VISION CATHOLIQUE: Ne cessons jamais de suivre l’étoile

Ne cessons jamais de suivre l’étoile

Par Benoit Voyer

3 janvier 2026

L’Épiphanie est traditionnellement appelée la « fête des rois ».

Bien des légendes circulent au sujet des « rois mages ». Puisque le récit évangélique est écrit dans le style du conte, il faut le lire au second degré, un peu comme on le ferait avec l’histoire du Petit Prince de Saint-Exupéry.

Voici quelques notes pour bien entrer dans le récit.

D’abord, qu’en est-il de cette étoile ? Dans le monde de la symbolique, l’étoile symbolise la foi. C’est ce qui fera dire au saint Padre Pio : « Il en va de même pour nous : la foi nous sert de guide et sa lumière nous indique le chemin qui nous mène à Dieu et à la patrie céleste »[1]

De passage à Jérusalem, qui sont ces mages qui suivent cette étoile ? Les traducteurs de l’Évangile de Matthieu de la Nouvelle Traduction de la Bible [2], Marie-Andrée Lamontagne et André Myre, utilisent le terme « astrologues ». Plus récemment, dans sa traduction des Évangiles [3], Frédéric Boyer utilise le mot « magiciens ». Il s’agirait donc de devins ou de magiciens ou d’astrologues venus d’Orient.

Ces étrangers qui viennent en Israël sont en pèlerinage à la recherche du « roi des Judéens ». Dans leur recherche, ils questionnent. Pour commencer, ils s’adressent aux autorités religieuses de la Judée.

Le roi Hérode est informé du passage de ces étrangers. Il est troublé en apprenant l’objet de leur recherche.

À son tour, Hérode, qui n’est pas Judéen, cherche à comprendre. Il se renseigne d’abord auprès des titulaires du sacerdoce suprême, les hauts responsables des sacrifices au Temple de Jérusalem, à propos de ce qui est dit au sujet de l’endroit où devrait naître le roi attendu et, en second lieu, auprès des lettrés du peuple. Ces lettrés étaient les gardiens des écrits sacrés. Frédéric Boyer explique qu'« en hébreu, sopherim, employé plusieurs fois dans la Torah, désignait les scribes qui avaient la charge d’écrire sur les rouleaux sacrés le texte de la Loi et de veiller à sa conservation ».[4]

On cite à Hérode le passage du livre de Michée : « Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël. »

Dans sa traduction, Frédéric Boyer n’utilise pas les mots « gouverner » ou « chef ». Il traduit : « un prince qui veillera sur mon peuple Israël ».

Hérode n’est pas entièrement satisfait de la réponse. Il poursuit son enquête en interrogeant « en secret » ces pèlerins d’Orient. Avant de les quitter, il leur demande de trouver l’endroit exact où se trouve l’enfant en question et de revenir l’en informer pour qu’il puisse lui aussi aller l’adorer.

Après leur rencontre avec Hérode, ils se remettent en route. L’étoile les guidera et s’arrêtera juste au-dessus de l’endroit où l’enfant est.

Leur joie est grande en découvrant ce petit bout d’homme. En le voyant, ils s’abaissent pour rendre hommage à l’enfant et lui offrent des cadeaux : de l’or, de l’encens et de la myrrhe.

En donnant de l’encens à l’Enfant Jésus, les mages reconnaissent sa nature divine. Ce don était habituellement offert en sacrifice aux dieux et brûlé dans leurs temples.

La myrrhe pour son humanité. Dans l’Antiquité, la myrrhe était utilisée entre autres pour le culte des morts.

Enfin, de l’or en reconnaissance de la royauté de Jésus.

Intuitivement, comme s’il s’agissait d’un songe reçu ou du signe donné à travers un rêve, les pèlerins d’Orient décident de ne pas revoir Hérode. Ils doutent de son honnêteté. Ils décident donc de rentrer chez eux par un autre chemin.

Être « pèlerins » : « C’est un beau mot dont la signification mérite d’être méditée », disait le pape François le 3 août 2023. Il signifie littéralement laisser de côté la routine habituelle et se mettre en chemin avec une intention, en se déplaçant « à travers les champs » ou « au-delà de ses frontières », c’est-à-dire hors de sa zone de confort, vers un horizon de sens. Dans le mot "pèlerin", nous voyons se refléter la condition humaine, parce que chacun est appelé à se confronter à de grandes questions qui n’ont pas de réponse, une réponse simpliste ou immédiate, mais qui invitent à accomplir un voyage, à se dépasser, à aller plus loin. C’est un processus qu’un universitaire comprend bien, car la science naît ainsi. Et ainsi grandit également la recherche spirituelle. Être pèlerin, c’est marcher vers un but ou chercher un but. Il y a toujours le danger de marcher dans un labyrinthe, où il n’y a pas d’objectif. Et même pas de sortie. Méfions-nous des formules préfabriquées – ce sont des labyrinthes –, méfions-nous des réponses qui semblent à portée de main, tirées de la manche comme des cartes à jouer truquées ; méfions-nous de ces propositions qui semblent tout donner sans rien demander. Méfions-nous ! Cette méfiance est une arme pour pouvoir avancer et ne pas continuer à tourner en rond. » (…) « L’imperfection caractérise notre condition de chercheurs et de pèlerins. »

Comme ces pèlerins venus d’Orient (ou ces mages, astrologues et magiciens), prenons la route. Ne cessons jamais de suivre l’étoile à la recherche de ce qui prend naissance en soi et autour de soi, de Celui qui naît et qui re-naît. Comme l’aurait dit le pape François, ils ne sont pas restés « sur leur canapé ». Ils sont en marche.

_____________________

[1] Saint Padre Pio de Pietrelcina. Une pensée par jour, textes recueillis par père Gerardo Di Flumeri, Médiaspaul 1991, p.122.
[2] La Bible. Bayard et Médiaspaul, 2001.
[3] Frédéric Boyer. Évangiles, Gallimard, 2022.
[4] Frédéric Boyer. Évangiles, Gallimard, 2022.

LES GRANDS ESPACES

 


EN MUSIQUE: Can't stop Falling in Love (Elvis Presley)

 


LE PRÉSENT DU PASSÉ : « Il faut accepter certaines morts »

« Il faut accepter certaines morts »
-Christian Beaulieu,
nouveau d.g. de l'Institut séculier Pie X

Malgré la grande crise qui menace de faire disparaître plusieurs communautés religieuses du Canada, l'abbé Christian Beaulieu demeure confiant en l'avenir. Il est assuré que l'Église d'ici va se relever. Cependant, pour survivre, elle a encore quelques pas à faire

« Je suis sûr qu'il y a encore des choses que l'on n'a pas encore assez laissées mourir et qui doivent mourir pour qu'il y ait renaissance, résurrection. Je pense qu’on n’est pas encore assez détaché de certaines formules, d'une certaine forme d'Église qu'on a connue. Il faut accepter certaines morts », explique le nouveau directeur général de l'Institut séculier Pie X, qui vient d'être nommé pour une troisième fois à ce poste

Cette fois-ci, c'est un défi qu'il a à relever: Donner un second souffle à son groupe religieux formé d'une dizaine de prêtres, d'une vingtaine de laïcs consacrés et d'environ 150 couples mariés. Il ne s'en cache pas: Il n'y a pas de relève.

« Ce que j'ai reçu, je voudrais que d'autres le connaisse: le bonheur d'être donné à Dieu, le bonheur d'être des choisis, des appelés? Je voudrais communiquer cela aux jeunes d'aujourd'hui », lance l'auteur et conférencier connu aux quatre coins du monde.

« Pour moi, ceux qui vont être les porteurs du flambeau sont des gens qui vont avoir fait une rencontre personnelle avec Jésus-Christ et des gens qui vont aussi avoir un feu, une passion et qui sont capables de folies en amour. L'évangélisateur d'aujourd'hui doit être prêt à donner sa vie pour ceux qu'il veut rencontrer », ajoute-t-il.

À quelques heures du nouveau millénaire, il cherche avec les membres de sa famille religieuse de nouvelles façons de porter au monde le message de Jésus. Le défi n'est pas facile à relever. Il le sait. Il croit qu'en rallumant la flamme des premières saisons de leur amour, de leurs premières années en fraternité, qu'ils donneront le goût à d'autres personnes de s'engager à leur suite.

Christian Beaulieu doit lui-même vivre des deuils en ce temps de crise, car cette nouvelle mission demande des petits sacrifices à ce qu'il aime: Moins de présence à la maison Le Pharion qu'il a fondée pour venir en aide aux jeunes à se sortir de l'enfer de la drogue et de l'alcool; remettre à plus tard des projets de livres; et refuser de donner des centaines de conférences. C'est sa façon de donner sa vie. Que ce don de lui-même soit le germe de nouvelles vocations au sein de son groupe qui envoie des missionnaires aux quatre coins ... du Canada francophone.

Benoît Voyer

(Revue Sainte-Anne, janvier 2000, p. 14)

2 janvier 2026

EN LIBERTÉ: La messe rythmée (1)


IL FAIT TOUJOURS BEAU QUELQUE PART: Dans la Voix de l'Est du 3 janvier 1972


EN MUSIQUE: Aux talons de ses souliers (Enrico Macias)

 


LE PRÉSENT DU PASSÉ: Un prêtre thérapeute en thérapie depuis 9 ans


Mon ami André Dumont


Un prêtre thérapeute en thérapie depuis 9 ans

Il a bien changé mon ami André Dumont! Il y avait déjà 4 ans que je ne l'avais pas rencontré. C'était à l'occasion d'une interview pour un autre magazine. Fidélité oblige, je n'ai pas été capable de m'empêcher de téléphoner pour savoir où il en est rendu dans sa vie. Prétextant une rencontre pour la Revue Sainte-Anne, il m'a accueilli les bras grands ouverts.

Son visage m'a d'abord intrigué. Qu'est-ce qui a bien pu changer autant? J'ai pensé à la coupe de sa moustache et à ses quelques rides en surplus – Après tout, il vient d'avoir 60 ans ! - , mais ce n'était pas ça.

Nous nous sommes assis l'un près de l'autre dans l'intimité du sous-sol de la maison l'Exode qu'il a fondée sur la rue Létourneux, à quelques pas du Stade Olympique à Montréal. C'est en scrutant son regard que j'ai enfin compris ce qu'il y a de transformé en lui : son masque est tombé. « L'ex-star » et prêtre du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap à Cap-de-la-Madeleine et auteur-compositeur de célèbres chansons religieuses qui ont fait le tour de la planète comme « Jésus est vivant », est descendu de son podium. Il a compris que la montée spirituelle est une descente au fond de soi.

Quel regard! Quelle transparence! Beaucoup moins pincé qu'avant, plus ouvert, plus direct ... Dieu est passé et lui a donné la grâce de la véracité

« Je suis en thérapie depuis 9 ans! C'est le prix à payer! Si tu prêches d'être vrai et authentique, ils exigent aussi cela de toi! Travailler sur l'empathie te rend franchement plus pauvre! Je n’ai pas toutes les réponses et solutions! Avant, j'avais un rôle sur le podium, mais après 20 ans on a goûté tout ce que ça veut dire! Ça donne quoi? Il y a tant de gens qui souffrent et qui ont besoin de quelqu'un en bas du podium qui va simplement s'asseoir et écouter sans juger. Il ne faut pas essayer de les amener à la messe ou au sacrement du pardon dans la demi-heure qui suit une première rencontre! À l'Exode, la thérapie sera la première véritable confession qu'ils feront », lance-t-il.

Ce qu'il a trouvé le plus difficile au début de cette mission avec les « poqués » de la vie, c'est de recevoir que très rarement un merci. Son côté animateur demandait toujours une réaction : « ça va? C'est l'fun? ça trippe? » C'est à son besoin d'approbation des autres qu'il a dû faire face.

« Ça a été confrontant pour moi d'arriver à dire : je fais juste ce que j'ai à faire, je fais ma mission et je n'attends pas la récolte, c'est gratuit », ajoute mon cher André.

Même s'il est thérapeute, il est aussi un pauvre qui a besoin de l'aide des autres. « C'est quand on exprime ses pauvretés qu'on peut se faire aimer et apprécier des autres. Souvent les gens disent : Oh! S'ils voyaient telle ou telle faille en moi!

Ça sert à quoi de se cacher? De toute façon, chaque faille en soi se voit. Plus tu joues à la cacher, plus elle paraît! Puisque tu ne l'avoues pas, les gens s'enfuient, ils foutent le camp! confie-t-il. C'est toute une leçon que la vie lui a apprise!

Au risque de faire réagir quelques personnes, il va plus loin : « Le prêtre doit être atteignable! Être capable de pleurer! En thérapie, ils m'ont fait pleurer! Dans le monde clérical, il y a très souvent une forme de censure. Il faut toujours être un modèle. Le défaut majeur d'une certaine Église à laquelle je ne veux plus appartenir est le perfectionnisme. C'est impossible! On ne peut pas être parfaits! On est des êtres humains faillibles et imparfaits par définition. Lorsque Jésus nous dit : Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait, il veut juste nous dire : Monte! Sois en marche! Évolue! »

Ouff! Pas reposant le vieux! C'est tout un cadeau qu'il vient de recevoir! Il n'est plus capable de se taire! La vérité rend libre!

La plus belle chose qu'il a reçue en 9 ans aura été d'apprendre à exprimer ses émotions. Erik Dagenais, le directeur général de l'Exode, est devenu son fils adoptif. Il parle de lui avec fierté. Ce jeune au début de la trentaine issu du monde de l'alcoolisme et qui vivait dans un état suicidaire critique, a transformé la vie du religieux. « Lorsqu'il me dit : Je t'aime! Je trouve ça frémissant! », résume-t-il sa relation filiale avec lui.

De l'exil à l'Exode
C'est un peu après 1984 que commence l'expérience qui conduira l'initiateur des messes rythmées à la fin des années 1960 - surnommées : « messes à gogo » - à fonder cet organisme qui prend de plus en plus de place dans l'univers montréalais.

Sentant que la béatification du père Frédéric serait proche, il propose à l'équipe du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap d'écrire un livre sur ce personnage : « le goût de Dieu ».

Après avoir lu les lettres de Frédéric Jansoonne qu'il a dû sortir de la poussière, il remarque des traits forts chez le saint homme. Un de ceux-ci est d'aller vers les gens qui portent des souffrances intérieures. Une similitude qui se retrouve, aussi, chez saint Eugène de Mazenod, le fondateur des Oblats de Marie Immaculée.

Au moment d'écrire le livre, il reçoit un appel téléphonique, un cri de détresse d'un jeune du nom de Pierre Forest de la maison Mélaric à Pointe-du-lac. Il lui explique qu'un prêtre qui célèbre l'eucharistie à leur centre ne peut plus venir et que les gars trouvent cela difficile.

En quittant, le prêtre dit aux dirigeants du centre : « Demandez à André Dumont, il est au sanctuaire! ». « La direction de Mélaric a dit à ce jeune qui est décédé deux ans plus tard d'une overdose de trouver cet étrange personnage. Ces gens ne me connaissaient pas, car ils ne fréquentaient pas le Sanctuaire », me raconte-t-il.

Le religieux le remercie pour l'offre qui lui est faite et répond que pour l'instant, il est débordé. Le jeune Forest récidive quelques jours plus tard. André Dumont donne la même réponse.

« La troisième fois, y a été wise, il m'a dit : Je sais que tu vas me dire non, alors ne me réponds pas. J'aimerais juste que tu viennes nous visiter, juste une petite fois pour que tu saches davantage qui on est. Après tu pourras dire non. C'est là qu'il m'a eu! » se souvient en souriant le bon André.

Lors de sa visite du 3 septembre 1987, il est touché. Parmi ses surprises, un jeune lui demande un gros « Pardon de Dieu ». « Je dois t'avouer que ça valait le déplacement! » lance-t-il.

Les jeunes étaient enchantés par ce prêtre à l'allure un peu rock-n-roll. Pendant 3 ans, il fréquente ce centre. C'est pour lui comme un noviciat.

En 1990, il laisse sa ville natale où il est fort connu, Cap-de-la-Madeleine, et va s'établir anonymement à Montréal pour fonder l'Exode, un centre de réhabilitation pour faire suite aux démarches thérapeutiques.

Pour le père Dumont, le choix du site de la première maison est vraiment providentiel. C'est sa communauté religieuse qui lui offre le 2575, rue Létourneux dans le quartier le plus chaud de Montréal. Il ne pouvait pas y avoir meilleur endroit.

En août 1995, les Sœurs de la Providence se joignent à lui. Elles lancent la maison de réhabilitation pour les femmes sur la rue Dandurand. La maison est maintenant située juste en face de celle des hommes.

Le 15 mai 1999, c'est au tour de la maison de thérapie Genesis de l'Exode à Saint-Anicet d'ouvrir ses portes. Ancien domaine des Sœurs de Sainte-Croix qui comprend 5 millions de pieds carrés, Genesis offre une thérapie pour se sortir de toutes formes de dépendances dont l'alcoolisme et la toxicomanie. Le programme thérapeutique comprend 4 étapes de 21 jours.

André Dumont est un homme de projets, un bâtisseur. Il a encore un rêve pour l'Exode : Des logements supervisés pour compléter la démarche de réinsertion. Il cherche un ou des généreux donateurs qui permettront à l'organisme d'acheter un immeuble à logements contenant uniquement des 1 1/2 pièces. Comme je sais que Dieu a toujours été bon envers lui, j'ai la certitude qu'il inspirera quelques personnes.

C'est vrai qu'il a changé mon ami André. Le prêtre thérapeute a été « thérapeutisé ». Il reste le même bonhomme que j'ai connu, sauf que maintenant ce qu'il dégage parle plus que ce qu'il dit. Une lumière a jailli dans les ténèbres de ses yeux.

Benoît Voyer

(Revue Sainte Anne, janvier 2000, page 7)

1er janvier 2026

EN LIBERTÉ: On doit resserrer les procédures de contrôle à l’entrée des unités psychiatriques


IL FAIT TOUJOURS BEAU: Les résolutions du Jour de l'An


VISION CATHOLIQUE: Quel cadeau vais-je commencer à développer aujourd'hui ?

"Il y a beaucoup de chrétiens qui ne sont pas déballés !"
Quel cadeau vais-je commencer à développer aujourd'hui ?

Par Benoit Voyer

1er janvier 2026

On rencontre Jean. On fait enquête. On veut savoir qui est au juste Jean, le prophète qui baptise dans le désert et invite ceux qu’il rencontre à changer. Jean répond aux questions sans se faire prier. Il est clair : il n’est pas le Christ et il n’est pas un prophète, mais il affirme qu’il est le témoin de Celui qui est déjà vivant au cœur du monde.

Le narrateur du récit affirme qu’il est un témoin de la Lumière qui s’en vient. Sa mission ? Préparer le terrain. Et il ne le fait pas avec aisance : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert ». Il invite chacun à changer un peu son cœur avec d’être prêt. C’est pourquoi il baptise avec de l’eau, une manière de signifier l’entrée dans une vie nouvelle.

Si nous sommes entrés dans une vie nouvelle lors de notre baptême, pourquoi ai-je tant de difficultés à laisser entrer la Lumière en moi et à évoluer ?

Il y a peut-être lieu de se questionner : quel cadeau vais-je commencer à développer aujourd'hui ? Le 8 juin 1981, à l’occasion d’une conférence qu’il donnait à la maison des Trinitaires, à Granby, Jean-Paul Regimbal disait avec une pointe de sarcasme aux gens venus l’entendre : « Il y a beaucoup de chrétiens qui ne sont pas déballés ! Y sont encore empaillés, "empactés". Y sont encore enveloppés pis même y portent la boucle sur le front. Y sont jamais sortis de leur placard depuis le jour de leur baptême. […] Avez-vous déballé vos cadeaux ? Les avez-vous évalués ? Les avez-vous utilisés ? Qu'avez-vous fait des vôtres ? »[1] La question est encore d’actualité.

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[1] Jean-Paul Regimbal, conférence donnée le 8 juin 1981 a la maison des Trinitaires, à Granby, a l’occasion de la retraite de la fête de la Trinité. Librairie Pneumathèque no 6057.

EN MUSIQUE: Sugar Daddy (Patsy Gallant)

 


LE PRÉSENT DU PASSÉ : Raymond Beaugrand-Champagne

Raymond Beaugrand-Champagne


«Quand je marche sur la rue, je sens que le Christ pleure ... »

Benoît Voyer


« Souvent, quand je marche dans la rue, je sens que le Christ pleure. C'est comme si je l'entendais », dit Raymond Beaugrand-Champagne, animateur de la populaire émission radiophonique « Rencontre spirituelle » qui reprend l'antenne sur Radio Ville-Marie 91, 3 Fm (Montréal) et 100, 3 Fm (Sherbrooke), du lundi au vendredi, de 10h à 11h. « Je vois tous ces gens qui sont comme des fourmis lorsque nous soulevons une pierre. Ils s'en vont dans toutes les directions. Et on ne sait pas vers où ils vont ni vers quoi ils vont. Ces gens vont s'acheter un nouveau jeans, un billet pour aller au cinéma ... Ils se rendent au restaurant pour se prendre un "big mac" ... Ils courent après quelqu'un pour passer la nuit ! Les gens ne savent plus où ils vont! Ils ne font que satisfaire leur petit appétit insignifiant, alors qu'il y a la beauté de l'amour conjugal, il y a le don de soi dans une vocation, il y a l'Église qui appelle ... Les gens ne savent même plus que les plus belles choses se déroulent dans une église ! »

Pour lui, on ne peut plus vivre tous dans le vide, l'impiété, l'hyper-sexualité et les maux de cette génération. Il n'est pas possible que la société continue sa course dans la direction prise. Il constate qu'il y a une nausée qui s'empare de plus en plus des personnes. Celle-ci conduit au suicide, à l'alcoolisme, à la toxicomanie à la violence et à la dégradation de l'être humain. Il crie à l'urgence ! Il faut que des témoins de la foi se lèvent pour clamer leur joie de vivre. Il faut surtout des témoins vivants des valeurs de l'Évangile, des témoins pleinement engagés jusqu'à la plus petite fibre de l'être.

C'est pour cela que ce montréalais qui habite à deux pas du Musée des Beaux-arts de Montréal, sur la rue Sherbrooke, consacre sa retraite à tenter de donner le goût de vivre dans l'intimité de Dieu. Il s'inspire des saints pour propager son message. Tous ces témoins vivants de la présence de Dieu parmi nous sont des modèles à imiter.

C'est son espérance en l'avenir qui le fait demeurer positif au creux de cette crise de la foi que les Québécois traversent: « On vit un grand renouveau. Nous allons voir des choses sublimes qui vont surgir dans une Église réduite. Il y aura peut-être beaucoup moins de monde dans les églises, mais ce sera une Église qui rayonnera dans sa charité de façon phénoménale. Il y aura de plus en plus de saints ! » Une génération de nouveaux bienheureux est en train de naître au Québec.

Prendre la parole
«Je ne m'attendais jamais à prendre la parole au nom de ma foi. Cela s'est présenté - il y a 4 ans- à l'ouverture de Radio Ville-Marie. À quelques heures d'avis, le vendredi, je reçois un coup de téléphone de René Barbin, directeur de la programmation et fondateur de la station. Il me demande d'animer une émission, le lundi suivant, parce qu'il n'y avait personne de 11h à midi. On voudrait quelqu'un qui parlerait de la vie des saints, m'a-t-il dit. J'ai accepté. J'ai donc débuté le 1er mai 1995, jour de l'ouverture de la station», raconte-t-il.

Néanmoins, Raymond Beaugrand-Champagne a une passion pour la Parole de Dieu depuis sa petite enfance. Celle-ci fait partie de l'héritage laissé par sa mère. Il se souvient des passages à l'église avec elle, alors qu'il avait à peine 3 ans

Il s'intéresse tôt à l'enseignement religieux. Il fait sa première communion à 6 ans et devient rapidement servant de messes à l'église Sainte-Madeleine d'Outremont.

Vers l'âge de 12 ans, il décide de devenir moine et d'entrer à l'abbaye Saint-Benoît-du-Lac, mais il doit attendre à 18 ans pour réaliser son désir.

Au collège, il est bon premier en apologétique, en religion et en français. « Je n'aspirais qu'à me donner à Dieu ! » Son journal intime écrit durant ces années va en ce sens.

Mais la Providence voulait qu'il soit ailleurs. Il sort de l'ordre des Bénédictins quelques années plus tard. Après de nouvelles expériences, il opte pour le célibat laïc et se trouve un emploi, en 1960, au secteur des émissions religieuses de Radio-Canada. Il travaillera sur de nombreux projets dont l'émission Rencontres qu'il réalisera de 1970 à 1990. Cette série lui a permis de présenter environ 750 reportages-interviews avec les grands témoins de la foi de notre siècle. « J'ai rencontré des saints vivants! », dit-il le regard rempli de lumière

Un saint marquant
Durant cette série, il sera particulièrement marqué par Dom Jean Tyszkiewicz, père Abbé de l'abbaye d'Aiguebelle en Europe de 1977 à 1983. Cet homme, né le 23 février 1917 et décédé le 17 octobre 1986 à la suite d'un cancer, avait un véritable don pour scruter les cœurs.

« Ce Polonais a vécu une expérience tragique ! Il a été saisi par les Russes qui l'ont amené près de Moscou. Il a été traduit devant un peloton d'exécution à 4h du matin. Comme il était d'une très grande famille ayant de riches possessions partout en Europe, c'était délicat ! Au lieu de donner le signal "feu", le commandant disait "À demain !". Le peloton d'exécution a fait cela pendant quelques jours. Subir un tel drame à 20 ans, c'est devenir fou à coup sûr ! C'est étonnant qu'il ne le soit pas devenu ! », dit-il.

La guerre terminée, le père Jean aboutit à Paris où sa famille a aussi de riches possessions. Il se lance dans le commerce. Un jour, il part pour l'Algérie avec une femme, sa voiture et des amis ... Un soir de voyage, alors qu'il a bu, il lance : « J'en ai assez de cette vie ! Demain je vais entrer à la Trappe pour me faire moine ! » Il avait 36 ans. Comme il l'avait dit, il entre dans l'ordre des Cisterciens de la stricte observance en Algérie, monastère où ont malheureusement été assassinés 17 Trappistes, il y a quelques mois

« Cette expérience qu'il me racontait m'a fasciné. Il avait un tel regard et un tel bonheur! Je voyais devant moi un homme arraché au péché ... Il était tellement rayonnant qu'il avait le don de recevoir des prêtres des 5 coins de la France à Aiguebelle. Ils venaient parler à ce moine pour confier leurs difficultés et souvent un désir de quitter la prêtrise. Ils repartaient les larmes aux yeux, consolés et plus décidés que jamais à demeurer prêtres ! Il avait le don de tout doucement poser des questions, de scruter. Il l'a d'ailleurs fait dans l'entrevue ! Ses réponses se transformaient en question ! Il scrutait l'interviewer, l'abbé Marcel Brisebois. Mon confrère de travail s'est même senti obligé durant l'interview à lui dire : Je suis prêtre ! Je suis même aumônier chez les Clarisses ! » Cet homme m'a saisi du fait d'être si habité, un peu comme petite sœur Annie que nous avons interviewée à Rome. Elle respirait la présence de Dieu ! » ajoute Raymond Beaugrand-Champagne.

Le frère André Barbeau, successeur du père Jean à l'Abbaye d'Aiguebelle se souvient : « Cette émission de Radio-Canada, diffusée, si ma mémoire est bonne, dans le cadre de l'émission Rencontres, m'avait aussi beaucoup impressionnée à l'époque. Québécois d'origine, j'étais alors jeune moine à l'Abbaye cistercienne Notre-Dame du Lac (Trappe d'Oka), près de Montréal, et j'étais bien loin de me douter qu'un jour, je succéderais comme père Abbé à cet homme remarquable que je n'ai malheureusement pas connu de son vivant », écrivait-il dans un courriel envoyé en juillet au journaliste de la Revue Sainte Anne.

Rencontre spirituelle
Raymond Beaugrand-Champagne est toujours étonné d'entendre ou de lire le témoignage de gens qui se sont convertis après l'avoir entendu à la radio. Il y a beaucoup d'incroyants qui écoutent son émission et qui lui disent avoir changé de vie, qui se sont mis à aller à l'église, qui se sont confessés .... Très souvent se sont des gens dans la vingtaine et la trentaine.

Il n'est pas étonnant que ces propos à la radio touchent les cœurs. À force de fréquenter les saints d'aujourd'hui et de parler de ceux d'hier, il s'est mis en route vers cet ultime but de la vie : entrer dans le mystère de Dieu. Il est lui-même habité par Dieu et, par grâce, il revêt des traces de sainteté. S'il poursuit cette route, des gens diront de lui -comme il a dit de personnes qu'il a fréquentées- « J'ai rencontré un saint ! » À sa façon, il console le Christ qui pleure en voyant cette génération d'humains qui vit comme les fourmis.

(Revue Sainte-Anne, septembre 1999, pp. 343 et 382)

31 décembre 2025

IL FAIT TOUJOURS BEAU: Les voeux du maire Jean Drapeau le 1er janvier 1967


EN LIBERTÉ: A l’aube du troisième référendum ?


IL FAIT TOUJOURS BEAU: Les voeux de Noel du Cardinal Paul-Émile Léger


IL FAIT TOUJOURS BEAU: Serge Bélair et Louise Cliche animent en direct la veillée du jour de l'an No 1


IL FAIT TOUJOURS BEAU: A la mémoire de Jean Lapierre


IL FAIT TOUJOURS BEAU: Paul VI et la guerre au Vietnam en 1966


IL FAIT TOUJOURS BEAU: Serge Bélair et Louise Cliche animent en direct la veillée du jour de l'an No 2


 

IL FAIT TOUJOURS BEAU: Serge Bélair et Louise Cliche animent en direct la veillée du jour de l'an No 3


IL FAIT TOUJOURS BEAU: Serge Bélair et Louise Cliche animent en direct la veillée du jour de l'an No 4


IL FAIT TOUJOURS BEAU: Serge Bélair et Louise Cliche animent en direct la veillée du jour de l'an No 5


LES GRANDS ESPACES avec Benoit Voyer (20)


VISION CATHOLIQUE: Le Jour de l’an

Le Jour de l’an

Par Benoit Voyer

31 décembre 2025

À chaque Jour de l’an, plusieurs d’entre nous prennent des résolutions pour l’année qui commence. Quelques semaines plus tard, elles tombent une après les autres. On le sait tous, il faut beaucoup de volonté pour garder ses résolutions jusqu’au 31 janvier et bien peu sont encore vivantes le 1ᵉʳ février.

Je vous fais une confidence : Depuis quelques années, je prends toujours la même résolution : ne pas en prendre. Est-ce que cette année je ferai la même chose ? Je ne sais pas encore. Il me reste quelques heures pour y penser.

Dans le numéro de décembre 1953 de la revue Trinitas, Jean-Paul Regimbal souhaite une bonne année 1954 à ses lecteurs. Il écrit : « Une année s’achève, une autre suivra… Le temps, infailliblement, se perd dans le temps et entraine avec lui tous les hommes vers la maison du Père dont la porte est celle du tombeau. Oh ! Ce que peut être une vie ?… Un échec formidable ou un admirable triomphe, succès ou désastre souvent renfermé dans la décision énergique d’un moment. À l’aurore de cette année, une résolution est à prendre, un choix à établir. Cette fois, pourquoi ne pas apporter une résolution ferme, constante, durable, héroïque même ? N’est-ce pas l’assurance d’une vie pleinement vécue ? »[1]

C’est bien vrai : « Le temps se perd dans le temps. […] Les années qui passent nous conduisent vers notre finalité. »

La vie va vite, vraiment trop vite. On dirait que plus je vieillis, plus je sens que chaque journée qu’il m’est encore permis de vivre est courte. Je n’arrive jamais à tout faire ce que j’ai planifié en 24 heures. Est-ce que je terminerai tout ce que je veux faire avant de m’éteindre ? À 58 ans, il me reste évidemment moins d’années devant moi que derrière. J’en suis conscient : je suis dans mon sprint final. Ainsi donc, je sens de plus en plus que je dois me concentrer sur l’essentiel pour réaliser pleinement ce qui me reste à faire et à vivre.

Et le frère Jean-Paul de Jésus [2] questionne avec intelligence : « Ce que peut être une vie ? » Et se répond à lui-même : « Un échec formidable ou un triomphe admirable. »

Et moi, qu’est-ce que je choisis ? Bien entendu, je me souhaite du succès. Je veux le meilleur pour ma vie. Toi aussi, j’imagine…

Alors, « ce que peut être une vie? », questionne le Trinitaire. En fait, qu’est-ce que devient ma vie ou qu’est-ce que je veux vraiment pour celle-ci. Je réfléchis à la réponse depuis quelques semaines. J’ai trouvé quelques bribes.

Pour la nouvelle année, Jean-Paul Regimbal invite chacun à prendre une résolution ferme, voire héroïque : il insinue, bien entendu, de prendre bien soin de sa relation à Dieu : « N’est-ce pas l’assurance d’une vie pleinement vécue ? », lance-t-il.

C’est vrai qu’on oublie souvent le bon Dieu. Il passe après tout le reste, mais dès que plus rien ne va, il est le premier vers qui nous crions : « Pourquoi, mon Dieu ? ». Et on l’accuse de tout ce qui nous arrive, alors qu’on sait fort bien que nous sommes les premiers responsables des choix que nous faisons. Nous sommes créés libres.

D’ailleurs, parlant de choix, lequel ferai-je en 2026 ?

Au fond de moi, je sens que je dois persévérer dans la voie que j’ai commencée, il y a quelques mois : chaque jour, allumer ma petite chandelle, m’asseoir et dire au Bon Dieu : « Me voici, je suis là… Je ne sais pas trop quoi te dire, mais je suis là… Aujourd’hui, je veux te laisser entrer un peu dans ma vie. » Et puis, fermer mes yeux, faire silence et me laisser habiter par LA lumière.

Ce simple geste quotidien répété jour après jour est assurément le plus héroïque que je puisse réaliser. Comme le disait un saint espagnol : le plus important n’est pas de commencer des nouveaux projets, mais de persévérer dans ceux déjà commencés malgré les défis à surmonter. L’héroïsme n’est pas dans les grandes réalisations, mais dans les petits gestes qu’on répète jour après jour, par amour [3].

La plus grande invitation que l’humain n’a-t-il pas eue au fil des siècles, n’est-elle pas celle dont fait écho la Bible, une demande faite à Moïse : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit… » ? (Dt 6,5) Ce sera fort probablement ma résolution de 2025 : continuer de lui laisser une petite place, au nom de l’amour.

Et puis, comme l’écrivait Christian Lépine : « En présence de Dieu, je découvre la vérité sur moi-même. »[4] C’est bien vrai, lorsque je prends le temps de m’arrêter, j’apprends à me voir tel que je suis. Et si je le suis, je ne peux que devenir de plus en plus humain. N’est-ce pas ce que Jésus ajoutait à la loi de Moïse : « … et ton prochain, comme toi-même » ? (Mt 22, 37-39)

Ainsi donc, plus j’apprends à m’aimer dans la pure vérité de ce que je suis, plus je peux aimer ceux que je rencontre au quotidien. À l’école de Jésus, plus on s’imprègne du divin, plus on devient humain.

____________________

[1] Jean-Paul de Jésus. « Vie de la bienheureuse Anna-Maria Taïgi – Une résolution bien gardée », Trinitas - revue du tiers-ordre et de l’archiconfrérie de la très sainte Trinité, Vol. 1 No. 1, décembre 1953 – janvier 1954, p.9 à 11.
[2] Jean-Paul de Jésus était le nom religieux de Jean-Paul Regimbal avant le Concile Vatican II. Il sera ordonné prêtre le 11 mai 1957
[3] Saint Josémaria Escriva écrivait: « Oublie ce goût de poser les premières pierres et fais en sorte de poser la dernière pierre à un seul de tes projets » (Chemin, no 42)
[4] Christian Lépine. Créés pour être aimés, Médiaspaul, 2012, p.66

LE MOT DU JOUR: Mes voeux pour la nouvelle année 2024


20231231 LE MOT DU JOUR Mes voeux pour la nouvelle année

LE PRÉSENT DU PASSÉ: C'est le "cyber-bang"

Nous sommes en train de bâtir un monde que nous ne connaissons pas encore. C'est le « cyber-bang! »

La révolution du virtuel ne fait que commencer! C'est le « cyber-bang »! Les conséquences économiques, sociales, culturelles et politiques sont incalculables. L'effet de l'éclatement de la nouvelle civilisation sera énorme. On n'a encore rien vu!

La société voit poindre une nouvelle technologie de l'immatériel et du virtuel. Cette révolution se compare à sa base à la révolution de la Renaissance et de la Réforme, au début du XVle siècle.

«Nous sommes entrés dans une société où, pour la première fois, le fait de gagner son pain n'implique pas de sueur au front ... », écrit Maurice Harvey, originaire de Baie Saint-Paul et actuel citoyen de la ville de Granby, dans son livre Pour une société en apprentissage, publié en 1997, sur les Presses de l'Université Laval. Tout un contraste avec la pédagogie de la Torah (Ancien Testament) où le Créateur, au moment de la chute d'Adam et Ève a lancé à l'homme « À la sueur de ton visage tu mangeras ton pain ... » (Gn 3, 19)

Pourtant, la révolution du savoir et du « sans sueur physique » est arrivée! Pour bien entrer dans ce nouveau monde, la matière grise sera essentielle.

«Omniprésente, inépuisable comme la lumière du soleil, elle est la forme de richesse la plus fiable, et de loin la plus prometteuse pour l'avenir. L'exploitation, enfin, de la ressource humaine peut déboucher sur une nouvelle renaissance, un nouvel ordre économique. Sur une nouvelle culture», lançait de son côté Pixar, en 1983, dans son bouquin « La ressource humaine ».

Le passage d'une époque à l'autre ne sera pas toujours facile. L'ordre établi sera perturbé, à chaque fois, par les nouvelles technologies. Combien d'emplois ont été éliminés, ces dernières années, et combien seront supprimés encore? Des millions et des millions sous le déguisement de restructurations d'entreprises.

Des types d'emplois disparaissent, des nouveaux apparaissent.

L'importance du savoir
Dans cette nouvelle civilisation, le savoir est essentiel. Il faudra que la nouvelle génération soit en constante formation intellectuelle.

«Dans cette société du savoir, de plus en plus de connaissances des plus avancées seront requises bien avant l'âge habituel de scolarisation et, on peut s'y attendre, par des processus éducatifs qui ne sont plus forcément centrés sur les formes d'acquisition traditionnelles », explique Maurice Harvey.

Il faudra sans nul doute que soit désengagé l'automatique diplôme-emploi actuellement nécessaire pour se trouver « un job ».

Ceci ne veut pas dire qu'il faut détruire le système scolaire actuel, mais il faudra modifier sa pédagogie. L'enseignement ne devra plus être non seulement « éducation », mais devra devenir « apprentissage ». Et puisque que l'apprentissage sera la question de toute une vie, il faudra réinventer le concept d'école pour en faire des cités éducatives. En ce sens, nous allons vers une individualisation de l'enseignement. Les cours magistraux seront de plus en plus rares au primaire et au secondaire. Les professeurs auront de plus en plus la fonction d'accompagnateur. L'élève cheminera à son rythme, selon ses intérêts Pour bien traverser le « cyber-bang », il est important de se donner une bonne formation intellectuelle. Cela débute dès l'enfance et se poursuit jusqu'à son dernier souffle

Benoît Voyer, journaliste

(Revue Sainte Anne, novembre 2000, page 452)

30 décembre 2025

EN LIBERTÉ: L'Harmonie des couleurs


IL FAIT TOUJOURS BEAU: La famille du père Regimbal fête le Jour de l'An a Granby


LE MOT DU JOUR: Nous ne sommes pas des êtes isolés


20231230 LE MOT DU JOUR - Nous ne sommes pas des êtres isolés

LE PRÉSENT DU PASSÉ: Festival de musique et de théâtre religieux à Granby

Festival de musique et de théâtre religieux à Granby

Un certain retard à rattraper...

Presse Canadienne


Résolus à rattraper le retard du Québec dans le domaine de la musique religieuse actuelle, des artistes de Granby ont mis sur pied le Festival en plein soleil qui se tiendra au collège Mont Sacré-Cœur les 29, 30 et 51 juillet.

Outre la musique, le théâtre et le spectacle de marionnettes seront représentés à ce festival, une idée du père Yvon Samson, de la communauté des Trinitaires.

Les jeunes talents de musique religieuse n'ont pas la chance de percer même s'il y a une grosse relève qui s'installe. Ils doivent tout faire, produire, diffuser... Certains se découragent ou abandonnent, souligne Benoit Voyer, porte-parole du festival, qui voit là une occasion unique de promouvoir les spectacles religieux chez nous.

Les Etats-Unis ont une grande avance sur nous. L'organisation de ce type de spectacle est une première au Canada, renchérit Benoit Voyer. « C’est un festival expérimental, poursuit-il, s'il y a 1000 personnes, on sera très contents. Confiant que cette manifestation « donnera un poids de plus à la ville de Granby au plan culturel », Benoit Voyer se dit à la fois surpris et heureux de l'accueil que réservent les Granbyens à ce festival.

Les amateurs de ce genre de célébrations pourront y entendre, entre autres, le chanteur d’opéra Evann Johannes ainsi qu'André Breton, qui interprète la chanson populaire Un jour à la fois. Ces derniers auront le loisir de côtoyer des artistes de la région et d'ailleurs, qui se partageront trois scènes: deux à l'extérieur pour les performances musicales et une à l'intérieur pour les représentations théâtrales, spectacles de marionnettes pour enfants et monologues humoristiques.

En cas de pluie, les spectacles auront lieu à l'intérieur.

Pour les gens de l'extérieur de la région, il sera possible de camper sur le terrain du Mont Sacré-Cœur ou de nicher son sac de couchage dans un coin de la salle réservée à cet effet. Le festival présentera une trentaine de spectacles à raison de $5 pour la fin de semaine ou $2 par jour.

(La Presse, 19 juillet 1988, p. A12)

29 décembre 2025

EN LIBERTÉ: Picotine


IL FAIT TOUJOURS BEAU; En ce début 1966, de quoi les montréalais jase-t-il?


LE MOT DU JOUR: Claude Ryan no 5



20231228 LE MOT DU DU JOUR - Claude Ryan No 5

LE PRÉSENT DU PASSÉ: Ces trésors cachés

Ces trésors cachés

Benoit Voyer
L'auteur est Montréalais.

À Saint-Jean-sur-Richelieu, en Montérégie, Fernand Blais, 70 ans, est mort dans la plus totale solitude, chez lui, en janvier. Il a été retrouvé sans vie. Quelle triste nouvelle!

Dans ce monde qui carbure au jeunisme, nous oublions trop souvent toutes ces personnes qui vieillissent. Lorsqu'elles atteignent un certain âge, nous les mettons de côté et, en peu de temps, elles se retrouvent isolées.

On dit qu'elles sont moins productives pour la société et qu'elles ne correspondent plus aux critères de jeunesse que nous dictent les images véhiculées par les médias. On dit même qu'elles sont dépassées, vieux jeu, vieille mode.

Ce que nous vivons est un drame collectif. Les aînés ont-ils encore une place dans notre société ?

Les Africains disent qu'un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui disparaît. Ainsi, ils ont compris que les aînés ne sont pas rien, c'est-à-dire qu'ils sont encore utiles à la société. Ils sont même un bien indispensable.

Jeannine, ma belle-mère vit avec notre famille. Elle nous aide, avec les forces physiques qui lui restent, aux tâches ménagères. Elle est aussi une présence pour son petit-fils, Mikaël, 8 ans et autiste (syndrome d'Asperger). Cela serait tellement malheureux si elle disparaissait. Chaque soir, la qualité de vie de notre mioche ne serait pas la même sans la présence de cette femme qui a pourtant l'âge de Fernand Blais. Et pour notre couple, elle nous apprend, par l'attention que nous lui accordons, à ne pas trop nous centrer sur notre nombril. Au sein de notre famille depuis quelques années, elle est sortie de sa solitude. Avant, tout comme cet homme, elle était isolée. Maintenant, on la sent plus heureuse, car elle se sent encore utile, appréciée pour ce qu'elle est et aimée.

Un trésor à vénérer!
Cette semaine, j'ai rencontré Maurice, 84 ans, un docteur en linguistique qui est fasciné par les arts sacrés. Ensemble, nous avons parlé de cathédrales et d'églises, de vitraux et de peinture. Maurice m'a ouvert les yeux sur le beau et le merveilleux. Et que dire de ma rencontre avec Raymond, octogénaire lui aussi, qui m'a donné des leçons d'histoire et de théologie.

Je pense aussi à toutes ces personnes âgées qui donnent de leur temps gratuitement au service des autres. Il y en a des milliers. Les personnes âgées ne sont pas rien ! Elles sont un trésor qu'il faut vénérer et accepter et dont il faut prendre soin. J'aimerais tant être le fils adoptif de toutes ces personnes âgées et seules. Et pourquoi pas chacun de nous ?

(Le Presse, 28 mai 2006, p. A15)

28 décembre 2025

INTERMEDE: Sentier de l'îles Vessot, a Joliette


EN LIBERTÉ: Trop gentil pour être heureux


IL FAIT TOUJOURS BEAU: Le 1er janvier 1966 l'évêque de St-Jérôme parle de la misère


VISION CATHOLIQUE: Quand le divin touche l’humain, il n’y a que des grandes choses qui puissent arriver

Quand le divin touche l’humain,
il n’y a que des grandes choses qui puissent arriver

Par Benoit Voyer

28 décembre 2025

Joseph et Marie sont de nouveaux parents qui acceptent, vivent et perpétuent les traditions religieuses et sociales de leur époque. Ainsi donc, pour se conformer à la règle en usage, ils se rendent au Temple [1] afin de consacrer Jésus à Dieu puisqu’il s’agit de leur tout premier-né de sexe masculin. « Ils venaient aussi offrir le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur : un couple de tourterelles ou deux petites colombes », nous explique Luc, le narrateur de l’histoire.

Au Temple, à leur grand étonnement, ils sont attendus par deux vieillards qu’ils ne connaissent pas : un homme et une femme qui se prénomment Anne et Syméon. De leur côté, eux savent qui est ce bambin qu’ils accompagnent.

Poussé par un élan intérieur, au moment où les parents présentent l’enfant Jésus
pour se conformer au rite de la Loi qui le concerne, Syméon prend l’enfant dans ses bras et bénit Dieu en disant : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple. »

Pour Syméon, la rencontre de cet enfant est le point culminant de toute sa vie. Maintenant qu’il a vu le petit prince attendu, le Fils de Dieu, il peut quitter ce monde.

Et il ajoute des paroles à l’intention de Marie : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction – et toi, ton âme sera traversée d’un glaive. » Il faudra 33 ans pour que Marie comprenne le sens de ses paroles.

Ainsi donc, « les choses de Dieu doivent se faire selon des voies divines »[2]. Et quand le divin touche l’humain, il n’y a que des grandes choses qui puissent arriver.

Et moi, pauvre parmi les pauvres, à la fin de chaque jour, lorsque je repense à toutes les petites choses qu’il m’a été permis de vivre durant ma journée, je dis à Dieu, comme Syméon : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix », car je t’ai reconnu, toi la Lumière sur ma route. Je t’ai reconnu à travers tous les gens que je rencontre.

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[1] "Quand fut accompli le temps prescrit par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus l’amenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi : Tout premier-né de sexe masculin sera consacré au Seigneur. Ils venaient aussi offrir le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur : un couple de tourterelles ou deux petites colombes. Or, il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon. C’était un homme juste et religieux, qui attendait la Consolation d’Israël, et l’Esprit Saint était sur lui. Il avait reçu de l’Esprit Saint l’annonce qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ, le Messie du Seigneur. Sous l’action de l’Esprit, Syméon vint au Temple. Au moment où les parents présentaient l’enfant Jésus pour se conformer au rite de la Loi qui le concernait, Syméon reçut l’enfant dans ses bras, et il bénit Dieu en disant : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël. » Le père et la mère de l’enfant s’étonnaient de ce qui était dit de lui. Syméon les bénit, puis il dit à Marie sa mère : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction et toi, ton âme sera traversée d’un glaive : ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre. »" (Lc 2, 22-35)
[2] En octobre 1932, durant une retraite spirituelle chez les Carmes, à Ségovie, en Espagne, lieu où repose saint Jean de la Croix, saint Josémaria Escriva écrivait dans son journal intime : « Les choses de Dieu doivent se faire selon des voies divines. Moi, je suis à Dieu, je veux être à Dieu. Quand je le serai véritablement, lui se chargera tout de suite d’arranger tout (…), en récompense de ma foi et de mon amour (…). Laissons le Seigneur agir. Cité par Andres Vazquez de Prada dans Le Fondateur de l’Opus Dei – Vie de Josémaria Escriva – Vol. 1, Le Laurier, Wilson & Lafleur, 2001, pp. 473-474


AU COEUR DE LA PAROLE: La sainte Famille



20231229 AU COEUR DE LA PAROLE - La Sainte Famille B

LE PRÉSENT DU PASSÉ: Les origines de la Saint-Jean-Baptiste

Les origines de la Saint-Jean-Baptiste

QUÉBEC - Le 24 juin, traditionnelle fête du solstice d'été, est célébrée depuis l'antiquité par les druides. Afin de christianiser cette solennité, l'Église a jadis sanctifié cette journée en la mettant sous le patronage de Jean-Baptiste, le cousin du Christ qui exhortait son peuple à la conversion. Déjà au temps des druides, les festivités se terminaient par un grand feu de joie.

En allant habiter les terres du nouveau continent, les Français ont emporté avec eux cette vieille tradition.

Cependant, la célébration a gagné une nouvelle popularité avec la fondation de la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) à Montréal (1834) et à Québec (1842).

Grâce à la propagande de la SSJB, la célébration de la Saint-Jean-Baptiste est rapidement devenue la fête de la nationalité canadienne-française.

Le 20 novembre 1907, Adélard Turgeon, président de la SSJB de Québec, envoie une lettre à Mgr Louis-Nazaine Bégin, archevêque de Québec (de 1898 à 1925), en séjour à Rome, pour lui demander de réaliser un voeu qui lui est cher, soit la promulgation officielle du fils d'Élisabeth au titre de patron de la race franco-canadienne.

«Je m'empresse de dire que ma démarche toute personnelle me semble à moi-même bien hardie dans une question de cette importance, mais je suis sûr que si la chose est jugée nécessaire, il sera facile d'obtenir les plus hautes et les plus puissantes adhésions à ce projet parmi les concitoyens canadiens-français», écrit Adélard Turgeon.

L'archevêque de Québec intercède en faveur du demandeur auprès du Saint-Père. Le 10 mai 1908, il annonce la bonne nouvelle aux membres de son clergé et demande que celle-ci soit faite au prône de chacune des messes du diocèse.

«Cet acte de bienveillance du Souverain Pontife augmentera encore cette dévotion, et nous attachera davantage à la religion et aux traditions de nos pères. La religion a déterminé les événements qui ont donné naissance à notre race, elle a été notre force aux jours difficiles de notre histoire, elle a été partout et toujours l'infatigable champion de notre nationalité», rédige-t-il dans sa «circulaire au clergé».

Le bref de Pie X, signé par le Cardinal Merry Del Val, Secrétaire d'État du Vatican, le 25 février 1908, stipule que «C'est pourquoi - et Nous voudrions que cela soit pour le plus grand bien, pour le bonheur et la prospérité de l'Église canadienne et de tous les catholiques de ce pays -, par Notre autorité Suprême et par les présentes ( ... ) Nous établissons, Nous constituons et Nous proclamons saint Jean-Baptiste patron spécial auprès de Dieu des fidèles franco-canadiens, tant de ceux qui sont au Canada que ceux qui vivent sur une terre étrangère.»

C'est ainsi que saint Jean-Baptiste est officiellement devenu le patron de la nation franco-canadienne.

Par Benoît Voyer

(Revue Sainte Anne, Juin 2003, pages 253 et 254)

27 décembre 2025

EN LIBERTÉ: Guy Boucher cherche encore sa jolie Rose


IL FAIT TOUJOURS BEAU: A la mémoire de Jean Lapierre


LES GRANDS ESPACES

 


VISION CATHOLIQUE: Jean-Paul II accorde le pardon à son agresseur

Jean-Paul II accorde le pardon à son agresseur

Par Benoit Voyer

27 décembre 2025

Le 27 décembre 1983, Jean-Paul II rendait visite à Mehmet Ali Agça dans la prison romaine Rebibbia afin d’échanger confidentiellement avec lui et de lui pardonner. L’entretien a duré 20 minutes, tous deux assis un près de l’autre échangeant à voix basse. Le pape n’a jamais voulu rendre public ce qu’ils avaient échangé. Le 13 mai 1981, ce terroriste turc avait tiré deux coups de pistolet en direction du chef des catholiques, tentant de l’assassiner.

Ému, Mehmet Ali Agça « s’est agenouillé devant le chef de l’Église et il lui a embrassé les deux mains, dont l’une porte encore les traces de la blessure causée par la balle du pistolet »[1], rapportaient les autorités vaticanes.

Le détenu devait peu de temps après être transféré au pénitencier d’Ascoli, dans l'Italie centrale, où il devait purger une peine de prison à vie.

Mehmet Ali Ağca aurait été libéré en 2010.

Le 27 avril 2014, Jean-Paul II a été canonisé par le pape François.
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[1] AFP, « Émouvante rencontre entre Jean-Paul II et Ali Agca », La Presse, 28 décembre 1983, p. A1. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2291050


LE MOT DU JOUR: La chapelle Notre-Dame-de-Lourdes, a Montréal



20231229 Chapelle Notre-Dame de Lourdes, a Montréal

LE PRÉSENT DU PASSÉ: Nous travaillons de moins en moins

Nous travaillons de moins en moins

Par Benoît Voyer, journaliste


MONTRÉAL - Le travail, au sens traditionnel du mot, tend à disparaître. Nous besognons de moins en moins. «Pourquoi continuer à appeler de ce nom cette occupation qui demande de nous une présence régulière, bientôt facultative d'ailleurs, en un lieu collectif où se tiennent des réunions et des échanges de messages et où s'accumulent des papiers qu'il faut remplir sous peine de fautes juridiques ou d'exclusion sociale?» questionne le philosophe Michel Serres, membre de l'Académie française, un des responsables de l'acceptation des nouveaux mots de la langue française

Son interrogation se fonde sur les critères qui, selon lui, donnent du sens au mot travail.

Cinq sens du mot travail
Le travail est d'abord une force en déplacement. Traditionnellement, travailler voulait dire: creuser, hisser et frapper.

Il implique une lutte contre l'entropie, contre l'absence de l'espoir, c'est-à-dire qu'il va à l'encontre de la nature humaine.

Il produit des outils qui ont une fin. Il y a des lunes, l'homme taillait du silex pour chasser. Tailler avait une finalité comme le reste des gestes qu'il accomplissait.

«Le travail demande un emploi du temps défini pour déplacer des forces, lutter contre l'entropie croissante, l'absence de l'effort, et, quelquefois, pour façonner des objets. Il demande donc une certaine souffrance», dit Michel Serres.

Enfin, il suppose d'être à l'œuvre.

Suivant la logique de ces cinq sens, jadis l'humain travaillait. La majorité des métiers qui impliquent ces éléments sont disparus ou sont sur le point de ne plus faire partie du paysage.

Qui aurait cru! Des femmes au volant ...
«Je me souviens, il y a cinquante ans, combien conduire un poids lourd demandait de la force et du courage, car l'inertie de la cargaison l'emportait quelquefois sur les capacités de la machine au freinage et à l'entraînement sur des chemins en relief. Aujourd'hui, les commandes assistées demandent beaucoup moins de puissance. Il faut juste de l'habilité. Qui aurait cru, lorsque j'étais jeune, que des femmes piloteraient des monstres de plus de cinquante tonnes!», raconte l'homme aux longs sourcils blancs.

Aujourd'hui, les grues et les outillages mécaniques font le travail à leur place. Quelle force déplace le journalier contemporain? Il produit toujours «autant d'énergie, mais seulement en salle de conditionnement physique!», blague le sexagénaire

Cyber-bang
La révolution du travail, selon les cinq sens de Serres, a moins de 25 ans. Le «Cyber-bang» (la civilisation de savoir) a des effets considérables sur tous les humains.

Jadis et naguère, l'humain définissait sa fierté et son honneur en travaillant. Si le travail disparaît, en quels lieux l'humain retrouvera-t-il un sens à ce qu'il réalise au fil des jours?

(Revue Sainte Anne, Septembre 2001, page 358)

26 décembre 2025

EN LIBERTÉ: Coeur de pirate 2


IL FAIT TOUJOURS BEAU: La taille du vagin


NATURE: Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby


Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby

LE MOT DU JOUR: Comment priez-vous ?



20231227 LE MOT DU JOUR - Comment priez vous

LE PRÉSENT DU PASSÉ : Christian Beaulieu

Christian Beaulieu


Un visage d'enfant aux yeux de Dieu

Benoît Voyer


« Il n'y a jamais rien d'acquis pour moi à cause de ma timidité. Je suis toujours obligé de me battre pour retrouver confiance. Le p'tit gars qui habite en moi revient vite prendre place avec ses peurs et ses angoisses », raconte Christian Beaulieu.

Étonnante confidence de ce prêtre catholique qui parcourt le Canada francophone pour propager à sa façon le message de l'Évangile. Il parle avec verve et audace. Pourtant ce n'est pas ses paroles qui touchent le cœur des gens, ce sont ses yeux bleus d'où transparaissent une grande bonté, une grande compassion, une grande tendresse. Il est fréquent d'entendre à son sujet: « Lorsqu'il m'a regardé, j'ai croisé le regard de Jésus! »

«Il y a une force dans ma fragilité. Il y a une puissance dans mon impuissance. Étant donné que je vis avec des gens avec une très grande souffrance, je suis toujours confronté à affronter mon impuissance. Il faut que je sache me réfugier dans le cœur de Dieu où je vais retrouver la paix, la sérénité, la confiance et où je vais m'abandonner. L'abandon n'est vraiment pas naturel pour moi. Je vais facilement parler du lâcher prise dans les conférences, mais si j'en parle autant que ça c'est parce que c'est à chaque jour que je dois aller rechercher personnellement ce lâcher prise et faire un combat intérieur pour arriver à l'abandon », ajoute-t-il.

La souffrance des autres nous ramène toujours à notre propre vulnérabilité Christian Beaulieu ne cesse de l'expérimenter. C'est une grâce que les marginaux lui font, car leur fragilité l'aide à apprivoiser la sienne. Tant de gens disent « Le cheminement spirituel est comme un escalier que l'on monte », mais pour l'abbé Beaulieu, le cheminement spirituel et humain est un escalier que l'on descend, car pour toucher sensiblement la grandeur du cœur de Dieu, il faut être en contact avec sa petitesse et sa faiblesse. Il faut donc descendre profondément en soi.

Les apparences peuvent tromper. Devant un public, Christian Beaulieu semble être fort, solide, sûr de lui et d'un positivisme hors de l'ordinaire. Pourtant, il lui arrive d'être déçu et de traverser des moments de désarroi. « C'est souvent ce qui me plonge dans la prière à corps perdu. Même si je suis un homme d'action, énergique et dynamique, je suis un homme de prière. Je me donne quelques heures par jour, et j'y tiens! C'est là que ma peine passe, c'est là que mes forces se refont, c'est là que je puise l'énergie pour retrouver la joie de vivre », raconte-t-il.

Son expérience spirituelle est contagieuse et touche le cœur de centaines et de centaines de personnes depuis qu'il est prêtre. Grâce à son intervention, bien des gens ont retrouvé le goût de vivre. Être prêtre n'est-il pas être « médecin de l’âme »?

Saisi par le Christ
Christian Beaulieu est né le 22 mai 1941 à Saint-Hubert, près de Rivière-du-Loup au Québec, comme ses parents et ses grands-parents. Il est le 5e enfant d'une famille qui en compte 13. À l'âge de 7 ans, il émigre à l'île d'Orléans, à quelques minutes de Québec. C'est là qu'il passe toute sa jeunesse.

« J'ai été enraciné dans les choses de la nature, de l'accueil, de la fête, de la célébration qui étaient communiquées naturellement au sein de ma famille. C'était un milieu avec une foi proche de la vie et où l'esprit de famille était très fort », confie le jovial homme.

À l'école, il n'a rien d'un élève brillant. Il a bien des difficultés. D'ailleurs, tout au long de sa jeunesse, le petit Beaulieu n'aime pas beaucoup le milieu scolaire Lorsqu'il a pris conscience - à travers sa foi - que Dieu a besoin de nous, tout a changé: « J'ai découvert que la foi ce n'est pas simplement croire en Dieu, mais c'est aussi croire qu'il croit en nous! Cela m'a vraiment touché! Ma rencontre avec Jésus Christ a eu un très grand impact dans ma vie. J'ai été comme obligé de sortir de ma timidité, de ce complexe d'infériorité que j'avais. »

Devenir prêtre
C'est vers l'âge de 20 ans qu'il décide de devenir prêtre. Il n'y avait jamais songé sérieusement avant ce temps parce que l'image du clerc qu'il avait était celui du professeur et du curé en paroisse. Cela ne l'appelait guère.

Il voulait devenir criminologue. Pour parvenir à payer ses études, il se rend enseigner dans la région de Sherbrooke: « Et c'est là que j'ai commencé à travailler avec les jeunes dans les parcs et les prisons. Et ce sont eux qui m'ont interpellé: « Pourquoi ne deviendrais-tu pas prêtre? Parle-nous de ton bonheur? Pourquoi es-tu heureux? Pourquoi ne pas donner ta vie aux jeunes? Ils m'ont éveillé l'esprit. »

Cependant, c'est surtout grâce à l'intervention du père Henri Roy, le fondateur de la Jeunesse ouvrière catholique canadienne (J.O.C.) et de l'Institut séculier Pie X, qu'il décide de faire le grand saut. En lui, il a vu qu'il est possible de devenir un prêtre au service de la jeunesse et que le prêtre peut prendre des initiatives pour ouvrir de nouveaux champs d'action. Le célèbre père Roy lui a communiqué l'amour de la 100e brebis, celle qui est égarée. Être le pasteur de l'enfant prodigue, voilà enfin une mission qui répondait à ses aspirations intérieures.

«Une rencontre avec cet homme nous marquait pour la vie. C'était un homme de Dieu! Il était capable de voir le travail qu'il réalisait à l'intérieur de nous. Il disait souvent: "Tu as rencontré Jésus! Alors parle de Jésus et rayonne Jésus!" », se souvient-il

Toute sa vie, il se souviendra de cette prière d'Henri Roy: « Seigneur, que tous ceux qui me voient te voient et te rencontre pour toujours ». Il redit souvent ces mêmes paroles dans le secret de son cœur. C'est bien plus qu'une prière toute faite! C'est son plan de vie.

Christian Beaulieu a été ordonné prêtre le 9 juin 1968, à Québec, dans l'Institut séculier Pie X.

Travail apostolique
Pendant près de 20 ans, il sera des dirigeants du mouvement La Rencontre. C'est dans ce regroupement apostolique qu'il découvre ses talents de conférencier.

Il a écrit de nombreux livres dont « Ma blessure est tendresse », « Jeunes, amour et sexualité », « Cœur blessé, espère! » et « Si on mettait le feu ».

Il y a une dizaine d'années, il a fondé le Pharion pour venir en aide aux jeunes alcooliques et toxicomanes de 18 à 30 ans

Il anime des retraites spirituelles et donne des conférences où on le demande.

Il assume la direction de l'Institut séculier Pie X (la Revue Sainte Anne publiera un article sur ce sujet dans sa prochaine édition).

Il ne chôme pas!
«Ce qui fait que les gens souffrent tant c'est souvent parce que leur souffrance n'a pas de sens. Alors, je veux donner un sens à leur vie et à leur souffrance. Je veux passer comme un aigle dans la vie des gens pour leur donner le goût de se faire des ailes, pour leur donner de croire au large, à l'infini, à œuvrer... », explique cet homme enfant aux yeux de Dieu.

Une personnalité en demande
« Tu es une personnalité! Est-ce que tu trouves cela difficile d'être une "vedette du monde catholique"? » lui demande le représentant de la Revue Sainte Anne. La réponse ne vient pas facilement. Il doit creuser en lui pour trouver la réponse. Après quelques secondes, il répond: « À une époque, cela me mettait une pression terrible! Je voulais toujours être à la hauteur de la situation. Et là, je jouais un personnage. Depuis plusieurs années, j'ai accepté que les gens puissent demander, puissent avoir des attentes, mais je ne réponds pas toujours aux attentes. Je suis devant eux comme un enfant, alors j'enlève toutes formes de pressions sur moi ».

Pendant cette période où il jouait un personnage, il a souvent négligé ses moments de cœur à cœur avec Dieu. Maintenant, il ne manque plus ces précieux instants d'intimité. « Ma source doit d'abord être prise dans ma relation avec Dieu ... et avec moi-même », conclut Christian Beaulieu. Dieu est le seul refuge où se calment ses peurs et ses angoisses. C'est grâce à Lui qu'il peut vraiment rayonner Jésus 

(Revue Sainte-Anne, juillet 1999, p. 295)

25 décembre 2025

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LE PRÉSENT DU PASSÉ: Fanfan Dédé se préoccupe de l'avenir des églises

Fanfan Dédé se préoccupe de l'avenir des églises

MONTRÉAL - Le comédien André Richard, qui incarnait avec brio le personnage de Fanfan Dédé au réseau TVA dans les années 1970, se préoccupe de l'avenir des églises, surtout celle du quartier où il habite, car elle, comme plusieurs autres, n'attire pas beaucoup de fidèles. Il suggère que ces temples délaissés soient convertis en logements sociaux.

«Comme tous ces lieux immenses et vides nous appartiennent un peu, il me semble, et que la mode du jour est aux recours dits collectifs, ne serait-ce pas une belle et bonne affaire pour ceux que l'on dit sans logements? Je pense, ma foi, que Dieu serait content», a dit le sympathique bonhomme, qui habite le centre-ville de Montréal, à la Revue Sainte Anne.

Benoît Voyer


(Revue Sainte Anne, avril 2003, page 161)