LE PASSÉ DU PRÉSENT : Un médecin de l'âme qui ressemble au Capitaine Haddock

Jean Montbourquette


Un médecin de l'âme qui ressemble au Capitaine Haddock

«Mille sabords, mais c'est le capitaine Haddock !», me suis-je dit lorsque j'ai entrevu le visage du père Jean Monbourquette, o.m.i., pour la première fois. Il suffit de lui enlever ses lunettes qui lui donnent un petit air sérieux et de le vêtir d'une casquette de matelot et du costume d'usage noir et bleu pour qu'il en devienne la réplique vivante. Un verre de whisky et je me serais vraiment cru au pays de Tintin, Milou et du professeur Tournesol.

Sa voix est basse à la Georges Moustaki. Son apparence ? Rien des «starlettes» que je vois chaque jour à la télévision ! Pourtant, il est un grand auteur à succès ... Le jour de l'interview - comme à l'habitude, j'imagine ! -, il était habillé d'une chemise à carreaux et d'un pantalon très ordinaire.

Son tempérament n'a rien de celui du colérique capitaine Haddock. Il est d'une belle douceur et d'une très grande simplicité intérieure. Il ne se prend pas pour un autre le «vieux prof» de l'Université Saint-Paul d'Ottawa, originaire de la paroisse Saint-Athanase d'Iberville, dans le diocèse de Saint-Hyacinthe

Vieux ? Ce sont ses patrons de l'Université qui viennent de lui rappeler son âge ! Il aura 65 ans, l'an prochain, et il devra prendre sa retraite de l'enseignement. Il se demande bien ce qu'il fera, car c'est son monde, sa passion.

Son dernier ouvrage, «Sortir de l'ombre», a été écrit dans le but d'apprendre à s'apprivoiser en cette grande période de changements dans sa vie. En aidant les autres, il s'aide lui-même. C'est très brillant comme démarche !

D'ailleurs, chaque livre qu'il rédige devient un "succès story ". Les titres sont évocateurs de ses préoccupations et de son cheminement intime, car chacun prend sa source d'un élément de son existence qu'il veut approfondir : «Comment pardonner ?», «Aimer, perdre et grandir : l'art de transformer une perte en gain», «Dans l'épreuve ... grandir», «Je suis aimable, je suis capable : parcours sur l'estime et l'affirmation de soi», «Mourir en vie ! Le temps précieux de la vie», etc. ou d'une problématique commune qu'il rencontre souvent lors de consultations : «L'ABC de la communication familiale», «Groupe d'entraide pour personne en deuil : comment l'organiser et le diriger», etc.

«Vendre jusqu'à 40,000, 50,000, 100,000 exemplaires d'un petit traité, ça doit être payant ?» Elle est bien personnelle cette question de l'argent et des redevances, mais j'ai osé ... avec un brin d'hésitation. Je croyais bien qu'il s'objecterait à répondre. «Des années, j'ai remis - avec mon salaire de l'université et les profits des livres - jusqu'à 45 000 $ à ma communauté», lance-t-il pour m'épater. «Vous devez être très fier ?», lui ai-je lancé pour le provoquer. «Pas mal !» m'a-t-il répondu sur le même ton, le sourire fendu jusqu'aux oreilles.

La modestie l'a vite rattrapé. Il n'aime pas se flatter d'orgueil avec cela. Son salaire est remis à sa communauté, les Oblats de Marie Immaculée. Il se contente de peu pour vivre.

Il insiste pour dire que son succès, il le doit à sa congrégation, car elle lui permet de se libérer pour être entièrement au service des autres : pas de linge à laver, pas de ménage à faire, pas de repas à préparer, pas de comptes à gérer, etc. De plus, ses coûteuses études universitaires (BAC en éducation, licence en théologie et doctorat en psychologie), ce sont les Oblats de Marie Immaculée qui ont payé pour cela. Son succès est donc l'affaire d'une équipe.

«Je sais que si je n'avais pas eu Proteau, je ne serais pas là !» lance-t-il. Ce confrère prête oblat, 78 ans, est son directeur spirituel. Celui-ci corrige et apporte la clarté aux livres.

Une communauté riche ? Il ne s'en cache pas. Cependant, il explique que le groupe religieux donne de grosses contributions financières aux œuvres de charité et pour soutenir les missions un peu partout dans le monde, dont celles des diocèses du Nord canadien. On parle de plusieurs millions de dollars. La richesse est partagée.

Prête ou psychologue ?
Se considère-t-il prête ou psychologue ?

Il n'en fait pas de distinction : «Si tu apportes ton salut, tu fais comme Jésus-Christ ! Tu affirmes par ta présence, par ta petite présence, tes petits moyens, que le Royaume de Dieu est arrivé».

Il poursuit : «Lorsque j'ai demandé à mon supérieur de retourner à l'Université pour étudier en psychologie, à la suite de l'incendie de l'église Notre-Dame de Hull où j'exerçais mon ministère, il a eu l'impression que je voulais sortir de la communauté, parce que tous les Oblats qui ont étudié la psycho sont sortis ! Je lui ai répondu à la blague : "Je n'y avais pas pensé, c'est une bonne idée ! Ce que je voulais, c'est de prendre soin des gens. D'ailleurs, être prêtre, n'est-ce pas être médecin des âmes ? Je voulais être avec les gens, les aider. Je voulais apporter le salut. Est-ce que tu sais que la racine hébraïque de ce mot veut dire "guérison" ? Je voulais donc apporter une guérison aux gens comme signe du royaume ».

Il admet qu'il y a un danger pour la foi chrétienne dans l'étude de la psychologie. Il explique que celle-ci s'est développée à l'encontre de la religion. Freud affirmait que la religion est la projection d'un esprit infantile qui a un besoin de retrouver son père. Pour bien des psychologues qui partagent cette école de pensée, il n'est pas possible d'avoir une bonne santé mentale et être religieux au fond de soi.

«Pour moi, c'est l'inverse : Tu ne peux pas avoir une vie spirituelle équilibrée si ta psychologie est toute de travers ! Si tu es trop complexé ! À ce moment, tu tombes dans l'illusion spirituelle. Pour moi, l'ethnologie de la psychologie est l'étude du psychisme de l'âme humaine. Alors, le vrai sens de la science psychologique est l'étude de l'âme humaine et comment on l'aide à guérir. Je ne peux pas traiter un problème psychologique quand je sens qu'à l'arrière, il y a des échos d'une spiritualité qui est impure», explique le «prof auteur».

Sa souffrance
Qu'est-ce qui peut bien faire souffrir un prêtre psychologue ? Il doit bien porter un mal quotidien ? Il me semble que ce n'est pas parce qu'on est «médecin de l'âme» qu'on soit nécessairement parfait ! «Mes grandes souffrances, je les ai étudiées et j'en ai fait des volumes ... », a-t-il commencé par répondre, un peu embêté par une telle question.

Après quelques secondes de silence, il tente une autre réponse : «Je ne suis pas un type qui s'apitoie sur sa souffrance. Je suis plutôt porté à me sortir du pétrin que de tolérer une situation de souffrances parce que pour moi, il y a tellement de belles choses dans la vie. J'aime la vie !»

En constatant que sa réponse ne me satisfaisait pas, il finit par confesser : «Ne pas avoir d'enfant ... Ne pas avoir de femme ... Ne pas avoir quelqu'un pour me recevoir après mes journées de travail ... La solitude ... »

Projets pour la retraite
Pour sa retraite qu'il prendra l'an prochain, il a des idées. Il songe, notamment, à fonder un institut du pardon, c'est à dire un endroit pour apprendre à pardonner, spécialement destiné aux couples.

Il se pourrait aussi qu'il donne un cours ou deux à l'Université Saint-Paul. «Il faudrait que j'apprenne à aller à la pêche plus souvent, à prendre des journées ... J'ai de la difficulté à arrêter ... », conclut-il

«Pêcher ... » ça ressemble vraiment au capitaine Haddock. Qu'importe ... Jean Monbourquette est un prêtre formidable. Le reste, je m'en "fish " !

Benoît Voyer

(Revue Sainte-Anne, octobre 1998, p. 391)

10 décembre 2025

EN LIBERTÉ: Le défi de travailler en santé mentale


PAROLE ET VIE animée par Roland Leclerc No 10 (1993)


Émission de télévision Parole et Vie animée par Roland Leclerc No 10 (1993) 

Au programme: 
1- La chronique biblique de Bertrand Ouellet: L'institution de l'eucharistie; 
2- SOCABI - Des cours par correspondance 
3- Le courrier de l'évêque: Le Cardinal Jean-Claude Turcotte, archevêque de Montréal: - Faut-il croire les apparitions? 
4-Un colloque sur l'avenir du travail; 
5- Les moines cisterciens de Rougemont chantent; 
6- Le père Benoit Lacroix (Joachim Lacroix de son vrai nom) parle du maître chantre de sa paroisse; 
7-Un coopérative d'habitation a ville Saint-Laurent. Invitée: Rosanne Desmarais; 
8- La chronique Pour une foi qu'on se parle animée par Yvon Cousineau. Une table ronde avec 6 jeunes: Est ce qu'on a des objectifs concrets et précis dans la vie? 
9- Chronique Sur les rayons avec Christiane Gagnon: Proposition de quelques livres. 
10-André Beauchamps livre une réflexion sur la mort; 
11- Le comédienne Monique Chabot lit un extrait de la bible.

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Tiré de: P049 Parole et Vie Ep 10 (Fonds Benoit Voyer) 
Société d'histoire de la Haute-Yamaska, a Granby

PENSÉE: Nicole Fournier

NATURE: Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby


Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby

LE MOT DU JOUR: Mon plein d'essence


20231210 Mon plein d'essence du jour

LE PRÉSENT DU PASSÉ : Le père Émilien Tardif de passage à Granby

Le père Émilien Tardif de passage à Granby

Malgré ses 70 ans, le père Émilien Tardif continue sa croisade autour du monde. Il était de passage au monastère des Trinitaires de Granby - une maison de retraites spirituelles -, le 4 juillet, pour une journée de ressourcement qui a regroupé autour de 500 personnes.

Son discours n'a pas beaucoup changé. Il a répété aux participants l'importance de demeurer attentif à l'action de l'Esprit Saint et de l'invoquer afin qu'il se révèle à eux - particulièrement en cette année qui lui est consacrée

«Nous avons besoin de la puissance de l'Esprit Saint pour atteindre les coeurs. En fait, Jésus ne nous a jamais demandé d'aller convertir les gens. On n'a pas la capacité de convertir les personnes. Seul l'Esprit Saint de Dieu peut transformer les coeurs. Ce que Jésus nous demande c'est d'aller annoncer la Bonne Nouvelle du Salut», a dit l'ancien membre du Conseil mondial du renouveau charismatique dans sa première conférence de la journée

Ses retraites et rassemblements continuent d'attirer de grandes foules. En juin, notamment, ils étaient 3000 participants à l'aréna de Boston (États-Unis) et 50 000 à Guadalajara au Mexique. D'ailleurs, il retournera dans cette ville les 8 et 9 décembre 2000. Il risque d'y avoir encore plus de fidèles. Il y a déjà plusieurs mois, à la suite de la mauvaise presse des médias québécois, il a donné des conférences dans une ville de Pologne devant 200 000 Catholiques venus l'entendre. L'an dernier, il a aussi prêché à Djakarta en Indonésie

Sa visite coïncidait avec le 67e anniversaire de naissance de Jean-Paul Regimbal, Trinitaire décédé en 1998 à qui il doit son initiation au renouveau dans l'Esprit Saint. En 1973-74, il a travaillé pendant une année avec le célèbre religieux. C'est à la fin de juillet de cette année-là, qu'il a été miraculeusement guéri d'une tuberculose pulmonaire aiguë à la suite d'un ministère d'imposition des mains d'adeptes de ce courant spirituel (dont Rose Catudal). Il était alors hospitalisé à l'Hôpital Laval de Québec

Le Renouveau charismatique catholique ne cesse de connaître de la popularité au sein du catholicisme, malgré qu'il soit en décroissance au Canada. Il y aurait 72 millions de «charismatiques» dans 140 pays. Le mouvement a débuté chez les Catholiques, le 18 février 1967, à l'Université Duquesne aux États-Unis, mais c'est surtout à partir de l'expérience Regimbal à Phoenix en Arizona, en septembre 1969, qu'il a pris de l'expansion.

Benoît Voyer

(Revue Sainte-Anne, septembre 1998, p. 370)

9 décembre 2025

POLITIQUE: Lettre au Premier ministre du Québec

Lettre au Premier ministre du Québec

Par Benoit Voyer
9 décembre 2025

Monsieur le Premier ministre,

Bien que cela puisse rapidement changer, les sondages des derniers mois nous disent que le Parti québécois (PQ) formera le prochain gouvernement. Si cela se réalise, nous entrerons en processus référendaire. L’option fondamentale du PQ est toujours la même depuis la fin des années 1960 : tout faire pour que le Québec devienne un pays.

Comme vous, je ne suis pas chaud à l’idée d’un troisième référendum. Je ne suis pas contre l’accession à l’indépendance, mais l’idée qu’il soit perdant refroidit mon enthousiasme et ravive mes inquiétudes.

Néanmoins, il faudra tôt ou tard régler la question.

J’avoue qu’un référendum gagnant ou avec un fort score pourrait être un objet de négociation redoutable avec le Canada. Vous vous en souvenez, « lors du dernier référendum, l’Action démocratique du Québec (ADQ), dirigée par Mario Dumont, avait appuyé le camp du Oui. De mémoire, l’ADQ souhaitait un vote favorable afin de renégocier une entente constitutionnelle avec le Canada. Le modèle proposé favorisait la pleine autonomie des provinces au sein d’une véritable confédération d’États membres. L’idée demeure d’actualité et demeure à mes yeux la meilleure voie d’avenir pour le Canada. C’est pour cette raison que je demeure en faveur du référendum proposé par le PQ. » [1]

Mais il pourrait aussi être perdant. Si la population dit non à ce projet de société, la question sera réglée une fois pour toutes. Et la raison d’être du Parti de René Lévesque n’existera plus. Il n’y aura jamais plus de référendums sur cette question. Et le PQ pourra enfin disparaitre avec les derniers baby-boomers.

Tout ce préambule pour vous demander, dès la rentrée parlementaire de l’hiver, de lancer vous-même ce référendum. Imaginez l’effet de surprise chez les péquistes qui s’imaginent diriger le prochain scrutin référendaire. Vous aurez une longueur d’avance sur eux et la forte possibilité d’être réélu à la tête du Québec à l’automne 2026.

Je termine avec le discours que j’aimerais vous entendre prononcer à l’Assemblée nationale. On peut bien rêver un peu et, on ne sait jamais, cela pourrait vous inspirer:

« Madame la présidente,

Si les sondages disent vrai – et je vais tout faire pour les faire mentir –, le prochain gouvernement serait formé par le Parti québécois. Cela voudrait dire la tenue d’un troisième référendum sur l’indépendance du Québec et l’utilisation des ressources gouvernementales pour y parvenir. Et on le sait depuis toujours, un gouvernement socialiste coûte cher aux contribuables.

Je ne suis pas chaud à l’idée d’un autre référendum. Je me suis souvent exprimé à ce propos.

Mais, pour reprendre René Lévesque, « l’indépendance est possible économiquement, politiquement et humainement. Il faut être aveugle, ou avoir une carrière ou des intérêts à défendre, pour ne pas en être convaincu. » [2]

Puis, comme disait Robert Bourassa dans cette assemblée : « Quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse, le Québec est, aujourd’hui et pour toujours, une société distincte, libre et capable d’assumer son destin et son développement. » [3]

De son côté, Jean Charest a admis que « oui, nous avons les moyens. Personne ne remet en question la capacité du Québec financièrement […] [mais] la vraie question est la suivante : qu'est-ce qui est dans notre intérêt, à nous? ». [4]

La question est importante : Qu’est-ce qui est dans l’intérêt des Québécois et des Québécoises ?

En ce moment, bien que je ne sois pas toujours en accord avec le fédéral, je pense qu’il serait mieux de rester au sein du Canada.

Au-delà de cette opinion personnelle, je suis depuis toujours un démocrate. C’est pour cette raison que je veux régler une fois pour toutes la question de l’indépendance du Québec en invitant le peuple du Québec de toutes origines à répondre à la question : Voulez-vous que le Québec devienne un pays indépendant ? Oui ou Non. »


Merci d’avoir pris le temps de me lire. En espérant une réponse, Monsieur le Premier ministre, recevez l’expression de ma considération respectueuse.

_________________

[1] Benoit Voyer. « A l’aube du 3e référendum? » https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/12/politique-laube-du-troisieme-referendum.html
[2] Jean Sisto, « Le Québec deviendra un État associé doté d’un statut spécial au sein de la Confédération ou bien le Québec sera indépendant », René Lévesque, La Presse, 11 mai 1964, p. 17, https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2758617
[3] Robert Bourassa, Discours à l’Assemblée nationale du Québec lors du rejet de l’accord du lac Meech, 22 juin 1990, https://www.sqrc.gouv.qc.ca/documents/positions-historiques/positions-du-qc/partie2/RobertBourassa1990-1.pdf
[4] « « Oui, nous avons les moyens », Jean Charest, Radio-Canada, 7 juillet 2006, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/313678/charest-diouf

EN LIBERTÉ: Multiculturalisme, islamisme et immigration


IL FAIT TOUJOURS BEAU: Serge Bélair et Louise Cliche animent en direct la veillée du jour de l'an No 2


PAROLE ET VIE animée par Roland Leclerc No 9 (1993)


Émission de télévision Parole et Vie animée par Roland Leclerc No 9 (1993)

 Au programme: 
1- La chronique biblique de Bertrand Ouellet: David contre Goliath; 
2- Georges-Henri Lévesque; 
3-Marie de Magdala (avec soeur Lorraine Caza); 
4- Le courrier de l'évêque: Le Cardinal Jean-Claude Turcotte, archevêque de Montréal: - L'incroyance; 
5-La communauté des Filles de Saint-Paul; 
6- Les moines cisterciens de Rougemont chantent le chant des morts; 
7- Le père Benoit Lacroix (Joachim Lacroix de son vrai nom) parle des bonnes soeurs; 
8- L'abbé Réginald Savard parle de la Roue de fortune dans la paroisse Saint-Charles-Garnier, a Shawinigan; 
9- La chronique Pour une foi qu'on se parle animée par Yvon Cousineau. Une table ronde avec 6 jeunes: Est ce que la religion est un casse tête? 
10- Chronique Sur les rayons avec Christiane Gagnon: Proposition de quelques livres. 11-Chronique médias avec Pierre Bélanger: La sexualité; 
11- Le comédien Jean-Louis Roux lit un extrait de la bible.

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Tiré de: P049 Parole et Vie Ep 09 (Fonds Benoit Voyer) 
Société d'histoire de la Haute-Yamaska, a Granby

PAROLE DE Karim Elayoubi

NATURE: Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby


Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby

LE MOT DU JOUR: Messe a l'église de Saint-Esprit


20231210 J'ai participé a la messe de 9h a l'église de Saint Esprit

LE PRÉSENT DU PASSÉ : Depuis 20 ans, la force de Jésus sur la Sainte-Catherine

Depuis 20 ans, la force de Jésus sur la Sainte-Catherine

«Ton Jésus doit être assez fort pour être sur la rue Sainte-Catherine ... », lance un jeune au père Jérôme Saint-Pierre, Oblat de Marie-Immaculée de Montréal, à l'automne 1978. Cette simple phrase touche directement son orgueil de prêtre et vise son manque de foi chrétienne. Le religieux n'a pas mis les pieds sur les freins à ce petit message plein de sagesse. «Pourquoi pas ... », s'est-il dit. Le 23 novembre 1978, le Café Chrétien centre-sud ouvre ses portes au 1471 est Sainte-Catherine, de cette rue, la plus célèbre du Québec, au coeur de ce qui allait devenir, quelques années plus tard, le quartier «gai».

Aujourd'hui âgé de 54 ans, Jérôme Saint-Pierre poursuit la même mission, même si, par moments, il a envie de tout lâcher à cause des exigences physiques, intérieures et matérielles qu'un tel apostolat demande. Ce n'est pas facile de porter la Bonne Nouvelle de l'Évangile au coeur du trafic de la grande ville.

Pourquoi continuer? Il donne toutes sortes de réponses: «Parce que c'est une porte ouverte privilégiée sur le public», «Parce qu'il faut évangéliser», «Parce que je ne suis pas seul», «Parce que si l'Église n'évangélise pas, elle est morte», «parce que c'est unique» ( ... ) Réponses faciles ... À force d'insister pour trouver un «pourquoi» valable, il se laisse aller:

«En 1996, on a fêté mon 25e anniversaire d'ordination. Il y avait 3 autres confrères avec moi. On n'a pas eu un mot à dire à nulle part ... Ça ne me faisait rien de ne pas parler, mais ... durant le repas, je me suis levé, je suis allé à l'avant et j'ai pris le micro: «Je veux vous dire une affaire! Je veux remercier le Seigneur ... Pas parce que je suis un Oblat ... Pas parce que je suis un curé ... Pas parce que je suis un prêtre ... Mais parce que depuis que je lui ai donné ma vie, j'en ai ramené une maudite gang au Seigneur! Pis, j'ai sauvé leurs vies! Ils sont heureux aujourd'hui!» J'avais l'air fou, mais c'était ça la raison de la fête! Y en avait pas d'autres! Si j'ai le coeur en fête, c'est parce que j'en ai ramené une maudite gang! Ils ont des noms! Je les connais!»

Il a été un instrument de Dieu, car, comme il l'explique, il n'y a que Lui qui peut donner la grâce de la conversion. Voilà sa seule vraie et unique motivation: amener des âmes au bon Dieu.

Au Café Chrétien centre-sud, son moyen d'action est de faire vivre une expérience intérieure de rencontre personnelle avec Jésus, d'accueillir les jeunes - pour la majorité des pauvres - et de les aimer comme ils sont: «On part de leurs besoins et, plus tard, on parle de Jésus Christ.»

Père adoptif
Il veut tellement être un père pour ces gens, qu'il a même adopté civilement une fille. Elle se nomme Rachel Saint-Pierre (la Revue Sainte Anne publiera bientôt un article sur son expérience). Depuis son adoption, elle porte fièrement et légalement le nom de famille du religieux.

Les démarches d'adoption n'ont pas été faciles, puisque le Père Jérôme a fait voeu d'obéissance. Civilement, rien de compliqué. Religieusement, il faut se plier à la décision de sa communauté.

«( ... ) ça a pris un an à la congrégation. Ils disaient toujours non, mais ils n'étaient pas capables de totalement fermer la porte», raconte le moustachu. «Ils ont rencontré ma fille. Le provincial qui ne voulait pas prendre la décision m'a même conseillé de le faire sans sa permission ... Ils ont finalement répondu positivement à ma demande.»

Une histoire de foi
L'aventure du Café Chrétien centre-sud prend sa source dans l'expérience du groupe de prière du renouveau charismatique de la paroisse montréalaise Saint-Pierre-Apôtre, un renouveau initié dans le catholicisme au monastère des Trinitaires de Granby, par le père Jean-Paul Regimbal (1931-1988), qui a pour but de redécouvrir l'action de l'Esprit Saint dans la grande aventure de l'Église et de découvrir son action dans sa propre vie.

«Ce qui était spécial, c'est que les pauvres du quartier s'y exprimaient. Il y avait beaucoup de guérisons et de merveilles du Seigneur. Il y avait, de semaine en semaine, une centaine de personnes», se souvient-il.

De 1976 à 1978, il emmène régulièrement de 10 à 15 jeunes au Café Chrétien de la rue Saint-Hubert qui fonctionne à plein régime. Une religieuse l'accompagne

Il ajoute: «Ils me disaient: On est capable d'en faire un! Je n'étais pas très intéressé parce que j'étais déjà débordé avec mon travail à la paroisse finalement ... Il y avait un local de libre sur la rue Panet; ça coûtait juste trois cents piastres par mois. Je pouvais facilement trouver le budget!»

Il a rapidement été mis devant son manque de foi par un jeune: «Ton Jésus doit être assez fort pour être sur la rue Sainte-Catherine!»

Il trouve enfin un local sur la Sainte-Catherine et les 40 000$ nécessaires pour procéder au démarrage et aux rénovations, puisque l'ancien local de la «Chemiserie de Dominique Michel» n'avait même pas l'eau courante et l'ambiance de boutique ne convenait pas au nouveau locataire.

En septembre 1978, le père Jérôme Saint-Pierre rassemble deux équipes: une d’adulte pour veiller à la gestion et une autre de jeunes pour constituer l'équipe des animateurs. À chaque semaine, ils se réunissent pour prier. Les adultes prolongent leur démarche par une rencontre d'organisation. En 2 mois, tout est en place pour débuter avec les rénovations du local.

«En 3 semaines, on a ouvert le café. Il a fallu tout défaire et refaire puisqu'il y avait des rampes d'aciers partout et de grands fluorescents ... Je continuais – en même temps - à la paroisse. Je finissais souvent à 4h30 du matin. À 7h30, je devais célébrer la messe à la paroisse et faire ma journée. Je ne sais pas comment j'ai fait! J'étais «toffe» dans c'temps-là quand je repense à ça!» raconte l'homme qui parle le langage du peuple. Le 25 novembre, l'oeuvre ouvre ses portes.

Il attend jusqu'en juin 1979 avant de quitter définitivement son travail à Saint- Pierre-Apôtre (la belle église paroissiale est située juste en face de la tour de la Société Radio-Canada) parce qu'il n'est pas assuré de l'avenir du p'tit café.

Il n'est pas seul dans cette expérience de providence. Dès le début, Claire Cyr, une travailleuse sociale, quitte tout et se lance dans l'aventure pour se donner entièrement au service des jeunes. Elle est encore fidèle au poste.

Activités
L'ensemble de la programmation du Café Chrétien centre-sud est faite en fonction des 15 à 35 ans. «Si nous voulons garder nos jeunes, il faut demander aux plus âgés de laisser la place», insiste le religieux consacré à Marie.

Les mercredis sont réservés à la prière et aux réunions.

Les jeudis soir: témoignage (un par mois), enseignement du père Saint-Pierre (une fois par mois) et partage (2 fois par mois).

Les vendredis: soirée des 15-18 ans (partage, détente, engagement, sortie, ateliers, etc.).

Les samedis: soirée des chansonniers. À 17h30, heure de prière devant le Saint-Sacrement afin de bien se préparer à l'accueil. Le premier samedi du mois est consacré à une journée mariale.

Les dimanches: de 14 heures à 19 heures, chants, prières, messe et souper-partage (gratuit).

L'origine des Cafés Chrétiens
En décembre 1975, Michel Giard, 19 ans, rencontre Soeur Martine Tardif, une psycho-éducatrice qui travaille auprès des mères célibataires. Il lui raconte son expérience avec le mouvement Témoignage-Jeunesse à Granby, un regroupement catholique fondé par le père Jean-Paul Regimbal - secondé par Marcel Paquin - qui a pour objectif de porter l'Évangile aux jeunes par les jeunes. Michel Giard compte sur la religieuse du Bon Pasteur. Elle a peu de temps. Elle lui demande de trouver un prêtre pour collaborer avec elle à ce projet.

Trois semaines plus tard, le moustachu à l'aube de la vingtaine lui donne le numéro de téléphone de l'abbé Robert Lapointe et quelques noms de jeunes qui pourraient devenir animateurs.

Le 23 février 1976, des jeunes provenant de groupes de prière de soeur Tardif et l'abbé Lapopinte sont réunis autour de Michel Giard. Il raconte son expérience de foi et explique les objectifs et les moyens d'action de Témoignage-Jeunesse.

Le groupe progresse rapidement. En 6 mois, il passe de 20 à 300 jeunes de 18 à 25 ans. Les principales activités sont la prière, la fraternité et l'organisation de grands ralliements de masse qui ont regroupé jusqu'à 3000 jeunes dans la crypte de l'Oratoire Saint-Joseph.

En mai 1976, les 300 jeunes désirent un local ayant un accès plus facile en tout temps pour «l'évangélisation». Les prières du groupe prennent forme.

Un après-midi, Martine Tardif reçoit le coup de fil d'une dame: «J'ai entendu parler des jeunes dans un restaurant et ils disaient qu'ils cherchent un local pour se réunir et pour s'évangéliser ensemble. J'ai été très intriguée de leur conversation et je me suis permis d'aller leur poser des questions. Ils m'ont donné votre nom ... » La dame lui offre le local d'un bar salon abandonné au 8627, rue Saint-Laurent, qui appartient à un restaurant qui a mis l'édifice en vente. Par son intermédiaire, il accepte de le prêter pour 2 mois.

«À la réunion suivante, Martine et Robert annoncent la nouvelle aux jeunes qui voient là une réponse claire du Seigneur aux prières du groupe», est-il raconté dans le livre Le Café Chrétien, paru en 1980.

Le 1er juin 1976, le Café Chrétien ouvre ses portes. Soeur Martine Tardif devient directrice générale, à temps complet, puisque sa communauté religieuse accepte de la libérer de son travail. Le petit café s'ouvre juste au bon moment pour organiser des activités pastorales spéciales à l'occasion des Jeux Olympiques Pendant 2 semaines, il sera ouvert 24 heures sur 24 pour accueillir les jeunes de toutes nationalités.

«Est-ce qu'il n'est pas temps qu'on sorte de notre mutisme? Malheur à la majorité silencieuse! Eh bien! Si les écoles nous sont fermées, on ne peut pas nous fermer les discothèques, on ne peut pas nous fermer les cafés. Fondons les Cafés Chrétiens dans tous les secteurs pour rejoindre la jeunesse! N'ayons pas peur! Ayons l'audace d'évangéliser!», lançait le père Jean-Paul Regimbal, fondateur de Témoignage-Jeunesse et initiateur du renouveau charismatique catholique, le 10 octobre 1976, au Congrès charismatique du diocèse de Québec.

Les Cafés Chrétiens aujourd'hui
Aujourd'hui, chaque Café Chrétien est différent et autonome. Chacun essaie de répondre à sa façon au besoin du milieu.

Il n'y a plus de fédération - comme autrefois - qui permet de certifier qu'un Café Chrétien est bel et bien catholique (ce regroupement a permis de rassembler jusqu'à une quarantaine d'établissements). Plusieurs groupes protestants ont également repris l'idée. À Granby, par exemple, il y a le Café d'accueil chrétien pour les Catholiques et le Café Le Rocher pour les Protestants.

Enfin, le concept a fait le tour du monde et porte des noms très différents. En France, il y en a un qui s'appelle le «Bistro du Curé».

Dans tous les Cafés Chrétiens (sauf à Granby), il n'y a plus de liens avec Témoignage-Jeunesse et, dans plusieurs lieux, il y a un refus de s'identifier au courant spirituel du renouveau charismatique qui, pourtant, a donné naissance à cette manière ecclésiale de diffuser la Parole de Dieu, avec ses forces et ses faiblesses.

Benoît Voyer

(Revue Sainte-Anne, septembre 1998, pp. 348 à 350)

8 décembre 2025

EN LIBERTÉ: Le prélude de la société catholique québécoise


IL FAIT TOUJOURS BEAU: Analyse des baisers


VISION CATHOLIQUE: L'Immaculée Conception

L’immaculée Conception

Par Benoit Voyer

8 septembre 2025

Le 8 décembre 1854, paraissait la Constitution apostolique Ineffabilis Deus du pape Pie IX. Dans cette déclaration, le chef des catholiques instituait le dogme de l’Immaculée Conception. Il écrivait : « Nous déclarons, prononçons et définissons : la doctrine qui tient que la Très Sainte Vierge Marie, dans le premier instant de sa conception, par une grâce et un privilège singulier de Dieu Tout-Puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, le Sauveur du genre humain, a été préservée libre de toute tache du péché originel, a été révélée par Dieu et doit donc être fermement et inviolablement crue par tous les fidèles. »[1]

Dans sa déclaration, le souverain pontife affirme que Marie est la nouvelle Ève et qu’elle est sans souillure, « toujours absolument exempte de toute tache de péché, toute belle et parfaite, elle possède une telle plénitude d'innocence et de sainteté que, après Dieu, rien de plus grand ne peut être conçu, et dont aucun esprit, en dehors de Dieu, ne peut parvenir à saisir les profondeurs ». Elle est revêtue de « l’innocence originelle ».

Cette doctrine, qui existe depuis l'Antiquité, prend sa source dans les textes bibliques, particulièrement lors de l’apparition de l’Ange annonciateur à Marie et de la salutation qu’elle a reçue de la part d’Élisabeth, sa cousine. Pie IX écrit dans son décret : Puisqu’ils « considéraient que l'ange Gabriel, en annonçant à la Très Sainte Vierge la dignité exaltée de la Mère de Dieu, l'avait, par l'ordre de Dieu lui-même, appelée pleine de grâce, [ils] enseignèrent que par cette salutation singulière et solennelle, jamais entendue auparavant, il était démontré que la Mère de Dieu était le siège de toutes les grâces de Dieu, ornée de tous les dons de l'Esprit divin ; elle était en effet un trésor presque infini et un abîme inépuisable de ces mêmes dons ; de sorte que, non seulement elle ne fut jamais soumise à une malédiction, mais encore, avec son Fils, elle participa à une bénédiction perpétuelle : digne d'être appelée par Élisabeth, mue par l'Esprit de Dieu : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni » (Lc 1, 42). » »

Les articles 490 et 491 du Catéchisme de l’Église catholique reprennent en quelques mots ce décret : « L’ange Gabriel, au moment de l’Annonciation, la salue comme "pleine de grâce" (Lc 1, 28). En effet, pour pouvoir donner l’assentiment libre de sa foi à l’annonce de sa vocation, il fallait qu’elle soit toute portée par la grâce de Dieu. Au long des siècles, l’Église a pris conscience que Marie, " comblée de grâce " par Dieu (Lc 1, 28), avait été rachetée dès sa conception. C’est ce que confesse le dogme de l’Immaculée Conception, proclamé en 1854 par le pape Pie IX ».[2]

Et Pie IX ajoutait : « La Très Glorieuse Vierge, par qui le Tout-Puissant a fait de grandes choses, a brillé d'une telle abondance de dons célestes, d'une telle plénitude de grâce et d'une telle innocence qu'elle est devenue, pour ainsi dire, le miracle de Dieu par excellence, le sommet de tous ses miracles, et une digne Mère de Dieu ; de sorte que, placée, autant qu'une créature le peut, au plus près de Dieu, elle a surpassé toutes les louanges des hommes et des anges. Aussi, pour démontrer l'innocence et la justice originelle de la Mère de Dieu, non seulement ils la comparaient très souvent à Ève, encore vierge, encore innocente, encore incorruptible, et non encore trompée par les pièges mortels du serpent menteur, mais ils la préféraient aussi par une merveilleuse variété de paroles et d'expressions. Car Ève, malheureusement, ayant écouté le serpent, est tombée de son innocence originelle et est devenue son esclave ; au contraire, la Très Sainte Vierge augmenta continuellement le don qu'elle avait reçu à son origine, et, loin d'écouter le serpent, avec l'aide divine, elle détruisit complètement sa violence et sa puissance. »

Fête de l’Immaculée Conception
En décembre 2024, sur Zenit, Anne Van Messis expliquait que « la fête de l’Immaculée Conception se situe dans les premiers jours de la nouvelle année liturgique et du temps de l’Avent. Elle invite les fidèles à rendre grâce pour la mission exceptionnelle reçue par la Mère de Dieu. Elle rappelle que Marie a été préservée du péché originel dès sa conception, et a été choisie pour porter en son sein le Sauveur du monde. »[3]

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[1] Pie IX. Constitution apostolique « INEFFABILIS DEUS ». Définition dogmatique de l'Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie, 8 décembre 1854 https://www.vatican.va/content/pius-ix/it/documents/18541208-costituzione-apostolica-ineffabilis-deus.html
[2] Catéchisme de l’Église catholique, nos 490 et 491 https://www.vatican.va/archive/FRA0013/__P1H.HTM
[3] Anne Van Merris. L’Église célèbre bientôt l’Immaculée-Conception, Zenit, 3 décembre 2024 https://fr.zenit.org/2024/12/03/leglise-celebre-bientot-limmaculee-conception/

PAROLE ET VIE animée par Roland Leclerc No 8 (1993)


Émission de télévision Parole et Vie animée par Roland Leclerc No 8 (1993)

Au programme: 
1- La chronique biblique de Bertrand Ouellet: L'évangile de Marc; 
2- Marcel Morin, peintre; 
3- Le courrier de l'évêque: Le Cardinal Jean-Claude Turcotte, archevêque de Montréal: - Les cataclysmes de la fin des temps; 
4-Enseignement religieux: La méthode symbolique; 
5- Les moines cisterciens de Rougemont chantent le psaume 15; 
6- Le père Benoit Lacroix (Joachim Lacroix de son vrai nom) parle du médecin de campagne; 
7-Marthe Lamothe: L'éducation de la foi au Diocèse de Nicolet; 
8- La chronique Pour une foi qu'on se parle animée par Yvon Cousineau. Une table ronde avec 6 jeunes: Les abus sexuels; 
9- Chronique Sur les rayons avec Charlotte Sassville: Proposition de quelques livres. 
10-Thérèse Miron: Apprendre a perdre; 
11- La chanteuse Daniele Oddera lit un extrait de la bible.

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Tiré de: P049 Parole et Vie Ep 08 (Fonds Benoit Voyer) 
Société d'histoire de la Haute-Yamaska, a Granby

PROPOS SPIRITUELS: saint Josémaria Escriva


NATURE: Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby


Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby

LE MOT DU JOUR: 10 décembre 2023



20231210 Benoit Voyer sur médias sociaux

LE PRÉSENT DU PASSÉ : Mgr François Lapierre

Mgr François Lapierre:


Un homme d'espérance

«Je n'étais pas un homme de grande foi. Je voyais des paysans qui regardaient la mort avec tranquillité ... Pas moi ... J'avoue que je sentais beaucoup de peur. Je crois qu'on aurait mis cette menace-là à exécution. J'ai bien pensé que j'allais laisser ma vie au Guatemala», raconte Mgr François Lapierre, le nouvel évêque de Saint-Hyacinthe qui a été sacré le 16 juin dernier, encore sous le choc des événements qui ont bouleversé sa vie, en octobre 1980.

Un beau jour, il trouve sous sa porte une lettre disant impérativement: «Si dans les 48 heures vous n'êtes pas sorti du pays, nous devrons vous supprimer physiquement». Sans tarder, il se rend chez son évêque pour lui demander conseil. Celui-ci n'hésite pas l'ombre d'un instant. Une quinzaine de prêtres viennent d'être tués. Ce sont les semaines les plus sanglantes de la guerre civile qui sévit au pays. Le prélat est lui-même allé le reconduire à la frontière du Honduras où François Lapierre restera jusqu'en 1983.

«En allant le rencontrer, je me disais: si j'ai des indications claires que je dois rester, je vais rester!», se souvient-il. Mgr Lapierre croit que cet événement est providentiel. D'ailleurs, pour lui, le hasard n'existe pas: «Nous ne sommes pas guidés comme des marionnettes ou téléguidés ou programmés à l'avance comme un programme d'ordinateur. Je crois à la Providence divine et que nous sommes accompagnés par le Seigneur».

C'est en 1979 qu'il arrive avec une équipe de prêtres et de laïcs pour travailler au Guatemala. L'expérience est très difficile pour ces personnes. Le Guatemala vit une guerre civile très importante. Ils sont dans la région où il y a un affrontement entre l'armée et la guérilla révolutionnaire qui combat le régime établit. Raoul Léger, un Acadien, membre du groupe de Canadiens, y a même laissé sa peau. «J'ai beaucoup pensé à lui dernièrement. J'ai participé aux funérailles de Mgr Gérardi qui a été assassiné au mois d'avril à cause de son implication dans la réalité des droits humains. Je me suis rappelé notre expérience au Guatemala. Il y a eu des centaines de milliers de personnes qui ont été torturées, tuées ou déplacées», confie-t-il à la Revue Sainte Anne.

Un évêque pas comme les autres
François Lapierre avoue avoir de la difficulté à apprivoiser le nouveau titre de «monseigneur», car il n'aime pas les honneurs.

Le successeur de Mgr Louis Langevin est humble, d'une grande intelligence et préfère l'apostolat sur le terrain, particulièrement dans les milieux les plus défavorisés.

Ses propos touchent et dérangent. Il n'a rien de ces théologiens aux discours rigoureux. Il est spirituel. Ce qu'il dit, on le sent sorti directement de ses tripes.

Il parle 3 langues (anglais, français et espagnol) et se débrouille bien avec 2 autres (portugais et italien).

Il ne serait pas étonnant de le voir accéder à des fonctions plus importantes au sein du catholicisme, tel que devenir cardinal. Il n'a que 56 ans et les spéculations courent au sein du clergé. «Disons que je vais commencer par être évêque!», répond-il, un peu embêté par les propos rapportés et pour mettre fin à un sujet qu'il ne veut pas trop développer par modestie.

Il est fort probable que le portrait pastoral de ce diocèse de la rive sud du Saint-Laurent change au fil des prochains mois

Il est un adepte de la théologie de la libération. Gustavo Gutierrez, le père de ce courant spirituel, est son ami depuis de longues années. Le religieux s'est fait remarquer, le 16 juin, puisqu'il était présent à la cathédrale de Saint-Hyacinthe parmi les nombreuses personnalités invitées de partout autour de la planète - dont la majorité des évêques du Québec - pour son sacre.

Théologie de la libération
«La théologie de la libération est une façon d'aborder l'expérience chrétienne. Quand on regarde la Bible, on s'aperçoit que la liberté est au coeur de cette expérience. Le problème est la façon dont on conçoit la liberté. Qu'est-ce que la liberté? Est-ce que c'est juste de choisir entre dix sortes de shampoings? C'est d'abord la réalité de s'ouvrir à la souffrance de l'autre. Il ne faut pas avoir peur de la liberté et de la libération. Elles font partie de la foi. Nous devons changer nos façons de voir. Nous ne devons pas être des Catholiques avec les pieds sur les freins. Nous sommes trop sur la défensive! Il faut avoir le courage d'être ce que nous sommes!», explique le nouveau berger maskoutain.

Il poursuit: «Mon expérience en Amérique Latine m'a amené à voir l'importance d'une option préférentielle pour les pauvres et de voir comment l'Église peut être non seulement au service des pauvres, mais faire que les pauvres soient des acteurs privilégiés dans l'Église. C'est ce que j'ai appris de la mission en Amérique Latine. Les gens pauvres, très pauvres, même analphabètes, peuvent être des acteurs importants dans la mission. Ils ne sont pas uniquement des objets».

Il n'aime pas l'étiquette d'«homme de la gauche catholique» qui lui est attribuée Pour lui, ces termes de la gauche et de la droite correspondent plus à une réalité politique qu'à une réalité chrétienne. Il trouve qu'il faut faire attention avec la polarisation, car il y a un danger de faire passer les idées avant les personnes et, de cette façon, créer une mentalité sectaire à l'intérieur de l'Église.

C'est en 1966, après quatre mois d'apprentissage de l'espagnol, au Mexique, qu'il se rend au Pérou pour travailler dans un quartier pauvre d'Ica, une petite municipalité d'environ 10 000 habitants, située au sud du pays, en plein désert. A la demande de l'évêque, il se retrouve aumônier des étudiants à l'université de la place qui regroupe près de 8000 jeunes. «C'est comme ça que j'ai connu Gustavo Gutierrez. Il était responsable du Mouvement des étudiants catholiques du Pérou. Il est devenu un ami. J'ai beaucoup appris à son contact. Il m'a aidé à revoir ma théologie, ma façon de comprendre la foi et, surtout, découvrir que celle-ci a une dimension sociale, une dimension collective et pas seulement une dimension personnelle, individuelle. Il m'est devenu important de voir cette dimension sociale de la foi. Je suis demeuré à Ica jusqu'en 1971», relate-t-il.

Enfance
François est originaire du 1055 chemin Compton à West Shefford (aujourd'hui Bromont). Depuis quelques semaines, une plaque commémorative est installée devant la jolie maison de campagne

Ses parents, René Lapierre et Rachel Jolin (décédés), se sont connus et mariés dans ce petit village aux précieux paysages. Madame Lapierre est originaire du 6e rang.

Alors qu'il n'avait que 5 ans, la petite famille déménage sur la rue Albert à Granby. C'est dans ce quartier de la célèbre cité du plus beau jardin zoologique en Amérique du Nord qu'il grandit.

Il fait ses études primaires à l'école Saint-Eugène, de Granby - qui est dirigée par les Frères du Sacré-Coeur - et ses études secondaires à l'Externat classique Mgr-Prince (nom donné e l'honneur du Mgr Jean-Charles Prince, 1er évêque de ce diocèse, de 1852 à 1860) de Granby et au Séminaire de Saint-Hyacinthe. Le couple Lapierre donne naissance à 10 enfants: François, Mance, Hélène (psychologue), Marthe (elle travaille à Développement et paix), Zoé (enseigne la musique), Jérôme (sociologue), Guy (géologue), Benoît (journaliste au quotidien La Voix de l'Est), Louis (journaliste au quotidien Le Devoir) et Eugène (il travaille à Tennis Canada).

Monsieur Lapierre a besogné sur les chantiers de construction et a été propriétaire d'une petite usine d'emballage. Durant son adolescence, François a mis la main à la pâte pour aider son père pour qui il a beaucoup d'admiration. «Ma mère n'avait pas le temps d'aller souvent à l'église. Malgré tout, nous avons été éduqués dans une atmosphère chrétienne. Comme dans plusieurs familles, nous disions le chapelet avec le cardinal Léger qui passait à chaque soir à la radio. Nous avions donc une vie de prière à la maison», puise-t-il dans ses précieux souvenirs.

Devenir prêtre
Sa vocation religieuse, il l'attribue à sa grand-mère qui lui a donné l'habitude d'aller à l'église puisque ses parents occupés par la marmaille et l'entreprise ne pouvaient pas toujours s'y rendre.

Il n'est pas devenu prêtre parce qu'il n'avait pas d'attirance pour la gent féminine. Bien au contraire! Il a toujours éprouvé ce besoin de relations et gardé en lui cette attirance naturelle d'un homme pour une femme.

«Mais c'est mystérieux ... J'avais comme un attrait plus grand: la radicalité de l'Évangile, c'est-à-dire de suivre le Seigneur et aller vers les plus pauvres», dit-il.

En août 1961, il entre à la Société des prêtres des missions étrangères et est ordonné prêtre, le 18 décembre 1965, à l'église Saint-Eugène de Granby, dix jours après la fin du concile Vatican II.

En mission
Il part rapidement pour le Mexique afin d'apprendre l'espagnol. Il est rapidement nommé aumônier en milieu universitaire à lca au Pérou. De 1971 à 1979, il revient au Canada et est animateur missionnaire pour sa congrégation religieuse. Il met sur pied le Mouvement des étudiants catholiques du Québec.

De 1973 à 1979, il est également membre du conseil central de la Société des prêtres des missions étrangères. De 1979 à 1980, il est missionnaire au Guatemala. De 1980 à 1983, il poursuit la mission au Honduras où il s'est réfugié. De 1983 à 1991, il est aumônier du Mouvement international des étudiants catholiques et du Mouvement international des professionnels catholiques à Paris et à Genève. Enfin, en 1991, il est élu supérieur général de sa communauté. Une semaine avant son sacre, il quitte son bureau de Laval et déménage à l'évéché de son nouveau diocèse.

Il soutient l'Église
«L'an dernier, je suis allé au Synode de l'Amérique. Un soir, j'ai été invité à souper chez le Pape. Avec lui, nous étions huit autour de la table, dont le supérieur des Jésuites. Après le souper, le Souverain Pontife nous a invités à prier dans sa chapelle. Pour s'y rendre, je marchais juste derrière lui. Il s'est arrêté, m 'a pris la main et m'a invité à le soutenir, car il a de la difficulté à se déplacer. Nous avons marché ensemble jusqu'au lieu de prière. J'ai vécu là une expérience très profonde. J'ai senti un homme ayant un très grand poids à porter. J'ai trouvé ça très émouvant», se plaît-il à raconter comme un enfant émerveillé. Cependant, il insiste pour dire que ce geste gratuit n'a rien à voir avec sa nomination.

Un homme d'espérance
«Nous sommes au début d'un grand renouveau spirituel et de l'Église. Nous n'avons rien vu encore. L'Église est une réalité de l'avenir. Il y a quelque chose qui est en train de grandir en elle. Les prochaines années vont être surprenantes!», conclut-il.

«Je n'étais pas un homme d'une grande foi ... » Tous ne sont pas en accord avec lui. Sa foi est riche et intense. Il a cette capacité d'être docile à l'Esprit Saint, à la Providence divine. C'est ce qui lui a permis de sortir vivant de son expérience au Guatemala et d'être à l'écoute des signes de Dieu sur sa route. Mgr François Lapierre est un véritable témoin de l'Évangile. Dans son diocèse, son intimité avec Dieu lui permettra de déplacer des montagnes. Surtout que bien des gens sont en attente d'un renouvellement de certaines pratiques pastorales.

Benoît Voyer

(Revue Sainte-Anne, septembre 1998, pp. 343 et 371)

7 décembre 2025

INTERMÈDE: Le Parc nature Saint-Jacques, à Sainte-Julienne

UN PEU DE MOI: René Étienne Voyer (1715-1785)

La rivière Chaudière devant la terre des Voyer
René Étienne Voyer (1715-1785)

Par Benoit Voyer

7 décembre 2025

René Voyer nait le 11 novembre 1715 [1] à Beaufort-en-Vallée [2], en Anjou. Il est le fils de René Voyer, fils de René Voyer et Simonne Thourault, et de Marie Bellanger, fille de Pierre Bellanger et Marie Couet, qui ont uni leurs destinées dans l’église Notre-Dame, à Beaufort-en-Vallée, en Anjou, le 26 juin 1710 [3].

Il est le frère ainé de Marie (née le 27 juin 1717) et Adrien (né le 4 octobre 1721). Adrien épousera Françoise Busque, fille de Jean-François Busque et Michelle Renault, le 23 novembre 1751, à Beaufort-en-Vallée [4]. Il passera sa vie dans son patelin natal et deviendra serrurier. Il y décédera le 19 mai 1794, vers 7h du matin [5].

Dans certaines régions de France, le prix du sel qu’on utilise pour la conservation des aliments est fort élevé et est l’objet d’une taxe spéciale [6]. René Voyer, comme plusieurs autres, en achète illégalement afin de le revendre dans son milieu [7]. Malheureusement, il se fait prendre la main dans le sac. René est condamné pour trafic de sel par le système judicaire royal [8]. Ainsi donc il est un « faux saulnier » [9].

Sa condamnation : La prison à vie ou l’extradition permanente dans la colonie de la Nouvelle-France ou il devra se mettre un certain temps au service de “l’habitant” ou de la “milice” avant de retrouver sa pleine liberté.[10]

C’est ainsi que René, un célibataire de 30 ans, est obligé, bien malgré lui, de quitter sa région natale, l’Anjou. Il ne choisit donc pas de migrer en Amérique.

Avec d’autres prisonniers, il est embarqué à La Rochelle [11]. Il part pour un long voyage en bateau de la compagnie de Fonville [12] de la France jusqu’au port de Québec. A bord, l’hygiène et la nourriture seront de piètre qualité.

Le 11 juillet 1744, il arrive à Québec. Lui et plusieurs autres prisonniers débarquent du navire, malades. Sa mauvaise condition physique nécessite des soins urgents.

Sans tarder, il est hospitalisé à l’Hôtel-Dieu du Précieux-Sang. Il en ressortira le 5 aout. Durant ses semaines de soins, il donne quelques renseignements à son sujet. Ceux-ci seront notés dans le registre des malades. De sa déclaration, on note qu’il s’appelle « Étienne », du moins c’est ce qu’on répétera pendant très longtemps. Malheureusement, la personne qui a écrit la note n’a pas une très bonne calligraphie. En réalité, elle a noté « et Renne ». Ainsi donc, il s’agit de René Voyer, mais, à partir de ce jour, il sera connu du prénom d’Étienne.

En 1744, l’église catholique est dirigée par Mgr de Pontbriand, arrivé à Québec en aout 1741.

Depuis plusieurs années, la population de la Nouvelle-France est en forte croissance. Les dirigeants décident donc d’ouvrir de nouveaux territoires à la colonisation. C’est ainsi que le 23 septembre 1736, le marquis de Beauharnois, gouverneur de la Nouvelle-France, concède à Thomas-Louis Taschereau, une seigneurie qui couvre une étendue de trois lieus des deux côtés de la rivière Chaudière.[13] Celle-ci est baptisée du nom de Sainte-Marie de la Nouvelle-Beauce et deviendra une mission catholique en 1738 et une paroisse en 1744.

Étienne Voyer et plusieurs habitants de l’île d’Orléans flairent la bonne affaire. Ils s’y établiront.[14]

Le 28 février 1746, le seigneur Tashereau donne un terrain à la fabrique pour la construction d’une petite église catholique. Le voisin de ce terrain est « Voyer ». Ce dernier cultive une propriété de trois arpents de front sur une profondeur de 40 arpents.[15] De nos jours, son terrain est devenu en grande partie la rue Marguerite-Bourgeoys, en plein centre-ville de la municipalité de Sainte-Marie.

Durant ses premiers mois à Sainte-Marie, le travail d’Étienne est principalement de « faire de la terre », c’est-à-dire de défricher la forêt ancestrale. Il fallait jusqu’à trois ans de travail pour rendre une terre cultivable.

En 1748, dans la nouvelle seigneurie de Sainte-Marie, en Nouvelle-Beauce, on ouvre un nouveau cimetière. Il est voisin de la terre d’Étienne. [16]

Le 7 février 1750, Étienne Voyer épouse dans la petite église catholique de Sainte-Marie Magdeleine Dupont.[17] Elle a une quinzaine d’années de moins que lui. Leur convention de mariage sera signée le 20 juin 1750 à la greffe du notaire Claude Barolet [18].

En 1751, 1752 et 1754, Étienne et Magdeleine donnent naissance à Thérèse, Étienne et Louis.

En 1754, à Sainte-Marie, on construit une première église en bois. Le temple devient voisin de la terre d’Étienne et Magdeleine.

En 1755, le conflit entre les colonies anglaises et françaises est bien amorcé en Nouvelle-France. Durant cet été, l’Hôtel-Dieu de Québec ou a été soigné Étienne a l’été 1744, est la proie des flammes.

En 1756 et 1758, Étienne et Magdeleine donnent naissance à Louis et Julienne.

En juillet 1759 a lieu le siège de Québec. Après d’importants bombardements sur la petite ville de Québec, le 18 septembre 1759 Québec capitule aux mains des Anglais.

Mgr de Pontbriand, l’évêque de la Nouvelle-France, est conciliant avec l’envahisseur britannique. Il demande la même attitude de la part des catholiques. Il veut à tout prix préserver l’Église canadienne et éviter qu’elle devienne anglicane. Il décédera le 8 juin 1760, quelques mois avant la capitulation de Montréal en septembre 1760.[19] Puisque l’envahisseur est hostile au catholicisme, il n’y aura pas d’évêque à Québec jusqu’en 1766.[20]

En 1760, Étienne et Magdeleine donnent naissance à René. Son nom est fort probablement donné en hommage au grand-père d’Étienne.

Le recensement de 1762 permet d’apprendre qu’Étienne et Madeleine comptent 3 “enfants mâles au-dessous de 15 ans” et 3 enfants femelles”. Ils possèdent trois arpents de terre et 9 en semences, un boeuf, deux vaches, deux “taurailles”, etc.[21]

En 1763, année de la fin du Régime français, débuté en 1674 [22], Étienne et Magdeleine donnent naissance à Marie-Madeleine.

En cette année 1763 est signé le Traité de Paris dans lequel la France cède presque l’entièreté de ses possessions territoriales en Amérique du Nord, dont le Canada, aux Britanniques. Londres adopte la Proclamation royale et crée la « Province of Quebec ». C’est la naissance du Régime britannique en Amérique. Les Anglais voudront à partir de ce moment « britanniser » son nouveau territoire par l’immigration et l’assimilation de la population francophone, qui compte environ 60 000 habitants.[23]

Les affaires administratives et religieuses passent ainsi sous la domination de l’Angleterre.

Marie-Claire Fleury de la Gorgendière, devenue seigneuresse à la suite du décès de son mari, procède au règlement de la succession et régularise les titres de propriétés de ses censitaires.[24] Puisqu’Étienne n’avait reçu qu’une concession verbale, on lui concède le lot 52. L’acte est enregistré dans le registre du notaire Pierre Parent le 26 février 1764.[25]

En 1765, Étienne et Magdeleine donnent naissance à des jumeaux : Jean-Baptiste et Jacques-François. Ils décéderont la même année, de même que le petit Étienne.

En 1766 et 1768, Étienne et Magdeleine donnent naissance à Jean-Baptiste et Marguerite.

Le 22 juin 1774, le roi Georges III ratifie l’Acte de Québec. Il sera permis au Canadiens français le droit de conserver leur langue, leur droit civil et la religion catholique.[26]

Devant la faible immigration britannique dans la « Province of Quebec », « le mécontentement des Canadiens d’origine française et le contexte tendu dans les Treize colonies américaines obligent Londres à faire preuve de réalisme et à écouter les conseils du gouverneur Guy Carleton. Ce dernier recommandait de renoncer au projet d’assimiler les Canadiens pour entretenir l’harmonie et faciliter la gestion de la colonie. Sa position reçut des appuis à Londres, notamment parmi ceux qui ne voulaient pas répéter les erreurs commises en Irlande.

Les mesures importantes instaurées en 1774 sont le rétablissement des lois civiles françaises et du régime seigneurial, l’élargissement considérable de la Province of Quebec et l’abolition du serment du test. Celui-ci, en obligeant les individus à renier l’autorité papale et la transsubstantiation du Christ dans l’Eucharistie, restreignait l’accès des catholiques français aux charges publiques.

Un Conseil législatif, dont les membres sont toutefois nommés par le gouverneur, est aussi instauré par l’Acte de Québec. Des Canadiens français catholiques seront nommés par le gouverneur et vont pouvoir siéger au sein de ce nouveau conseil. […]

Les diverses mesures mises en place par l’Acte de Québec plaisent bien entendu aux élites seigneuriales canadiennes et à l’Église catholique, mais déplaisent en revanche aux marchands britanniques de Montréal et de Québec, qui voient les nouvelles mesures comme une victoire des catholiques français. L’élargissement d’une province « papiste » sur les terres fertiles de l’Ohio crée aussi du mécontentement dans les Treize colonies et contribue à la Révolution américaine.

Si on prend la nation québécoise comme objet d’étude, l’Acte de Québec incarne une forme de renaissance. Évidemment, sur le terrain, l’application de la Proclamation royale était déjà assez souple en réalité. Néanmoins, en 1774, une nation conquise dont le destin était de disparaître se voit tout à coup reconnue par son conquérant, qui renonce officiellement à l’assimiler, lui redonne ses institutions et lui permet de continuer d’exister.

À première vue, cette nation issue de la colonisation française semble ainsi se voir offrir un nouvel horizon des possibles, lui permettant d’espérer et de se projeter dans l’avenir. »[27]

A Sainte-Marie, en 1778, on construit une chapelle en bois consacrée à sainte Anne. Ce lieu de piété a pour but de satisfaire la dévotion envers la grand-mère de Jésus des catholiques de la seigneurie et implorer cette dernière de les préserver des dégâts de inondations.

En 1781, le curé Jean-Marie Verreau et le seigneur Gabriel-Elzéar Taschereau font construire une deuxième église. Celle-ci sera en pierre et remplacera la précédente faite de bois.

Le 30 juillet 1785, la justice ordonne [28] à la seigneurie de Sainte-Marie et ses habitants de procéder aux réparations des ponts sur son territoire et l’élargissement du chemin du roy. La terre de la famille d’Étienne Voyer figure sur la liste des propriétés touchées. Le jugement stipule que les travaux devront être terminés au plus tard le 26 juillet 1786.

Étienne Voyer, ne verra pas la fin des travaux puisque qu’il décède le 8 décembre 1785, à Sainte-Marie. Ses funérailles sont célébrées le 10 décembre dans l’église paroissiale [29], située juste à côté de sa propriété et il est inhumé dans le cimetière de Sainte-Marie ou on enterre les défunts de la seigneurie depuis 1748. Il y rejoint ses quatre enfants décédés en bas âges.

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[1] Le 5 aout 1744, durant son séjour à l’Hôtel-Dieu de Québec, Étienne déclare qu’il a 30 ans. La note est inscrite au registre. S’il a 30 ans, il serait né vers 1714. Manon Mailhiot et moi avons regardé page par page les registres de la paroisse Notre-Dame de Beaufort en Vallée de 1709 à 1724. Il n’y a aucune trace d’Étienne Voyer. Cependant, puisqu’ il serait né vers 1714, nous avons la conviction qu’en réalité Étienne est René Voyer né en novembre 1715. Trois remarques : La première est que le prénom « Étienne » pourrait être un dérivé de “et renne” (à prononcer : « et René »). Puisque la calligraphie dans les registres laisse parfois à désirer, cette réalité est possible. En second lieu, il serait intéressant de se transporter dans le temps pour écouter notre sujet parler. Roule-t-il ses « R » lorsqu’il parle ? Ainsi, lors de son inscription à l’Hôtel-Dieu, lorsqu’il a dit « Je m’appelle : Erenne Voyer », la personne qui a pris la note aurait pu comprendre « Étienne ». Enfin, est-ce que l’homme aurait volontairement décidé de changer son prénom sur le bateau entre la France et le Port de Québec ? L’historienne Josiane Paul, dans sa thèse universitaire publiée sous le titre : “Exilés au nom du roi – Les fils de famille et les faux-sauniers en Nouvelle-France 1723-1749" (Septentrion, 2008) explique que cela était une pratique régulière. Ainsi donc, la recherche n’est pas terminée. Nous avons le projet de vérifier page par page les registres de plusieurs paroisses de la région. Pour ce récit biographique, j’ai choisi d’utiliser le prénom « René » pour la partie de sa vie en Europe et « Étienne » pour sa vie en Amérique. La page du registre de l’Hôtel-Dieu de Québec: www.ancestry.ca/mediaui-viewer/collection/1030/tree/39755893/person/19875093304/media/0d57c5cc-f055-4a1e-9648-e902c2cbb1ba?galleryindex=26&sort=-created
[2] Beaufort-en-Vallée est le lieu du mariage de René Voyer et Marie Bellanger, ceux que les chercheurs affirment de plus en plus être ses parents. Leur union a été célébrée le 26 juin 1710 en l’église Notre-Dame. Tout porte à croire qu’il s’agit des parents de René-Etienne. En 1744, lors de sa déclaration à l’Hotel-Dieu de Québec, il dit que ses parents portent les noms de Voyer et Bellanger.
[3] Cf. Mariage René Voyer et Marie Bellanger. "Beaufort en Vallée - Notre-Dame - Registre 1710-1719" (page 22) https://recherche-archives.maine-et-loire.fr/v2/ad49/visualiseur/registre.html?id=490005246
[4] Cf.Fiche Mariage Adrien Voyer et Françoise Busque www.filae.com/v4/genealogie/searchresults.mvc/viewerwithoutimage?actId=ec5c8f34-48e6-4a6a-b4a4-7bf57951dedc&personId=1&documentType=2&isFree=True
[5] Cf. acte de décès d’Adrien Voyer https://www.filae.com/v4/genealogie/searchresults.mvc/viewerosd?IdActe=2b61940e-6146-4396-92f8-9abd2a204695&IdPerson=1&FirstName=Adrien&LastName=Voyer&Source=Etat%20civil%20-%20Archives%20du%20Maine-et-Loire&IsFree=False&Category1=209&BaseType=8&IsFromArchives=False
[6] Cf. Sylvie Tremblay. « Les Voyer : d’Étienne à Bernard, explorateur contemporain », Cap aux diamants, no 56, hiver 1999, p.52. Cf. www.erudit.org/en/journals/cd/1999-n56-cd1043958/7895ac.pdf
[7] En images modernes, c’est comme s’il avait acheté 2 ou 3 caisses de cartons de cigarettes dans une réserve amérindienne pour les revendre à l’unité à quelques membres de son entourage. Le roi avait besoin de peupler ses colonies et il avait trouvé ce moyen pour le faire.
[8] Les chercheurs recherchent l’acte de condamnation.
[9] Le 5 aout 1744, à sa sortie de l’Hôtel-Dieu de Québec, Étienne déclare être un « faux saulnier ». La note est inscrite au registre. Les chercheurs espèrent trouver l’acte royal de sa condamnation. Cf. www.ancestry.ca/mediaui-viewer/collection/1030/tree/39755893/person/19875093304/media/0d57c5cc-f055-4a1e-9648-e902c2cbb1ba?galleryindex=26&sort=-created
[10] Le livre “Exilés au nom du roi – Les fils de famille et les faux saulniers en Nouvelle-France" de Josiane Paul (Septentrion) permet de mieux comprendre les condamnations royales.
[11] Cf. Sylvie Tremblay. « Les Voyer : d’Étienne à Bernard, explorateur contemporain », Cap aux diamants, no 56, hiver 1999, p.52. Cf. www.erudit.org/en/journals/cd/1999-n56-cd1043958/7895ac.pdf Les chercheurs recherchent le registre des départs.
[12] Selon sa déclaration lors de son hospitalisation à l’Hôtel-Dieu du Précieux-Sang a l’été 1744. Cf. www.ancestry.ca/mediaui-viewer/collection/1030/tree/39755893/person/19875093304/media/0d57c5cc-f055-4a1e-9648-e902c2cbb1ba?galleryindex=26&sort=-created
[13] Cf. Sylvie Tremblay. « Les Voyer : d’Étienne à Bernard, explorateur contemporain », Cap aux diamants, no 56, hiver 1999, p.52. Les chercheurs recherchent le registre des départs. Cf. www.erudit.org/en/journals/cd/1999-n56-cd1043958/7895ac.pdf
[14] Depuis sa sortie de l’Hôtel-Dieu, vit-il sur l’île d’Orléans ? C’est fort possible. Pour l’instant, il s’agit d’une hypothèse. Autre fait intéressant, en 1744, il y a déjà la famille de Joseph Voyer (1728-1753) a Sainte-Famille, un descendant de Pierre Voyer et Catherine Crampon. Pour l’instant, on n’a pas trouvé de lien de parenté.
[15] Cf. Sylvie Tremblay. « Les Voyer : d’Étienne à Bernard, explorateur contemporain », Cap aux diamants, no 56, hiver 1999, p.52. Les chercheurs espèrent trouver ce document. Cf. www.erudit.org/en/journals/cd/1999-n56-cd1043958/7895ac.pdf
[16] Le premier cimetière de Sainte-Marie, en Beauce, ouvre en 1748 et ferme en 1878. Le site de ce cimetière de Sainte-Marie est l’actuel stationnement situé à côté de l'église de Sainte-Marie, en Beauce. Le cimetière de jadis est sous 3 à 4 mètres de terre et de gravier ajoutés pour l'aménagement du stationnement. À la suite d’un appel communautaire, peu de dépouilles ont été exhumées du lieu. Ainsi donc, les restes d'Étienne Voyer et de plusieurs de ses enfants y sont encore inhumés. Une plaque commémorative rappelle l'existence de ce lieu. Le cimetière était jadis derrière l'église. Le lieu fait actuellement face à l'Avenue Marguerite-Bourgeoys, c'est-à-dire l'ancienne terre d'Étienne. À la suite du décès de son mari, Madeleine Dupont a migré dans la région de Kamouraska. Sa dépouille repose au cimetière Saint-Louis, de Kamouraska.
[17] Cf. www.ancestry.ca/imageviewer/collections/1091/images/d13p_31191272?pId=15028990
[18] Cf. www.ancestry.ca/imageviewer/collections/61062/images/45894_83024005549_1547-00042?pId=1207571271
[19] Cf. Philippe Roy-Lysencourt. “Le diocèse de Québec : Éléments historiques », « 350 ans de sens et d’action - Église catholique de Québec – Reflets d’hier a demain », le magazine officiel du 350e anniversaire du diocèse de Québec, décembre 2023, p.10
[20] Cf. Philippe Roy-Lysencourt. “Le diocèse de Québec : Éléments historiques », « 350 ans de sens et d’action - Église catholique de Québec – Reflets d’hier a demain », le magazine officiel du 350e anniversaire du diocèse de Québec, décembre 2023, p.11
[21] Cf. www.ancestry.ca/mediaui-viewer/collection/1030/tree/39755893/person/19875093304/media/b6c1570c-7351-4610-b71c-43701183c18c?galleryindex=23&sort=-created
[22] Cf. Philippe Roy-Lysencourt. “Le diocèse de Québec : Éléments historiques », « 350 ans de sens et d’action - Église catholique de Québec – Reflets d’hier a demain », le magazine officiel du 350e anniversaire du diocèse de Québec, décembre 2023, p.10
[23] Cf. Martin Lavallée. « Il y a 250 ans, l’Acte de Québec redonnait vie au Canada francais », Journal de Montréal, 22 juin 2024 www.journaldemontreal.com/2024/06/22/il-y-a-250-ans-lacte-de-quebec-redonnait-vie-au-canada-francais
[24] Cf. Sylvie Tremblay. « Les Voyer : d’Étienne à Bernard, explorateur contemporain », Cap aux diamants, no 56, hiver 1999, p.52. Les chercheurs espèrent trouver ce document. Cf. Sylvie Tremblay. « Les Voyer : d’Étienne à Bernard, explorateur contemporain », Cap aux diamants, no 56, hiver 1999, p.52. Les chercheurs espèrent trouver ce document. Cf. www.erudit.org/en/journals/cd/1999-n56-cd1043958/7895ac.pdf
[25] Selon une recherche qu’a fait Réal Giguerre du Club riverain de généalogie, a la demande de l’auteur de ce récit, le terrain redeviendra la propriété de la famille Tashereau. En effet, en 1809, lors de la liste des censitaires, le lot leur appartenait et portait le numéro 32. Plus tard, en 1857 au cadastre seigneurial, Abraham Mercier avait 1.5 x 39 arpents ; Joachim Lemieux ( 1 x 39 arpents ) et les religieuses de la congrégation Notre-Dame 0.5 x 40 arpents. Au cadastre officiel de 1888, on donna le numéro 507 pour la partie des religieuses et la partie d'Abraham Mercier et Joachim Lemieux appartenait à Clovis Mercier sous le numéro 520.
[26] Cf. Philippe Roy-Lysencourt. “Le diocèse de Québec : Éléments historiques », « 350 ans de sens et d’action - Église catholique de Québec – Reflets d’hier a demain », le magazine officiel du 350e anniversaire du diocèse de Québec, décembre 2023, p.11
[27] Martin Lavallée. « Il y a 250 ans, l’Acte de Québec redonnait vie au Canada francais », Journal de Montréal, 22 juin 2024 www.journaldemontreal.com/2024/06/22/il-y-a-250-ans-lacte-de-quebec-redonnait-vie-au-canada-francais
[28] Procès verbal du 30 juillet 1785 numerique.banq.qc.ca/patrimoine/archives/52327/3426594
[29] Cf. www.ancestry.ca/imageviewer/collections/1091/images/d13p_31191444?pId=15020084

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