieu est impressionnant et merveilleux : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. » (Jn 9, 5-11)
Rendu là, l’acte de foi le plus difficile à faire est de croire que Dieu nous aime inconditionnellement et qu’il est un Dieu bienveillant :
Un auteur dont je ne me souviens plus du nom disait qu’à chaque étape du développement spirituel, notre vie de prière est différente. Dans la première étape, c’est surtout la contrition (je suis désolé), dans la deuxième étape, c’est surtout la supplication (aide-moi) et dans la troisième étape, c’est surtout l’action de grâce et l’adoration (Tu es incroyable, mon Dieu).
Dans la dernière étape du développement spirituel, on tombe véritablement amoureux et on s’engage. En vieillissant, mon dialogue avec le bon Dieu se résume de plus en plus à l’essentiel : « Salut ! Je suis là ! Merci d’être là, toi aussi ! Je t’aime, tu le sais bien… »
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Un SPA spirituel pour sa beauté intérieure
Un SPA spirituel pour sa beauté intérieure
Par Benoît Voyer
Sur le bord du lac Saint-François, une grande étendue d'eau du Saint-Laurent, à Côteau-du-Lac, situé à quelques kilomètres du pont Monseigneur Langlois, qui permet un accès à la rive nord du fleuve aux citoyens de la grande ville de Valleyfield, se cache un vieux manoir de pierres. Il s'agit de l'ancienne maison du maître de la Seigneurie de Soulanges. Anne, ma cousine éloignée, dirige la maisonnée.
Le Manoir de Beaujeu devient, en 1968, un centre de villégiature pour les catholiques, dirigé par un organisme sans but lucratif, Gestion hôtelière Soulanges. On y donne des retraites spirituelles et des séminaires de perfectionnement humain. L'accueil et les opérations sont sous la responsabilité d'une équipe de laïcs, mais des prêtres de l'Opus Dei y assurent les causeries sur la foi et y donnent de la direction spirituelle.
Le site est unique en son genre. Il suffit de s'asseoir confortablement sur une chaise du grand balcon, situé à l'arrière de la maison ancestrale pour être ébloui par un paysage époustouflant digne d'une carte postale. Le point d'observation offre vue unique sur la flore du fleuve Saint-Laurent et du Lac Saint-François, nom donné en l'honneur de Jean-François Régis, Jésuite français canonisé en 1737.
Cette étendue d'eau a été fort fréquentée jusqu'à l'ouverture de la voie maritime du Saint-Laurent, en 1959. Le canal de Soulages était un raccourci marin pour naviguer rapidement de Montréal jusqu'aux Grands Lacs. La voie navigable de Coteau-du-Lac a été construite entre 1892 et 1899. Pas très loin du manoir. Le Lieu historique du Canada de Côteau-du-Lac, propriété de Parcs Canada, témoigne de cette époque pas très lointaine.
La grande propriété du manoir regorge aussi d'une nature généreuse riche de grands conifères et de feuillus de taille respectable. Une excursion pédestre permet de respirer une bouffée d'air frais.
Il n'y a pas que l'écosystème qui impressionne ici.
À l'intérieur de la luxueuse résidence, qui est couronnée d'un toit à la Mansard avec deux cheminées, se cache un décor qui transporte le visiteur au cœur d'un autre siècle. Malgré le dépaysement, tout est rassurant. En ces murs, l'aménagement, tout comme le style de vie, respire l'ordre.
Lors de ma visite, je me suis exclamé à la vieille cousine en question, Anne Lousignant, la gérante du manoir : « On dirait une espèce de SPA... spirituel, c'est-à-dire un centre de beauté pour l'âme ! ». Il n'en fallait pas plus pour qu'elle s'amuse de l'idée, mais qui, admet-elle, résume efficacement et en mots simples la mission particulière de la résidence d'époque.
Dès que s'ouvre la porte, l'accueil désarme. En quelques minutes, on se croit en visite chez une bonne vieille cousine toujours heureuse de nous revoir. L'ambiance familiale est une vertu dominante au Manoir de Beaujeu. Et la bonne vieille cousine veille sur tout. De l'accueil jusqu'à la cuisine. Il suffit de se laisser guider et gâter.
Justement, il est impossible de passer sous silence cette gastronomie digne des meilleures auberges champêtres.
«Ici, rien n'est laissé au hasard. Tout est soigneusement pensé et servi avec adresse et délicatesse. Tout débute par la présentation de la table. Le repas n'est pas commencé que, déjà, nous voulons délecter les papilles gustatives de nos invités par l'intermédiaire des yeux et de l'odorat», me raconte ma chère cousine Anne qui ne semble pas avoir plus de quarante ans. Vous devez voir son élégance.
Dans une maison de retraites fermées il doit bien y avoir une chapelle ? Il suffit d'en parler pour qu'une porte s'ouvre près de l'entrée. C'est là que se cache le petit oratoire décoré de riches boiseries, comme celles que j'aimerais avoir chez moi. Ce lieu sacré peut accueillir 24 personnes. C'est ici que les retraitants se recueillent deux à trois fois par jour pour entendre des causeries spirituelles de 20 à 30 minutes qui se donnent devant le Saint-Sacrement. La pièce rayonne d'ondes christiques.
Ce qui étonne au manoir de Beaujeu est que les activités se donnent presque toujours à guichet fermé. La clientèle est très stable et elle revient habituellement d'une année à l'autre. Ce qui étonne aussi est que les activités ne sont pas mixtes. Une fin de semaine, elles sont destinées aux femmes. L'autre, aux hommes. La mode unisexe n'a pas franchi les lucarnes de ce château du Québec.
Le manoir de Beaujeu offre aussi diverses activités de formation : Il y a des séminaires de formation professionnelle, des sessions sur le leadership, des fins de semaine pour les étudiants, des ateliers sur la famille, des cours de philosophie et de théologie, etc. Le but est toujours l'approfondissement de la foi chrétienne et de donner des outils afin que chaque retraitant devienne un meilleur chrétien au cœur du monde. Il s'agit donc d'un lieu de transformation intérieure.
Les retraites fermées et les sessions durent trois jours, habituellement du jeudi soir au dimanche après-midi. En plus des causeries, il y a la célébration des sacrements de l'eucharistie et de la réconciliation, le chapelet et le chemin de croix. Toutefois, chacun est libre de participer ou pas aux activités proposées.
«La retraite spirituelle a habituellement pour objectif de se remettre en orbite, dans sa vie de chaque jour et dans sa vie chrétienne, explique Isabelle Saint-Maurice qui fréquente ce lieu depuis qu'elle a une dizaine d'années. Durant ces journées, les grandes questions se posent: Quelles sont mes origines ? (d'où viens-je ?) Quel est le but de la vie chrétienne? (où vais-je ?). Le prêtre qui anime la retraite aborde aussi des thèmes comme : les valeurs humaines et chrétiennes, le sens de l'existence, la vie avec le Christ, l'importance des sacrements dans la vie de foi, etc. Il fait donc un survol des aspects fondamentaux de la foi.»
L'histoire du manoir de Beaujeu débute en 1826. Cette année-là, le Britannique John Simpson, receveur des douanes et inspecteur des écluses à Côteau-du-Lac, un poste important entre le Haut-Canada et le Bas-Canada, se fait construire un manoir. Celui-ci devient donc le plus ancien bâtiment de l'actuelle municipalité de Côteau-du-Lac. Le 2 août 1831, le comte Jacques-Philippe Saveuse de Beaujeu, quatrième seigneur de Soulanges, en devient le propriétaire.
Ce lieu de villégiature catholique de haut niveau est ouvert à tous. Le forfait du jeudi soir au dimanche midi, comprenant les 3 repas du vendredi, les 3 autres du samedi et les deux du dimanche; les collations du soir; les causeries; les messes; la direction spirituelle; et, l'accès à la nature du site, est offert pour 355 $. Les étudiants bénéficient de tarifs spéciaux. On parle d'environ le tiers du prix.
Pour en savoir davantage sur les prochaines retraites ou pour en savoir plus, il suffit de téléphoner à Anne Lousignant. Si vous lui parlez avant moi, dites-lui un beau bonjour de la part de son vieux cousin !
Le Manoir de Beaujeu
Côteau-du-Lac
(450) 763-5507
(Revue Sainte Anne, juillet-août 2004, pp. 309 et 310)
VISION CATHOLIQUE : L’importance de la prière
Par Benoit Voyer
5 mai 2026
Lorsqu’on est journaliste, on a le privilège de rencontrer des personnes remarquables auxquelles le commun des mortels n’a pas facilement accès. C’est ce qui m’est arrivé, il y a déjà quelques années. Un jour, l’homme avec qui je m’entretiens est Jean-Claude Turcotte [1]. Il était archevêque de Montréal et cardinal de notre sainte Église imparfaite.
Il ne le sait pas, mais les mots qu’il s’apprête à me dire auront un grand impact sur ma vie. À la suite d’une boutade que je lui lance, il me regarde dans les yeux et me sourit. Il décide de mettre de côté le côté formel de l’entretien et de me parler comme un père à son fils. En moins d’une minute, nous passons du « vous » au « tu ».
Il me dit : « La seule chose que je peux te dire est que si tu veux avoir ce contact avec le Christ vivant, il faut y consacrer du temps. Si tu ne t’imposes pas dans ta vie un temps de contact, un temps de prière, autant que possible quotidien, comment veux-tu établir une relation sérieuse avec le Christ ? Les gens simples comprennent ça… C’est un peu comme l’amour humain. Si tu es amoureux de ta femme, mais que tu ne lui parles jamais, tu ne t’en occupes pas, tu passes à côté d’elle sans la voir… Ce ne peut pas durer ! L’amour comme la foi sont des choses qui s’entretiennent avec du dialogue, de l’attention, un regard profond et des petits gestes. La relation avec le Christ ressemble à celle que tu as avec ta femme. En tout cas, moi, dans ma vie, j’essaie chaque jour d’avoir de 90 à 120 minutes de présence à lui. Je ne suis pas toujours en train de jaser, mais je suis là. »
Il ajoute : « Tu sais, c’est comme quand on fait de l’exercice physique… Il y a des matins où on ne nous tente pas. Tu le fais pareil, sinon ta santé ne sera pas bonne ! Quand tu es amoureux et que tu vis avec ta femme, il y a des matins où ça ne te tente pas d’être avec elle. Tu es là, pareil ! L’être humain est ainsi ! Il est libre. Il fait des choix. Dieu le convie à rester fidèle à ses choix. Tu sais, un gars qui se marie… Ce n’est pas pour une fin de semaine ! […] S’il a décidé de faire un projet d’amour pour la vie, il faut qu’il l’entretienne comme un trésor ! Je te donne aussi l’exemple des parents qui décident de mettre au monde un enfant : s’ils ne s’en occupent pas, ils vont avoir de sérieux problèmes ! Alors, tout est comme ça dans la vie spirituelle ! C’est la loi de la vie, quoi ! […] Je vais te confier qu’il y a des matins où ça ne me tente pas de célébrer la messe. J’y vais quand même… J’ai choisi cette vie et je dois aller au bout des responsabilités de mon choix. Sinon, le désert intérieur m’attend… Et je serai malheureux. »
En 2023, lorsque j’ai décidé de reprendre le dialogue avec le Dieu de ma foi, celui que nous révèle Jésus, le galiléen, ces paroles sont revenues dans ma mémoire. La première fois que j’ai remis les pieds dans une église pour la messe, après plusieurs années à ne pas y avoir mis les pieds, les premiers mots que je lui ai adressés en moi ont été tout simples : « Salut ! Ça fait longtemps, hein ! Tu sais, je n’ai pas grand-chose à te dire, mais je suis là. Jadis je t’avais fait la promesse de ne pas te laisser tomber. Je n’ai pas tenu parole. Je te demande pardon… Mais tu vois, je suis de retour. Je suis là pour rester. »
Comme dans la vie des amoureux, la flamme de nos débuts n’est plus au rendez-vous. Les règles de l’existence sont ainsi faites : Il y a des saisons dans la vie amoureuse et dans nos relations humaines. Dans ma vie spirituelle, je me sens comme dans un vieux couple. Mon dialogue avec le Dieu trois fait saint est souvent fait de silence et de « Salut ! Je suis là ! ».
Un jour, j’aimerais bien pouvoir redire avec l’émotion de jadis ces mots que j’adressais au bon Dieu :
Je frémis en toi,
Je frémis de toi
comme jadis
au temps des fleurs,
des oiseaux qui chantent et du printemps qui s’annonce
et qui réveille la sève
de mon bois qui dort
et qui se prépare à éclore en bourgeons sous le chaud soleil d’avril et de mai.
Je frémis en toi,
Je frémis de toi,
d’une extase incommensurable,
d’un désir infini
qui s’intensifie jusqu’à la liberté suprême
du cœur et de l’âme,
jusqu’au débordement
du don de mon être à l’univers ;
Ne plus m’appartenir ;
Ne plus aimer seul.
Ta présence me submerge.
et me calme…
Près de toi,
avec toi
plus rien n’existe
que la vie qui m’enivre.
Comment ne pas te toucher ?
Comment me taire devant l’émotion que tu me donnes ?
Comment ?
Je te veux.
encore et encore,
toujours et toujours…
Jusqu’à la volupté ;
Jusqu’à la frénésie de tout ce que je suis ;
Jusqu’à la vulnérabilité de notre passion.
Mon âme déborde.
Je ne guérirai jamais de toi,
de ton absence,
de ton silence,
de cette folie
ou rien ne se perd
et où tout se fusionne
entre nous
et en nous,
Dieu que j’aime.[2]
Le successeur Jean-Claude Turcotte à la tête du diocèse montréalais, Mgr Christian Lépine, écrivait [3] : « Pour qu’il y ait l’amour, pour qu’il y ait la charité, la prière est fondamentale, car seul Dieu est amour, et nous ne pouvons aimer que par participation à son amour éternel. Lorsqu’une personne, par amour, accueille en son âme Jésus-Christ, grâce à l’Esprit saint, elle est livrée à une union qui transforme par la puissance de l’amour du Sauveur. Jésus lui-même nous a appelés à cette rencontre, à cette intimité profonde. »
Le 19 juin 1977, devant les premiers membres de la Communauté de l’Emmanuel, le vénérable Pierre Goursat exhortait chacun à être fidèle chaque jour à ses moments d’intimité en présence de Dieu : « Ce qui est très important, c’est la prière personnelle. Si vous ne pouvez pas prier une demi-heure par jour, vous êtes fichus, vous êtes complètement fichus ».[4] […] « L’objectif, c’est d’arriver à la prière continuelle, mais sans se tendre. Les amoureux font leur travail, mais ils pensent tout le temps à l’autre, sans arrêt. Eh bien nous, on est des amoureux de Jésus. Et petit à petit on pense à lui tout le temps. »[5]
Il est important de demeurer en Dieu et en celui qui nous le révèle et de cultiver notre relation. N’est-ce pas un peu ce que nous disait Jésus? « Je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est, comme le sarment, jeté dehors, et il se dessèche. Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent. Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voulez, et cela se réalisera pour vous. » (Jn 15, 1-7)
_____________________
[1] Benoit Voyer. « Jean-Claude Turcotte, Cardinal et archevêque de Montréal », Revue Sainte Anne, Septembre 2002, pages 345 et 350. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2026/02/le-present-du-passe-jean-claude.html
[2] Benoit Voyer. Je prie comme je peux – Les prières d’un pauvre de cœur, Éditions Sainte-Anne, 2004.
[3] Christian Lépine. Créés pour être aimés », Médiaspaul, Montréal, 2012, p. 131.
[4] Pierre Goursat. Week-end des premiers engagements dans la communauté de l’Emmanuel, 19 juin 1977. Cité dans : Francis Kohn. Pierre Goursat, Éditions Emmanuel, Paris, 2025, p. 253.
[5] Pierre Goursat. Week-end des premiers engagements dans la communauté de l’Emmanuel, 18 juin 1977. Cité dans : Francis Kohn. Pierre Goursat, Éditions Emmanuel, Paris, 2025, p. 254.
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Les Témoins de l'essentiel
Lecture
C'est un art que celui de raconter et de soulever l'attention. Jésus de Nazareth le maîtrisait comme pas un! Il n'avait rien du ton monocorde et soporifique, si fréquent dans la chaire ! Il était vraiment la Parole, qui retrousse la vie, là où tout piquait du nez! Il savait bâtir une histoire même avec les petits riens de l'existence, qu'il rendait tellement meilleure! Il portait le Rêve de toucher les cœurs et de les attacher au Père (Matthieu 11, 25). Sans prêchi-prêcha, Il pouvait dès lors monter au lutrin des mots en captivant son auditoire : « Jamais homme n'a parlé comme cela! » (Jean 7, 46), bredouilleront les gardes incapables d'exécuter leur mandat d'arrêt contre lui. Il éclipsait ces pontifes déconnectés de la réalité qui planaient au-dessus des nuages avec le snobisme de leur jargon intellectuel. Quelque 163 paraboles au moins, relève-t-on dans l'Évangile tel que conté par quatre merveilleux écrivains qui traversent les siècles avec du punch...
Il n'y a rien de mieux que des témoins convaincus pour nous entraîner vers l'essentiel. Ne peut-on pas les assimiler à des phares qui orientent le voyage vers le Royaume des Cieux ? Le journaliste Benoît Voyer - dans la trentaine encore - s'est entretenu avec 25 personnalités publiques du Québec; sa signature mensuelle est connue des lecteurs de la Revue Sainte Anne depuis 1996. Dans la foulée des mémorables entretiens de Jésus avec des figures aussi contrastées que celles des Nicodème, Zachée, Simon le Pharisien, la Samaritaine, les deux sœurs Marthe et Marie, l'intervieweur patenté mène ses entrevues en exploitant l'unique filon des valeurs religieuses comme trame de fond dans le cheminement spirituel des personnages sélectionnés. Aucunement voyeuriste ni potinier, il ne cherche qu'à aller au fond des choses sur des thèmes sérieux tels la mort, la maladie, la souffrance, le bonheur, la résurrection, le langage de la foi et de la prière. Les échanges n'ont rien de spéculatif et d'abstrait : ils sont détrempés dans le terreau où s'est réalisé l'itinéraire propre à chacun.
C'est ainsi que le titre de l'ouvrage est fort approprié: Les Témoins de l'essentiel. Les lecteurs ne seront donc pas piégés : ils auront le bonheur et le privilège de fréquenter - l'espace moyen de cinq ou six pages d'un texte sans lourdeurs – des hommes et des femmes qui n'ont aucunement honte de porter les couleurs de l'Évangile. Ce sont des personnes bien articulées et pétries dans la diversité de leurs engagements concrets. Qu'un Jean-Claude Turcotte et un Paul-André Comeau ou un Joseph Ayoub et un François Lapierre voisinent une Angèle Rizzardo et une Tran Lam ou une Rolande Parrot et une Nicole Fournier, ça fait respirer à pleins poumons ! Chose certaine, les lecteurs n'auront guère le temps de s'ennuyer avec cette brochette de professionnels tous azimuts.
Avec un minimum d'éléments biographiques qui les situent dans leur histoire temporelle respective, cet album de portraits demeure une invitation stimulante « à choisir perpétuellement l'essentiel dans la vie, dans la façon de vivre et de concevoir le monde ». On comprendra avec Maurice Béjart qu' « au fond, l'ascèse, c'est la joie, c'est une chose qu'on découvre petit à petit dans la joie ». Il ne reste qu'à souhaiter aux lecteurs le bonheur de marcher - souvent dans l'anonymat - à la suite de Jésus Christ en compagnie de ces témoins de l'essentiel qui voient l'Invisible. Alors, l'ouvrage de Benoît Voyer produira ses effets d'entraînement en chaque tout-petit du Père...
Rodrigue Théberge
____________________
VOYER, BENOÎT. Les Témoins de l'essentiel. Préface de Sœur Angèle. Les Éditions Logiques, Quebecor Media, 2005, 196 pages. Prix: 19,95 $ En vente à la Revue Sainte Anne.
Les Témoins de l'essentiel
C'est un art que celui de raconter et de soulever l'attention. Jésus de Nazareth le maîtrisait comme pas un! Il n'avait rien du ton monocorde et soporifique, si fréquent dans la chaire ! Il était vraiment la Parole, qui retrousse la vie, là où tout piquait du nez! Il savait bâtir une histoire même avec les petits riens de l'existence, qu'il rendait tellement meilleure! Il portait le Rêve de toucher les cœurs et de les attacher au Père (Matthieu 11, 25). Sans prêchi-prêcha, Il pouvait dès lors monter au lutrin des mots en captivant son auditoire : « Jamais homme n'a parlé comme cela! » (Jean 7, 46), bredouilleront les gardes incapables d'exécuter leur mandat d'arrêt contre lui. Il éclipsait ces pontifes déconnectés de la réalité qui planaient au-dessus des nuages avec le snobisme de leur jargon intellectuel. Quelque 163 paraboles au moins, relève-t-on dans l'Évangile tel que conté par quatre merveilleux écrivains qui traversent les siècles avec du punch...
Il n'y a rien de mieux que des témoins convaincus pour nous entraîner vers l'essentiel. Ne peut-on pas les assimiler à des phares qui orientent le voyage vers le Royaume des Cieux ? Le journaliste Benoît Voyer - dans la trentaine encore - s'est entretenu avec 25 personnalités publiques du Québec; sa signature mensuelle est connue des lecteurs de la Revue Sainte Anne depuis 1996. Dans la foulée des mémorables entretiens de Jésus avec des figures aussi contrastées que celles des Nicodème, Zachée, Simon le Pharisien, la Samaritaine, les deux sœurs Marthe et Marie, l'intervieweur patenté mène ses entrevues en exploitant l'unique filon des valeurs religieuses comme trame de fond dans le cheminement spirituel des personnages sélectionnés. Aucunement voyeuriste ni potinier, il ne cherche qu'à aller au fond des choses sur des thèmes sérieux tels la mort, la maladie, la souffrance, le bonheur, la résurrection, le langage de la foi et de la prière. Les échanges n'ont rien de spéculatif et d'abstrait : ils sont détrempés dans le terreau où s'est réalisé l'itinéraire propre à chacun.
C'est ainsi que le titre de l'ouvrage est fort approprié: Les Témoins de l'essentiel. Les lecteurs ne seront donc pas piégés : ils auront le bonheur et le privilège de fréquenter - l'espace moyen de cinq ou six pages d'un texte sans lourdeurs – des hommes et des femmes qui n'ont aucunement honte de porter les couleurs de l'Évangile. Ce sont des personnes bien articulées et pétries dans la diversité de leurs engagements concrets. Qu'un Jean-Claude Turcotte et un Paul-André Comeau ou un Joseph Ayoub et un François Lapierre voisinent une Angèle Rizzardo et une Tran Lam ou une Rolande Parrot et une Nicole Fournier, ça fait respirer à pleins poumons ! Chose certaine, les lecteurs n'auront guère le temps de s'ennuyer avec cette brochette de professionnels tous azimuts.
Avec un minimum d'éléments biographiques qui les situent dans leur histoire temporelle respective, cet album de portraits demeure une invitation stimulante « à choisir perpétuellement l'essentiel dans la vie, dans la façon de vivre et de concevoir le monde ». On comprendra avec Maurice Béjart qu' « au fond, l'ascèse, c'est la joie, c'est une chose qu'on découvre petit à petit dans la joie ». Il ne reste qu'à souhaiter aux lecteurs le bonheur de marcher - souvent dans l'anonymat - à la suite de Jésus Christ en compagnie de ces témoins de l'essentiel qui voient l'Invisible. Alors, l'ouvrage de Benoît Voyer produira ses effets d'entraînement en chaque tout-petit du Père...
Rodrigue Théberge
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VOYER, BENOÎT. Les Témoins de l'essentiel. Préface de Sœur Angèle. Les Éditions Logiques, Quebecor Media, 2005, 196 pages. Prix: 19,95 $ En vente à la Revue Sainte Anne.
(Revue Sainte-Anne, mai 2005, p. 222)
VISION CATHOLIQUE : La bienheureuse Catherine Longpré de Saint-Augustin
Par Benoit Voyer
4 mai 2026
Catherine Longpré est née le 3 mai 1632 à Saint-Sauveur-le-Vicomte, en basse Normandie. Elle est la fille de Françoise Jourdan de Launay et Jacques Symon, sieur de Longprey, avocat de profession. Elle est la troisième d’une famille de quatre enfants, composée de trois filles et un garçon.
Dans les heures qui suivent son entrée dans ce monde, elle est baptisée dans la tradition catholique. Son parrain est Jean Jourdan, son grand-père maternel, et sa marraine Catherine de Maires, femme du bailli de Saint-Sauveur-le-Vicomte.
Vers l’âge de deux ans, Catherine est confiée aux soins de ses grands-parents maternels, Renée et Jean Jourdan, des gens reconnus pour leur grande piété. Un jour, Jean Jourdan prédira au sujet de Catherine: « Cette petite sera religieuse et servante de Dieu ».
À douze ans et demi, après de grandes hésitations parentales, on lui donne la permission d'entrer au monastère des Augustines hospitalières de Bayeux, en même temps que Françoise, sa sœur. Le 24 octobre 1646, elle devient officiellement religieuse.
On demande du renfort chez les Augustines, à Québec, qui ont fondé le premier hôpital en Amérique du Nord, en 1639, par sœur Marie Guenet de Saint-Ignace. Catherine et sa sœur Françoise répondent positivement à la demande.
Malheureusement, leur père s’objecte et convainc Françoise de retirer sa demande, mais Catherine refuse et reste centrée sur ce projet, ayant la certitude intérieure qu’il s’agit de la volonté de Dieu pour sa vie.
Après avoir lu « Les Relations des Jésuites » racontant le martyre du Père Isaac Jogues, Jacques Symon, sieur de Longprey, accepte de la laisser partir.
À Nantes, le 4 mai 1648, le lendemain de ses seize ans, Catherine fait profession solennelle devant le père jésuite Barthelémy Vimont. Elle fait notamment le « vœu de vivre et de mourir au Canada si Dieu lui en ouvre la porte ».
Le 31 mai 1648, sœur Catherine de Saint-Augustin, alors âgée de 16 ans, quitte le port de La Rochelle à bord du Cardinal en direction de celui de Québec. Elle arrive à destination le 19 août.
Sans tarder, elle apprend les langues des premières nations et soigne les malades. On dit qu’elle était une excellente infirmière. Rapidement, elle prendra du gallon. Successivement, elle deviendra économe, directrice générale de l’hôpital et maitresse des novices.
Ses bonnes relations avec les premiers peuples lui valent le surnom de « Iakonikonriiostha », qui veut dire « celle qui rend l’intérieur plus beau » [1] Lorsque Catherine était en présence des gens, elle percevait ce qui se passait en eux. Elle avait le don de lire dans les cœurs.
Elle décède le 8 mai 1668, dans sa 36e année.
Et après…
Elle continue de vivre malgré sa mort physique.
Après son décès, à travers son journal intime qu’elle tenait à la demande de son accompagnateur spirituel, on découvre une sainte.
En 1671, le père jésuite Paul Ragueneau rédige et publie « La vie de la Mère Catherine de Saint-Augustin ». Il y révèle les détails de la vie Catherine et « ses tourments mystiques ». Il y parle de ses vingt ans dans le silence du cloître au service des malades.
En 1689, on exhume son corps. Ses ossements sont déposés dans une « châsse », que les Augustines placent au pied de la croix d'un oratoire, à l'intérieur du cloître. Bien entendu, quelques ossements sont envoyés au monastère des Augustines de Bayeux où Catherine a fait son noviciat et vécu avant son départ pour l’Amérique.
Catherine de Saint-Augustin est déclarée vénérable le 9 mars 1984 et bienheureuse le 23 avril 1989 par le Pape Jean-Paul II.
Lieu de sépulture
Ses restes reposent dans la chapelle historique du monastère des Augustines, dans le Vieux-Québec, juste à côté d’un reliquaire contenant la moitié du crâne de saint Jean de Brébeuf.
Elle est dans un grand reliquaire. Il est constitué de deux compartiments : La partie du bas contient notamment son crâne et sa cage thoracique. Celle du haut est vitrée. S’y retrouve une vertèbre cervicale. Cette section qu’on appelle une « châsse » est de couleur or, œuvre du sculpteur Noël Levasseur (1717). Sa base est supportée par douze pattes sphériques et est décorée d'une bande d'instruments de la Passion : tenailles, échelles, croix, lances et calices sculptés en bas-relief. Au centre se trouve une phrase en latin qui se traduit par : « Précieuse dans l'esprit de Dieu la mort de ses saints ». L'intérieur est tapissé de tissu rouge décoré de galons en fil doré et de paillettes. Les reliques sont déposées sur un coussin recouvert de tissu blanc.
Cette « châsse » et les ossements ont été sauvés de l'incendie qui a détruit l'hôpital et le monastère en 1755. Elle a subi plusieurs altérations depuis sa réalisation.
La mémoire de la bienheureuse Catherine Longpré de Saint-Augustin est le 8 mai.
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Pour en savoir davantage :
www.centrecatherine.ca
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[1] Simon Lessard. « Iakonikonriiostha - Catherine de Saint-Augustin 1632-1668 », Le Verbe, Juillet-aout 2024, p. 17.
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Notre-Dame d’Ottawa
Notre patrimoine religieux
OTTAWA – Impressionnant ! Magnifique ! Entrer dans la Basilique-Cathédrale Notre-Dame d'Ottawa, c'est entrer au cœur d'une aventure intérieure insoupçonnée. Dès qu'on y pénètre, on se sent envahi par une présence christique pacifiante. Le lieu sacré invite au recueillement. Notre-Dame d'Ottawa, construite à partir de 1841, offre vraiment le charme des cathédrales d'Europe au cœur de la capitale canadienne.
Tout d'abord, on est impressionné par la noblesse du temple et par les magnifiques vitraux installés par Harwood en 1879, surtout celui du jubé de l'orgue. Il y a aussi les magnifiques vitraux historifiés de l'artiste Guido Ninchiri (1956-1961) qui charment l'œil. Ninchiri est le véritable Michel-Ange du Canada.
Ici, le nombre de pièces artistiques qui méritent l'attention du visiteur est assez grand.
Le maître-autel est constitué de trois arches avec bas-reliefs polychromes qui représentent la nativité, Jésus enseignant et la résurrection.
Le tabernacle est en bronze. La porte est sculptée avec finesse.
Au deuxième étage figure une splendide statue du Christ-Roi entourée des symboles des quatre évangélistes et, aussi, des statues de Marie, Joseph et Jean-Baptiste.
Au troisième niveau, c'est la voûte évangélique. On y retrouve les neuf chœurs des anges : séraphins, chérubins, trônes, dominations, vertus, pouvoirs, principautés, archanges et anges.
Dans le chœur, on retrouve des oeuvres des sculpteurs canadiens Louis-Philippe Hébert, Flavien Rochon et Philippe Parizeau. Aussi, trente grandes statues qui représentent les patriarches, les prophètes, les apôtres, les évangélistes et Pierre et Paul. De plus, on y voit seize pères et docteurs de l'Église, seize fondateurs d'ordres religieux et cinquante anges.
Il y a aussi le trône de l'évêque qui mérite l'attention. Il date de 1874. Il a été construit en acajou. Au-dessus de celui-ci est aménagé un baldaquin de huit mètres.
Et ce n'est pas tout! Il faut aussi voir les stalles, l'autel du Sacré-Cœur (1879), l'autel de l'Immaculée-Conception (1885), les voûtes et l'orgue.
Les visiteurs les plus audacieux demandent une visite de la sacristie. La grande pièce de 24 m x 11 m est de style gothique. Les belles armoires en chêne sont un délice pour l'œil.
À l'extérieur, autour de la cathédrale, on peut voir des monuments qui ont été érigés à la mémoire de Mgr Eugène Bruno Guigues, premier évêque de Bytown (1847-1874) et de Mgr Joseph Thomas Duhamel, deuxième évêque de Bytown et premier archevêque d'Ottawa (1874-1909).
Cependant, ce qui est indéniable en visitant ce temple, c'est prendre le temps de s'asseoir pour prier et méditer. L'endroit inspire la sainteté de l'âme et du corps.
La Basilique-Cathédrale Notre-Dame d'Ottawa, consacrée à l'Immaculée-Conception, est un véritable petit bijou du patrimoine religieux d'Ottawa qu'il est aussi possible de visiter virtuellement - sans en vivre l'émotion qu'offre une visite réelle - grâce au site Internet du diocèse d'Ottawa. www.ecclesia-ottawa.org/vtour/ftourguide.html
Elle est située aux coins des rues Sussex et Saint-Patrick, juste en face du musée des beaux-arts du Canada et à quelques minutes de marche du Parlement canadien.
www.notredame.ottawa.on.ca
Notre-Dame d’Ottawa
OTTAWA – Impressionnant ! Magnifique ! Entrer dans la Basilique-Cathédrale Notre-Dame d'Ottawa, c'est entrer au cœur d'une aventure intérieure insoupçonnée. Dès qu'on y pénètre, on se sent envahi par une présence christique pacifiante. Le lieu sacré invite au recueillement. Notre-Dame d'Ottawa, construite à partir de 1841, offre vraiment le charme des cathédrales d'Europe au cœur de la capitale canadienne.
Tout d'abord, on est impressionné par la noblesse du temple et par les magnifiques vitraux installés par Harwood en 1879, surtout celui du jubé de l'orgue. Il y a aussi les magnifiques vitraux historifiés de l'artiste Guido Ninchiri (1956-1961) qui charment l'œil. Ninchiri est le véritable Michel-Ange du Canada.
Ici, le nombre de pièces artistiques qui méritent l'attention du visiteur est assez grand.
Le maître-autel est constitué de trois arches avec bas-reliefs polychromes qui représentent la nativité, Jésus enseignant et la résurrection.
Le tabernacle est en bronze. La porte est sculptée avec finesse.
Au deuxième étage figure une splendide statue du Christ-Roi entourée des symboles des quatre évangélistes et, aussi, des statues de Marie, Joseph et Jean-Baptiste.
Au troisième niveau, c'est la voûte évangélique. On y retrouve les neuf chœurs des anges : séraphins, chérubins, trônes, dominations, vertus, pouvoirs, principautés, archanges et anges.
Dans le chœur, on retrouve des oeuvres des sculpteurs canadiens Louis-Philippe Hébert, Flavien Rochon et Philippe Parizeau. Aussi, trente grandes statues qui représentent les patriarches, les prophètes, les apôtres, les évangélistes et Pierre et Paul. De plus, on y voit seize pères et docteurs de l'Église, seize fondateurs d'ordres religieux et cinquante anges.
Il y a aussi le trône de l'évêque qui mérite l'attention. Il date de 1874. Il a été construit en acajou. Au-dessus de celui-ci est aménagé un baldaquin de huit mètres.
Et ce n'est pas tout! Il faut aussi voir les stalles, l'autel du Sacré-Cœur (1879), l'autel de l'Immaculée-Conception (1885), les voûtes et l'orgue.
Les visiteurs les plus audacieux demandent une visite de la sacristie. La grande pièce de 24 m x 11 m est de style gothique. Les belles armoires en chêne sont un délice pour l'œil.
À l'extérieur, autour de la cathédrale, on peut voir des monuments qui ont été érigés à la mémoire de Mgr Eugène Bruno Guigues, premier évêque de Bytown (1847-1874) et de Mgr Joseph Thomas Duhamel, deuxième évêque de Bytown et premier archevêque d'Ottawa (1874-1909).
Cependant, ce qui est indéniable en visitant ce temple, c'est prendre le temps de s'asseoir pour prier et méditer. L'endroit inspire la sainteté de l'âme et du corps.
La Basilique-Cathédrale Notre-Dame d'Ottawa, consacrée à l'Immaculée-Conception, est un véritable petit bijou du patrimoine religieux d'Ottawa qu'il est aussi possible de visiter virtuellement - sans en vivre l'émotion qu'offre une visite réelle - grâce au site Internet du diocèse d'Ottawa. www.ecclesia-ottawa.org/vtour/ftourguide.html
Elle est située aux coins des rues Sussex et Saint-Patrick, juste en face du musée des beaux-arts du Canada et à quelques minutes de marche du Parlement canadien.
www.notredame.ottawa.on.ca
Benoît Voyer
(Revue Sainte-Anne, juillet-août 2005, p. 298)
VISION CATHOLIQUE: Saint François de Laval (1623-1708)
Par Benoit Voyer
3 mai 2026
Le 30 avril 1623, François de Laval naît au sein d’une grande famille de la noblesse française.
À la suite du décès de son père et de ses frères aînés, il devient l’héritier légal, mais il décide de consacrer ses avoirs au service des missions.
À quatorze ans, il devient membre de la Congrégation mariale du Collège de La Flèche où il s'initie aux bases de la vie spirituelle et est sensibilisé aux missions en Nouvelle-France.
Après son ordination sacerdotale, il adhère à la Société des Bons Amis. Dans cette association, il approfondit sa vie spirituelle : prière, ascèse, mise en commun des biens et engagement auprès des plus pauvres.
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| Vitrail du manoir Mauvide-Genest sur l'île d'Orléans |
L'influence spirituelle de Jean de Bernières, un laïc, est déterminante. Il lui inspire de se consacrer à l'œuvre d'évangélisation des Amériques.
Durant ces années, en France, François fréquente de grands réformateurs spirituels comme saint Vincent de Paul et Jean-Jacques Olier.
À la recherche d'un évêque pour les missions du Canada, on pense naturellement à cet homme à la forte personnalité, à la grande piété et entièrement donné à Dieu.
À son arrivée en Nouvelle-France, en 1659, sainte Marie Guyart de l'Incarnation, la supérieure du monastère des Ursulines, écrit à son sujet : « C'est un homme saint, le père des pauvres et du public. C'est un seigneur de la maison de Laval qui s'est donné à Dieu dès sa jeunesse. Le Roi l'aime beaucoup pour son mérite et ses qualités. Sa Majesté voulait le retenir en France, mais l'amour que ce bon prélat porte à cette nouvelle Église a fait qu'il a supplié pour y revenir. »
Dès son arrivée à Québec à titre d’évêque, il entreprend de connaître ses fidèles. À pied, à travers les forêts, il effectue des visites pastorales de Gaspé à Montréal, à pied, en canot ou en raquettes l'hiver. Ces périples lui font prendre conscience des besoins de la population. Tous, les premiers peuples comme les Français, sont l'objet de sa sollicitude.
À l'annonce d'une nouvelle fondation missionnaire, les Jésuites témoignent : « Sitôt que Monseigneur l'Évêque de Pétrée eut appris le dessein que nous avions de commencer cette Mission (au lac de la Nation maritime et au lac Supérieur), on ne peut croire combien il y parut affectionné. »
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| Il repose dans la basilique-cathédrale Notre-Dame, à Québec |
Soucieux d'établir une Église qui se perpétue à la grandeur de l'Amérique, il prévoit la mise en place les institutions nécessaires. Il commence en soutenant les trois grandes communautés déjà présentes pour l'éducation (les Jésuites et les Ursulines) et pour la santé (les Augustines).
François donne son approbation à des initiatives nouvelles fondées à Montréal, par sainte Marguerite Bourgeoys pour l'éducation et la vénérable Jeanne Mance pour les soins de santé.
Enfin, Mgr de Laval fonde le Séminaire de Québec pour la formation du clergé local qui s'occupera de propager la foi chrétienne dans tous les recoins connus de son vaste diocèse.
Il ajoutera pour les jeunes le Petit Séminaire et l'école d'arts et métiers de Saint-Joachim.
Sa préoccupation d'une foi vivante chez toutes les catégories de fidèles lui inspire d'autoriser la création de différentes associations de formation chrétienne et de piété.
Comme soutien spirituel aux familles, il appuie particulièrement la fondation de la Confrérie de la Sainte Famille. Cette dernière est toujours vivante à la paroisse cathédrale Notre-Dame-de-Québec.
Mgr de Laval est également sensible à la beauté de la liturgie. Malgré les modestes moyens financiers de la colonie, il investit dans de grandes manifestations religieuses au point que les Amérindiens éblouis le surnomment « l'homme de la grande affaire ».
De 1662 à 1668, Mgr de Laval achète les terres des huit propriétaires de l’île d’Orléans ou de leurs descendants. À partir de 1638, on avait commencé à concéder des terres sur l’île, mais plus intéressés par le commerce que par l’agriculture, les concessionnaires firent peu d’efforts pour développer l’île. Il restera propriétaire pendant treize ans, c’est-à-dire le temps qu’il lui faudra pour établir une petite communauté. C’est grâce à l’évêque que l’île commence son réel développement.
En 1664, il consacre la petite église locale érigée par les colons de Québec avant son arrivée comme la première église paroissiale de son diocèse et en fait sa cathédrale en 1674.
En 1668, dans une lettre qu'il adresse à des missionnaires sulpiciens, il donne les conseils suivants : « Qu'ils tâchent d'éviter deux extrémités qui sont à craindre en ceux qui s'appliquent à la conversion des âmes : de trop espérer ou de trop désespérer. Ceux qui espèrent trop sont souvent les premiers à désespérer de tout à la vue des grandes difficultés qui se trouvent dans l'entreprise de la conversion des infidèles, qui est plutôt l'ouvrage de Dieu que de l'industrie des hommes. Qu'ils se souviennent que la semence de la parole de Dieu porte son fruit dans la patience… »
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| Monument dans le Vieux-Québec |
Le père Denis Gagnon disait à son sujet : « C'était le bonhomme qui allait régulièrement à l'Hôtel-Dieu. Il veillait les malades, changeait leurs lits et les aidait à manger. Souvent, le soir, il arrivait et disait à l'infirmière : "Vous pouvez aller dormir, je vais veiller…" Et puis, quand il a pris sa retraite, il s'est consacré à aider les pauvres. À bout d'argent, il allait en demander au Séminaire de Québec. Un jour, ils ont commencé à refuser. »[2]
Saint François de Laval décède le 6 mai 1708. On se souviendra toujours de ce qu’il écrivait : « La semence de la Parole de Dieu porte du fruit dans la patience ».
Le 6 juin 1708, dans son oraison funèbre, La Colombière laisse cette note sur la sainteté du premier évêque catholique d’Amérique du Nord : « Se lever tous les jours et en tout temps à 3 heures du matin malgré la rigueur du climat, faire les fonctions de portier dans l'église tous les jours, en ouvrir les portes, allumer les lampes, s'acquitter parfaitement bien des fonctions d'infirmier dans le séminaire, faire les lits des malades, les lever, les coucher, toucher, crever les fistules de ceux qui avaient la petite vérole, passer tous les jours plusieurs heures devant le Saint-Sacrement, assister à tout l'office divin avec une exactitude inviolable ; c'était la manière dont ce premier évêque se délassait des fatigues que lui procurait son zèle. »
Les catholiques de la planète soulignent sa mémoire le 6 mai de chaque année.
« L'esprit de Dieu demande un cœur paisible, recueilli et non pas un cœur inquiet et dissipé ; il faut un visage joyeux et modeste, il faut éviter les railleries et les ris déréglés et généralement tout ce qui est contraire à une sainte et joyeuse modestie. » (Instructions aux missionnaires, 15 septembre 1668)
« Notre Seigneur, par sa miséricorde, me fait la grâce de jouir d'une grande paix intérieure de cœur et d'esprit, ayant une entière confiance [...] qu'il fera tout réussir pour sa gloire. » (Lettre de Laval à Denonville, 16 avril 1691)
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[1] Benoit Voyer. Les évêques en retraite, Revue Sainte Anne, février 1996, page 57. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/11/cetait-le-present-du-passe-les-eveques.html
[2] Benoit Voyer. Les évêques en retraite, Revue Sainte Anne, février 1996, page 57. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/11/cetait-le-present-du-passe-les-eveques.html
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