VISION CATHOLIQUE : Jean-Guy Dubuc
-Jean-Guy Dubuc
Par Benoit Voyer
23 janvier 2026
Jean-Guy Dubuc a longtemps été éditorialiste à La Presse et à divers journaux du groupe de presse de Power Corporation. Il est avant tout prêtre catholique. Avant d’œuvrer dans l’univers des médias, il a enseigné la théologie dans une université. Pour lui, sa présence dans les médias a été bien plus qu'un travail. Elle a été sa mission de vie, sa mission de prêtre, qui est celle de porter l'Évangile.
En 2001, comme il l'a souvent refait depuis ce temps, il disait : « Il faut mettre le doigt sur le pourquoi de l'absence des intellectuels chrétiens sur la place publique, car cette absence [...] commence à être catastrophique. Est-ce parce qu'ils n'ont rien à dire ou qu'ils n'osent pas le dire ? [...] Il faut cesser de penser que c'est la faute des autres, que ce sont les autres qui doivent prendre la parole, qu'on ne peut rien y faire ou autre prétexte semblable. »[1]
Ce qui a toujours animé sa vie, c’est d’être utile. C’est d’ailleurs ce qu’il me disait, il y a déjà quelques années : « Tant que je suis utile, j'ai une raison de vivre. Un prêtre qui n'est pas utile ne peut pas vivre. Tant qu'il est utile, il a un sens à sa vie… » [...] « Je voudrais mourir 5 minutes après que je ne serai plus utile. »
Né en 1934, à Montréal, il est devenu prêtre, en 1958, parce qu'il voulait être au service des autres. Seule la vie religieuse l'assurait de réaliser pleinement cette aspiration profonde, inscrite au fond de son âme.
Le fils de Juliette Martel et d'Eugène Dubuc, originaires de la banlieue montréalaise, jouit d'une intelligence au-dessus de la moyenne. C'est à l'école Plessis, institution scolaire dirigée par les Frères des Écoles chrétiennes, que débute sa longue montée. En 1999, dans un grand entretien pour la Revue Sainte-Anne, il me racontait : « Mon frère est allé à la même école jusqu'en 9ᵉ année. Parce qu'il était premier de classe, il a obtenu une bourse pour étudier au Mont Saint-Louis. J'ai décidé que je ferais la même chose parce que j'étais premier de classe à tous les mois et à toutes les années. À la fin de la 6ᵉ année, j'ai dit à mon père : "Je ne veux pas aller au Mont-Saint-Louis !" "Pourquoi ?", répondit-il. "Parce que je veux devenir prêtre !" ». [...] « Il voulait que j'aille étudier chez les Sulpiciens au Collège Mont-Royal parce qu'il avait lui-même étudié là. Je ne voulais pas aller à cet endroit, parce que des gars que je connaissais allaient là. Je n'aimais pas leurs styles. Cela ne convenait pas à mon image (!). Alors, il a trouvé le Collège Grasset, sur le boulevard Crémazie, donc très loin pour moi qui habitais rue Sherbrooke, face au parc Lafontaine.
Jean-Guy Dubuc était vraiment décidé et motivé. Il faisait 45 minutes de tramway matin et soir. Ses cours commençaient à 8 h 15 et finissaient à 18 h, presque 7 jours par semaine. Les élèves de ce collège étaient libres les mardis et jeudis après-midi ; le samedi, les cours finissaient à 18 h, et le dimanche, ils besognaient de 8 h 30 à midi. Il garde de très beaux souvenirs de cette époque.
Il vit au sein d'une famille unie où tout concourt au développement intellectuel. Son père était professeur à l'élémentaire et maître de chapelle (il dirigeait une chorale). Chez lui, il fallait chanter tous les soirs. Après le souper, ils allaient tous au salon et son père s'installait au piano.
À 16 ans, en quête d'autonomie, il commence à travailler. IL achète ses habits pour le collège, paie ses études et ses sorties.
Prêtre catholique
Il est de la dernière grande vague de prêtres canadiens-français. À cette époque, la vocation presbytérale est synonyme de prestige. Dans sa classe de première année au Grand Séminaire de Montréal, ils sont 25 gars de Montréal et une centaine du Québec et d'ailleurs. La vie de séminariste et de prêtre est valorisée. Tous portent la soutane et sont salués dans la rue. Le prêtre fait partie de l'élite de la société. Cela est inscrit dans les mœurs. Mais porter la soutane ne lui plaisait guère. Dès qu’il a pu s’habiller en civil, il l’a fait.
Une histoire de soutane
Le cardinal Paul-Émile Léger n'aimait pas tellement voir son nouveau venu sans soutane et col romain. Il n'a pas manqué de le lui dire. Cependant, il a su respecter ce choix fondé sur quelques arguments valables.
Néanmoins, puisque le jeune abbé Jean-Guy Dubuc est brillant, président des étudiants de sa classe au Grand Séminaire et un peu marginal, son supérieur et archevêque de Montréal décide de le garder bien à la vue en le nommant vicaire à la cathédrale.
Jean-Guy Dubuc me racontait : « Lorsque je suis allé étudier en France et en Belgique et que je suis allé à Rome pour participer au concile Vatican II, je ne portais pas de soutane et de col romain ! Le cardinal [Paul-Émile Léger] était mal à l'aise avec cela, mais je lui ai expliqué mon point de vue. Pour moi, le prêtre déguisé, c'est le prêtre de l'Ancien Testament, l'homme retiré du peuple. L'homme du Nouveau Testament, c'est l'homme dans le peuple qui est pêcheur ou comptable et qui vit dans son milieu. » Le « prince de l’Église de Montréal » était un homme ouvert.
En Europe
Après avoir été vicaire, aumônier de l'aviation et aumônier diocésain de la Jeunesse étudiante catholique (JEC), il part, à la suggestion de l'ordinaire du diocèse de Montréal, poursuivre sa formation universitaire en Europe. Durant l'année 1961-1962, il étudie à l'Institut Lumen Vitae à Bruxelles, mais cela ne convient pas à ses attentes.
Après trois semaines, il rencontre le chanoine Philippe Delaye, dont l'influence est grande en Belgique puisqu'il est prêtre et sénateur au gouvernement. Il est le représentant de l'Église au gouvernement et professeur à Rome et à l'Île. Il conseille à Jean-Guy Dubuc d'aller étudier à l'Île.
Il ajoute : « Comme j'étais lié à Lumen Vitae, j'ai décidé de faire les deux en même temps. Tous les matins, je partais à 7 h avec ma voiture pour deux heures de route. Après mes trois heures de cours à l'Ille, je prenais une bouchée, je rentrais et je prenais mes cours à Lumen Vitae. Le soir, j'étudiais. Le lendemain matin, je repartais. J'ai fait cela pendant une année.
Participation au concile Vatican II
En 1962, à la suggestion de Paul-Émile Léger, il laisse tomber l'offre de devenir aumônier des étudiants à Paris. Il opte plutôt pour une poursuite de ses études au doctorat à l'université grégorienne, à Rome, afin de suivre de près le concile Vatican II et de se retrouver auprès du cardinal et de ses deux collaborateurs.
Ce qu'il rencontre au Concile, c'est une Église contestataire, car il y avait de grandes oppositions. Les positions du cardinal Léger et du cardinal Wojtyla, le futur pape Jean-Paul II, n'allaient vraiment pas dans le même sens, surtout sur la notion même d'« Église ».
Jean-Guy Dubuc commente, le sourire aux lèvres : « Heureusement que le cardinal Léger était un batailleur ! J'ai appris au Concile qu'il est important d'affirmer ce que l'on croit et de prendre les moyens pour imposer sa volonté. Le cardinal s'est vraiment imposé. Il a eu des interventions extrêmement importantes qui ont influencé l'Église d'aujourd'hui. »
Au Concile, l'ouverture de l'Église sur le monde était la préoccupation d'un certain nombre d'évêques et de théologiens, et c'était loin d'être l'opinion de plusieurs autres qui étaient encore liés à une Église extrêmement hiérarchique et extrêmement romaine, liée aux dicastères romains.
La décentralisation est apparue et, surtout, les notions « Église peuple de Dieu » et « sacerdoce au service du peuple de Dieu ». L'idée d'un sacerdoce hiérarchique et dominant devenait dépassée. C'est là que Jean-Guy Dubuc s'est formé à l'idée que sa vie trouve un sens dans le service.
Comme dans une relecture de vie, il me lance : « Heureusement que j'ai fait un doctorat. Je ne pense pas que je serais resté prêtre si je n'avais pas eu l'occasion d'approfondir ma foi, parce que la théologie apprise au séminaire me rebellait. Il fallait apprendre des thèses, que nous ne comprenions pas, par cœur. Je comprends pourquoi tant de prêtres intellectuels ont décroché à cette époque : il y avait une opposition entre la foi et la raison.
À Rome, il a appris à raisonner sa foi. Il a vu qu'il est possible de ne pas être en accord et d'avoir le droit de se définir comme catholique et croyant. Il a aussi appris qu'il est possible d'être contestataire et prêtre. Tout cela l'a rassuré.
Retour au Canada
À son retour au Canada, en 1963, il devient professeur à l'université de Montréal. Ses sujets : la catéchèse et le rapport foi et raison. Son discours devient : l'Évangile doit s'incarner dans la culture contemporaine.
En 1967, le cardinal Paul-Émile Léger lui demande de prendre la direction de l'Office des communications sociales et de la revue L'Église de Montréal, ainsi que de fonder un bureau de presse à l'archevêché. Tâches que Jean-Guy Dubuc accepte, tout en continuant son travail d'enseignant.
Culture de masse
Rapidement, on le sollicite pour l'animation hebdomadaire d'une heure à la télévision de Radio-Canada, trente minutes au réseau TVA et trente minutes à CKAC 730, la radio la plus populaire de l'époque.
Pendant que des confrères religieux s'intéressent à la technique médiatique, il s'intéresse au phénomène de la culture de masse. Il me racontait : « J'étais très préoccupé par cette culture populaire. Je vivais dans un monde qui avait une culture et la transmission de sa culture et, par ailleurs, j'étais dans une Église qui vivait une autre culture et qui était de plus en plus repliée sur elle-même parce qu'elle n'était pas capable de transmettre sa culture à l'intérieur d'une culture de masse qui s'imposait. C'est cela qui a créé la crise que l'Église traverse au Québec. Je trouvais cela dramatique parce que, de toute son histoire, l'Église a toujours trouvé le moyen de transmettre son message : martyrs, l'empire de Constantin, les empereurs de l'époque, les cathédrales du Moyen Âge, les arts de la Renaissance… ».
Selon lui, depuis 1960, et surtout depuis 1967, l'Église est incapable de transmettre son message par la culture contemporaine. Il trouve cela regrettable.
La Presse
En 1971, à la suggestion du pasteur de son diocèse, il passe au journalisme au quotidien La Presse. En 1973, il devient éditorialiste et, en 1983, éditorialiste en chef. En 1988, éditeur du quotidien La Voix de l'Est et, l'année suivante, éditeur du quotidien La Tribune. En 1993, il tire sa révérence de l'empire de Paul Desmarais.
Durant ces années, il garde toujours la même préoccupation, qui est de propager les valeurs de la vérité, de la justice, et de prendre parti pour les plus faibles et la défense de la vie.
____________________
[1] Benoit Voyer, « Le silence des intellectuels chrétiens sur la place publique », Revue Sainte-Anne, septembre 2001, page 349.
23 janvier 2026
Jean-Guy Dubuc a longtemps été éditorialiste à La Presse et à divers journaux du groupe de presse de Power Corporation. Il est avant tout prêtre catholique. Avant d’œuvrer dans l’univers des médias, il a enseigné la théologie dans une université. Pour lui, sa présence dans les médias a été bien plus qu'un travail. Elle a été sa mission de vie, sa mission de prêtre, qui est celle de porter l'Évangile.
En 2001, comme il l'a souvent refait depuis ce temps, il disait : « Il faut mettre le doigt sur le pourquoi de l'absence des intellectuels chrétiens sur la place publique, car cette absence [...] commence à être catastrophique. Est-ce parce qu'ils n'ont rien à dire ou qu'ils n'osent pas le dire ? [...] Il faut cesser de penser que c'est la faute des autres, que ce sont les autres qui doivent prendre la parole, qu'on ne peut rien y faire ou autre prétexte semblable. »[1]
Ce qui a toujours animé sa vie, c’est d’être utile. C’est d’ailleurs ce qu’il me disait, il y a déjà quelques années : « Tant que je suis utile, j'ai une raison de vivre. Un prêtre qui n'est pas utile ne peut pas vivre. Tant qu'il est utile, il a un sens à sa vie… » [...] « Je voudrais mourir 5 minutes après que je ne serai plus utile. »
Né en 1934, à Montréal, il est devenu prêtre, en 1958, parce qu'il voulait être au service des autres. Seule la vie religieuse l'assurait de réaliser pleinement cette aspiration profonde, inscrite au fond de son âme.
Le fils de Juliette Martel et d'Eugène Dubuc, originaires de la banlieue montréalaise, jouit d'une intelligence au-dessus de la moyenne. C'est à l'école Plessis, institution scolaire dirigée par les Frères des Écoles chrétiennes, que débute sa longue montée. En 1999, dans un grand entretien pour la Revue Sainte-Anne, il me racontait : « Mon frère est allé à la même école jusqu'en 9ᵉ année. Parce qu'il était premier de classe, il a obtenu une bourse pour étudier au Mont Saint-Louis. J'ai décidé que je ferais la même chose parce que j'étais premier de classe à tous les mois et à toutes les années. À la fin de la 6ᵉ année, j'ai dit à mon père : "Je ne veux pas aller au Mont-Saint-Louis !" "Pourquoi ?", répondit-il. "Parce que je veux devenir prêtre !" ». [...] « Il voulait que j'aille étudier chez les Sulpiciens au Collège Mont-Royal parce qu'il avait lui-même étudié là. Je ne voulais pas aller à cet endroit, parce que des gars que je connaissais allaient là. Je n'aimais pas leurs styles. Cela ne convenait pas à mon image (!). Alors, il a trouvé le Collège Grasset, sur le boulevard Crémazie, donc très loin pour moi qui habitais rue Sherbrooke, face au parc Lafontaine.
Jean-Guy Dubuc était vraiment décidé et motivé. Il faisait 45 minutes de tramway matin et soir. Ses cours commençaient à 8 h 15 et finissaient à 18 h, presque 7 jours par semaine. Les élèves de ce collège étaient libres les mardis et jeudis après-midi ; le samedi, les cours finissaient à 18 h, et le dimanche, ils besognaient de 8 h 30 à midi. Il garde de très beaux souvenirs de cette époque.
Il vit au sein d'une famille unie où tout concourt au développement intellectuel. Son père était professeur à l'élémentaire et maître de chapelle (il dirigeait une chorale). Chez lui, il fallait chanter tous les soirs. Après le souper, ils allaient tous au salon et son père s'installait au piano.
À 16 ans, en quête d'autonomie, il commence à travailler. IL achète ses habits pour le collège, paie ses études et ses sorties.
Prêtre catholique
Il est de la dernière grande vague de prêtres canadiens-français. À cette époque, la vocation presbytérale est synonyme de prestige. Dans sa classe de première année au Grand Séminaire de Montréal, ils sont 25 gars de Montréal et une centaine du Québec et d'ailleurs. La vie de séminariste et de prêtre est valorisée. Tous portent la soutane et sont salués dans la rue. Le prêtre fait partie de l'élite de la société. Cela est inscrit dans les mœurs. Mais porter la soutane ne lui plaisait guère. Dès qu’il a pu s’habiller en civil, il l’a fait.
Une histoire de soutane
Le cardinal Paul-Émile Léger n'aimait pas tellement voir son nouveau venu sans soutane et col romain. Il n'a pas manqué de le lui dire. Cependant, il a su respecter ce choix fondé sur quelques arguments valables.
Néanmoins, puisque le jeune abbé Jean-Guy Dubuc est brillant, président des étudiants de sa classe au Grand Séminaire et un peu marginal, son supérieur et archevêque de Montréal décide de le garder bien à la vue en le nommant vicaire à la cathédrale.
Jean-Guy Dubuc me racontait : « Lorsque je suis allé étudier en France et en Belgique et que je suis allé à Rome pour participer au concile Vatican II, je ne portais pas de soutane et de col romain ! Le cardinal [Paul-Émile Léger] était mal à l'aise avec cela, mais je lui ai expliqué mon point de vue. Pour moi, le prêtre déguisé, c'est le prêtre de l'Ancien Testament, l'homme retiré du peuple. L'homme du Nouveau Testament, c'est l'homme dans le peuple qui est pêcheur ou comptable et qui vit dans son milieu. » Le « prince de l’Église de Montréal » était un homme ouvert.
En Europe
Après avoir été vicaire, aumônier de l'aviation et aumônier diocésain de la Jeunesse étudiante catholique (JEC), il part, à la suggestion de l'ordinaire du diocèse de Montréal, poursuivre sa formation universitaire en Europe. Durant l'année 1961-1962, il étudie à l'Institut Lumen Vitae à Bruxelles, mais cela ne convient pas à ses attentes.
Après trois semaines, il rencontre le chanoine Philippe Delaye, dont l'influence est grande en Belgique puisqu'il est prêtre et sénateur au gouvernement. Il est le représentant de l'Église au gouvernement et professeur à Rome et à l'Île. Il conseille à Jean-Guy Dubuc d'aller étudier à l'Île.
Il ajoute : « Comme j'étais lié à Lumen Vitae, j'ai décidé de faire les deux en même temps. Tous les matins, je partais à 7 h avec ma voiture pour deux heures de route. Après mes trois heures de cours à l'Ille, je prenais une bouchée, je rentrais et je prenais mes cours à Lumen Vitae. Le soir, j'étudiais. Le lendemain matin, je repartais. J'ai fait cela pendant une année.
Participation au concile Vatican II
En 1962, à la suggestion de Paul-Émile Léger, il laisse tomber l'offre de devenir aumônier des étudiants à Paris. Il opte plutôt pour une poursuite de ses études au doctorat à l'université grégorienne, à Rome, afin de suivre de près le concile Vatican II et de se retrouver auprès du cardinal et de ses deux collaborateurs.
Ce qu'il rencontre au Concile, c'est une Église contestataire, car il y avait de grandes oppositions. Les positions du cardinal Léger et du cardinal Wojtyla, le futur pape Jean-Paul II, n'allaient vraiment pas dans le même sens, surtout sur la notion même d'« Église ».
Jean-Guy Dubuc commente, le sourire aux lèvres : « Heureusement que le cardinal Léger était un batailleur ! J'ai appris au Concile qu'il est important d'affirmer ce que l'on croit et de prendre les moyens pour imposer sa volonté. Le cardinal s'est vraiment imposé. Il a eu des interventions extrêmement importantes qui ont influencé l'Église d'aujourd'hui. »
Au Concile, l'ouverture de l'Église sur le monde était la préoccupation d'un certain nombre d'évêques et de théologiens, et c'était loin d'être l'opinion de plusieurs autres qui étaient encore liés à une Église extrêmement hiérarchique et extrêmement romaine, liée aux dicastères romains.
La décentralisation est apparue et, surtout, les notions « Église peuple de Dieu » et « sacerdoce au service du peuple de Dieu ». L'idée d'un sacerdoce hiérarchique et dominant devenait dépassée. C'est là que Jean-Guy Dubuc s'est formé à l'idée que sa vie trouve un sens dans le service.
Comme dans une relecture de vie, il me lance : « Heureusement que j'ai fait un doctorat. Je ne pense pas que je serais resté prêtre si je n'avais pas eu l'occasion d'approfondir ma foi, parce que la théologie apprise au séminaire me rebellait. Il fallait apprendre des thèses, que nous ne comprenions pas, par cœur. Je comprends pourquoi tant de prêtres intellectuels ont décroché à cette époque : il y avait une opposition entre la foi et la raison.
À Rome, il a appris à raisonner sa foi. Il a vu qu'il est possible de ne pas être en accord et d'avoir le droit de se définir comme catholique et croyant. Il a aussi appris qu'il est possible d'être contestataire et prêtre. Tout cela l'a rassuré.
Retour au Canada
À son retour au Canada, en 1963, il devient professeur à l'université de Montréal. Ses sujets : la catéchèse et le rapport foi et raison. Son discours devient : l'Évangile doit s'incarner dans la culture contemporaine.
En 1967, le cardinal Paul-Émile Léger lui demande de prendre la direction de l'Office des communications sociales et de la revue L'Église de Montréal, ainsi que de fonder un bureau de presse à l'archevêché. Tâches que Jean-Guy Dubuc accepte, tout en continuant son travail d'enseignant.
Culture de masse
Rapidement, on le sollicite pour l'animation hebdomadaire d'une heure à la télévision de Radio-Canada, trente minutes au réseau TVA et trente minutes à CKAC 730, la radio la plus populaire de l'époque.
Pendant que des confrères religieux s'intéressent à la technique médiatique, il s'intéresse au phénomène de la culture de masse. Il me racontait : « J'étais très préoccupé par cette culture populaire. Je vivais dans un monde qui avait une culture et la transmission de sa culture et, par ailleurs, j'étais dans une Église qui vivait une autre culture et qui était de plus en plus repliée sur elle-même parce qu'elle n'était pas capable de transmettre sa culture à l'intérieur d'une culture de masse qui s'imposait. C'est cela qui a créé la crise que l'Église traverse au Québec. Je trouvais cela dramatique parce que, de toute son histoire, l'Église a toujours trouvé le moyen de transmettre son message : martyrs, l'empire de Constantin, les empereurs de l'époque, les cathédrales du Moyen Âge, les arts de la Renaissance… ».
Selon lui, depuis 1960, et surtout depuis 1967, l'Église est incapable de transmettre son message par la culture contemporaine. Il trouve cela regrettable.
La Presse
En 1971, à la suggestion du pasteur de son diocèse, il passe au journalisme au quotidien La Presse. En 1973, il devient éditorialiste et, en 1983, éditorialiste en chef. En 1988, éditeur du quotidien La Voix de l'Est et, l'année suivante, éditeur du quotidien La Tribune. En 1993, il tire sa révérence de l'empire de Paul Desmarais.
Durant ces années, il garde toujours la même préoccupation, qui est de propager les valeurs de la vérité, de la justice, et de prendre parti pour les plus faibles et la défense de la vie.
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[1] Benoit Voyer, « Le silence des intellectuels chrétiens sur la place publique », Revue Sainte-Anne, septembre 2001, page 349.
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Jean-Guy Roy
« On en vient avec les années à se prendre un peu trop au sérieux. Pour être heureux, il faut en venir à être capable de rire de soi… »
Par Benoît Voyer
MONTRÉAL – Bip ! Bip ! Bip ! Le réveil-matin du frère Jean-Guy Roy annonce une nouvelle journée, comme le coq de la basse-cour chante le cocorico annonciateur des premiers rayons du soleil. Il est 5 h 45.
Il fait sa toilette matinale et retourne dans son intimité. Assis, il écoute les plus belles mélodies du répertoire classique en lisant quelques bribes de propos spirituels. Comme à chaque matin, il entre dans la vie à petits pas…
Après de longues minutes, il range son bouquin, ferme les yeux et se questionne : « Aujourd'hui, à qui vais-je dire merci ? » Il identifie trois ou quatre personnes et les raisons. À son agenda, il inscrit des notes afin de ne pas manquer ces occasions de semences vivifiantes.
Il poursuit son rituel quotidien en priant. Il sort une liste de prénoms et de noms comme à chaque matin. Une promesse, c'est une promesse ! Lorsqu'il dit : « Je vais prier pour toi ! », il n'y a pas de doute qu'il le fera. Afin de ne pas oublier ces gens, il tient cette liste à jour. Quelques-uns sont là depuis plusieurs années.
Même s'il a perdu le contact avec l'un ou l'autre, il reste fidèle. « C'est ma façon d'être solidaire et en lien avec chaque personne que je parraine spirituellement », confie-t-il.
Enfin, il peut sortir de sa cellule et prendre l'envol vers une autre journée de la vie. Après le petit-déjeuner avec ses confrères, il prend la route de son bureau du 505, avenue du Mont-Cassin, où il assure le développement et la gestion de Radio Ville-Marie, la station radiophonique qui tente de jeter un regard nouveau sur l'homme et la femme, une vision qui donne un sens à la quête existentielle.
Je crois…
Pour Jean-Guy Roy, « la vie » est synonyme de « doutes » parce qu'il faut douter pour avoir foi en quelqu'un qui donne une valeur à la finitude humaine.
« La foi, c'est comme la flamme qui fait que je suis capable de donner une signification à mes humbles pas, à ce que je suis, et qui donne l'espérance en la vie. Je ne suis pas qu'un paquet d'os et un bout de chair ! Je suis habité par quelqu'un qui me donne des défis à relever et qui m'amène à devenir foncièrement qui je suis », ajoute le religieux né le 3 juin 1953.
en la vie
« Quelle est la différence entre les yeux qui ont un regard et les yeux qui n'en ont pas ? Cette différence a un nom : c'est la vie. La vie commence là où commence le regard », écrit la romancière Amélie Nothomb dans « Métaphysique des tubes ».
Le frère Roy est assurément un homme au regard vivant. « Libérer la vie » est son programme existentiel, un leitmotiv qui se résume, depuis son adhésion à la congrégation des Frères du Sacré-Cœur, par « être le levain dans la pâte ».
C'est l'histoire de ses engagements que de faire éclater ce qui est beau et grand en l'être humain et de contribuer à l'épanouissement de ce dernier. Croire en la vie, c'est avoir foi en l'humanité et en sa capacité d'aimer et d'être aimé.
Comment susciter la vie ? Son programme se résume en deux étapes : être à l'écoute de soi et de l'autre dans le respect et avoir un esprit d'humilité. Il ne développe pas le premier point qu'il considère assez clair, mais se fait plus bavard sur le second item : « Être porteur de vie, c'est être attentif aux fragilités du monde contemporain… C'est de la cassure que peut jaillir quelque chose de beau ou c'est du chaos que naissent la vie et l'espérance ! Il n'y a que dans la crise intérieure, où tout est bousculé et remis en question, qu'il est possible de trouver un tremplin pour plonger dans le futur de l'existence. Ce qui fait la grandeur de l'humain est sa fragilité. Elle est notre richesse… C'est par ma petitesse que je fais des merveilles ! L'humilité, c'est être capable d'aller en soi, d'être à l'écoute de son intériorité. »
Il abonde dans le même sens que le roi catholique, le pape Jean-Paul II, qui affirme dans la lettre apostolique sur le sens chrétien de la souffrance humaine, publiée en 1984 : « La souffrance doit servir à la conversion, c'est-à-dire à la reconstruction du bien dans le sujet qui peut reconnaître la miséricorde divine dans la pénitence. »
Selon le directeur général de Radio Ville-Marie, la rencontre du Dieu vivant se fait dans la communion avec les autres : « Si je ne peux pas le voir dans le frère ou la sœur avec qui je travaille, il me semble que ça fait un Dieu de plâtre… »
La vie est simple. Il regrette que l'humain la complique inutilement. « On en vient avec les années à se prendre un peu trop au sérieux. Pour être heureux, il faut en venir à être capable de rire de soi… », ajoute l'éternel optimiste.
et au service des autres
Au service de Radio Ville-Marie depuis le 1ᵉʳ mars 2000, Jean-Guy Roy a été supérieur provincial de la province montréalaise et assistant général à Rome au sein des Frères du Sacré-Cœur, communauté religieuse à laquelle il appartient.
Il a été directeur de l'Office de la jeunesse et de l'éducation chrétienne au diocèse catholique romain de Saint-Hyacinthe et des services aux étudiants au Collège Mont-Sacré-Cœur de Granby.
Enfin, il a été membre de missions pour le compte d'organisations internationales « en matière socio-éducative », dont l'UNESCO, est l'auteur de plusieurs articles et a assuré la direction de plusieurs publications sur la culture des jeunes, dont « Bonjour Seigneur : 100 jeunes parlent à Dieu », « Nos cris et nos rêves : 150 jeunes parlent au monde » et « Un jour la paix : 200 jeunes parlent de paix ».
Il entre au noviciat des Frères du Sacré-Cœur en 1970 et fait ses premières promesses le 15 août 1971. Ses vœux perpétuels sont prononcés le 30 septembre 1979 au collège Mont-Sacré-Cœur de Granby, à l'occasion de l'anniversaire de fondation de l'institut.
« J'ai connu les Frères du Sacré-Cœur à Verdun, en 1969. J'ai été séduit par leur engagement auprès des jeunes, leur spiritualité axée sur l'amour et leur joie de vivre. J'ai fait des études en orthopédagogie, mais je n'ai jamais travaillé dans mon domaine d'études parce qu'on m'a toujours confié des postes de direction », relate-t-il.
Né à Matapédia, un village du Bas-du-Fleuve, ce huitième enfant d'une famille de neuf a grandi à Farnham, municipalité de la Montérégie où le bienheureux Alfred Bessette, alias le Frère André, a vécu la plus grande partie de sa jeunesse. Il a fait ses études primaires et secondaires chez les sœurs de la Présentation de Marie et chez les Frères de l'instruction chrétienne (école St-Romuald).
Le frère Jean-Guy Roy est fier de son itinéraire et heureux des missions qui lui sont confiées. Le soir, avant de se coucher, il dit : « Merci mon Dieu pour la vie ! » Il s'endort le sourire aux lèvres, content de ses bons coups et riant de lui-même pour ses bévues. Paisiblement, il attend le prochain cocorico électronique qui le relancera de nouveau dans la trépidante aventure humaine.
(Revue Sainte-Anne, juillet-août 2001, page 247)
RÉFLEXION : La solitude
Par Benoit Voyer
22 janvier 2026
L’an dernier, à cette date, je terminais la lecture d’une série de lettres entre Marcelle Gauvreau et le frère Marie-Victorin, le fondateur du Jardin botanique de Montréal. Dans cet ouvrage, une phrase m’a grandement marqué. Le 11 avril 1937, elle lui écrivait : « Dites-moi que si dans la solitude une pensée noire se jette dans le creux de mon âme, c'est uniquement parce que dans tout bonheur se mêle un secret effroi : celui de le perdre… »[1]. Pour écrire une telle réflexion, la solitude de Marcelle devait être bien pénible à vivre.
Qu’est-ce que la solitude ?
La solitude est un état d’être. Elle peut être ponctuelle ou durable. Parfois, nous la choisissons. Trop souvent, nous la subissons. C’est surtout le cas lorsque nous n’avons pas beaucoup d’interactions avec les autres.
La solitude est très différente selon qu'elle est choisie ou subie. Parfois, je la choisis. J’en ai besoin pour nourrir ma vie intellectuelle ou spirituelle. Parfois, je la réclame afin de me poser ou pour me préparer avant d’entrer en action. Elle est alors appréciée.
En revanche, lorsqu’elle est subie, la solitude peut devenir douloureuse.
À mes yeux, la pire des solitudes n’est pas celle que je vis lorsque je me retrouve en solitaire. C’est plutôt de me sentir seul en couple, en famille ou en groupe.
On ne le sait peut-être pas assez, mais la solitude est un facteur de risque dans le développement de maladies de longue durée.
Plusieurs études montrent que la solitude (ou l’isolement social) est associée à des risques accrus de problèmes de santé physique et mentale, par exemple, la dépression ou le suicide.
C’est le sociologue Émile Durkheim, dans son ouvrage Le Suicide, paru en 1897, qui a mis en évidence un lien statistique fort entre la solitude et le suicide. Grâce à des données épidémiologiques, il a montré qu’il y a un lien fort entre l'isolement social et les problèmes de santé, physique et mentale, ainsi que le risque de suicide.
Dans les années 1970, le développement de la psychologie a démontré que la solitude aurait une forte corrélation avec la conscience et la représentation générale de soi : notamment en ce qui a trait à la faible estime de soi, la timidité, l'introversion et le manque d'assurance en soi.
En santé mentale, la solitude est également liée à un trouble schizoïde dans lequel un individu peut faire l'expérience d'aliénation.
Chez les enfants et les adultes, la solitude a souvent un impact sur la compréhension et la mémoire. Dans des cas d'isolement long et total, des phénomènes hallucinatoires ont été rapportés.
Enfin la solitude peut jouer un rôle important dans des troubles comme l'alcoolisme et la toxicomanie.
En ce 23 janvier, journée mondiale de la solitude, allons visiter une personne qui n’a pas beaucoup d’amis et, pourquoi pas, offrons-lui notre amitié.
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[1] Marcelle Gauvreau, Lettres au frère Marie-Victorin – Correspondance sur la sexualité humaine, Boréal, 2019.
LE PRÉSENT DU PASSÉ : La santé financière de Radio Ville-Marie s'améliore
Par Benoît Voyer, journaliste
MONTRÉAL – Radio Ville-Marie (RVM) a terminé son année fiscale 2000 avec des recettes de 729 140$, comparativement à 607 977$ en 1999. Le conseil d'administration de l'organisme de radiodiffusion a de quoi sourire, mais doit demeurer vigilant puisque c'est le million de dollars qu'il doit atteindre afin de rencontrer ses véritables besoins. Chaque jour, le directeur général, Jean-Guy Roy, doit contribuer au miracle quotidien puisqu'il faut plus que des prières pour maintenir le cap d'une programmation accessible 24 heures par jour.
Les dépenses minimales d'opération totalisent 583 609$, soit environ 20 000$ de plus que l'année précédente (562 079$).
Le frère Roy, membre de la congrégation des Frères du Sacré-Cœur, est fier de l'appui des auditeurs de sa station. Les dons totalisent 263 237$ pour l'an 2000, comparativement à 226 829$ pour 1999. Toutefois, il espère davantage. L'avenir de la station, qui rejoint un bassin potentiel de quatre millions d'auditeurs dans un rayon de 150 km, en dépend.
RVM est « une radio de contenu », une des rares, excluant les stations communautaires, avec la Première chaîne de Radio-Canada. Sa mission est d'offrir un service de radiodiffusion essentiellement consacré à des émissions religieuses d'inspiration chrétienne et œcuménique. Elle est ouverte aux grands courants spirituels d'aujourd'hui.
Elle est officiellement entrée en ondes le 1ᵉʳ mai 1995, après trois ans d'efforts d'un groupe de réalisateurs et d'animateurs de la Société Radio-Canada, dont René Barbin, Raphaël Pirro et Jacques Houde. Jacques Paquette, ex-directeur général de l'Office des communications sociales, devenu depuis ce temps Communications et société, figure également dans la liste des fondateurs.
La radio religieuse de Montréal rassemble 110 animateurs bénévoles et quinze employés, diffuse 140 émissions hebdomadaires axées sur l'information, la culture musicale, la culture religieuse et sociale, la méditation et les services communautaires.
Forte de deux antennes émettrices pour les régions de Montréal et de Sherbrooke, une demande a été déposée auprès du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) afin de pouvoir diffuser les émissions sur une fréquence en Outaouais. Le miracle attendu pourrait se réaliser dans un court laps de temps.
(Revue Sainte-Anne, juillet-août 2001, p. 301)
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Paul-André Comeau
« Je suis un chercheur didactique. J'aime que ma recherche profite aux autres. Je ne pourrais pas vivre isolé. J'ai besoin de communiquer et de rencontrer des gens. [...] Depuis toujours, ce qui me fait le mieux vivre est de faire des choses significatives pour la société. J'ai toujours eu la prétention d'être, avec d'autres, un instrument de développement culturel et un éveilleur qui amène les gens à réfléchir. »
Par Benoît Voyer
La vérité
Paul-André Comeau est un chercheur de vérité. N'est-ce pas l'importance de celle-ci que le pape Jean-Paul II rappelait, en 1993, dans sa lettre encyclique Veritatis Splendor sur quelques questions fondamentales de l'enseignement moral de l'Église ? « S'il existe un droit à être respecté dans son propre itinéraire de recherche de la vérité, il existe encore antérieurement l'obligation morale grave pour tous de chercher la vérité et, une fois qu'elle est connue, d'y adhérer », écrivait-il. N'est-ce pas la pensée de l'apôtre Jean qui écrit dans son évangile : « Celui qui fait la vérité vient à la lumière » ?
Qu'est-ce que la vérité ? « C'est une situation idéale où on est sûr de la réalité du fait, de l'explication et de la signification. Il y a donc très peu de vérités… Celles qui existent sont fondamentales et elles débouchent toutes sur des questions relativement simples, mais immenses (!), sur le sens de notre passage sur terre », explique Paul-André Comeau.
Toutefois comment trouver la vérité ? « C'est une démarche personnelle. La recherche de la vérité, c'est la volonté d'aller au-delà des apparences et d'accepter de mettre entre parenthèses le relativisme ou les recettes faciles. La vérité, c'est le début de l'absolu. Ce sont les quelques grandes certitudes qui peuvent nous surprendre et, dans certains cas, nous éblouir », ajoute-t-il.
C'est dans cette recherche de l'absolu qu'il souhaite que l'Église catholique se place. À sa façon, il redit, sans le savoir, ce qu'un patron d'une salle de presse a dit, en 1992, au Comité des communications de l'AÉQ : « Autrefois on respectait celui qui possédait la vérité, maintenant on respecte celui qui cherche… qui sait aussi faire part de ses doutes. »
Sortir du pessimisme
L'information médiatique est un départ pour se dégager de ce pessimisme ou de ce marasme du relativisme. Cependant, elle n'est pas la réponse. Elle amène à réfléchir aux questions de sens et à voir si l'une ou l'autre pourrait se rapprocher de la vérité.
« Je ne pense pas qu'une personne bien informée, qui a structuré ses schèmes de références, puisse être capable de répondre aux questions fondamentales. Il faut faire un pas au-delà et, là, c'est toute la marche qui sépare l'humanisme de la croyance. Il y a tout un pont à franchir. Il n'est pas évident et il ne s'impose pas de soi », pense l'érudit.
Comment faire ce passage transcendantal ? La question l'embarrasse un peu. Il réfléchit quelques secondes avant de tenter une réponse. Après un long silence, il verbalise sa pensée : « Les certitudes d’hier semblent avoir été toutes évacuées… Certains vont le faire d'eux-mêmes par une démarche consciente, par une réflexion. C'est, à mon point de vue, le petit lot. Je pense que c'est par le contact avec des gens qui ont un message qui peut nous amener à franchir cette étape. Sinon, il y a une certaine quiétude à être bien informé, à comprendre les choses et à couler une existence normale parce qu'on est préoccupé par les problèmes d'autrui, mais, à la longue, je crois que c'est insatisfaisant. »
Pour le journaliste, l'Église a joué un rôle prophétique lors du Concile Vatican II. Il remarque qu'elle est la seule société internationale qui est à la fois le réceptacle de valeurs, de pratiques et de croyances universelles et, aussi, par ses incarnations dans les régions, les pays et les sociétés, profondément enracinée. Il trouve cela fort intéressant parce qu'elle est capable de répondre à l'inquiétude des jeunes et des moins jeunes devant la tendance à la mondialisation et la nécessité de se raccrocher à son terroir, à sa société, à des valeurs plus locales.
« L'Église me semble à la convergence incroyable du cri du cœur et de l'inquiétude d'aujourd'hui. Contrairement à un certain pessimisme, l'Église a en main des éléments pour donner un nouveau souffle à la proclamation de son message et, surtout, dans sa tentative de rejoindre les gens parce qu'ils sont un peu déstabilisés par le relativisme et les problèmes rattachés à cela. Elle est en mesure d'offrir des solutions sérieuses », croit-il profondément. Il encourage l'Église à prendre une place de plus en plus grande dans les médias tout en faisant attention à ne pas être une voix parmi tant d'autres. « Son message doit rester un message fort ! »
Un passé garant de l'avenir
Cet héritage chrétien, Paul-André Comeau le connaît bien. Cet homme est habité par une présence particulière, par des valeurs de sagesse. Il sourit à ces propos et répond qu'il y a surtout en lui des valeurs d'inquiétude et d'imperfection.
« Je n'ai jamais la certitude d'avoir réussi et je n'ai pas la conviction d'avoir trouvé la réponse définitive à toutes les questions que je pose. La valeur à laquelle je me rattache, sur le plan professionnel et personnel, est la nécessité et le goût de toujours faire mieux la prochaine fois. Dans un sens, je suis probablement en recherche d'absolu. C'est l'héritage que j'ai reçu d'un professeur de l'externat classique », dit-il en faisant de l'introspection en lui, car ce n'est pas tous les jours qu'on se fait questionner sur les valeurs fondamentales de sa vie.
L'abbé Hectorien Chapdelaine, professeur au Collège Mgr Prince de Granby, ville où il s'établit à l'âge de 10 ans, a fortement influencé sa personnalité. Il n’a que des éloges à son égard : « Ce bonhomme, qui n'avait pas fait des études au-delà de son grand séminaire, avait le don de nous provoquer et de nous obliger à être meilleurs. Il y avait chez lui une recherche de l'élitisme intellectuel. Je suis reconnaissant à ce prêtre – lorsque j'avais 13 et 14 ans – de m'avoir profondément marqué et de m'avoir incité à me remettre continuellement en question. »
La vie malgré les épreuves
Le vieux dicton dit qu'il n'y a rien qui n’arrive pour rien dans la vie. Les épreuves sont là pour nous inciter à grandir. Paul-André Comeau en sait quelque chose. Il y a 7 ans, il perdait son fils unique de 27 ans, un pédiatre voué à un brillant avenir.
Il est facile de comprendre qu'il est peu bavard sur le sujet à cause de la peine que ce souvenir provoque en lui. Parfois, il y a des événements pénibles à comprendre sur la route de la vie. Paul-André Comeau affirme que ce moment difficile l'a amené à réfléchir sur le sens de sa vie. Il a compris qu'il est encore ici afin de tenter de continuer à s'améliorer et à partager ce qui l'habite.
(Revue Sainte-Anne, septembre 2001, p. 343)
LE PRÉSENT DU PASSÉ : 5 février 1839
5 février 1839, maintenant sur vidéocassette
MONTRÉAL – Avec « 15 février 1839 », Pierre Falardeau met sur grand écran la plus merveilleuse histoire mythologique que le Québec a connue. C'est un véritable monument pour contrer l'oubli. Quel message ! Marie Thomas Chevalier de Lorimier, notaire de formation, enseigne à ses héritiers qu'il faut se battre jusqu'au bout de ses convictions. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis », disait un autre messie. Il faut bien l'admettre, De Lorimier s'est offert en victime pour la rédemption du peuple québécois. Son messianisme, étouffé par l'envahisseur anglais, revient hanter les esprits contemporains. Dans la lignée des gens de son époque, la mémoire collective se réveille grâce à « saint Falardeau », le patriote ressuscité.
Depuis 1760, la terre des francophones américains est occupée par les Britanniques. Après 40 ans d'une démocratie artificielle, les Anglais mettent fin au système parlementaire et poussent le peuple d'origine française, qui désire sa terre de Canaan, à la révolte. L'armée patriotique soulève une guerre contre l'armée la plus puissante du monde. Chargés, de manière préhistorique, de haches, de fourches et de quelques fusils, plus de 300 patriotes désireux de libérer leur région de la tutelle du roi d'Angleterre meurent à bout de sang. Les 8000 soldats des troupes de Sir John Corbone pillent les maisons, brûlent les fermes et rasent les villages. 108 prisonniers, condamnés à mort, sont amenés à la prison de Pied-du-Courant à Montréal. Le 14 février 1839, à 24 heures d'avis. Marie Thomas Chevalier de Lorimier, leur chef et libérateur en qui ils ont une confiance aveugle, est condamné à la pendaison avec trois autres compatriotes. « 15 février 1839 », un chemin de croix moderne qui laisse émerger un caractère profondément sacré, a été écrit à partir des relations entre De Lorimier et sa femme.
« C'te défaite-là, j'pense que c'est plus grave que celle de 1760… Mais le plus dangereux… J'pense, c'est pas l'occupation militaire… C'est c'qui vient avec… C'est l'occupation de nos cerveaux. [...] J'ai peur qu'à l'avenir on s'habitue au malheur... [...] Nos barreaux, on va finir par les transporter dans nos propres têtes », dit un patriote incarcéré à un autre.
« 15 février 1839 » est un film quasi-parfait. Les critiques n'ont qu'à faire l'effort de se transporter 162 ans en arrière et se laisser bercer par le climat de cette époque. Il ne faut surtout pas tenter de faire des comparaisons avec aujourd'hui.
Cette haine intense envers les Anglais n'est plus de notre temps. Aujourd'hui, les Britanniques ne sont plus l'incarnation diabolique du mal extrême. La seule chose qui reste est cet intense rêve d'une nation, mais cela est une autre histoire, celle de Bernard Landry et de sa formation politique.
Par moments ce film sent l'héroïsme romanesque et le fait historique déformé, mais pour créer l'effet qu'il provoque sur le plan de la sensibilité et de la réflexion, l'aventure en vaut bien un bout de chiffon rouge entre les doigts de De Lorimier au moment de sa pendaison.
D'ailleurs, Landry sera assurément d'accord sur le fait que ce bout de tissu, qui a fait souffrir bien des Canadiens francophones, mis entre les doigts de Chevalier de Lorimier, livré en innocente victime au bûcher britannique, fait éclater un grand gage d'amour et de tendresse envers sa femme et un intense don de soi pour l'honneur de la nation.
L'amour d'une femme
Quel supplice pour son épouse ! Ce n'est pas pour rien qu'elle goûte l'hystérie. Son Chevalier est toute sa vie ! Ce genre de rupture, une sorte de divorce passionnel, est le plus cruel qui puisse exister. Il faut comprendre la situation.
Quant à leurs ultimes échanges amoureux, ils donnent des images puissantes, touchantes, frémissantes pour les spectateurs, témoins impuissants de ce passage triste, mais élogieux, de l'historiographie nationale. Ils ne peuvent que laisser échapper des larmes douces sur leurs joues. Ces scènes d'amour, de tendresse et de passion sont les plus poignantes de la tradition cinématographique québécoise.
Le rôle joué par Sylvie Drapeau est bref, mais intense. Son texte est une véritable poésie : « Moi, j'veux pas te perdre… C'est toi que j'aime… pas ta révolution… Moi mon pays… c'est toi. [...] J'les laisserai pas te faire du mal… J'les laisserai pas me faire du mal à moi… Ils veulent nous détruire… J'vais me battre… comme une chienne. Avec mes pieds… avec mes ongles… avec mes dents… Je t'aime… Est-ce que tu comprends ça ? J'taime… J'taime… J't'aime. Comment j'vais faire pour vivre si tu meurs… Moi je suis toi… Toi, tu es moi… Tu fais partie de moi… Y peuvent pas t'arracher de moi. [...] Qu'est-ce que je vais faire sans toi ? J'pourrai plus jamais te toucher, te sentir… te tenir dans mes bras… Plus jamais… », dit-elle avec une intensité qui reste gravée dans l'être des heures et des heures après la projection de l'œuvre.
Des images puissantes
Dans ce film, le directeur photo, Alain Dostie, et le réalisateur Falardeau réussissent à donner au public les plus belles images et les plus beaux éclairages de l'histoire du cinéma d'ici. Les puits de lumière, préalablement bien étudiés, permettent au spectateur d'entrer dans l'intensité émotionnelle de ces 24 heures de purgatoire, en donnant l'impression de vivre dans les mêmes pièces que les patriotes.
Parmi les images fortes, il y a bien entendu celles où Chevalier de Lorimier apprend sa condamnation. Le silence du condamné et le jeu intérieur de Luc Picard pénètrent l'âme. La peur, la souffrance et le doute s'expriment avec une grande fougue. Devant l'émotion, les erreurs historiques, comme le fait que les comédiens soient plus âgés qu'ils l'ont fort probablement été dans la réalité, n'ont plus d'importance.
Il est impossible de passer sous silence deux autres tableaux émouvants : Un prêtre catholique (Julien Poulin), un ami du chef des patriotes, est en prière avec les condamnés. Ils sont douze autour de lui. Une scène qui rappelle un certain Jeudi saint dans le film « Jésus de Nazareth ». Il y a aussi le dernier repas festif de Hindelang où des gens s'amusent, malgré l'épreuve, sous le regard d'un officier étonné de la situation. Il semble s'exclamer comme les compatriotes d'Astérix : « Ils sont fous ces Romains ! »
Erreurs historiques
« 15 février 1839 » est un récit inspiré de faits historiques, mais n'est pas l'histoire tout à fait telle que vécue. Les erreurs sont pardonnables, mais nombreuses :
En 1839, les Britanniques ne sont pas installés en Afrique. Il faut attendre la guerre des Sipahis (1857) pour qu'ils y débarquent.
Le portrait de Hindelang est intéressant, mais peu crédible. En relisant les faits historiques, il n'est pas assuré qu'il a été si courageux que cela. Dans la réalité, il a même essayé de se dissocier de ses amis afin de se sauver de la mort.
Jean Joseph Girouard, que nous voyons à l'occasion faire des croquis en prison, a été emprisonné officiellement du 26 décembre 1837 au 16 juillet 1838. Il ne devrait donc pas apparaître dans ce film.
La hiérarchie sociale n'est pas respectée. Puisque De Lorimier était notaire, de simples paysans n'oseraient jamais le « tutoyer ». Il y avait des protocoles d'usage qui étaient en vigueur entre bourgeois, notables et paysans.
Cependant, donnons raison à Falardeau puisque les historiens ne sont pas tous en accord sur ce point.
Ce n'est que quelques détails qui démontrent qu'il faut regarder ce film avec un œil et une intelligence critique.
Un film politiquement engagé
« 15 février 1839 », c'est Pierre Falardeau à son meilleur. Qu'est-ce qu'il pourra offrir de mieux maintenant ? Ce long-métrage est une construction d'une implacable rigueur. Il est aussi le manifeste d'un cinéaste politiquement engagé, à l'image de son idéologie.
« Nous autres, on veut pas savoir d'ousse tu d'viens ou de quelle couleur que t'es. Que tu soyes blanc, jaune, noir… vert si tu veux… on s'en sacre… Nous autres c'qu'on veut savoir, c'est si t'es d'notre bord ou du bord des Anglais », fait dire Falardeau à Charles Hindelang par l'intermédiaire d'un des patriotes.
Plus loin, sur les lèvres de Hindelang, il poursuit : « Je les hais, là, tu peux pas savoir… C'est comme du feu… icitte… Touche. touche… mais fais attention, tu vas te brûler… » Et le message politique lancé aux Québécois d'aujourd'hui arrive : « C'est ça votre problème à vous autres… Vous êtes pas capables de haïr… »
Voilà que l'Évangile selon saint Falardeau est né. Tout est presque parfait, sauf la pleine véracité historique, mais cela n'est pas important lorsqu'un peuple se raconte une légende mythologique et christique qui donne un sens à la finitude de ses luttes libératrices.
Par Benoît Voyer, journaliste
Évangile de Lorimier selon saint Falardeau
MONTRÉAL – Avec « 15 février 1839 », Pierre Falardeau met sur grand écran la plus merveilleuse histoire mythologique que le Québec a connue. C'est un véritable monument pour contrer l'oubli. Quel message ! Marie Thomas Chevalier de Lorimier, notaire de formation, enseigne à ses héritiers qu'il faut se battre jusqu'au bout de ses convictions. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis », disait un autre messie. Il faut bien l'admettre, De Lorimier s'est offert en victime pour la rédemption du peuple québécois. Son messianisme, étouffé par l'envahisseur anglais, revient hanter les esprits contemporains. Dans la lignée des gens de son époque, la mémoire collective se réveille grâce à « saint Falardeau », le patriote ressuscité.
Depuis 1760, la terre des francophones américains est occupée par les Britanniques. Après 40 ans d'une démocratie artificielle, les Anglais mettent fin au système parlementaire et poussent le peuple d'origine française, qui désire sa terre de Canaan, à la révolte. L'armée patriotique soulève une guerre contre l'armée la plus puissante du monde. Chargés, de manière préhistorique, de haches, de fourches et de quelques fusils, plus de 300 patriotes désireux de libérer leur région de la tutelle du roi d'Angleterre meurent à bout de sang. Les 8000 soldats des troupes de Sir John Corbone pillent les maisons, brûlent les fermes et rasent les villages. 108 prisonniers, condamnés à mort, sont amenés à la prison de Pied-du-Courant à Montréal. Le 14 février 1839, à 24 heures d'avis. Marie Thomas Chevalier de Lorimier, leur chef et libérateur en qui ils ont une confiance aveugle, est condamné à la pendaison avec trois autres compatriotes. « 15 février 1839 », un chemin de croix moderne qui laisse émerger un caractère profondément sacré, a été écrit à partir des relations entre De Lorimier et sa femme.
« C'te défaite-là, j'pense que c'est plus grave que celle de 1760… Mais le plus dangereux… J'pense, c'est pas l'occupation militaire… C'est c'qui vient avec… C'est l'occupation de nos cerveaux. [...] J'ai peur qu'à l'avenir on s'habitue au malheur... [...] Nos barreaux, on va finir par les transporter dans nos propres têtes », dit un patriote incarcéré à un autre.
« 15 février 1839 » est un film quasi-parfait. Les critiques n'ont qu'à faire l'effort de se transporter 162 ans en arrière et se laisser bercer par le climat de cette époque. Il ne faut surtout pas tenter de faire des comparaisons avec aujourd'hui.
Cette haine intense envers les Anglais n'est plus de notre temps. Aujourd'hui, les Britanniques ne sont plus l'incarnation diabolique du mal extrême. La seule chose qui reste est cet intense rêve d'une nation, mais cela est une autre histoire, celle de Bernard Landry et de sa formation politique.
Par moments ce film sent l'héroïsme romanesque et le fait historique déformé, mais pour créer l'effet qu'il provoque sur le plan de la sensibilité et de la réflexion, l'aventure en vaut bien un bout de chiffon rouge entre les doigts de De Lorimier au moment de sa pendaison.
D'ailleurs, Landry sera assurément d'accord sur le fait que ce bout de tissu, qui a fait souffrir bien des Canadiens francophones, mis entre les doigts de Chevalier de Lorimier, livré en innocente victime au bûcher britannique, fait éclater un grand gage d'amour et de tendresse envers sa femme et un intense don de soi pour l'honneur de la nation.
L'amour d'une femme
Quel supplice pour son épouse ! Ce n'est pas pour rien qu'elle goûte l'hystérie. Son Chevalier est toute sa vie ! Ce genre de rupture, une sorte de divorce passionnel, est le plus cruel qui puisse exister. Il faut comprendre la situation.
Quant à leurs ultimes échanges amoureux, ils donnent des images puissantes, touchantes, frémissantes pour les spectateurs, témoins impuissants de ce passage triste, mais élogieux, de l'historiographie nationale. Ils ne peuvent que laisser échapper des larmes douces sur leurs joues. Ces scènes d'amour, de tendresse et de passion sont les plus poignantes de la tradition cinématographique québécoise.
Le rôle joué par Sylvie Drapeau est bref, mais intense. Son texte est une véritable poésie : « Moi, j'veux pas te perdre… C'est toi que j'aime… pas ta révolution… Moi mon pays… c'est toi. [...] J'les laisserai pas te faire du mal… J'les laisserai pas me faire du mal à moi… Ils veulent nous détruire… J'vais me battre… comme une chienne. Avec mes pieds… avec mes ongles… avec mes dents… Je t'aime… Est-ce que tu comprends ça ? J'taime… J'taime… J't'aime. Comment j'vais faire pour vivre si tu meurs… Moi je suis toi… Toi, tu es moi… Tu fais partie de moi… Y peuvent pas t'arracher de moi. [...] Qu'est-ce que je vais faire sans toi ? J'pourrai plus jamais te toucher, te sentir… te tenir dans mes bras… Plus jamais… », dit-elle avec une intensité qui reste gravée dans l'être des heures et des heures après la projection de l'œuvre.
Des images puissantes
Dans ce film, le directeur photo, Alain Dostie, et le réalisateur Falardeau réussissent à donner au public les plus belles images et les plus beaux éclairages de l'histoire du cinéma d'ici. Les puits de lumière, préalablement bien étudiés, permettent au spectateur d'entrer dans l'intensité émotionnelle de ces 24 heures de purgatoire, en donnant l'impression de vivre dans les mêmes pièces que les patriotes.
Parmi les images fortes, il y a bien entendu celles où Chevalier de Lorimier apprend sa condamnation. Le silence du condamné et le jeu intérieur de Luc Picard pénètrent l'âme. La peur, la souffrance et le doute s'expriment avec une grande fougue. Devant l'émotion, les erreurs historiques, comme le fait que les comédiens soient plus âgés qu'ils l'ont fort probablement été dans la réalité, n'ont plus d'importance.
Il est impossible de passer sous silence deux autres tableaux émouvants : Un prêtre catholique (Julien Poulin), un ami du chef des patriotes, est en prière avec les condamnés. Ils sont douze autour de lui. Une scène qui rappelle un certain Jeudi saint dans le film « Jésus de Nazareth ». Il y a aussi le dernier repas festif de Hindelang où des gens s'amusent, malgré l'épreuve, sous le regard d'un officier étonné de la situation. Il semble s'exclamer comme les compatriotes d'Astérix : « Ils sont fous ces Romains ! »
Erreurs historiques
« 15 février 1839 » est un récit inspiré de faits historiques, mais n'est pas l'histoire tout à fait telle que vécue. Les erreurs sont pardonnables, mais nombreuses :
En 1839, les Britanniques ne sont pas installés en Afrique. Il faut attendre la guerre des Sipahis (1857) pour qu'ils y débarquent.
Le portrait de Hindelang est intéressant, mais peu crédible. En relisant les faits historiques, il n'est pas assuré qu'il a été si courageux que cela. Dans la réalité, il a même essayé de se dissocier de ses amis afin de se sauver de la mort.
Jean Joseph Girouard, que nous voyons à l'occasion faire des croquis en prison, a été emprisonné officiellement du 26 décembre 1837 au 16 juillet 1838. Il ne devrait donc pas apparaître dans ce film.
La hiérarchie sociale n'est pas respectée. Puisque De Lorimier était notaire, de simples paysans n'oseraient jamais le « tutoyer ». Il y avait des protocoles d'usage qui étaient en vigueur entre bourgeois, notables et paysans.
Cependant, donnons raison à Falardeau puisque les historiens ne sont pas tous en accord sur ce point.
Ce n'est que quelques détails qui démontrent qu'il faut regarder ce film avec un œil et une intelligence critique.
Un film politiquement engagé
« 15 février 1839 », c'est Pierre Falardeau à son meilleur. Qu'est-ce qu'il pourra offrir de mieux maintenant ? Ce long-métrage est une construction d'une implacable rigueur. Il est aussi le manifeste d'un cinéaste politiquement engagé, à l'image de son idéologie.
« Nous autres, on veut pas savoir d'ousse tu d'viens ou de quelle couleur que t'es. Que tu soyes blanc, jaune, noir… vert si tu veux… on s'en sacre… Nous autres c'qu'on veut savoir, c'est si t'es d'notre bord ou du bord des Anglais », fait dire Falardeau à Charles Hindelang par l'intermédiaire d'un des patriotes.
Plus loin, sur les lèvres de Hindelang, il poursuit : « Je les hais, là, tu peux pas savoir… C'est comme du feu… icitte… Touche. touche… mais fais attention, tu vas te brûler… » Et le message politique lancé aux Québécois d'aujourd'hui arrive : « C'est ça votre problème à vous autres… Vous êtes pas capables de haïr… »
Voilà que l'Évangile selon saint Falardeau est né. Tout est presque parfait, sauf la pleine véracité historique, mais cela n'est pas important lorsqu'un peuple se raconte une légende mythologique et christique qui donne un sens à la finitude de ses luttes libératrices.
Par Benoît Voyer, journaliste
(Revue Sainte-Anne, juin 2001, pp. 274 et 275)
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Des saints vivent dans les rues de Montréal
Ils couchent par terre, vivent d'aumônes, portent une soutane qui, parfois, laisse passer l'air, ont un sourire et un accueil qui dérangent l'âme des gens qu'ils rencontrent. Des saints vivent dans les rues de Montréal
« Non ! Nous ne sommes pas des saints ! Nous sommes des pêcheurs qui aiment Dieu. Je suis un pécheur, pardonné et aimé de Dieu, qui chemine. J'ai mes sautes d'humeur. J'ai mes brassages intérieurs. Des fois, j'aime les soirées tranquilles… J'ai besoin d'espace pour moi et pour vivre une vie de silence, d'intériorisation. Sans cela, nous ne pouvons pas vivre ce que nous vivons… », répond humblement le frère Denis-Antoine Lévesque à l'affirmation lancée par la Revue Sainte-Anne.
Malgré tout, il est d'une évidence que ces petits frères de saint François sont habités par une grâce spéciale. Il n'est pas possible de vivre ainsi depuis une quinzaine d'années sans une aide surnaturelle. Toute personne normalement constituée sombrerait rapidement dans une folie psychologique. Pas eux ! À les rencontrer, à mirer leurs yeux habités d'une présence céleste, plus besoin d'écouter les populaires prédicateurs… L'exemple de vie de ces frères est « l'Évangile en action », une présence de Dieu vivante au cœur de la cité montréalaise. Il suffit de partir à leur suite pour mettre en pratique la Parole de Dieu.
« Nous voulons vivre le dépouillement. Il y a une joie quand on n'a rien. Nous sommes disponibles à l'essentiel et aux autres. Nous n'avons pas peur de nous faire voler ! Nous n'avons rien à cacher ou à perdre ! Nous voulons être les témoins de l'essentiel. Nous voulons un témoignage authentique. D'ailleurs, l'authenticité est le premier et seul langage que les mondes et les jeunes comprennent », dit le frère Lévesque, originaire de Malartic.
Au service des jeunes
La mission de la fraternité est l'évangélisation et le service des pauvres.
Concrètement, dans leur quartier, ils font la rue, accueillent les jeunes dans le vieux presbytère Saint-Arsène que le diocèse de Montréal leur loue, et ont un dortoir et quelques chambres pour accueillir des jeunes étudiants et travailleurs qui veulent vivre l'expérience communautaire et la prière avec eux. En réalité, il s'agit presque d'une école de la foi.
« Notre porte est toujours ouverte. Aux repas, nous sommes parfois 12 à 15 personnes. C'est toujours plein de jeunes ici », explique le frère Denis-Antoine qui se berce dans une chaise comme il y en avait jadis dans nos bonnes vieilles maisons de campagne.
Les Franciscains de l'Emmanuel organisent mensuellement une journée où se retrouvent entre 40 et 50 jeunes dans la vingtaine : un temps de ressourcement unique puisqu’écouter ces hommes de valeur est toujours très enrichissant pour l'âme. Le frère Denis-Antoine est un communicateur né. D'ailleurs, il est souvent invité à donner des sessions de spiritualité ou de petites causeries sur la foi, un peu partout au Canada. Quant au frère François, il a le langage du cœur. Toujours près des choses concrètes de la vie, il réussit à toucher… les journalistes.
« Ceux qui viennent ici ont un grand désir de prière et d'une vie spirituelle », dit Denis-Antoine.
« Le jeune est attiré par l'idée d'une vie communautaire entre chrétiens, mais où il y a beaucoup de liberté, et de partager à sa façon tout en gardant sa personnalité, son style… Il y a aussi une grande soif de vivre dans un milieu où tu peux acquérir un peu plus d'expérience et de connaissance de la foi, de la prière, de la vie chrétienne et de partage avec les autres. C'est un milieu qui est formateur, sans programme de formation. Il n'y a pas de cours ici. C'est un lieu de croissance et de vie. Les jeunes ont besoin de cela. Tu ne peux pas aller loin, si tu ne mets pas une base dans ta vie. Les jeunes en veulent des bases ! Ils ne veulent pas vivoter toute leur vie. Il y a une soif humaine naturelle là-dessous et une soif spirituelle », ajoute le frère François Garon, responsable de l'accueil des pensionnaires et de l'accompagnement des jeunes à la maison du 1015, rue Bélanger, à Montréal.
Une communauté religieuse prospère
Étonnant ! Pendant que des communautés religieuses vivent leur dernier souffle, les Franciscains de l'Emmanuel sont en plein essor. Formée de frères réguliers (des religieux) et de séculiers qui vivent leur mission dans le monde, cette fraternité canadienne compte près d'une trentaine de membres dont la majorité vit au Cameroun.
Ce qu'il y a de particulier dans cette fraternité religieuse est que toutes les vocations sont possibles : séculiers externes (célibataires, mariés, diacres et prêtres diocésains) et religieux (frères et sœurs). Toutefois, la vie religieuse est plus radicale, plus intense. Il s'agit d'une véritable famille spirituelle comme François d'Assise le voulait.
« Nous sommes en voie d'approbation canonique diocésaine. Il faut être trois profès réguliers. Le troisième se joindra officiellement à nous en mars 2001 », dit fièrement l'initiateur qui attend ce moment depuis 1985. Un deuxième homme chemine aussi vers la vie religieuse.
Et les sœurs religieuses ? « C'est un projet possible ! S'il y a deux ou trois femmes sérieuses, nous sommes ouverts à ouvrir une autre maison », ajoute-t-il.
En janvier 2000, j'allais au Cameroun pour initier deux fraternités laïques avec l'approbation de l'évêque du lieu. Parmi ces frères séculiers, il y a un prêtre diocésain et une sœur franciscaine qui travaillent à l'évêché et qui s'occupent de la formation des deux cellules. Le Cameroun compte 21 novices. En 2001, une quinzaine de nouveaux Africains devraient se joindre au groupe », ajoute-t-il. Au Québec, il y a près d'une dizaine de postulants et de novices laïcs.
Des saints à Montréal ? La Providence se charge de les propager pour la sanctification de la ville sainte rêvée par Paul Chomedey, sieur de Maisonneuve, lors de la fondation de Montréal, en 1642.
Benoît Voyer, journaliste
Les Franciscains de l'Emmanuel
1015, rue Bélanger
Montréal, QC, H2S 1H1
(514) 490-1883
(Revue Sainte-Anne, mai 2001, pp. 205-206)
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Louis Rousseau, religiologue
Louis Rousseau, religiologue
Par Benoît Voyer, journaliste
MONTRÉAL – Ce matin, le professeur Louis Rousseau arrive à son bureau de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) embarrassé, gêné, mal à l'aise… « Excusez-moi, j'ai encore pris deux rendez-vous en même temps ! » Le journaliste de la Revue Sainte-Anne, qui trouve la situation fort amusante, rassure l'homme : « Ne vous inquiétez pas, je vous attends le temps qu'il faut ! » Elle n'est pas facile la besogne de directeur des études de premier cycle en religiologie de l'UQÀM en cette période difficile. Au moment de la rencontre, les émotions du spécialiste des phénomènes religieux, un des plus prestigieux au Canada, sont à leur sommet.
À la mi-février, il cosigne avec une brochette de personnalités, dont Mgr Bertrand Blanchet, évêque catholique romain de Rimouski et membre du comité épiscopal de l'éducation, une lettre ouverte portant sur « la religion et la morale à l'école réduites au statut de micromatières ».
Avec des collègues, il demande au ministre de l'Éducation du Québec, François Legault, « qu'il reconsidère sa décision quant au temps accordé en ce domaine pour être fidèle à ses propres orientations et répondre aux besoins des jeunes du Québec en cette matière […]. Les élèves ont besoin d'un temps propice à la réflexion sur le sens de la vie, la recherche éthique, la compréhension de différentes visions du monde, la recherche de la vie bonne et de leur action dans le monde. La réduction envisagée du temps d'enseignement rend cela impossible. »
« Allez ! Entrez ! », lance-t-il une heure plus tard. La porte se ferme sur le monde extérieur et s'ouvre sur son univers secret. Les mystères de la sagesse et les convictions de cet homme vont se révéler.
Son regard espiègle et son sourire paternel révèlent une riche personnalité. Ses cours, dont ceux d'initiation à la morale et la religion et sur les religions amérindiennes, font le délice de ses étudiants.
Lorsque le petit fait une crise…
Le religiologue Louis Rousseau, né en 1939 au sein d'une famille ouvrière, ne passe pas par quatre chemins pour parler de la crise du christianisme en Occident : « Il faut être honnête : une des crises majeures de l'Église du Québec est l'anti-intellectualisme des responsables ecclésiaux. »
Il a un très grand respect de la tradition catholique, mais l'ancien dominicain ne peut se taire, particulièrement en ce temps de crise sévère. Il exprime ses observations et ses commentaires, afin de lancer des pistes sérieuses pour qu'elle sorte de son marasme. Il dérange comme un prophète, mais l'avenir saura fort probablement lui donner raison sur plusieurs points.
Il ne veut guère critiquer pour critiquer. Il souhaite seulement que le christianisme retrouve ses lettres de noblesse. Ses opinions, qui se veulent constructives, méritent d'être écoutées et considérées. Son expérience, riche de quarante ans de réflexion, est sérieuse. Il parle en connaisseur et en homme de foi.
L'anti-intellectualisme infantilisant
Selon Rousseau, la principale cause du désastre ecclésial tient à l'anti-intellectualisme des pasteurs chrétiens.
« Les théologiens du Québec étaient parmi les plus avant-gardistes et les plus stimulants dans les années 1960. Nous avions une grande race de spécialistes. Or, pour gérer le problème du célibat – qui n'a pas grand-chose à voir avec l'interprétation de la foi (!) –, l'Église catholique a fait disparaître pratiquement une génération de ses meilleurs théologiens », dit-il.
Pour faire une caricature de la situation, les bergers ont reçu la seule consigne d'être sympathiques. « Faites de la dynamique de groupe et ça va marcher (!) », leur a-t-on dit. L'érudit est direct sur ce point : « Le christianisme, ce n'est pas seulement être copains ! La pensée jovialiste – « Soyez heureux, pensez positif ! » – est bien meilleure en la matière. » Après tout, les fidèles ne sont pas des moutons !
Il regrette que les membres du clergé ne soient pas davantage incités à la lecture : « Plusieurs laïcs sont bien plus poussés en termes de culture. » Pour lui, cette paresse intellectuelle est un poids lourd à porter. Les civils questionnent… Les prêtres ne sont pas capables de répondre. « Le laïc se lasse et il se dit : Puisque c'est comme ça, je reviendrai l'an prochain ! Et comme il y a plein de choses à faire dans la vie, il ne revient pas ! », dit le professionnel attristé.
La crise : il y a de quoi pleurer !
Malgré qu'il soit un élément central, il n'y a pas que « l'anti-intellectualisme » qui est à la source du problème. La crise du christianisme en Occident est « multicausale ». Devant la complexité du casse-tête, il y a de quoi pleurer !
Il y a aussi le problème du message et de son interprétation. Il parvient difficilement à s'adapter au contexte social où il est diffusé. Le résultat saute aux yeux : L'Évangile ne rejoint plus la masse. « Il faudrait que ce qui est communiqué parvienne à toucher les personnes qui ne croient pas ce message annonciateur de la libération et qui donne un sens à la vie », ajoute-t-il. Selon lui,
Il faut trouver une nouvelle manière d'en parler afin qu'il devienne une bonne nouvelle.
Pour arriver à une adaptation, un travail théologique doit préalablement être réalisé. Les schèmes philosophiques et théologiques qui ont été développés depuis la civilisation grecque (pendant environ 1500 ans) n'ont plus de sens. Nous ne pouvons plus parler de la même manière. Le travail de traduction des images bibliques en langage moderne est urgent. « Il faut une traduction de la tradition dans des termes de référence qui sont significatifs pour le monde contemporain. » Cependant, pour cela, il faut que cessent l'anti-intellectualisme et le cloisonnement des pensées.
Enfin, il y a la question paralysante de la morale. En sachant qu'il provoque les esprits conservateurs, Louis Rousseau ose dire tout haut ce qu'il croit en lui : « Le message de L'Évangile est attirant. Il n'y a pas de doute sur ce point. C'est le traitement de l'interprétation des textes fondamentaux en langage contemporain qui fait scandale, particulièrement en matière de morale. »
Lorsque tu seras grand…
Il faut donner les moyens à chaque personne d'entrer dans un univers religieux adulte. Pour cela, il faut favoriser des avenues vers la maturité spirituelle. L'aventure intérieure est la voie favorite de cet expert des religions.
« L'expérience de la rencontre de Dieu peut être développée dans une démarche hautement individuelle. Il faut initier les gens à la vie spirituelle. Pourquoi ne pas créer des écoles d'apprentissage à la méditation dans la pure tradition de la lectio divina ? Cela ne coûte pas cher de s'imbiber de la symbolique biblique ! », suggère le spécialiste qui n'a jamais été consulté par le clergé catholique en 30 ans de pratique.
Il n'est pas nécessaire d'aller en Orient pour trouver des centres de formation à la méditation. L'expérience monastique a un enseignement riche à révéler. La mystique occidentale n'a rien à envier aux autres voies spirituelles. Tout est affaire de mise en marché. « Une spiritualité est précisément ce qui donne du souffle, ce qui permet de recueillir toutes ses énergies, encore et toujours », disait Mgr Bertrand Blanchet, archevêque de Rimouski, en 1992. C'est la nouvelle respiration que rêve Louis Rousseau pour le christianisme d'ici.
Pour l'avenir, il faut développer l'expérience spirituelle individuelle et réinventer des rituels destinés à la famille et au cercle d'amis. Ce sera la naissance d'une nouvelle forme de communautés de base. Ces rites feront revivre une tradition vivante afin de se souvenir que le cheminement humain se situe dans l'axe « passé-avenir » de la communauté et de la tradition. En réinterprétant l'héritage des ancêtres, il y a de l'espoir pour « un demain » de la foi chrétienne en Occident.
Il lance aussi l'idée, comme dans le rapport Risquer l'avenir, d'une Église volontaire où les nouveaux membres demanderaient d'être admis à l'âge adulte et où la communauté deviendrait le lieu de croissance de la foi. Louis Rousseau croit qu'il faut redéfinir l'Église comme étant le lieu d'une communauté d'appartenance libre et volontaire d'une foi adulte.
Dominicain un jour, Dominicain toujours.
Le professeur Rousseau parle peu de lui, mais lorsqu'il se laisse aller, il est touchant. Il faut avoir été rejoint intérieurement par la rencontre de quelqu'un de bien spécial pour être habité par ce feu pacifiant qu'il y a en lui. Cela ne peut être qu'une expérience spirituelle intense.
Sa flamme est née après ses études classiques au Collège de Montréal. C'est au couvent Saint-Aibert-le-Grand des dominicains, où il entre en 1960, qu'il est séduit. En 1961, « j'ai découvert la grande prière de l'Église, les psaumes, la Bible, la liturgie et j'ai trouvé ça merveilleux. Je crois que je suis devenu vraiment chrétien à ce moment. J'ai découvert la libération qu'on peut trouver dans l'expérience religieuse intime… », lance-t-il.
À l'été 1966, à la veille d'être ordonné prêtre… « J'étais en train de définir ma vie en ne donnant aucune place au bonheur humain, quotidien et familial, comme avoir des enfants, une femme, un amour… J'avais décidé de vivre comme si je n'avais pas de corps ! Tout était dans la tête. Je me suis rendu compte que ça n'avait pas d'allure pour ma vie. J'ai décidé de quitter la communauté », dit-il. Il a eu beau sortir physiquement de la fraternité, mais celle-ci n'est pas sortie de lui ; dominicain un jour, dominicain toujours. Il reste profondément marqué par le style de vie de ces religieux.
Une nouvelle vocation : professeur « uqamien »
C'est à ce moment qu'il décide de poursuivre ses études à la maîtrise. Il opte pour l'Institut des sciences religieuses de l'université de Montréal. Durant ses années de formation intellectuelle, il opte pour un parcours non théologique de la religion, une approche plus près des sciences humaines.
En 1967, il passe au doctorat et, à l'automne 1968, commence sa carrière dans le monde de l'enseignement au collège Sainte-Marie.
À la fondation de l'UQAM, à l'automne 1969, le directeur du nouveau département des sciences religieuses, Yvon Desrosiers, lui demande de se joindre à son équipe. À l'automne 1976, Louis Rousseau devient directeur du département et, par la suite, occupe divers postes. Il y a quelques mois, il est devenu le directeur de la concentration en enseignement religieux et en enseignement moral. Malgré ses tâches administratives, ce qu'il préfère est enseigner.
Être un professeur « uqamien » en religiologie veut presque dire « je suis un extraterrestre ! » Pourtant, les sciences religieuses permettent de découvrir l’extraordinaire dynamisme créateur de l'humain qui cherche à donner un sens à la finitude de son existence. Devant cette passion qui l'habite, le professeur Rousseau ne peut se taire. Le spécialiste à l'aube de la retraite ne peut pas rester inactif. Il est toujours heureux de partager son expérience. Il est très occupé, mais il a toujours du temps, même si parfois il doit combiner inconsciemment deux rendez-vous en même temps. Une poignée de main, la porte s'ouvre… Il repart aussi rapidement qu'il est arrivé deux heures plus tôt.
Louis Rousseau sur Internet :
http://www.unites.uqam.ca/dscrel/profs/departement/tousseaul.html
« Il faut être honnête : Une des crises majeures de l'Église du Québec est l'anti-intellectualisme des responsables »
Par Benoît Voyer, journaliste
MONTRÉAL – Ce matin, le professeur Louis Rousseau arrive à son bureau de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) embarrassé, gêné, mal à l'aise… « Excusez-moi, j'ai encore pris deux rendez-vous en même temps ! » Le journaliste de la Revue Sainte-Anne, qui trouve la situation fort amusante, rassure l'homme : « Ne vous inquiétez pas, je vous attends le temps qu'il faut ! » Elle n'est pas facile la besogne de directeur des études de premier cycle en religiologie de l'UQÀM en cette période difficile. Au moment de la rencontre, les émotions du spécialiste des phénomènes religieux, un des plus prestigieux au Canada, sont à leur sommet.
À la mi-février, il cosigne avec une brochette de personnalités, dont Mgr Bertrand Blanchet, évêque catholique romain de Rimouski et membre du comité épiscopal de l'éducation, une lettre ouverte portant sur « la religion et la morale à l'école réduites au statut de micromatières ».
Avec des collègues, il demande au ministre de l'Éducation du Québec, François Legault, « qu'il reconsidère sa décision quant au temps accordé en ce domaine pour être fidèle à ses propres orientations et répondre aux besoins des jeunes du Québec en cette matière […]. Les élèves ont besoin d'un temps propice à la réflexion sur le sens de la vie, la recherche éthique, la compréhension de différentes visions du monde, la recherche de la vie bonne et de leur action dans le monde. La réduction envisagée du temps d'enseignement rend cela impossible. »
« Allez ! Entrez ! », lance-t-il une heure plus tard. La porte se ferme sur le monde extérieur et s'ouvre sur son univers secret. Les mystères de la sagesse et les convictions de cet homme vont se révéler.
Son regard espiègle et son sourire paternel révèlent une riche personnalité. Ses cours, dont ceux d'initiation à la morale et la religion et sur les religions amérindiennes, font le délice de ses étudiants.
Lorsque le petit fait une crise…
Le religiologue Louis Rousseau, né en 1939 au sein d'une famille ouvrière, ne passe pas par quatre chemins pour parler de la crise du christianisme en Occident : « Il faut être honnête : une des crises majeures de l'Église du Québec est l'anti-intellectualisme des responsables ecclésiaux. »
Il a un très grand respect de la tradition catholique, mais l'ancien dominicain ne peut se taire, particulièrement en ce temps de crise sévère. Il exprime ses observations et ses commentaires, afin de lancer des pistes sérieuses pour qu'elle sorte de son marasme. Il dérange comme un prophète, mais l'avenir saura fort probablement lui donner raison sur plusieurs points.
Il ne veut guère critiquer pour critiquer. Il souhaite seulement que le christianisme retrouve ses lettres de noblesse. Ses opinions, qui se veulent constructives, méritent d'être écoutées et considérées. Son expérience, riche de quarante ans de réflexion, est sérieuse. Il parle en connaisseur et en homme de foi.
L'anti-intellectualisme infantilisant
Selon Rousseau, la principale cause du désastre ecclésial tient à l'anti-intellectualisme des pasteurs chrétiens.
« Les théologiens du Québec étaient parmi les plus avant-gardistes et les plus stimulants dans les années 1960. Nous avions une grande race de spécialistes. Or, pour gérer le problème du célibat – qui n'a pas grand-chose à voir avec l'interprétation de la foi (!) –, l'Église catholique a fait disparaître pratiquement une génération de ses meilleurs théologiens », dit-il.
Pour faire une caricature de la situation, les bergers ont reçu la seule consigne d'être sympathiques. « Faites de la dynamique de groupe et ça va marcher (!) », leur a-t-on dit. L'érudit est direct sur ce point : « Le christianisme, ce n'est pas seulement être copains ! La pensée jovialiste – « Soyez heureux, pensez positif ! » – est bien meilleure en la matière. » Après tout, les fidèles ne sont pas des moutons !
Il regrette que les membres du clergé ne soient pas davantage incités à la lecture : « Plusieurs laïcs sont bien plus poussés en termes de culture. » Pour lui, cette paresse intellectuelle est un poids lourd à porter. Les civils questionnent… Les prêtres ne sont pas capables de répondre. « Le laïc se lasse et il se dit : Puisque c'est comme ça, je reviendrai l'an prochain ! Et comme il y a plein de choses à faire dans la vie, il ne revient pas ! », dit le professionnel attristé.
La crise : il y a de quoi pleurer !
Malgré qu'il soit un élément central, il n'y a pas que « l'anti-intellectualisme » qui est à la source du problème. La crise du christianisme en Occident est « multicausale ». Devant la complexité du casse-tête, il y a de quoi pleurer !
Il y a aussi le problème du message et de son interprétation. Il parvient difficilement à s'adapter au contexte social où il est diffusé. Le résultat saute aux yeux : L'Évangile ne rejoint plus la masse. « Il faudrait que ce qui est communiqué parvienne à toucher les personnes qui ne croient pas ce message annonciateur de la libération et qui donne un sens à la vie », ajoute-t-il. Selon lui,
Il faut trouver une nouvelle manière d'en parler afin qu'il devienne une bonne nouvelle.
Pour arriver à une adaptation, un travail théologique doit préalablement être réalisé. Les schèmes philosophiques et théologiques qui ont été développés depuis la civilisation grecque (pendant environ 1500 ans) n'ont plus de sens. Nous ne pouvons plus parler de la même manière. Le travail de traduction des images bibliques en langage moderne est urgent. « Il faut une traduction de la tradition dans des termes de référence qui sont significatifs pour le monde contemporain. » Cependant, pour cela, il faut que cessent l'anti-intellectualisme et le cloisonnement des pensées.
Enfin, il y a la question paralysante de la morale. En sachant qu'il provoque les esprits conservateurs, Louis Rousseau ose dire tout haut ce qu'il croit en lui : « Le message de L'Évangile est attirant. Il n'y a pas de doute sur ce point. C'est le traitement de l'interprétation des textes fondamentaux en langage contemporain qui fait scandale, particulièrement en matière de morale. »
Lorsque tu seras grand…
Il faut donner les moyens à chaque personne d'entrer dans un univers religieux adulte. Pour cela, il faut favoriser des avenues vers la maturité spirituelle. L'aventure intérieure est la voie favorite de cet expert des religions.
« L'expérience de la rencontre de Dieu peut être développée dans une démarche hautement individuelle. Il faut initier les gens à la vie spirituelle. Pourquoi ne pas créer des écoles d'apprentissage à la méditation dans la pure tradition de la lectio divina ? Cela ne coûte pas cher de s'imbiber de la symbolique biblique ! », suggère le spécialiste qui n'a jamais été consulté par le clergé catholique en 30 ans de pratique.
Il n'est pas nécessaire d'aller en Orient pour trouver des centres de formation à la méditation. L'expérience monastique a un enseignement riche à révéler. La mystique occidentale n'a rien à envier aux autres voies spirituelles. Tout est affaire de mise en marché. « Une spiritualité est précisément ce qui donne du souffle, ce qui permet de recueillir toutes ses énergies, encore et toujours », disait Mgr Bertrand Blanchet, archevêque de Rimouski, en 1992. C'est la nouvelle respiration que rêve Louis Rousseau pour le christianisme d'ici.
Pour l'avenir, il faut développer l'expérience spirituelle individuelle et réinventer des rituels destinés à la famille et au cercle d'amis. Ce sera la naissance d'une nouvelle forme de communautés de base. Ces rites feront revivre une tradition vivante afin de se souvenir que le cheminement humain se situe dans l'axe « passé-avenir » de la communauté et de la tradition. En réinterprétant l'héritage des ancêtres, il y a de l'espoir pour « un demain » de la foi chrétienne en Occident.
Il lance aussi l'idée, comme dans le rapport Risquer l'avenir, d'une Église volontaire où les nouveaux membres demanderaient d'être admis à l'âge adulte et où la communauté deviendrait le lieu de croissance de la foi. Louis Rousseau croit qu'il faut redéfinir l'Église comme étant le lieu d'une communauté d'appartenance libre et volontaire d'une foi adulte.
Dominicain un jour, Dominicain toujours.
Le professeur Rousseau parle peu de lui, mais lorsqu'il se laisse aller, il est touchant. Il faut avoir été rejoint intérieurement par la rencontre de quelqu'un de bien spécial pour être habité par ce feu pacifiant qu'il y a en lui. Cela ne peut être qu'une expérience spirituelle intense.
Sa flamme est née après ses études classiques au Collège de Montréal. C'est au couvent Saint-Aibert-le-Grand des dominicains, où il entre en 1960, qu'il est séduit. En 1961, « j'ai découvert la grande prière de l'Église, les psaumes, la Bible, la liturgie et j'ai trouvé ça merveilleux. Je crois que je suis devenu vraiment chrétien à ce moment. J'ai découvert la libération qu'on peut trouver dans l'expérience religieuse intime… », lance-t-il.
À l'été 1966, à la veille d'être ordonné prêtre… « J'étais en train de définir ma vie en ne donnant aucune place au bonheur humain, quotidien et familial, comme avoir des enfants, une femme, un amour… J'avais décidé de vivre comme si je n'avais pas de corps ! Tout était dans la tête. Je me suis rendu compte que ça n'avait pas d'allure pour ma vie. J'ai décidé de quitter la communauté », dit-il. Il a eu beau sortir physiquement de la fraternité, mais celle-ci n'est pas sortie de lui ; dominicain un jour, dominicain toujours. Il reste profondément marqué par le style de vie de ces religieux.
Une nouvelle vocation : professeur « uqamien »
C'est à ce moment qu'il décide de poursuivre ses études à la maîtrise. Il opte pour l'Institut des sciences religieuses de l'université de Montréal. Durant ses années de formation intellectuelle, il opte pour un parcours non théologique de la religion, une approche plus près des sciences humaines.
En 1967, il passe au doctorat et, à l'automne 1968, commence sa carrière dans le monde de l'enseignement au collège Sainte-Marie.
À la fondation de l'UQAM, à l'automne 1969, le directeur du nouveau département des sciences religieuses, Yvon Desrosiers, lui demande de se joindre à son équipe. À l'automne 1976, Louis Rousseau devient directeur du département et, par la suite, occupe divers postes. Il y a quelques mois, il est devenu le directeur de la concentration en enseignement religieux et en enseignement moral. Malgré ses tâches administratives, ce qu'il préfère est enseigner.
Être un professeur « uqamien » en religiologie veut presque dire « je suis un extraterrestre ! » Pourtant, les sciences religieuses permettent de découvrir l’extraordinaire dynamisme créateur de l'humain qui cherche à donner un sens à la finitude de son existence. Devant cette passion qui l'habite, le professeur Rousseau ne peut se taire. Le spécialiste à l'aube de la retraite ne peut pas rester inactif. Il est toujours heureux de partager son expérience. Il est très occupé, mais il a toujours du temps, même si parfois il doit combiner inconsciemment deux rendez-vous en même temps. Une poignée de main, la porte s'ouvre… Il repart aussi rapidement qu'il est arrivé deux heures plus tôt.
Louis Rousseau sur Internet :
http://www.unites.uqam.ca/dscrel/profs/departement/tousseaul.html
(Revue Sainte-Anne, mai 2001, pages 199 et 227)
LE PRÉSENT DU PASSÉ : René Constantin se souviendra toute sa vie du 10 janvier 1999
René Constantin se souviendra toute sa vie du 10 janvier 1999
« Lors de mes dernières vacances d'été, je suis allé à Québec. Lorsque je retourne dans ce coin d'où je suis originaire, c'est plus fort que moi : il faut que je passe par le cimetière ! Lors de cette visite, j'ai bien regardé les obélisques des Constantin de sexe masculin. Il n’y en a pas un qui passe 60 ans ! » raconte René Constantin, représentant technique des ventes chez Boehme Filatex, à Saint-Jean-sur-Richelieu, et citoyen de la rue Gince, à Granby, qui vient, lui-même, d'avoir ses 60 ans. Ce détail généalogique l'a bien fait réfléchir.
Comme ses ancêtres établis au pays depuis 1660, il porte un sérieux problème cardiaque qui a failli le transporter directement à la mort, il n'y a pas longtemps. « Si je n'avais pas eu Dieu et la prière, je n'aurais pas été capable de passer à travers cette épreuve. J'ai approché Dieu dans la mort. « Il est tellement merveilleux ! » lance-t-il.
Cobaye
Ses problèmes de cœur ne datent pas d'hier. Il y a cinq ans, il a dû être hospitalisé pour subir une dilatation. Il y a deux ans, les spécialistes découvrent de nouveau en lui une artère bloquée à 70 %.
« J'ai passé le temps de Noël 1998 en faisant une à deux crises d'angine par jour. Le 10 janvier 1999, j'entre à l'Institut de cardiologie de Montréal. Le matin, en arrivant, une infirmière me rencontre. Elle me dit : « Le médecin vous a contacté ? » Je réponds : « Non ! » Elle ajoute : « On va s'asseoir et je vais vous expliquer. » Elle sort devant moi un cœur transparent en polymère. À l'intérieur, je vois comme un petit ressort. Elle dit : « Probablement que nous allons vous poser un petit ressort à l'intérieur de l'artère, mais nous avons un programme bien plus révolutionnaire que cela qui est à l'état d'essai. « Après avoir fait une dilatation, on brûle l'intérieur de l'artère par radioactivité », raconte en détail le nouveau sexagénaire.
L'infirmière lui expose toutes les conséquences de l'intervention. Elle lui dit, notamment, que l'impact sur son problème sera minime et qu'il permettra l'avancement de la science. Le nouveau procédé qu'elle lui propose s'appelle « Bêta 4 ».
« Elle me demande d'accepter d'être un cobaye pour ce programme mondial destiné à 1500 personnes. Sept cent cinquante devaient recevoir la radioactivité. Pendant deux ans, nous sommes ensuite suivis pour voir l'évolution entre les deux groupes. Elle me donne, finalement, une heure pour réfléchir. « Un médecin viendra vous faire signer un protocole si vous êtes d'accord », me dit-elle, renchérit l'homme de cœur.
Il réfléchit, médite et prie. Il accepte la proposition afin d'aider ses enfants, ses petits-enfants et sa famille en leur donnant une plus grande espérance de vie. Puisqu'il est croyant, il demande à son frère et à sa parenté décédée de l'aider à passer à travers cette difficile épreuve. La convention est signée à 10 h.
Intervention chirurgicale
René Constantin passe l'après-midi au repos, sur une civière, à attendre. À 15 h 30, on le transporte à la salle des chirurgies.
La dilatation se passe bien. La pose du petit ressort est une réussite.
« Au moment où ils ont passé le cathéter pour me traiter à la radioactivité, ils m'ont dit en anglais : « Il y a quelque chose qui ne va pas ; il y a une fuite de radioactivité ! » Le médecin à l'intérieur de la salle de chirurgie demande à ceux qui étaient à l'extérieur : « Qu'est-ce que je dois faire ? » Ils lui ont dit de sortir le tube le plus vite possible. Des billes sont tombées par terre. Puisque je n'étais pas endormi, je voyais le détecteur de radioactivité se promener devant moi. J'étais là, immobile. C'était stressant ! Je ne pouvais pas bouger… », se souvient-il.
Toute l'équipe d'intervention confie le malade à une infirmière afin qu'elle surveille ses signes vitaux et se réfugie sans tarder en réunion téléphonique en compagnie du médecin du fabricant du nouveau système qui était dans la région d'Ottawa, afin de connaître ce qu'il fait en telle situation. Ne sachant pas trop comment réagir, il demande de communiquer sans tarder avec un médecin américain. La rencontre dure entre 40 et 50 minutes.
« Durant ce temps, j'étais seul… Personne ne me parlait. Je n'étais pas accompagné psychologiquement. J'ai prié. Je me suis abandonné. « J'étais prêt à partir au ciel, à me sacrifier », raconte-t-il.
Expérience mystique
Durant cette interminable attente, René Constantin fait une expérience mystique qui change sa vie :
« Mon frère est venu dans le corps d'un médecin qui était à l'extérieur de la salle d'opération dans la première partie de l'intervention. Quand il est entré, il a dirigé l'équipe. Physiquement, c'était vraiment mon frère décédé quelques années plus tôt. Il m'a fait un autre procédé de radioactivité. Je crois vraiment que c'était mon frère qui a agi par l'intermédiaire de ce médecin. « Tout s'est bien déroulé, jusqu'à la fin », accepte-t-il de confier à la Revue Sainte Anne.
Le soir venu, il se recueille dans le fond de sa chambre de l'Institut de cardiologie de Montréal. Il remercie Dieu et ses proches de l'avoir accompagné durant ces longues heures.
Il poursuit : « Ce soir-là, ma sœur décédée un an plus tôt est venue prendre soin de moi. Elle m'a dorloté. Elle est passée par une infirmière. Elle m'a dit : « On va changer ton lit. » Elle m'a changé de civière. Je me suis mis à pleurer. Je suis un gros sensible ! J'ai dit à l'infirmière : « Tu ressembles à ma sœur, pas juste physiquement, mais aussi dans ta façon de parler ! » Lorsqu'elle me parlait, elle ne m'appelait pas « Monsieur », mais simplement René. »
Et maintenant
Depuis cette importante intervention chirurgicale, René Constantin a eu trois autres dilatations au cœur (mars et septembre 1999 et mai 2000).
Il ne fait plus de crises d'angine et n'a plus de douleurs, mais il continue à avoir un problème de circulation à l'intérieur des artères.
« Je me croise les doigts et je continue à prier pour que le mieux arrive. « Je ne souhaite pas mourir, mais si le bon Dieu décide que c'est mieux pour moi, je suis prêt à aller le rejoindre », conclut-il sereinement.
«J'étais prêt à partir au ciel, à me sacrifier ... »
« Lors de mes dernières vacances d'été, je suis allé à Québec. Lorsque je retourne dans ce coin d'où je suis originaire, c'est plus fort que moi : il faut que je passe par le cimetière ! Lors de cette visite, j'ai bien regardé les obélisques des Constantin de sexe masculin. Il n’y en a pas un qui passe 60 ans ! » raconte René Constantin, représentant technique des ventes chez Boehme Filatex, à Saint-Jean-sur-Richelieu, et citoyen de la rue Gince, à Granby, qui vient, lui-même, d'avoir ses 60 ans. Ce détail généalogique l'a bien fait réfléchir.
Comme ses ancêtres établis au pays depuis 1660, il porte un sérieux problème cardiaque qui a failli le transporter directement à la mort, il n'y a pas longtemps. « Si je n'avais pas eu Dieu et la prière, je n'aurais pas été capable de passer à travers cette épreuve. J'ai approché Dieu dans la mort. « Il est tellement merveilleux ! » lance-t-il.
Cobaye
Ses problèmes de cœur ne datent pas d'hier. Il y a cinq ans, il a dû être hospitalisé pour subir une dilatation. Il y a deux ans, les spécialistes découvrent de nouveau en lui une artère bloquée à 70 %.
« J'ai passé le temps de Noël 1998 en faisant une à deux crises d'angine par jour. Le 10 janvier 1999, j'entre à l'Institut de cardiologie de Montréal. Le matin, en arrivant, une infirmière me rencontre. Elle me dit : « Le médecin vous a contacté ? » Je réponds : « Non ! » Elle ajoute : « On va s'asseoir et je vais vous expliquer. » Elle sort devant moi un cœur transparent en polymère. À l'intérieur, je vois comme un petit ressort. Elle dit : « Probablement que nous allons vous poser un petit ressort à l'intérieur de l'artère, mais nous avons un programme bien plus révolutionnaire que cela qui est à l'état d'essai. « Après avoir fait une dilatation, on brûle l'intérieur de l'artère par radioactivité », raconte en détail le nouveau sexagénaire.
L'infirmière lui expose toutes les conséquences de l'intervention. Elle lui dit, notamment, que l'impact sur son problème sera minime et qu'il permettra l'avancement de la science. Le nouveau procédé qu'elle lui propose s'appelle « Bêta 4 ».
« Elle me demande d'accepter d'être un cobaye pour ce programme mondial destiné à 1500 personnes. Sept cent cinquante devaient recevoir la radioactivité. Pendant deux ans, nous sommes ensuite suivis pour voir l'évolution entre les deux groupes. Elle me donne, finalement, une heure pour réfléchir. « Un médecin viendra vous faire signer un protocole si vous êtes d'accord », me dit-elle, renchérit l'homme de cœur.
Il réfléchit, médite et prie. Il accepte la proposition afin d'aider ses enfants, ses petits-enfants et sa famille en leur donnant une plus grande espérance de vie. Puisqu'il est croyant, il demande à son frère et à sa parenté décédée de l'aider à passer à travers cette difficile épreuve. La convention est signée à 10 h.
Intervention chirurgicale
René Constantin passe l'après-midi au repos, sur une civière, à attendre. À 15 h 30, on le transporte à la salle des chirurgies.
La dilatation se passe bien. La pose du petit ressort est une réussite.
« Au moment où ils ont passé le cathéter pour me traiter à la radioactivité, ils m'ont dit en anglais : « Il y a quelque chose qui ne va pas ; il y a une fuite de radioactivité ! » Le médecin à l'intérieur de la salle de chirurgie demande à ceux qui étaient à l'extérieur : « Qu'est-ce que je dois faire ? » Ils lui ont dit de sortir le tube le plus vite possible. Des billes sont tombées par terre. Puisque je n'étais pas endormi, je voyais le détecteur de radioactivité se promener devant moi. J'étais là, immobile. C'était stressant ! Je ne pouvais pas bouger… », se souvient-il.
Toute l'équipe d'intervention confie le malade à une infirmière afin qu'elle surveille ses signes vitaux et se réfugie sans tarder en réunion téléphonique en compagnie du médecin du fabricant du nouveau système qui était dans la région d'Ottawa, afin de connaître ce qu'il fait en telle situation. Ne sachant pas trop comment réagir, il demande de communiquer sans tarder avec un médecin américain. La rencontre dure entre 40 et 50 minutes.
« Durant ce temps, j'étais seul… Personne ne me parlait. Je n'étais pas accompagné psychologiquement. J'ai prié. Je me suis abandonné. « J'étais prêt à partir au ciel, à me sacrifier », raconte-t-il.
Expérience mystique
Durant cette interminable attente, René Constantin fait une expérience mystique qui change sa vie :
« Mon frère est venu dans le corps d'un médecin qui était à l'extérieur de la salle d'opération dans la première partie de l'intervention. Quand il est entré, il a dirigé l'équipe. Physiquement, c'était vraiment mon frère décédé quelques années plus tôt. Il m'a fait un autre procédé de radioactivité. Je crois vraiment que c'était mon frère qui a agi par l'intermédiaire de ce médecin. « Tout s'est bien déroulé, jusqu'à la fin », accepte-t-il de confier à la Revue Sainte Anne.
Le soir venu, il se recueille dans le fond de sa chambre de l'Institut de cardiologie de Montréal. Il remercie Dieu et ses proches de l'avoir accompagné durant ces longues heures.
Il poursuit : « Ce soir-là, ma sœur décédée un an plus tôt est venue prendre soin de moi. Elle m'a dorloté. Elle est passée par une infirmière. Elle m'a dit : « On va changer ton lit. » Elle m'a changé de civière. Je me suis mis à pleurer. Je suis un gros sensible ! J'ai dit à l'infirmière : « Tu ressembles à ma sœur, pas juste physiquement, mais aussi dans ta façon de parler ! » Lorsqu'elle me parlait, elle ne m'appelait pas « Monsieur », mais simplement René. »
Et maintenant
Depuis cette importante intervention chirurgicale, René Constantin a eu trois autres dilatations au cœur (mars et septembre 1999 et mai 2000).
Il ne fait plus de crises d'angine et n'a plus de douleurs, mais il continue à avoir un problème de circulation à l'intérieur des artères.
« Je me croise les doigts et je continue à prier pour que le mieux arrive. « Je ne souhaite pas mourir, mais si le bon Dieu décide que c'est mieux pour moi, je suis prêt à aller le rejoindre », conclut-il sereinement.
(Revue Sainte Anne, avril 2001, page 151)
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Rock'n'none made in Granby, P.Q.
Ils ont des voix célestes, mais ils ne sont pas tous des anges ! Ils ne sont pas tous très religieux, mais ils vibrent en chantant de la musique « gospel ». Comme bien des adolescents, plusieurs ont l'air antisociaux, mais ils ont tous un grand sens de la fraternité ! Ce « gang » de jeunes de 15 à 22 ans vit en parfaite harmonie. À les entendre, on se croirait dans une scène du film Rock'n'None.
Le chœur Cantamus de Granby a été fondé par Jean-Luc Hébert, un musicien professionnel. L'idée est venue lors d'un voyage dans les Alpes, en Suisse, en 1996.
« J'ai des amis là-bas, dont une travaille avec une chorale de jeunes. Un soir, je suis allé assister à une pratique musicale. Dans ce village de 2000 habitants, il y avait une trentaine de jeunes qui chantaient. Ils étaient très impressionnés de rencontrer un musicien du pays de Céline Dion ! Moi aussi, j'ai été impressionné de les voir et de les entendre ! J'ai demandé à Mireille : « Coup donc ! C'est spécial ! » Elle m'a expliqué que, dans son pays, chaque village a son chœur de jeunes », raconte Jean-Luc Hébert.
Il ne tarde pas à se poser la question : « Si un petit village comme celui-ci peut avoir un chœur de jeunes, pourquoi n'y en a-t-il pas un à Granby ? » À son retour au Canada, il en glisse notamment un mot à l'abbé Gérald Ouellette, curé de la paroisse catholique Saint-Joseph.
Le goût de démarrer le chœur « gospel » reste en lui tout l'hiver 1996. À l'été 1997, il repart en Europe. À son retour, son ami prêtre lui présente Lise Roy, agente de pastorale : « Je ne voyais pas comment je réaliserais un tel projet seul. Je suis content qu'elle soit venue m'aider. On a pas mal parti le groupe ensemble ! », ajoute-t-il.
Jean-Luc Hébert devient l'âme musicale de la chorale qui va de succès en succès où elle passe. Lise Roy s'occupe de la partie logistique et, surtout, d'animer la vie communautaire du clan.
Le recrutement débute à l'automne 1997 dans les écoles. « Gérald a fait venir un « chœur » gospel à sa paroisse et a dit aux paroissiens : « Je vais prendre les noms de ceux qui aimeraient faire partie d'une chorale comme celle-là. Il y a eu une dizaine d'inscriptions », se souvient Lise Roy.
À Noël 1997, le chœur fait sa première représentation lors des messes de Noël à Saint-Joseph. Le groupe comprenait six membres. Il en compte aujourd'hui une vingtaine. Depuis 1997, il n'y a pas de campagne de recrutement. Les nouveaux membres se sont joints à cause du bouche-à-oreille et du site Internet.
Le répertoire du Chœur Cantamus est composé de certaines pièces francophones, mais également des grands classiques du répertoire « gospel » américain, comme « Oh Happy Day », « I Will Follow Him » et « Hail Holy Queen ».
Une famille
Comment font-ils pour garder les jeunes dans la chorale ? Peu de jeunes ont quitté ces derniers mois. Ou, s'ils s'en vont, la plupart du temps, ils reviennent à la première occasion.
« C'est qu'il faut aller plus loin que le simple fait de chanter ! Il faut que les jeunes vivent quelque chose. Dans le chœur, ce ne sont pas tous des jeunes qui ont une énorme foi. Il y en a qui sont juste là pour chanter. Et, au fil du temps, ils découvrent autre chose… Au départ, il y a des jeunes qui ne connaissent même pas leur « Notre Père », explique l'énergique femme au milieu de la trentaine. Elle dit aussi qu'il faut que Jean-Luc Hébert et elle soient authentiques et vrais.
Jean-Luc Hébert ajoute : « Il faut aussi montrer qu'il va falloir faire des efforts pour se rendre quelque part. Au début, lors de l'apprentissage de pièces anglophones, il y avait une fille qui a lancé son cartable par terre et s'est mise à pleurer en disant : « Je ne suis pas capable. » Je lui ai répondu doucement : « Écoute, on va aller plus tranquillement… »
Les adolescents et les jeunes adultes restent, également, parce que des liens ont été créés entre eux. Ils ne se rassemblent pas juste pour chanter. Ils font aussi des activités sociales. C'est une façon d'apprendre à se connaître.
« Pour la rentrée, nous avons fait un party hot-dogs. Cela n'a pas de rapport avec le « gospel » ! Mais… il y a quand même un peu de musique autour du feu de camp. C'est céleste ! C'est cela l'esprit de gang ! » conclut Lise Roy.
Benoît Voyer
(Revue Sainte-Anne, mars 2001, p. 130)
ENTRE TOI ET MOI : À cette intersection sur la route de ma vie, il y a une lumière jaune
À cette intersection sur la route de ma vie, il y a une lumière jaune
Par Benoit Voyer
15 janvier 2026
Depuis le milieu du mois de novembre, la vie m’oblige à ralentir certaines activités afin de me concentrer sur d'autres priorités.
Bien entendu, il y a eu les rencontres du temps des fêtes. Tu sais comme moi ce que ça implique.
À cela s’ajoute mon boulot de nuit dans un département de soins psychiatriques d’un hôpital de la grande région montréalaise. Une plus grande lourdeur des problématiques des patients que nous traitons, le nombre de collègues en congés de maladie et une certaine réorganisation du milieu de travail me demandent de puiser davantage dans mes ressources énergétiques et de prévoir des périodes de récupération plus longues.
De plus, davantage exposé aux virus de la population, j’en ai attrapé quelques-uns. J’ai donc dû prendre quelques journées de maladie et être davantage au lit afin de guérir et de récupérer. Je dois vous avouer que les symptômes de la grippe de cette année n’étaient pas une sinécure. Comme plusieurs d’entre vous, j’en ai arraché.
Enfin, il y a eu des rencontres au sujet de notre maison. On a d’abord additionné les rendez-vous afin de prendre des décisions d’avenir : on vend ? On reste là ? On rénove ? Lorsqu’on fait une démarche sérieuse, ça demande un peu de temps. Finalement, on rénovera entièrement notre salle de bain et nous apporterons d’importantes modifications à notre descente de cave et à la bouche d’évacuation de notre sécheuse et, s’il reste quelques dollars en réserve, nous installerons de nouvelles gouttières.
À cela s’ajoutent les préoccupations familiales et ma volonté obstinée de redonner du temps à l’activité physique.
Ainsi donc, j’ai pris bien du retard dans mes projets personnels, notamment dans mes lectures, recherches et travaux rédactionnels dans lesquels se retrouvent notamment la tenue d’un blogue et l’animation de quelques plateformes.
À cette intersection sur la route de ma vie, il y a une lumière jaune. Ces derniers jours, j’ai pris du temps afin de faire le point avec moi-même. C’est important de se fixer des rendez-vous avec soi.
Ce matin, en méditant dans un lieu qui m’est sacré de ma région et en me confiant à mon éternel ami, j’ai finalement pris la décision de me reconnecter sur l’essentiel, c’est-à-dire de ralentir certains projets et de donner un peu plus de vigueur à d’autres. Tu comprendras donc que certains jours je serai absent des médias sociaux. Mais ne t'inquiète pas, je ne suis pas loin. Et puis, si tu t'ennuies un peu, écris-moi !
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Frère Denis Lévesque, initiateur des Franciscains de l'Emmanuel
Frère Denis Lévesque, initiateur des Franciscains de l'Emmanuel
« Je me souviens, je pleurais…
Ce fut une découverte foudroyante ! »
Par Benoît Voyer, journaliste
« À l'âge de cinq ans, je m'en souviens comme si c'était hier, j'étais seul à l'arrière de l'église de Malartic, en Abitibi, je m'étais aspergé d'eau bénite et couché par terre en donnant ma vie au Seigneur. Je me suis relevé et je suis reparti avec un feu joyeux dans le cœur », raconte candidement le frère Denis-Antoine Lévesque, initiateur des Franciscains de l'Emmanuel, une nouvelle communauté religieuse catholique qui compte une trentaine de membres.
« Cette première expérience de Dieu m'a profondément marqué. Pour moi, Jésus était un être vivant. Je m'en souviens, c'était écrit à l'avant de l'église : « Mon Jésus, je t'aime ! » Je ne savais pas tout ce qui se passait à la messe, mais je répétais sans cesse ces paroles », dit-il. Il vivait déjà une relation particulière et personnelle avec Dieu.
Né le 12 juillet 1960, ce fils de mineur était un p'tit gars vivant et dynamique qui avait déjà une attirance pour le sacré. Il y avait de l'exubérance dans ce petit cœur d'enfant. C'est vraiment une grâce spéciale qu'il a reçue parce que ses parents étaient de bons catholiques du dimanche, des gens pas plus religieux que les autres de ce temps.
C'est justement à cinq ans qu'il reçoit ses premières responsabilités à l'église paroissiale : servir la messe et fermer les lumières de celle-ci après les célébrations.
Au séminaire
À 10 ans, il entre au Petit Séminaire diocésain de Rouyn, le Séminaire Saint-Michel. Désirant consacrer sa vie au service de l'Éternel, il passe son adolescence dans ce lieu de croissance particulier. Parfois, il veut devenir prêtre ou policier. À d'autres moments, pompier ou prêtre. Ou encore, prêtre ou professeur. Son désir d'accéder au sacerdoce demeure présent.
François d'Assise
À 12 ans, il fait la rencontre de saint François d'Assise en regardant le film « François et le chemin du soleil ». À partir de ce jour, plus rien n'est pareil dans son cœur. C'est le coup de foudre ! Un véritable choc de l'âme !
Sans tarder, il dévore les cinq bouquins qu'il trouve sur le personnage à la bibliothèque scolaire.
Je me souviens, je pleurais… Ce fut une découverte foudroyante ! Au premier livre, je pleurais en lisant chacune des pages. Ce qui m'a touché chez François, c'est sa relation avec Jésus. Il était un passionné ! C'était tout ou rien ! Je me retrouvais en lui. Moi aussi, je voulais tout donner au Christ ! », raconte-t-il comme si c'était hier.
À partir de ce moment, la dimension franciscaine entre en lui. Cela se fit discrètement parce qu'il ne savait même pas qu'il existait des franciscains au Québec.
C'est à 15 ans qu'il rencontre des membres d'une fraternité laïque, le Tiers-Ordre franciscain. C'était au séminaire, lors d'un rassemblement d'un groupe de la paroisse, puisque l'église-cathédrale venait d'être détruite par un violent incendie.
« Je voyais des gens entre 40 et 50 ans qui venaient à une réunion. J'ai demandé ce qu'il y avait à cette rencontre. Ils m'ont répondu : « Les Franciscains séculiers laïcs ». J'ai répondu : « Ah oui ! Saint François d'Assise ! » Il me faisait tellement vibrer ! Je suis allé à la rencontre et j'ai commencé à fréquenter ce groupe. J'allais aux réunions deux à trois fois par mois. C'est là que j'ai eu ma première formation franciscaine. J'ai fait mon noviciat dans le troisième ordre de François », ajoute Denis Lévesque.
Le feu de l'Esprit
À l'école secondaire, Denis Lévesque s'implique à la pastorale. À 15-16 ans, Bob Digman, originaire de Waterloo, dans les Cantons-de-l'Est, et actuellement missionnaire au Mexique, est de passage en Abitibi, pour une tournée d'évangélisation où il raconte son expérience de conversion. Une soixantaine de jeunes de l'école viennent l'entendre et prier avec lui, dont Denis. Ils sont touchés par l'expérience. Plusieurs repartent avec un renouvellement de leur vie de foi.
« Les p'tites filles me travaillent »
De 16 à 19 ans, il vit ses expériences amoureuses avec les filles, dont la majorité sont membres du groupe de la pastorale scolaire touchées par l'expérience Digman.
À 19 ans, il vit une relation plus sérieuse qui lui demande de se poser des questions sur son avenir et de faire des choix concrets. « C'était une fille extraordinaire ! Elle s'appelait Sylvie ! », lance l'homme aux yeux qui brillent encore de tendresse pour elle.
Est-ce que je veux me marier ? Est-ce que je désire avoir des enfants ? Qu'est-ce que je veux faire de ma vie ? Il se pose bien des questions.
L'appel intérieur de devenir prêtre revient encore plus fortement en lui. Il décide de poursuivre sa route seul et d'aller plus loin dans cette voie pour répondre au feu qui brûle en lui.
Un regard de père
Inscrit en sciences humaines au cégep, le jeune Lévesque continue sa recherche.
« À 20 ans, mon père m'a amené visiter sa mine. Cela a été un moment qui m'a profondément marqué. Il m'a présenté à ses compagnons de travail. Il était fier de me présenter ! Ce regard porté sur moi par papa m'a fait du bien. On a besoin d'être regardé pour pouvoir vivre ! Surtout par ce regard de père ! » dit Denis Lévesque sur le ton du secret, tout en se berçant sur une bonne vieille chaise pas trop confortable.
Montréal
Après ces années au collège public, il arrête ses études. Il déménage à Montréal et travaille à la Banque Nationale durant 18 mois.
Avec son colocataire et l'abbé Pierre Smith, il fonde le groupe de prières Saint-Louis-de-France. « Ça a été un peu phénoménal ! Lorsque nous avons débuté, nous étions trois jeunes. Au bout de trois mois, nous étions 30 ! Six mois : 80 ans ! Huit mois : 200 ! Chaque semaine ! J'ai été responsable durant un an et demi. Le groupe a fonctionné cinq ans… », ajoute-t-il.
Il fait ensuite un stage dans une communauté franciscaine et se rend étudier la théologie à Ottawa.
Rome
À 22 ans, il entre au noviciat des Oblats de la Vierge Marie à Rome.
« Dans cette ville d'Italie, il y a des Franciscains et des Capucins à chaque coin de rue. Chaque fois que j'en voyais un, c'était comme si je recevais un coup de poignard en pleine poitrine. Par la suite, je suis souvent allé prier à Assise. Dans ce pays, j'ai renoué ma relation avec saint François », se souvient l'homme à la barbe et aux cheveux qui commencent à annoncer les années de la sagesse.
Il décide donc de quitter le noviciat, de revenir terminer ses deux années de théologie à l'université Laval de Sainte-Foy et de poursuivre son discernement.
Naissance des Franciscains de l'Emmanuel
Le 5 janvier 1985, avec un groupe d'amis, il initie les Franciscains de l'Emmanuel, une fraternité communautaire dans l'esprit du saint d'Assise. Le groupe prend naissance avec la permission de l'archevêque de Montréal. Ses quatre compagnons du début décident de quitter la communauté. En 1986, se joint François Garon, qui prend l'habit gris et avec qui il chemine depuis ce temps.
De 1990 à 1995, ils résident à Roxton Pond, situé à quelques kilomètres de Granby. Aucune recrue ne se joint à la fraternité. De 1995 à 1997, ils vivent une expérience avec les Franciscains du renouveau dans le Bronx, en pleine jungle new-yorkaise Ils se demandent s'il ne serait pas mieux de se joindre à cette nouvelle fraternité franciscaine prospère. Ils reviennent finalement au Canada et décident de s'établir à Montréal.
Mère Teresa : une amie
« À New York, on rencontrait souvent Mère Teresa parce que ses religieuses habitent à 10 minutes de marche de chez les Franciscains du renouveau. Les frères prêtres vont souvent célébrer la messe dans leur maison. Il y a beaucoup d'échanges entre les deux communautés. Quand elle venait à New York, elle habitait toujours à cet endroit. Nous allions souvent prier avec elle », raconte le frère Denis-Antoine Lévesque.
Il poursuit : « En juin 1997, avant qu'elle parte pour Calcutta, deux mois avant qu'elle décède, je lui donne une petite lettre lui expliquant que François et moi étions en discernement pour savoir si nous revenions au Québec. Si nous restions à New York, il n'y avait pas de retour possible au Canada avant une quinzaine d'années. Je lui demandais donc conseil. Elle prend la lettre, elle l'amène à Calcutta et elle décède le 6 septembre 1997. Une semaine plus tard, nous recevions sa réponse. C'est donc une des dernières lettres écrites avant son départ. »
Mère Teresa écrivait : « Dieu vous a sûrement amenés à New York afin de pouvoir mieux aimer et apprécier le don de votre communauté au Québec. »
Pourquoi persévérer ?
S'il a persévéré durant 15 ans, c'est qu'il est convaincu qu'il est dans sa vocation. Les deux religieux se disent depuis plusieurs années que, même si la communauté ne compte pas plus de deux ou trois religieux, ils persévéreront et mourront en frères franciscains.
« C'est un peu fou ! Humainement, ce que nous avons vécu est un échec, mais je sens que je fais vraiment la volonté de Dieu dans cet état de vie. Cela correspond à ce que je veux vivre », conclut frère Denis-Antoine, qui s'occupe maintenant d'une maison pour les jeunes au 1015, rue Bélanger, à Montréal.
Les Franciscains de l'Emmanuel comptent actuellement une trentaine de membres. La majorité sont des laïcs. Deux autres religieux sont en formation. La communauté est probablement la plus prospère du diocèse de Montréal. Le don de la vie du frère Denis-Antoine Lévesque n'est pas sans bénédiction. Le p'tit gars de cinq ans s'est aspergé d'une grande quantité d'eau bénite pour être habité d'une telle grâce, d'un élan pour se donner sans mesure afin de montrer au monde d'aujourd'hui qu'il est possible de vivre à plein l'esprit de l'Évangile. Il donne véritablement le goût aux jeunes de marcher à sa suite et de prier en disant : « Mon Jésus, je t'aime ! »
(Revue Sainte-Anne, mars 2001, pp. 103 et 110)
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