Par Benoit Voyer
4 octobre 2026
Travailler la nuit est nuisible pour la santé. Les études le démontrent : il y a chez ces travailleurs une augmentation des risques de décès par un accident vasculaire cérébral ou par maladie cardiovasculaire. Ce n’est pas tout : on note davantage de troubles de santé mentale, de perturbations du sommeil, de fatigue chronique et de somnolence. Ces dérèglements amènent des troubles métaboliques comme l’obésité ou le diabète.
En mars 2026, Esther Serrajordia expliquait dans le quotidien La Croix [1] : « Ne pas dormir la nuit supprime aussi le pic nocturne de mélatonine, hormone aux propriétés anticancéreuses, et affaiblit le système immunitaire, qui lutte normalement contre les cellules cancéreuses produites par l’organisme. Depuis plusieurs années, les chercheurs s’intéressent donc à son rôle possible dans l’apparition de certains cancers, en particulier les cancers dits « hormono-dépendants » (sein, prostate, etc.), en raison des perturbations durables du rythme biologique […]. Le travail de nuit perturbe l’horloge interne et les sécrétions hormonales, notamment celles liées au cortisol. Normalement, le pic se produit le matin, mais lorsqu’on travaille la nuit, le corps ne sait plus quand le déclencher. »
D’ailleurs, le 4 mars 2026, en France, le tribunal administratif de Marseille « a reconnu le lien entre le cancer du sein d’une infirmière et le fait qu’elle avait travaillé de nuit pendant près de 25 ans »[2]. Depuis 2007, les études scientifiques parlent des effets du travail de nuit sur les fonctions hormonales de la femme, entraînant une augmentation du risque de cancer.
Santé Magazine [3] rapporte que « dans la dernière enquête de l’Institut national du sommeil et de la vigilance, 61 % des travailleurs de nuit se plaignent d’au moins un trouble du sommeil contre 38 % dans la population générale. »
Les conséquences du travail de nuit ne se limitent toutefois pas à la santé physique. Elles touchent aussi la vie familiale, les relations sociales et la place qu’occupent ces travailleurs dans notre société. Selon Statistique Canada, plus de 320 000 Canadiens travaillent de nuit.
Dans un dossier publié par Le Devoir, le 23 juillet 2026, l’anthropologue Julius-Cezar MacQuarie rappelle que ces travailleurs « travaillent dans l’ombre, littéralement ». Selon lui, il s’agit d’un « problème structurel profond » : ils sont « rarement reconnus, jamais célébrés et souvent invisibles en raison de la nature même de leur travail ».
Pour plusieurs, à la fatigue et aux dérèglements biologiques s’ajoute un autre poids : celui de vivre à contretemps de ses proches. Ce décalage entraîne souvent un isolement social qui passe largement inaperçu.
L’anthropologue souligne toutefois un aspect plus méconnu de cette réalité. « Souvent, la nuit, les gens sont simplement heureux qu’on s’intéresse à eux et de parler à quelqu’un. Ils ne sont pas pressés comme on peut l’être durant le jour. Ou ils s’ennuient, tout simplement. »
Selon Statistique Canada [4], les communautés afrodescendantes, philippines et sudasiatiques sont particulièrement surreprésentées parmi les travailleurs de nuit. Ce simple constat ouvre un autre chantier de réflexion.
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[1] Esther Serrajordia. « Ce que dit la science sur le lien entre travail de nuit et cancer », La Croix, 6 mars 2026, p. 7. https://www.pressreader.com/france/la-croix/20260306/page/7
[2] Cf. Santé magazine, 30 avril 2026, p. 10.
[3] Santé magazine, 30 avril 2026, p. 10.
[4] Statistique Canada, « Travail de nuit, 2022 », Qualité de l’emploi au Canada, 13 juin 2023, en ligne : https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/14-28-0001/2023001/article/00008-fra.htm
