REPÈRES GÉNÉALOGIQUES : Soeur Rachel Voyer

Sœur Rachel Voyer, s.c.o.

Par Benoit Voyer

6 octobre 2026

Fille d’Alice Chenard et d’Edgar Voyer, Rachel est née le 29 mai 1921, dans la maison familiale, à Saint-André, Kamouraska. Il s’agit de nos jours du 266, 2ᵉ rang Est.

Elle est baptisée le même jour dans l’église catholique de Saint-André. Elle reçoit les prénoms de Marie, Rachel et Rose. Son parrain est Ernest Ouellet et sa marraine est sa tante Rose Chenard, l’épouse d’Ernest.

Au recensement de 1931, elle habite à Lac de l’Est, dans le Canton Chapais Painchaud.

À l'âge de 15 ans, Rachel entreprend deux années d'études comme pensionnaire à l'école d'enseignement ménager des Sœurs de la Congrégation Notre-Dame, à Rivière-Ouelle.

Entre 1940 et 1945, elle habite à Québec, Montréal et Shawinigan.

Elle rentre chez les Sœurs de la Charité d'Ottawa en vue de devenir religieuse, le 15 janvier 1945.

Le 2 janvier 1946, Rachel Voyer entre au noviciat des Sœurs de la Charité d'Ottawa.

Le 4 janvier 1947, elle fait ses vœux temporaires sous le nom religieux de Sœur Louis-Camille.

Le 4 janvier 1950, sœur Rachel prononce ses vœux perpétuels dans la congrégation des Sœurs de la Charité d'Ottawa.

Dans les années 1980 et 1990, elle habite la maison Béthanie, à Pointe-du-Lac, en Mauricie.

Sœur Rachel Voyer décède à Ottawa le 12 février 2012. Ses funérailles sont célébrées le 16 février 2012, à la chapelle de la maison mère des Sœurs de la Charité d'Ottawa, à Ottawa. Elle est inhumée au cimetière Notre-Dame à Ottawa.

Soeur Rachel Voyer

Soeur Rachel et une infirmière, à l'hôpital de Buckingham, en mars 1961

Chapelle de la maison Béthanie, à Pointe-du-Lac

Le cimetière Notre-Dame, à Ottawa

Chapelle des soeurs de la Charité, à Ottawa

La maison Béthanie, à Pointe-du-Lac

Le Droit, 5 janvier 1946


LE PRÉSENT DU PASSÉ : Sœur Angèle : derrière la vedette, une femme de Dieu

Sœur Angèle : derrière la vedette, une femme de Dieu

Grand était le défi pour un journaliste de faire parler Sœur Angèle sur sa vie intérieure. Derrière ce petit bout de femme se cache une Marguerite Bourgeoys, une Jeanne-Mance, une Mère d’Youville peut-être. Ses entrailles révèlent une spiritualité riche qui dérange et désarme. Dès que nous nous sommes retrouvés entre nous, le climat est devenu peu à peu intimiste. Sans m’en rendre compte, le reporter disparaissait et deux âmes se rencontraient. Cette dame m’a remis en question.

par Benoit Voyer

Sa résidence du Boulevard Saint-Joseph à Montréal n’a rien de celles des étoiles hollywoodiennes. C’est la maison familiale, la demeure de l’Institut Notre-Dame-du-Bon-Conseil. Au troisième plancher, un logement où elle habite avec quelques filles de Marie Gérin-Lajoie. Point de richesses : une table qui vient d’ici, des chaises qui viennent d’ailleurs, un fauteuil qui a été donné par le Cardinal Léger. Près de moi, une nonne affairée prend le temps de vivre.

« Mon action quotidienne, raconte cette religieuse de 55 ans, c’est ma prière. Quand je m’en vais dans le métro, les gens me parlent et disent souvent : “Sœur Angèle, allez-vous penser à moi?”, l’autre jour, je descends en bas pour porter les poubelles et un monsieur, en me voyant, arrête sa voiture, ouvre la vitre, me dit : “Bonjour Sœur Angèle! Vous êtes le soleil de ma journée!” Qu’est-ce que tu voulais que je réponde. J’ai finalement envoyé : “je vais penser à vous aujourd’hui!” »

Ces rencontres humaines l’inspirent. De nombreuses personnes lui disent : « Priez pour moi! Vous, vous êtes capable de parler à Dieu, moi je suis nul pour le faire. » Ceci l’amène à intercéder pour ces individus. Les demandes sont nombreuses : l’un pour la santé, l’autre pour du travail. Quand je fais mes exercices spirituels, mon bréviaire, mes prières, poursuit celle qui a de jolis yeux bleus, et que j’ai eu une cinquantaine de requêtes dans ma journée, je les mets ensemble et j’offre cela au Seigneur. Ainsi, je prie vraiment pour la société qui est malade et qui souffre. Elle fait, comme St Ignace de Loyola, de la « contemplation », c’est-à-dire de son action, sa contemplation et de sa contemplation, son action.

Don de soi
Elle ne garde pas ses cachets professionnels pour elle-même. Celle qui a connu la guerre étant petite les donne à sa congrégation. Quand elle a besoin de sous pour ses besoins, une demande à la responsable de l’administration de la maison suffit. De cette façon, elle vit sa promesse de pauvreté. « Je donne à la communauté comme toi tu as un compte pour tes marmots, lance Angèle. Y-a beaucoup d’artistes que ça choque. C’est ma façon de soutenir ma famille religieuse. Il y a des sœurs qui ne travaillent pas à l’extérieur, d’autres qui sont malades. Demain, ce sera moi qui en aurai peut-être besoin. Les gens ne le saisissent guère de cette façon, ils ne perçoivent cela que d’un point de vue individualiste. Parce que j’ai une vie publique, j’aurais le pouvoir d’avoir plus d’argent en poche qu’une autre. Non, chacune d’entre nous a le même droit. Si une personne travaille dans une maison et n’a jamais gagné 5¢ de sa vie, elle est encore plus méritante que je peux l’être. À chaque jour, elle fait comme n’importe qui, elle prend le métro et l’autobus. Elle n’a point d’automobile bien à elle. Quand Sœur Angèle en a besoin d’une, elle réserve celle de la communauté où les gens viennent la chercher.

Il lui faut, à chaque jour, refaire ce profond renoncement car, elle sait fort bien, la machine du show-business pourrait l’emporter. « C’est un détachement qui ne me dévalorise pas, affirme la femme de Dieu, mais qui me grandit. Je ne m’attache pas au matériel, je vis librement ce qu’il y a en moi. J’apprécie les artifices, je les trouve jolis. Mais ce ne sont pas des choses que je dois absolument avoir. Ce qui me suffit, c’est de pouvoir me donner un peu d’oxygène ».

La vie intérieure est sa seule richesse qui est secrète. Ils peuvent tout lui arracher, mais ils ne pourront point lui enlever cela. Pour elle, le bonheur il est en soi.

« À chaque jour qui passe, révèle-t-elle, tu te détaches d’un jour de ta vie et on en a qu’une. Chaque matin qui se lève est une préparation vers la fin. Le temps c’est un don gratuit et il faut l’utiliser au maximum ».

Relations artistiques
« Une sœur à la télévision c’est un peu loufoque! » lui ai-je lancé promptement. « Tu penses ça toi ! a-t-elle rétorqué sans tarder. Les artistes m’aiment bien gros! Avec eux je n’ai aucun problème. Je pense qu’il y a chez ces hommes et ces femmes-là, même s’ils n’ont pas tous la foi, un grand respect envers moi. Je n’ai pas à les juger. Quand ils se confient à moi, je me fais discrète. Ce qui est important à mes yeux, c’est la personne et ce qu’elle fait. Je rentre dans leur jeu et eux se sentent complices. À la télévision, je suis Sœur Angèle, je n’ai pas de personnage à jouer. Pour eux, c’est plus difficile parce qu’il faut en créer.

Il y a quelque temps déjà, l’équipe de “sans limites”, qui aimait bien se moquer d’elle, lui a envoyé une carte d’anniversaire faite à la main. Ils écrivaient : “On vous remercie de tout ce que vous nous offrez. On vous aime beaucoup. Signé : les 3 feuilles de trèfle.” Pour elle ces petits gestes sont importants.

Dans la colonie artistique, la joviale religieuse est très respectée. Quand il y en a un qui est déplacé, elle le sait rapidement. Ce n’est pas elle qui intervient. Cette politesse est exigée par les autres artistes qui se chargent eux-mêmes de veiller sur elle. Il est très rare qu’elle s’aperçoive des gestes de ceux qui la protègent. Cela se fait très discrètement.

Il y a des gens qui partent en mission pour des pays lointains. Pour Sœur Angèle, c’est le Québec. Ce travail c’est sa mission.

Noel
Puisque c’est le temps des fêtes, la sœur italienne du Bon Conseil invite les gens à se rassembler pour partager ensemble. Pour elle, c’est tellement simple : il suffit que chaque membre de la famille apporte un plat qu’il a lui-même cuisiné de ses mains. Cette forme de cadeau est une façon d’exprimer son amour pour les autres. De cette façon la table des festivités ne sera plus la même. Chacun doit le faire selon ses talents et ses capacités. L’art de Noël c’est le partage.

« À table, conseille la chef renommée, nous ne devrions jamais avoir de discussions. C’est l’endroit du festin. En ce lieu, il faut avoir beaucoup le sens de l’humour. Toutes les choses qui sont comiques et qui n’attaquent personne sont à raconter. Il faut aussi s’intéresser aux autres. On ne prend jamais le temps de demander à l’autre ce qu’il fait. Je suis persuadée que si je lui demande quelque chose sur toi, il ne le sait pas. On s’informe. Pas par curiosité. C’est simplement une façon de vivre quelque chose que lui vit. Attention, on ne parle pas d’argent, pas d’affaires de famille et surtout pas de politique! Enfin, il ne faut pas oublier de dire à l’autre qu’on l’aime beaucoup. »

Quand il n’y a pas de sujets pour « placoter », la recette miracle de Sœur Angèle est de chanter des petites ritournelles de Noël. Mettre des mots sur la table ne peut qu’aider. « Et, tout à coup, conclut-elle, au milieu du repas, tous commencent à parler... »

(Revue Notre-Dame du Cap, décembre 1993, pp. 10 à 12)