C'ÉTAIT LE PRÉSENT DU PASSÉ: Une paroisse catholique chez les protestants


Une paroisse catholique chez les protestants

GRANBY- Depuis 26 ans, le temple de l'Église Unie de Granby accueille sous son toit la communauté catholique anglophone de cette ville. Il s'agit d'une première dans l'histoire religieuse du Québec. Depuis 10 ans, le révérend Tom Edmond's, le pasteur protestant, et l'abbé Gérald Ouellette, le curé catholique, vivent une relation particulière. L'année dernière, ils soulignaient leur 25e anniversaire de vie commune. À cette occasion, un grand banquet regroupait 150 personnes des deux communautés dans un hôtel de la région

Les relations œcuméniques entre ces deux Églises officielles sont à imiter. Ce genre d'unité pourrait être un modèle à suivre au long des années difficiles qui sont à venir pour l'Église québécoise.

À l'époque, les Catholiques anglophones cherchaient un endroit pour se rassembler. La tradition populaire locale raconte qu'ils voulaient garder leur autonomie linguistique et que les francophones voulaient les assimiler, les intégrer à leur structure.

«Ils sont finalement allés chez les anglicans qui n'étaient pas très chauds à l'idée de les recevoir. L'Église Unie a été plus ouverte», dit Gérard Ouellette de la paroisse catholique.

Ce temple est le lieu indiqué pour une communauté chrétienne de cette importance : 250 membres sont inscrits au registre paroissial. À la messe du dimanche, il y a une moyenne de 85 personnes.

Chez le groupe protestant, il y a 136 familles (218 fidèles). Environ 70 paroissiens vont à l'eucharistie mensuelle et les autres dimanches, c'est plus bas. «La population anglophone de la région est démographiquement à la baisse», précise Tom Edmond's.

À chaque dimanche, il y a des célébrations pour les ouailles des deux Églises. À 9h30, les catholiques ont la messe et, à 11 heures, c'est le rassemblement de la communauté protestante. «Un jour je ferai un vidéo parce que c'est très drôle ! Après la messe de 9h30, les statues de Marie et de Joseph, le crucifix ... les ornements des catholiques sont enlevés et sortent du lieu de prière. Pendant ce temps, les membres de ma communauté installent les nôtres. Cela se fait en 10 minutes!», raconte en riant le sympathique Tom Edmond's.

Gestes œcuméniques
Oecuméniquement, les deux leaders spirituels s'échangent sporadiquement des prédications. L'abbé Ouellette fait le commentaire évangélique chez les protestants et le révérend Edmond's l'homélie chez les catholiques.

Le secteur des affaires sociales est le meilleur point de ralliement entre les deux groupes. Au mois de février dernier, Pierre Horan, un diacre catholique, l'abbé Gérard Ouellette, le révérend Tom Edmond's, Jean Leroux, le député fédéral du comté de Shefford et la modératrice de l'Église Unie du Canada ont pris un repas ensemble. La modératrice qui habite la province de la Colombie-Britannique était de passage au Québec pour visiter les communautés de l'Église Unie du Québec. Tom Edmond's se dit préoccupé par les relations entre francophones et anglophones. Le but de ce rendez-vous était de créer un lieu de partage entre groupes linguistiques «Il y a des contacts entre anglophones et francophones, mais il n'y a jamais de rencontres officielles entre les deux communautés linguistiques», précise-t-il.

Lors de la semaine de prière pour l'unité des chrétiens, il y a toujours une célébration conjointe entre les Église anglicanes, catholiques et Unies de cette municipalité. Un moment de choix pour prier ensemble.

Depuis quelques années, l'abbé Ouellette organise un pèlerinage œcuménique en collaboration avec le Comité foi et culture Granby et région. La visite de temples de différents dénominations religieuses ouvre des perspectives nouvelles chez les pèlerins.

Enfin, ils ont un groupe commun de réflexion sur les relations entre parents et enfants.

Les mariages
Le secteur des mariages pose un problème entre l'Église Unie et le catholicisme. De nombreux couples catholiques, particulièrement des divorcés, tentent de se marier auprès de pasteurs de l'Église Unie.

«La conception du mariage n'est pas la même dans les deux Églises», explique le révérend Edmond's. «Pour les catholiques, l'union est indéfectible. Le mariage est un sacrement qui engage jusqu'à la mort. Pour l'Église Unie, l'union des époux est une façon d'entrer dans le mystère de Dieu qui est présent en soi. C'est une célébration du mystère. Il faut la vivre et non la comprendre».

Contrairement à plusieurs pasteurs de son Église, il refuse de marier des Catholiques par respect œcuménique et parce que le mariage est pour lui un événement communautaire. Il accepte sans hésiter de coprésider avec un prêtre catholique des unions entre membres des deux groupes religieux.

Benoît Voyer

(Revue Sainte Anne, juillet-août 1996, pages 294 et 295)

21 novembre 2025

EN BREF


VITRAUX:
L’œuvre de Ninchiri m’a toujours impressionné. Dans la bibliothèque du Parlement, sur la colline parlementaire, à Québec, il est possible d’admirer le vitrail « Je puise mais n'épuise », installé à cet endroit en 1916. Il a été réalisé par le peintre Guido Nincheri et le maître verrier Henri Perdriau, selon une maquette de Charles Huot. L’oeuvre montre une femme qui revient puiser de l'eau, devant la chute Ouiatchouan, à Val-Jalbert (devenu Chambord), au Lac-Saint-Jean. La femme symbolise l’étude et l’eau la science. (BV)

HISTOIRE: Un 22 novembre qui changera la vie d’Éric Duhaime

Éric Duhaime, chef du Parti conservateur du Québec

Un 22 novembre qui changera la vie d’Éric Duhaime

Par Benoit Voyer

21 novembre 2025

Le 22 novembre 2020, l’animateur et commentateur Éric Duhaime, bien connu à la radio de Québec, annonce qu’il se présentera à la chefferie du Parti conservateur du Québec, en vue de succéder à Adrien Pouliot.

Avec des amis, réunis presque clandestinement dans son sous-sol, avec quelques organisateurs et quelques bouteilles de vin, ils décident de partir à l’aventure. Cette décision changera ma vie.

Le 22 novembre 2024, sur X, Éric Duhaime raconte : « C’était une époque folle, où je ne pouvais pas me rendre dans un studio de télé ou de radio pour en faire l’annonce, encore moins nous rassembler dans une salle avec quelques centaines de partisans. Nous étions néanmoins fiers de nous tenir debout pour défendre la démocratie, nos droits civiques et nos libertés individuelles, alors que le gouvernement Legault brimait tous nos droits et libertés, après avoir mis la démocratie sur pause. On n’avait aucune espèce d’idée combien de Québécois partagent nos valeurs. Ça n’avait pas tant d’importance. On offrait une alternative politique et démocratique à tous ».

Le 17 avril 2021, il devient chef du Parti conservateur du Québec.

LE BALADO: Paul-André Comeau


PAROLE DE Marcelle Gauvreau

NATURE: Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby


Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby

IL FAIT TOUJOURS BEAU: André Mathieu


 

C'ÉTAIT LE PRÉSENT DU PASSÉ: On lui confie un poste à l'Assemblée des Évêques du Québec


Il voulait travailler auprès des marginaux


On lui confie un poste à l'Assemblée des Évêques du Québec

MONTRÉAL - «je voulais, en sortant du milieu où je besognais, aller travailler auprès des marginaux, car j'avais accumulé plusieurs années d'expérience auprès de ces personnes», dit Guy Saint-Onge, le nouveau secrétaire général de l'Assemblée des évêques du Québec (AÉQ).

Lors de sa nomination, il n'a pas hésité à lancer à la blague aux bergers diocésains : «Ce n'est pas avec cette sorte de marginaux que je voulais aller travailler!» Une façon de dire aux évêques qu'ils le sont parfois.

Il ne s'attendait pas à cette offre. Un certain soir, il reçoit un appel téléphonique d'un membre du comité de sélection de l'AÉQ : «Vu que tu es en année sabbatique et que nous cherchons un secrétaire général ... Nous faisons appel à tes services. Il faudrait y penser ... »

Il n'a jamais postulé pour ce travail. Étant déjà connu des évêques, la proposition est venue d'elle-même.

Guy Saint-Onge est membre des Frères de Saint-Gabriel depuis 1951. En 1970, il devenait prêtre. Il fut supérieur de sa congrégation durant quinze ans. Sa fonction le conduisit à la présidence de la Conférence religieuse canadienne (CRC) pendant quatre ans et de la section québécoise de la CRC au long de quatre autres années

«La CRC m'a amené à participer aux réunions plénières de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) et à des comités d'évêques et de religieux. C'est là que j'ai eu l'occasion de connaître presque tous les évêques», raconte-t-il.

Son travail
La majorité des dossiers de l'AÉQ passent entre ses mains. Il coordonne plus d'une douzaine de comités où la cueillette d'informations et de commentaires se fait. Ces tables thématiques regroupent des évêques et des spécialistes laïques qui réfléchissent ensemble à différents dossiers d'actualité. La plupart des événements de la société québécoise trouvent un écho à l'Assemblée. Il est aussi secrétaire de groupes comme le Conseil exécutif de l'AÉQ., la Fondation de l'AÉQ et de l'Office de la catéchèse du Québec. Il passe la moitié de son temps en réunions.

«L'AÉQ est un lieu d'échanges permanent», explique le religieux. «Si tu voyais le monde qui passe ici ! C'est presque le Gare Windsor! Il y a régulièrement des rencontres»

Il n'a pas peur de souffrir de «réunionnite» (la maladie des réunions). Il connaît ce genre d'emploi. Pendant 20 ans, son travail en communauté lui a imposé des centaines de réunions. Est-ce qu'il y a un danger à trop en faire? «L'inertie est à surveiller !» insiste-t-il.

Il poursuit : «Cela nous ramène au problème de la communication. Si les évêques se réussissent autant, c'est qu'ils sont soucieux de bien communiquer entre eux pour trouver ensemble des solutions et, aussi, pour être capable de communiquer avec le public. Ils veulent que leur parole soit nuancée.»

Communication
Est-ce que l'Église sait vraiment communiquer avec le monde d'aujourd'hui ? «Elle est en train d'apprendre. Plus on est proche de la base, mieux ça va. Pour un curé ou un animateur de pastorale dans un petit milieu, c'est relativement facile. Quand on travaille au Vatican et qu'on s'adresse à l'univers, la pédagogie est très difficile à trouver et souvent on a l'impression de ne pas la trouver. Des fois, ce n'est pas le message qui fait défaut, mais la façon de le présenter», explique Guy Saint-Onge.

Il trouve que les évêques du Québec s'améliorent, car ils se donnent des moyens. Ils se font régulièrement conseiller par des spécialistes. Cependant, il remarque que dans l'écrit, il reste beaucoup à faire. Pour lui, la façon de livrer le message est souvent trop magistrale.

Benoît Voyer

(Revue Sainte Anne, juin 1996, page 251)

20 novembre 2025

LE BALADO: Dieu se cache a Auriesville


IL FAIT TOUJOURS BEAU: Allie Sherlock


PAROLE DE René Lévesque

NATURE: Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby


Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby

C'ÉTAIT LE PRÉSENT DU PASSÉ: Le Synode de Montréal - On lance une commission consultative


Le Synode de Montréal

On lance une commission consultative

MONTRÉAL - Au long du mois de mai, le Synode de Montréal tiendra une Commission consultative dans les différentes zones pastorales du diocèse. L'Église de Montréal souhaite connaître l'avis des regroupements du milieu quant à la manière d'améliorer sa façon d'être et d'agir pour mieux jouer son rôle dans la société.

C'est aussi pour créer des liens étroits entre les préoccupations de ses partenaires et l'idéal de l'Évangile qu'elle cherche, et pour cerner les véritables besoins des associations, des individus et des communautés chrétiennes. Une manière de poser un regard sur les pratiques pastorales actuelles et les réaménagements pastoraux à apporter.

«La Commission consultative invite la population à venir approfondir avec nous sa foi et partager ce à quoi elle s'attend de l'Église, au sens qu'elle donne à son enseignement et aux valeurs qui soustendent et comment elle va donner d'elle-même, participer, aider à la recherche d'un chemin vers l'avenir où toutes les générations sentirons leur capacité de croire», disait Louise Brais-Vaillancourt lors d'un point de presse.

L'opération sera dirigée par les deux coprésidents de l'Assemblée synodale, Joseph Giguère du Centre Saint-Pierre et Louise Brais-Vaillancourt, une gestionnaire. Une vingtaine de commissaires provenant de divers secteurs d'activités et des zones pastorales de l'archidioèse les accompagneront dans leur démarche.

Les audiences publiques débuteront le 1er mai au Jardin botanique et devraient se terminer le 26 mai. Il n'est plus possible de s'inscrire pour faire entendre ses opinions, mais jusqu'au 10 juin, le public peut envoyer des mémoires. Tous peuvent assister aux audiences.

Les thèmes présentés seront développés, analysés et discutés l'an prochain par les équipes synodales. Ce travail préparera l'étape finale du Synode. Il s'agira de soumettre des propositions concrètes à la réflexion de l'Assemblée synodale qui sera présidée par l'archevêque de Montréal, le cardinal Jean-Claude Turcotte.

Ce dernier est heureux du résultat de la première étape du Synode. Le questionnaire lancé en octobre 1995 et traduit en douze langues a été utilisé et envoyé au secrétariat par plus de 35 000 personnes. L'âge moyen des répondants est de 53 ans. Ce chiffre est nettement inférieur à la moyenne de la clientèle qui fréquente les liturgies dominicales. Actuellement, un peu plus de 15 000 réponses personnelles ont été traitées.

De son côté, la ligne téléphonique spéciale enregistre déjà plus de 600 appels. C'est l'état d'insécurité, d'isolement, de détresse psychologique et les problèmes des jeunes qui n'ont plus d'horizons et qui n'ont plus de sens à leur vie qui impressionnent les coprésidents.

Benoît Voyer

(Revue Sainte Anne, mai 1996, pages 200 et 201)

19 novembre 2025

LE BALADO: État de la recherche sur René - Étienne Voyer


VISION CATHOLIQUE: Le vénérable Ovide Charlebois


Le vénérable Ovide Charlebois

Par Benoit Voyer

19 novembre 2025

Le 17 février 1862, à Oka, au Québec, naît Ovide Charlebois, fils de Hyacinthe Charlebois et Émélie Lane. Il est le descendant du Français Jean Charlebois (1666-1733), originaire de Bordeaux. Ovide est le septième enfant d’une famille de quatorze.

En 1864, il déménage avec ses parents, ses frères et ses sœurs à Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson.

L’école étant située à huit kilomètres de chez lui, il ne peut guère la fréquenter. C’est sa mère qui lui donne les rudiments de base en lecture, en écriture et en mathématique.

Lors de sa confirmation, l’évêque de Montréal, Mgr Édouard Fabre, le remarque et le recommande au collège de L'Assomption. Une bienfaitrice paie sa pension.

Lors de ses études, il ambitionne de suivre les traces du père Albert Lacombe, O.M.I., grand missionnaire dans l'Ouest canadien.

En 1882, il entre chez les Oblats de Marie Immaculée, communauté fondée par saint Eugène de Mazenod.

Le 17 juillet 1887, il est ordonné prêtre par le vénérable Mgr Vital Grandin, o.m.i. Ce dernier l'envoie à Cumberland House, son futur poste d'attache. Ainsi, pendant seize ans, Ovide Charlebois vit chez les autochtones. L’apprentissage des langues des peuples Cree et Montagnais sont difficiles pour lui. Cela ne l’empêche pas d’être maître d’école et juge de paix.

Depuis sa petite enfance, Ovide est très habile de ses mains. En mission, il se distrait en bâtissant une chapelle et une petite maison où résider. Aussi, il bâtira une douzaine de chapelles, presbytères et écoles. À la hache, à l'égoïne ou à l'équerre, il est difficile à égaler. Il se fait à la fois architecte, entrepreneur et manœuvre. De plus, il fabrique des fours à chaux, et, avec ceux-ci, les briques nécessaires à ses constructions.

Vivant avec des peuples nomades, l'alphabétisation et l'évangélisation sont des tâches difficiles à réaliser. Pour rejoindre chacun, il entreprend de rudes randonnées.

L’hiver, il souffre « du froid qui brûle », sa gorge est souvent au vif à force de crier les chiens de traineau et il a les bas imbibés de sang à cause des engelures et des blessures.

L’été, c’est le supplice des maringouins et autres insectes. Dans ces grandes forêts sauvages, les petites bestioles le dévorent sans merci. Il note avec humour dans son journal : « Je désire devenir martyr des maringouins, sûr d'éviter le purgatoire. »

À plusieurs reprises, il est la victime des poux. C’est un vrai supplice pour le religieux et tout un défi pour se débarrasser d’eux.

Sa vie dans ces grandes forêts primitives sera un véritable chemin de croix pour lui : « Le chemin est devenu ma résidence, je suis tanné de me barauder, toujours exposé à m'égarer ou m'engloutir. »

Le 8 août 1910, Ovide Charlebois est nommé vicaire apostolique de Keewatin et évêque titulaire de Bérénice, une ancienne cité d’Égypte. Le 30 novembre 1910, il est sacré évêque par Mgr Adélard Langevin, archevêque de Saint-Boniface. Ce dernier est également membre des Oblats de Marie Immaculée.

Le 7 mars 1911, il est installé vicaire apostolique de Keewatin. À peine arrivé à Le Pas, en Saskatchewan, il entreprend une grande visite de son vicariat apostolique à travers les sentiers en forêt et les rivières. Son voyage en canot dure cinq mois : Un peu plus de 4800 kilomètres, 80 portages, 23 couchers à la belle étoile, mal de mer, risques de naufrage, « sans même avoir fait le tour de sa paroisse », pour reprendre ce qu’il écrit dans son journal.

Faute de ressources, il bâtit lui-même sa nouvelle cathédrale et son nouvel évêché, deux œuvres qui sont faites en rondins mal équarris, rapidement bousillés.

Exposant son état d’âme, il note : « J'accepte déceptions, ingratitude, privations et maladies en vue du martyre. Je me considère sur un bûcher où je brûle à petits feux. Je tousse comme une vieille moutonne, j'ai hâte de déposer le harnais, que je trouve de plus en plus lourd. »

Le 20 novembre 1933, Mgr Charlebois meurt dans le dénuement le plus complet, n’ayant rien gardé pour lui. Il a 73 ans. Il demande « des obsèques de pauvre ». Son cercueil coûte 40$ et il sera inhumé dans le cimetière de La Pas.

En 1955, ses restes sont exhumés et transférés dans la crypte de la nouvelle cathédrale de Keewatin-Le Pas, en Saskatchewan.

En novembre 2019, Ovide Charlebois est déclaré vénérable par le pape François.

PAROLE DE René Lévesque

NATURE: Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby


Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby

IL FAIT TOUJOURS BEAU: Amylie


C'ÉTAIT LE PRÉSENT DU PASSÉ: Le Renouveau charismatique 1 de 4


Depuis 1973, nombre de catholiques pratiquants québécois - 20,000, dit-on - adhèrent au Renouveau charismatique. C'est un mouvement qui embrase les cœurs d'une manière spontanée et qui développe, chez les participants, l'expression de "charismes", c'est-à-dire de dons particuliers à chacun. Le Mouvement, dont la Mecque se trouve dans les Cantons de l'Est à Granby nommément est actuellement en croissance et commence à prendre forme à Montréal même. Les grandes lignes de son évolution sont décrites dans les quatre articles dont la publication commence aujourd'hui.


Une croyance née aux USA

Par Jean-Pierre Bonhomme


Malgré que la pratique religieuse catholique québécoise soit en chute libre - une baisse de 80 à 30 pour cent depuis 10 ans - il se produit aujourd'hui sur tout le territoire une étonnante flambée de croyance populaire qui embrase les cœurs et qui ne manque pas de rendre perplexe une majeure partie de la population.

Il s'agit de la naissance, en 1973, et de la propagation rapide, depuis, d'un mouvement à tendance pentecôtiste, qui se nomme le Renouveau charismatique ou, plus officiellement, l'Assemblée canadienne francophone du Renouveau charismatique catholique.

Le brasier charismatique québécois est loin d'être un phénomène ordinaire. La vague d'émotivité qu'il suscite touche maintenant plus de 20,000 adhérents répartis dans quelque 500 groupes et réunissant, en gros, de 40 à 300 personnes chacun. Ces groupes sont répartis sur tout le territoire, mais c'est dans les régions des Cantons de l'Est et de la ville de Québec qu'ils sont les plus nombreux. Ainsi on en compte 150 à Québec et une cinquantaine dans chacune des deux régions de Sherbrooke et de Trois-Rivières. La ville de Montréal, elle, n'en compte qu'une soixantaine, dont vingt de culture anglaise mais cela serait dû uniquement au fait que les paroisses montréalaises n'ont pratiquement plus de vicaires pour s'occuper des bonnes œuvres: 90 paroisses montréalaises ne comptent maintenant qu'un seul prêtre, le curé, et la présence des prêtres aux assemblées charismatiques est depuis peu pratiquement devenue nécessaire.

Pour avoir une idée précise de la rapidité de la croissance du mouvement citons le cas de la ville de Sherbrooke où il n'y avait que deux groupes charismatiques en 1973. L'année suivante, y en avait 24; aujourd'hui cinquante groupes se réunissent une fois la semaine pour accueillir "l'Esprit du Seigneur Jésus". C'est donc dire que, depuis 1973, le nombre des charismatiques sherbrookois double annuellement. A ce rythme toute cette région de l'Estrie devrait être "convertie" en moins de dix ans.

Le guru international Régimbald

D'autant que la Mecque charismatique n'est pas bien loin de Sherbrooke. Elle se trouve effectivement à Granby, à la maison de retraite des Pères Trinitaires et a "l'école de formation" L'Eau-Vive, situées dans des quartiers petit-bourgeois de cette ville du diocèse de Saint-Hyacinthe. C'est là qu'agit et œuvre le Père Jean-Paul Regimbald le guru international du Mouvement.

Le Trinitaire Régimbald, actif comme deux maires Drapeau, ne manque pas de souligner, justement, que le Mouvement charismatique est international, qu'il a pris pied dans 52 pays, des auteurs mentionnent le chiffre de cent pays, et qu'il parcourt lui-même le monde à titre de prédicateur. Il s'enorgueillit particulièrement, par exemple, d'avoir prêché une retraite, le mois passé, à quelque 2000 hommes d'affaires dans un grand hôtel du centre-ville de Toronto.

Dans un récent volume sur le "Pentecôtisme chez les catholiques" le chroniqueur religieux du quotidien parisien "Le Figaro", M. René Laurentin, soutient pour sa part que le Mouvement néo-pentecôtiste catholique, c'est-à-dire le Mouvement issu de la tendance pentecôtiste protestante, "atteint largement le demi-million de personnes à travers le monde à la date de 1974" et il cite des témoignages à l'effet que la progression géométrique est "de l'ordre d'un doublement annuel". Il souligne particulièrement que le Renouveau charismatique a pris les proportions d'un raz de marée à Porto-Rico où "des paroisses entières sont engagées dans le style communicatif du pays": il cite également, le cas du Québec où "un rassemblement improvisé, en juin 1974, a réuni plus de 8,000 personnes" (å l'université Laval de la capitale).

Le Renouveau charismatique, ou le Mouvement catholique de Pentecôte, comme on dit parfois en France, est né en 1967 chez des universitaires de Pittsburgh, chez des professeurs de l'université de Duquesne, précisément; des professeurs qui avaient exprimé le besoin de prendre contact avec "la Bible, l'Esprit saint et les charismes". L'idée s'est ensuite propagée chez les universitaires de l'Université Notre-Dame, dans l'Indiana, à tel point que les rencontres annuelles ont progressé la exponentiellement pour grouper 30,000 personnes en 1974.

LUNDI:
La foi sauvage des gens ordinaires




(La Presse, samedi 20 décembre 1975, p. A5)

18 novembre 2025

LE BALADO: la petite histoire du renouveau charismatique catholique au Québec, de 1967 a 1988.


VISION CATHOLIQUE: Un mercredi rouge en mémoire des chrétiens persécutés


Un mercredi rouge en mémoire des chrétiens persécutés

Par Benoit Voyer
18 novembre 2025

Le nombre de chrétiens persécutés connait une progression considérable autour de la planète. La situation est inquiétante. C’est ce que révèle l’Aide à l’Église en détresse (AED) dans son document biennal « Persécutés et oubliés ». Rapport sur les chrétiens opprimés pour leur foi 2022-24 », publié en 2024. Dans sa présentation, l'organisme lance un véritable cri du cœur en écrivant que « l'augmentation de la violence religieuse à l'encontre des chrétiens est plus forte que jamais ». 

La fondation pontificale a mené une recherche dans 18 pays clés, notamment en Amérique latine et en Extrême-Orient. Les auteurs des persécutions sont parfois des États, des institutions publiques ou des groupes privés, notamment des extrémistes religieux et des groupes criminels.

En plus de montrer l’ampleur du problème, l’étude met au grand jour la diversité des actions contre les croyants : des arrestations de plus en plus fréquentes sur la base d'accusations de blasphème à l'encontre d'autres religions, la réinstallation forcée ou l'expulsion, la dévastation ou la confiscation des lieux de culte, la conversion et le mariage forcés, l'intimidation et l'enlèvement et la promotion d'informations offensantes et fausses sur les chrétiens.

On voit aussi des cas de double application du droit qui obligent les chrétiens à des restrictions plus importantes que les adeptes d'autres religions ou des lois qui interdisent la conversion au christianisme.

Les auteurs écrivent que la migration des chrétiens et la privation des droits civils « soulèvent des questions quant à la survie à long terme de l'Église dans les régions clés ». 

Il souligne que les persécutions les plus difficiles se sont déplacées du Moyen-Orient vers les pays africains. Il est noté qu'en Syrie, où il y avait jadis plus de 1,5 million de chrétiens avant 2011, il y en a de nos jours seulement 250 000 et qu'en Irak ils représentent actuellement moins de 0,5 % de la population.

Le rapport contient de nombreux témoignages de victimes. Au fil des ans, j’en ai également entendu plusieurs.

Au Guatemala
Un beau jour de 1980, le père François Lapierre [1], de la Société des prêtres des missions étrangères, trouve sous sa porte une lettre au ton impératif : « Si dans les 48 heures vous n’êtes pas sorti du pays, nous devrons vous supprimer. » Sans tarder, il se rend chez son évêque pour lui demander conseil. Une quinzaine de prêtres viennent d’être tués. Ce sont les semaines les plus sanglantes de la guerre civile qui sévit au Guatemala. Le prélat n’hésite pas un instant et va lui-même le reconduire à la frontière du Honduras où François Lapierre restera jusqu’en 1983.

« En allant le rencontrer, je me disais : si j’ai des indications claires que je dois rester, je vais rester ! » se soutient-il.

C’est en 1979 qu’il arrive avec une équipe de prêtres et de laïcs au Guatemala pour y travailler. Le Guatemala vit une guerre civile très importante. L’expérience est très difficile pour ces personnes installées dans la région où il y a un affrontement entre l’armée et la guérilla révolutionnaire qui combat le régime établi. Raoul Léger, un Acadien faisant partie du groupe de Canadiens, y a même laissé sa peau. Son exécution marquera à jamais la vie de François Lapierre.

Lors des funérailles de Mgr Juan José Gerardi, qui sera aussi assassiné à cause de son implication dans la réalité des droits humains, il repensera beaucoup à son ami Raoul : « Je me suis rappelé notre expérience au Guatemala. Il y a eu des centaines de milliers de personnes qui ont été torturées, tuées ou déplacées. »

François Lapierre deviendra évêque du diocèse catholique de Saint-Hyacinthe, au Québec, de 1998 à 2017.

Au Soudan
Les chrétiens n’ont pas la vie facile au Soudan. Le problème ne date pas d’hier.

Le 7 août 1999, tard en soirée, le père Gilles Poirier [2], 57 ans, de la Société des prêtres des missions étrangères, descend de l’avion ou l’a fait monter, quelques heures plus tôt, le gouvernement du Soudan afin de l’expulser de son pays. Dans les couloirs de l’aéroport de Dorval, il est calme malgré la grande souffrance intérieure que viennent de lui infliger les dirigeants soudanais qui cherchent à restreindre toutes actions de l’Église catholique en terre soudanaise passée sous régime islamique.

L’ordre de partir arrive le 17 juillet 1999. Pendant trois semaines, il tente tout – avec l’avocat du diocèse où il habite – pour connaître les raisons qui poussent le gouvernement à l’expulser. Il va jusqu’à visiter les ministères un à un, sans jamais officiellement recevoir de réponse.

« Le motif, ils ne me l’ont jamais dit. J’ai été au ministère de l’Immigration et ils ont exigé que je quitte le pays. J’ai demandé quelles étaient les raisons de mon expulsion. Ils m’ont dit : “Nous, on est sous des ordres que nous exécutons. Nous ne savons pas les raisons.” J’ai demandé où je pourrais aller m’informer. Ils m’ont envoyé à la Sécurité d’État du ministère des Affaires sociales qui inclut les affaires religieuses. C’est à ce moment qu’a commencé mon pèlerinage d’un bureau à l’autre. Cela n’a pas donné de résultats », me racontait-il au printemps 2000 dans un entretien pour la Revue Sainte Anne.

Le 7 aout, il doit quitter le pays sous peine d’emprisonnement. Comme convenu, il se rend à l’Immigration. Des fonctionnaires soudanais l’escortent à l’aéroport pour s’assurer de son départ. Ce n’est qu’une fois à bord de l’avion qu’ils lui remettent son passeport : « On ne m’a jamais dit les motifs, sauf que nous savons à la longue ! Le gouvernement avait payé un informateur qui vivait dans notre communauté chrétienne. On lui a donné quelques sous en échange de renseignements… ».

Dans ce coin du Soudan, les missionnaires catholiques s’occupent de petits projets de développement. Les femmes y tiennent notamment un petit commerce pour apporter un peu de pain à la maison, le salaire des maris ne suffisant pas aux besoins de leurs familles.

Le père Gilles Poirier ajoutait : « Un nouveau projet que nous voulions établir voulait être un apport pour l’Église afin de permettre à un prêtre soudanais qui arrive pour nous remplacer d’avoir des possibilités financières pour continuer les œuvres. Nous avions des machines à moudre le grain dans un secteur, des restaurants dans deux secteurs et un petit magasin dans un autre coin. Un des hommes les plus engagés de l’Église locale ne payait pas ses engagements. Il n’apportait rien ! Avec le temps, on a dû sévir. Par esprit de vengeance, il m’a dénoncé au gouvernement sous de faux prétextes. »

Les gens du village connaissent cette histoire. C’est d’eux que les vraies raisons sont venues. Habituellement, c’est le silence sur les situations d’expulsion dans ce pays, mais cette fois, ce ne fut pas le cas à cause de la pression de l’Église. Le lendemain du départ de Gilles Poirier, l’affaire faisait la manchette des journaux soudanais, à la surprise du gouvernement. Celui-ci a répondu aux journalistes que le religieux a semé la haine entre les chrétiens et les musulmans, qu’il a fait de la corruption en donnant beaucoup d’argent – surtout aux étudiants afin d’alimenter la haine – et qu’il a été expulsé de plusieurs pays. Rapidement, le gouvernement a nié cette déclaration : « Nous n’avons pas dit cela ! »

« On m’a confirmé, lors des derniers échanges, que je serais réintégré. Cependant, je ne projette pas retourner immédiatement parce qu’il y a trop de douleurs et de conflits dans la paroisse où j’étais. Je ne suis pas assuré que mon retour soit une bonne chose pour l’instant », me confiait le prêtre des missions étrangères.

Mercredi rouge
Ce 19 novembre 2025, tous sont invités à avoir une pensée particulière pour les chrétiens persécutés. Le « Mercredi rouge » a pour objectif de rappeler que beaucoup de chrétiens vivent dans des régions où ils sont persécutés ou que d’autres minorités le sont.

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[1] Benoit Voyer, Les Témoins de l’essentiel, Éditions Logiques, 1998, pp. 153 à 163,
[2] Benoit Voyer, Les Témoins de l’essentiel, Éditions Logiques, 1998, pp. 103 à 106.

PAROLE DE René Lévesque

 


NATURE: Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby


Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby

IL FAIT TOUJOURS BEAU: Amy Winehouse


C'ÉTAIT LE PRÉSENT DU PASSÉ: La désinformation dans les médias


La désinformation dans les médias

Personne ne s'en étonnera : de nombreuses entreprises de communication au service des grandes entreprises, des partis politiques et de groupes de revendications utilisent la désinformation médiatique pour faire passer leurs messages et opinions.

Arnaud de Lassus de l'Action familiale et scolaire, organisme parisien, de passage au Canada, il y a quelque temps, appelle cela « le pouvoir des médias ».

« La désinformation est l'arme principale de la guerre idéologique », lance-t-il. Pour ce Français qui reprend les propos de Vladimir Volkoff, la méthode utilisée est simple. Elle s'exerce sur les foules. Elle ne se met jamais en place à contre-courant, c'est-à-dire que la cible doit être quelque peu complice du mensonge qu'on veut lui faire subir. Il faut donc adapter le discours selon le public ciblé. Elle exige du temps, parfois même des années, et elle agit à travers un ou –de préférence– plusieurs intermédiaires.

« On peut fort bien crier une chose et faire le contraire », dit M. de Lassus. « Pour peu qu'on crie assez fort, c'est le cri qui est remarqué si on a convenablement préparé l'opinion et l'acte passe inaperçu. La préparation une fois faite, on a même plus besoin d'orienter l'information : il suffit de la laisser raisonner. »

Il donne en exemple la guerre d'Algérie. Le 1ᵉʳ novembre 1954, au moment du début de l'action, les troupes algériennes comprenaient moins de 800 combattants avec seulement 400 armes et les conditions socio-économiques, politiques, historiques n'étaient pas du tout celles d'une situation révolutionnaire.

L'objet de la désinformation consistait donc à frapper les imaginations des habitants d'Algérie et de France en faisant croire à l'existence d'une puissante insurrection. Le moyen adopté fut qu'un petit nombre d'actes terroristes choisis en fonction de leur caractère spectaculaire soit choisi. Le tour est joué… et la guerre dure encore.

Plus près de nous, au Canada, il suffit d'observer dans les médias les propos échangés entre Québec et Ottawa su sujet de l'indépendance politique du Québec pour comprendre que les politiciens sont devenus les spécialistes de la désinformation.

Arnaud de Lassus explique que les médias sont les seuls capables de fabriquer une opinion publique sans qu'il y ait une foule rassemblée. Ils agissent sur chaque individu en particulier et isolément, tout en créant un phénomène collectif.

Information tendancieuse
La technique de désinformation utilise aussi l'information tendancieuse. Elle est soigneusement choisie et adroitement présentée.

Les douze principes généraux de cette méthode sont : la contrevérité non vérifiable, le mélange vrai-faux (un seul fait vérifiable peut en laisser passer d'autres qui ne le sont pas), la désinformation du vrai (la fausse objectivité), la modification du contexte, l'estompement (parler d'un événement ou d'un détail important comme d'un fait banal), les vérités sélectionnées, le commentaire appuyé, l'illustration (une photographie qui dit le contraire de l'article), la généralisation, l'omission pure et simple, le sondage tendancieux et la présentation trompeuse des statistiques et la désinformation par les titres.

Ne pas rester passif
Arnaud de Lassus demande à chaque personne qu'il rencontre d'être vigilante. Pour lui, il faut soutenir les organes d'informations sérieux, si possible les sources, et écrire aux médias pour replacer chaque situation de désinformation. Il invite à former son jugement critique en allant plus en profondeur que l'information diffusée par des lectures supplémentaires ou en consultant diverses sources sur le même sujet et en se donnant une bonne culture générale, surtout en histoire.

Il faut être vigilant afin de ne pas être manipulé par la désinformation.

Benoît Voyer



(Revue Sainte Anne, mai 2000, page 204)

17 novembre 2025

LE BALADO: Qui est le vénérable Clément-Marie Staub?


PAROLE DE René Lévesque

NATURE: Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby


Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby

IL FAIT TOUJOURS BEAU: André Gagnon


 

C'ÉTAIT LE PRÉSENT DU PASSÉ: Les cathos et les nouveaux rites funéraires


Les cathos et les nouveaux rites funéraires

L'Église indique qu'il est toujours préférable, au moment de la mort et des derniers hommages, d'inhumer le corps de la personne qui a trépassé, dans un cimetière ou un lieu sacré. Pourquoi le Saint-Siège se préoccupe-t-il des nouveaux rites funéraires ? La réponse est simple et complexe à la fois.


Dans une « Instruction de la Congrégation pour la Doctrine de la foi sur la sépulture », publiée ce 25 octobre 2016, l'Église indique qu'il est toujours préférable, au moment de la mort et des derniers hommages, d'inhumer le corps de la personne qui a trépassé, dans un cimetière ou un lieu sacré : « Suivant la tradition chrétienne immémoriale, l'Église recommande avec insistance que les corps des défunts soient ensevelis dans un cimetière ou en un lieu sacré ».

Elle ajoute : « En ensevelissant les corps des fidèles, l'Église confirme la foi en la résurrection de la chair et veut mettre l'accent sur la grande dignité du corps humain, en tant que partie intégrante de la personne, dont le corps partage l'histoire. Elle ne peut donc tolérer des attitudes et des rites impliquant des conceptions erronées de la mort, considérée soit comme l'anéantissement définitif de la personne, soit comme un moment de sa fusion avec la mère Nature ou avec l'univers, soit comme une étape dans le processus de réincarnation, ou encore comme la libération définitive de la "prison" du corps. »

Aussi, même si elle ne préfère pas cette option, l'instance qui aide le pape François en matière morale et éthique, ne dit pas non à l'incinération et à l’aquamation. Elle ajoute : « Là où des raisons de type hygiénique, économique ou social poussent à choisir l'incinération [...] l'Église ne voit pas de raisons doctrinales pour prohiber cette pratique ».

Le texte signé par le cardinal Gerhard Müller, préfet du dicastère au Vatican - l'équivalent d'un ministère au gouvernement du Canada -, et par Mgr Luis F. Ladaria, son secrétaire, implore les cathos à ne pas garder d'urne à la maison ou les restes d'un être cher à l'intérieur de souvenirs, bijoux ou autres objets. Et les invite sérieusement à ne guère disperser de cendres aux quatre vents, « dans l'air, sur terre, dans l'eau ou de toute autre manière ».

Pourquoi le Saint-Siège se préoccupe-t-il des nouveaux rites funéraires ? La réponse est simple et complexe à la fois.

Si on tente de simplifier, disons que ces dernières années sont apparues en Occident de nouvelles pratiques de type panthéiste, naturiste et nihiliste qui ne cadrent pas avec la tradition chrétienne. Celles-ci sont en contradiction avec la foi en la résurrection du Christ et de celle espérée par les chrétiens depuis 21 siècles.

Le sujet n'est donc pas d'un grand intérêt pour la personne qui n'est pas de confession chrétienne, mais il est au sommet des priorités pour le chrétien de tradition catholique ou autre qui désire avoir harmonie ou concordance entre ce qu'il croit et l'intégration concrète de cette croyance dans sa vie de chaque jour.

Si on veut mieux comprendre, il faut retourner aux sources de la chrétienté.

Le fondement du christianisme est la résurrection du Christ. Tout le second testament de la bible converge vers cette vérité de foi.

Dès sa première phrase, l'instruction « Ad resurgendum cum Christo » sur la sépulture des défunts et la conservation des cendres en cas d'incinération, on affirme haut la main cette idée maîtresse en citant une lettre de l'Apôtre Paul : pour ressusciter avec le Christ, il faut mourir avec le Christ, il faut « quitter ce corps pour aller demeurer auprès du Seigneur » (2 Co 5, 8).

Le document rappelle : « La résurrection de Jésus est la vérité suprême de la foi chrétienne, prêchée comme une partie essentielle du mystère pascal depuis les origines du christianisme : « Je vous ai donc transmis en premier lieu ce que j'avais moi-même reçu, à savoir que le Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures, qu'il a été mis au tombeau, qu'il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures, et qu'il est apparu à Céphas, puis aux Douze » (1 Co 15, 3-4).

Et puis, on cite de nombreux autres passages des premiers écrits du christianisme contenus dans le la bible, la bibliothèque commune des chrétiens et, pour ce qui a trait à la majeure partie du premier testament, du judaïsme.

Enfin, on résume : « Grâce au Christ, la mort chrétienne a un sens positif. Dans la liturgie, l'Église prie ainsi : pour tous ceux qui croient en toi, Seigneur, la vie n'est pas détruite, elle est transformée ; et lorsque prend fin leur séjour sur la terre, ils ont déjà une demeure éternelle dans les cieux. Par la mort, l'âme est séparée du corps, mais, dans la résurrection, Dieu rendra la vie incorruptible à notre corps transformé, en le réunissant à notre âme. Même de nos jours, l'Église est appelée à proclamer la foi en la résurrection » Et on cite Tertullien : « La foi des chrétiens, c'est la résurrection des morts : y croire, c'est ressusciter ».

Dans une entrevue publiée dans « Les Témoins de l'Essentiel » (Éditions Logique, 2005) Mgr François Lapierre, évêque catholique de Saint-Hyacinthe, avouait que la résurrection est difficile à comprendre sur le plan rationnel : « C’est une réalité qui dépasse notre entendement. La résurrection n'est pas simplement comme dans le cas de Lazare un retour à la vie antérieure. Lazare a été réanimé. La résurrection est une nouvelle création. C'est une réalité nouvelle qui dépasse notre raisonnement humain. [...] C'est un phénomène mystique. Ce n'était plus le corps de chair du Seigneur. C'était son corps transformé, ressuscité. Sans vouloir amenuiser l'importance de la nécessité d'une compréhension rationnelle de ce phénomène, je pense que c'est une réalité qui se comprend surtout avec le cœur. [...] La résurrection, c'est le soleil qui se lève après la nuit obscure. »

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Tiré de : Benoit Voyer. « Les cathos et les nouveaux rites funéraires », Huffington Post, 5 novembre 2016 https://www.huffpost.com/archive/qc/entry/les-cathos-et-les-nouveaux-rites-funeraires_b_12753464


16 novembre 2025

INTERMEDE: Le Parc des îles du moulin, a Terrebonne


SANTÉ MENTALE: La démence

La démence

Par Benoit Voyer

16 novembre 2025

Autrefois, lorsqu’une personne prenait de l’âge, on disait qu’elle devenait « sénile ». Aujourd’hui, on parle de démence. Ainsi donc la démence ou la « sénilité », est surtout un trouble qui affecte les plus de 65 ans.

Pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la démence “est l’une des causes principales de handicap et de dépendance parmi les personnes âgées dans le monde”. Et ajoute qu’“elle n’est pas une composante normale du vieillissement”.

Les symptômes de la démence varient d’une personne à l’autre. Une seule constance : le syndrome est habituellement évolutif et affecte la dimension cognitive.

Au début, l’entourage ne percevra probablement pas les premiers signes, mais ils sont là et s’intensifient peu à peu. A terme, la démence provoquera une perte totale de l’autonomie.

Les premiers signes sont des pertes de mémoire, de la désorientation, même dans des endroits familiers, et la perte de la notion de temps.

Et puis apparaitront peu à peu : a) Des pertes de mémoires sévères : difficulté à se souvenir du nom des gens ou d’événements récents; b) De la difficulté à effectuer des tâches de la vie quotidienne comme manger, se laver ou aller aux toilettes; c) Des problèmes dans l’utilisation du langage; d) Une importante désorientation.

Et puis, finalement : a) Une perte totale d’autonomie; b) Un changement de personnalités; c) De l’agressivité; d) Des difficultés à se mouvoir; e) Une perte de la notion de temps et de lieu; f) Et, une impossibilité à se souvenir des proches et événements passés.

Il y a diverses formes de démences [1].

Habituellement, avec l’âge qui avance, on observe surtout la démence dégénérative.

La démence fronto-temporale se caractérise par une modification de la personnalité, une négligence physique, un comportement inapproprié et un désintérêt pour les proches. Elle peut conduire à l’amnésie, c’est-à-dire a l’impossibilité d’apprendre de nouvelles informations ou de se souvenir du passé.

Et puis, tous connaissent la maladie d’Alzheimer. Elle se caractérise par des pertes de mémoire, une désorientation, un changement de comportement et des difficultés dans l’expression orale et écrite.

Enfin, la moins fréquente est la démence à corps de Lewy. Celle-ci provoque notamment des hallucinations, des troubles moteurs, des troubles de l’humeur et du comportement. Elle est souvent associée à l’alcoolisme.

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[1] Camille Moreau. Démence : reconnaître les premiers signes www.passeportsante.net/fr/psychologie/Fiche.aspx?doc=demence-reconnaitre-premiers-signes

LE BALADO: Louis Voyer, mon arrière grand-père


PAROLE DE Marie-Victorin

NATURE: Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby


Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby

IL FAIT TOUJOURS BEAU: Allie Sherlock


C'ÉTAIT LE PRÉSENT DU PASSÉ: Dieu se cache à Auriesville


Dieu se cache à Auriesville

Mystique. Intérieur. Troublant. Voilà les simples sentiments qui m'habitent en marchant sur le petit sentier qui mène au ravin où a été tué sauvagement saint René Goupil, martyr de la Nouvelle-France, le 29 septembre 1642. Un périple touchant qui m'a transpercé l'âme.

Ce lieu naturel, farouchement bien conservé, est situé à quelques mètres du Sanctuaire Notre-Dame-des-Martyrs d'Auriesville, à une cinquantaine de kilomètres à l'ouest d'Albany dans l'État américain de New York, soit à un peu moins de 5 heures d'automobile de Montréal, via l'autoroute canadienne 15 qui débouche sur la 87 américaine et l’« interstate » no 90.

Ce sanctuaire consacré aux martyrs d'Amérique a été bâti sur le site du village Mohawk d'Ossernenon, sur les rives de la rivière Mohawk, le même petit hameau où est née la bienheureuse Kateri Tekakwitha, en 1656. Avant la guerre de l'Indépendance américaine (1776 - 1782) ce territoire appartenait à notre pays. Ces martyrs sont donc ceux du Canada.

Ossernenon est le village iroquois où arrivent les prisonniers René Goupil et Isaac Jogues, le 14 août 1642. René Goupil est tué en dehors du village, le 29 septembre 1642, alors qu'il récite le Rosaire avec Isaac Jogues. Le martyr débute alors qu'ils viennent de terminer leur 4e dizaine. Le père Jogues parvient à s'échapper et rentre en France, puis il revient travailler dans les missions de la Nouvelle-France en 1644.

En 1646, il retourne à Ossernenon, comme ambassadeur de paix du gouvernement français. Sa première visite est couronnée de succès, mais lors de sa deuxième mission en octobre 1646, il est martyrisé et tué avec son compagnon Jean de la Lande. Jogues meurt le 18 octobre 1646 et de la Lande, le jour suivant

Le lieu du sanctuaire est rustique, simple et sans prétention. Le touriste qui s'y rend dans le but de découvrir une destination touristique risque d'être bien déçu puisqu'il n'y a pas de superbe basilique à visiter, malgré l'impressionnant « coliseum » construit en rond pouvant contenir jusqu'à 6000 personnes.

C'est en pèlerinage aux sources de notre histoire et de notre foi en terre canadienne qu'il faut s'y rendre. C'est avant tout un lieu de prière. D'ailleurs, le site comprend même un centre de retraites spirituelles basé sur les exercices spirituels de saint Ignace de Loyola. Ce détail n'est pas surprenant puisque le site appartient aux Jésuites.

Peu de gens parlent français dans cette région, cependant le sympathique père Paret, qui demeure sur le site, accueille les francophones avec plaisir. Cet Américain parle et comprend bien notre langue.

À proximité du lieu, à Fonda, il y a la petite chapelle où a été baptisée la bienheureuse Kateri Tekakwitha, quelques mois avant son exil dans la région de Montréal, à Kanawake. Le détour vaut vraiment le déplacement.

Le pèlerinage accompagné d'une démarche d'intériorité procurera un grand bien à l'âme. Je l'affirme, Dieu se cache à Auriesville. Dieu est là, pas très loin du ravin. Il suffit de s'y rendre, de s'intérioriser et de se laisser pénétrer par sa présence.

(Père Paret, Sanctuaire Notre-Dame-des-Martyrs d'Auriesville : tél. : (518) 863- 4496 ; télécopieur : (518) 853-3051)

Benoît Voyer


(Revue Sainte Anne, octobre 1998, page 418)

15 novembre 2025

RÉFLEXION: Nous sommes de plus en plus dirigés par des analphabètes

Réflexion


Nous sommes de plus en plus dirigés par des analphabètes

Par Benoit Voyer
15 novembre 2025

Étienne-Alexandre Beauregard, 24 ans, est un « conservateur identitaire » dont il faut surveiller de près la montée. Son troisième livre, « Anti-civilisation », préfacé par Mathieu Bock-Côté, vient de paraître. Je le lirai très bientôt. L’intellectuel a été rédacteur des discours du Premier ministre François Legault.

Ces jours-ci, le jeune Beauregard se promène sur les plateaux de télévision et multiplie les entrevues dans les médias du Canada et de la France afin de pousser les ventes de ce nouvel ouvrage.

Il y a quelques jours, il était à « Tout peut arriver ». une table ronde animée par Marie-Louis Arsenault, à Radio-Canada. En peu de temps, il a cloué le bac du panel « progressiste » qui l’entourait.

On a constaté durant l’échange que « la bienpensance de gauche » qu’on avait invitée livrait des « arguments sans substance » commandés par leur pauvre indignation émotionnelle et leurs intérêts personnels qui ne semblent pas beaucoup se préoccuper du bien commun. Encore une fois, le focus était mis sur la « marge » sans trop considérer la majorité silencieuse.

Je le dis souvent : l’anti-intellectualisme québécois a conduit l’élite médiatique à ne plus offrir de contenu de haut niveau dans son discours. Les références issues de la lecture d’auteurs sérieux et de l’histoire sont évacuées de leur réflexion. Je suis triste de le dire : nous sommes de plus en plus dirigés par des analphabètes.

LE BALADO: Adélard Godbout, premier ministre du Québec


PAROLE D'Éric Duhaime


NATURE: Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby


Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby

IL FAIT TOUJOURS BEAU: Adele


C'ÉTAIT LE PRÉSENT DU PASSÉ: Les évêques se préoccupent de l'environnement


Les évêques se préoccupent de l'environnement

Suite aux déclarations de plusieurs épiscopats du monde, la commission des Affaires sociales de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) vient de publier le document « Crise de l'environnement et représentations de la place de l'être humain dans le cosmos ».

La CECC a fait appel à André Beauchamp, un théologien versé dans tout ce qui touche à l'environnement et qui possède une grande expérience dans le domaine de l'éducation puisqu'il a été, notamment, responsable de l'éducation de la foi des adultes à l'Office de la catéchèse du Québec et spécialiste en science de l'éducation au ministère de l'Environnement du Québec.

« J'ai déconseillé aux évêques canadiens la publication d'une lettre pastorale sur la question de l'environnement parce que c'est un travail gigantesque. Ils ne voulaient pas dire que des généralités, raconte l'abbé Beauchamp. Ils ont renoncé, pour l'instant, à faire ceci et ont opté pour quelques fiches, destinées aux gens dans le milieu de l'éducation, pour identifier quelques concepts clés et démontrer qu'il y a un problème de représentation de l'être humain dans l'univers et que cela remet en question les visions traditionnelles que nous avons. »

Ce document veut permettre aux lecteurs de comprendre le langage et les images qui sont véhiculés dans le milieu écologique, afin de dénouer certaines confusions du discours. La CECC n'a pas décidé de prendre le chemin de la technique.

Le prêtre, rencontré à son bureau de la rue Jarry à Montréal, explique que l'écologie est une science et que l'écologisme est un courant philosophique et social qui veut un changement radical de notre manière de nous insérer dans l'environnement, de concevoir le développement et les rapports sociaux. Au fond, c'est de la philosophie mêlée de mysticisme et de politique.

Le principal intervenant de la rédaction de ce document se considère comme un environnementaliste, c'est-à-dire qu'il est moins radical que les écologistes. Il préfère parler de transformation et d'adaptation.

« Je pense qu'on doit se sortir de l'idéal scientifique et technologique bête et méchant qui pense qu'on peut faire n'importe quoi et de n'importe quelle manière du moment que nous avons l'argent et la technologie. Cela ne tient plus. Le développement pour le développement, c'est de la bêtise », rétorque l'homme à la barbe poivre et sel.

Par cette publication, les évêques se situent dans le courant de « l'appartenance communionelle ». Sans abandonner l'idée d'une rupture radicale entre l'être humain et l'animal, il n'est pas question de réduire l'homme et la femme à être de simples animaux comme les autres. Ils ont une destinée. Sans avoir honte d'y intervenir, l'individu doit prendre conscience de manière profonde de son lien à la nature et de la comprendre comme un prolongement de sa vie et se sentir uni à une « communauté créationelle ». En détruisant son environnement, l'humain se détruit lui-même

« Il y a une véritable crise de l'environnement. Toutefois, une partie de celle-ci est fantasmée. Les gens mêlent les choses. Dire que la nature va mourir, c'est faux ! Elle va reconstruire d'autres équilibres. Le danger c'est plutôt de nous tuer nous- mêmes ! On ne tuera jamais la nature ! Il y a des possibilités que notre espèce contracte des maladies nouvelles à cause de la pollution. Cela pourrait mener à une diminution remarquable de la démographie. Il n'y a qu'une guerre nucléaire qui pourrait faire disparaître l'humanité »

Il conclut : « Tu ne fais pas avancer les choses en faisant peur aux gens ». Il faut plutôt entrer en dialogue et se renseigner.

Commission épiscopale des affaires sociales de la Conférence des évêques catholiques du Canada, « Crise de l'environnement et représentation de la place de l'être humain dans le cosmos », Concacan, 1995, 5$

Benoît Voyer

(Revue Sainte Anne, mars 1996, page 102)