SAINTS ET SAINTES : Le vénérable père Henri Caffarel
Par Benoit Voyer
4 octobre 2026
Né à Lyon le 30 juillet 1903, Henri Caffarel est ordonné prêtre pour l’archidiocèse de Paris en 1930. Dès les premières années de son ministère, il se consacre à la formation spirituelle des laïcs. Dans une Église où la place des baptisés engagés commence progressivement à évoluer, il développe une conviction forte : tous les chrétiens sont appelés à approfondir leur vie intérieure et à répondre à leur vocation propre dans le monde.
Son œuvre la plus connue est la fondation des Équipes Notre-Dame, dont la première réunion a lieu en 1939. Le mouvement naît d’une intuition alors novatrice : le mariage chrétien n’est pas seulement une institution humaine ou familiale, mais un véritable chemin de sainteté. Le père Caffarel accompagne des couples qui désirent vivre leur sacrement de mariage dans une relation plus profonde avec Dieu, par la prière, le dialogue conjugal et un engagement spirituel partagé. Après la Seconde Guerre mondiale, les Équipes Notre-Dame se développent rapidement et deviennent un mouvement international présent dans de nombreux pays.
Le père Caffarel joue également un rôle important dans le renouvellement de la réflexion chrétienne sur la famille et la vie spirituelle. Il fonde en 1945 la revue L’Anneau d’Or, qui contribue à diffuser la notion de spiritualité conjugale et familiale. En 1956, il participe, en France, à la création des Centres de préparation au mariage, qui se répandront ensuite dans plusieurs diocèses. Son ministère demeure profondément marqué par une conviction : la transformation de l’Église passe par des chrétiens formés, enracinés dans la prière et capables de témoigner de leur foi dans leur vie quotidienne.
La prière occupe une place centrale dans sa pensée. Avec les Cahiers de l’Oraison et son travail au centre spirituel de Troussures, où il se retire à partir de 1973, Henri Caffarel cherche à redonner aux chrétiens le goût de la rencontre personnelle avec Dieu. Pour lui, toute action apostolique doit trouver sa source dans une vie intérieure profonde.
Le renouveau charismatique
Au début des années 1970, le père Henri Caffarel habite le presbytère de la paroisse Saint-Augustin, 8 avenue César-Caire, à Paris.
Dans un ouvrage sur Pierre Goursat, paru aux éditions l’Emmanuel, en 2026, Francis Kohn raconte : « Il va aussi parfois prier dans sa maison de Troussures. En 1971, Pierre y fait la rencontre de Martine Laffitte qui, elle aussi, est familière de ce lieu. Le père Caffarel a déjà parlé de Pierre à la jeune femme, lui expliquant qu’il avait une situation importante, mais qu’il vivait pauvrement dans un cinquième étage à Paris, pour être adorateur. »
Il ajoute : « Martine a alors 29 ans et est interne des hôpitaux de Paris. Originaire d’Oloron-Sainte-Marie, dans le Béarn, elle est issue d’une famille très chrétienne de douze enfants. Établie à Paris quelques années plus tôt pour faire ses études en médecine, elle est entrée en contact avec le père Caffarel qui lui propose en septembre 1969 de créer une école de prière dans son appartement, 100 bis, rue de Cherche-Midi, dans le VIe arrondissement. Quand, en 1971, Pierre et Martine déjeunent tous les deux à la même table, à Troussures, c’est la première fois qu’ils se voient. Ils sont timides et se font des politesses pour se passer les plats. Le repas est en silence et ils n’ont pas l’occasion d’échanger ce jour-là. Quelque temps après, le père Caffarel demande à Martine si elle peut associer Pierre à l’animation d’une session de l’école de prière qu’elle organise chez elle, car il désire mieux connaître ce qu’elle fait. Pierre m’invite ensuite à y venir aussi. C’est ainsi que j’ai fait la connaissance de Martine. Pendant presque deux mois, un soir par semaine, j’ai bénéficié avec d’autres personnes de ses enseignements, qui étaient suivis d’un temps d’oraison d’une demi-heure en silence. »
En décembre 1971, Pierre Goursat rencontre, à Paris, le père Jean-Paul Regimbal qui est de passage dans la ville lumière. Le Trinitaire, qui a vécu une expérience spirituelle intense à Phoenix, en Arizona, lui raconte les débuts du renouveau charismatique aux États-Unis et au Québec.
Pierre est enthousiasmé par cette rencontre avec Jean-Paul Regimbal. Après cette rencontre, Pierre se rend chez Martine pour partager l’espérance qu’a suscitée en lui le témoignage de Regimbal. À la mi-janvier 1972, Pierre rencontre Henri Caffarel. Il lui raconte sa rencontre avec le religieux et cette « nouvelle Pentecôte » qui arrive chez les catholiques.
Francis Kohn poursuit : « Or, le lendemain, le père Caffarel doit recevoir Xavier et Brigitte Le Pichon qui l’ont invité à donner un enseignement dans le groupe de prière du renouveau charismatique – le premier en France – qu’ils ont fondé à Brest, en Bretagne. […] Son mari étant retenu par ses activités professionnelles, Brigitte Le Pichon vient finalement seule rencontrer le père Caffarel à Paris, le 16 janvier. Toute la journée, il écoute attentivement son témoignage et l’enregistre. Il est très touché. Le lendemain, il appelle Pierre pour qu’il vienne le voir le plus vite. Très ému, il lui fait écouter l’enregistrement de Brigitte et lui dit : « Je n’ai pas dormi de la nuit, je suis bouleversé. J’ai été un apôtre d’avant la Pentecôte et je veux être un apôtre d’après la Pentecôte ».
Le père Caffarel décide alors d’organiser en février un week-end de retraite, comme il l’écrit à Xavier et Brigitte Le Pichon le 17 janvier : « C’est la volonté de Dieu, me semble-t-il, que nous organisions un week-end de prière à Troussures les 12 et 13 février. Nous verrons comment concevoir ces deux journées pour qu’elles correspondent bien aux vœux de Dieu. » Le père Caffarel invite Pierre à y participer. »
L’expérience marquera la trentaine de participants. Bien qu’enthousiasmé par la fin de semaine, Henri Caffarel prendra ses distances face à ce qui a été vécu. Martine et Pierre se lanceront dans l’aventure du groupe de prière de l’Emmanuel qui sera de plus en plus fréquenté. Le groupe deviendra la communauté de l’Emmanuel.
Décès
Décédé le 18 septembre 1996 à Troussures, le père Caffarel laisse derrière lui une œuvre qui a marqué plusieurs générations de catholiques. Lors de ses funérailles, le cardinal Jean-Marie Lustiger le présente comme un « prophète du XXᵉ siècle ».
Sa cause de béatification est ouverte en 2006 par le cardinal André Vingt-Trois, alors archevêque de Paris. Le 23 mars 2026, le pape Léon XIV reconnaît l’héroïcité de ses vertus, lui accordant le titre de vénérable, une étape importante dans le processus vers une éventuelle béatification.
