LE PRÉSENT DU PASSÉ : Paul-André Comeau
« Je suis un chercheur didactique. J'aime que ma recherche profite aux autres. Je ne pourrais pas vivre isolé. J'ai besoin de communiquer et de rencontrer des gens. [...] Depuis toujours, ce qui me fait le mieux vivre est de faire des choses significatives pour la société. J'ai toujours eu la prétention d'être, avec d'autres, un instrument de développement culturel et un éveilleur qui amène les gens à réfléchir. »
Par Benoît Voyer
La vérité
Paul-André Comeau est un chercheur de vérité. N'est-ce pas l'importance de celle-ci que le pape Jean-Paul II rappelait, en 1993, dans sa lettre encyclique Veritatis Splendor sur quelques questions fondamentales de l'enseignement moral de l'Église ? « S'il existe un droit à être respecté dans son propre itinéraire de recherche de la vérité, il existe encore antérieurement l'obligation morale grave pour tous de chercher la vérité et, une fois qu'elle est connue, d'y adhérer », écrivait-il. N'est-ce pas la pensée de l'apôtre Jean qui écrit dans son évangile : « Celui qui fait la vérité vient à la lumière » ?
Qu'est-ce que la vérité ? « C'est une situation idéale où on est sûr de la réalité du fait, de l'explication et de la signification. Il y a donc très peu de vérités… Celles qui existent sont fondamentales et elles débouchent toutes sur des questions relativement simples, mais immenses (!), sur le sens de notre passage sur terre », explique Paul-André Comeau.
Toutefois comment trouver la vérité ? « C'est une démarche personnelle. La recherche de la vérité, c'est la volonté d'aller au-delà des apparences et d'accepter de mettre entre parenthèses le relativisme ou les recettes faciles. La vérité, c'est le début de l'absolu. Ce sont les quelques grandes certitudes qui peuvent nous surprendre et, dans certains cas, nous éblouir », ajoute-t-il.
C'est dans cette recherche de l'absolu qu'il souhaite que l'Église catholique se place. À sa façon, il redit, sans le savoir, ce qu'un patron d'une salle de presse a dit, en 1992, au Comité des communications de l'AÉQ : « Autrefois on respectait celui qui possédait la vérité, maintenant on respecte celui qui cherche… qui sait aussi faire part de ses doutes. »
Sortir du pessimisme
L'information médiatique est un départ pour se dégager de ce pessimisme ou de ce marasme du relativisme. Cependant, elle n'est pas la réponse. Elle amène à réfléchir aux questions de sens et à voir si l'une ou l'autre pourrait se rapprocher de la vérité.
« Je ne pense pas qu'une personne bien informée, qui a structuré ses schèmes de références, puisse être capable de répondre aux questions fondamentales. Il faut faire un pas au-delà et, là, c'est toute la marche qui sépare l'humanisme de la croyance. Il y a tout un pont à franchir. Il n'est pas évident et il ne s'impose pas de soi », pense l'érudit.
Comment faire ce passage transcendantal ? La question l'embarrasse un peu. Il réfléchit quelques secondes avant de tenter une réponse. Après un long silence, il verbalise sa pensée : « Les certitudes d’hier semblent avoir été toutes évacuées… Certains vont le faire d'eux-mêmes par une démarche consciente, par une réflexion. C'est, à mon point de vue, le petit lot. Je pense que c'est par le contact avec des gens qui ont un message qui peut nous amener à franchir cette étape. Sinon, il y a une certaine quiétude à être bien informé, à comprendre les choses et à couler une existence normale parce qu'on est préoccupé par les problèmes d'autrui, mais, à la longue, je crois que c'est insatisfaisant. »
Pour le journaliste, l'Église a joué un rôle prophétique lors du Concile Vatican II. Il remarque qu'elle est la seule société internationale qui est à la fois le réceptacle de valeurs, de pratiques et de croyances universelles et, aussi, par ses incarnations dans les régions, les pays et les sociétés, profondément enracinée. Il trouve cela fort intéressant parce qu'elle est capable de répondre à l'inquiétude des jeunes et des moins jeunes devant la tendance à la mondialisation et la nécessité de se raccrocher à son terroir, à sa société, à des valeurs plus locales.
« L'Église me semble à la convergence incroyable du cri du cœur et de l'inquiétude d'aujourd'hui. Contrairement à un certain pessimisme, l'Église a en main des éléments pour donner un nouveau souffle à la proclamation de son message et, surtout, dans sa tentative de rejoindre les gens parce qu'ils sont un peu déstabilisés par le relativisme et les problèmes rattachés à cela. Elle est en mesure d'offrir des solutions sérieuses », croit-il profondément. Il encourage l'Église à prendre une place de plus en plus grande dans les médias tout en faisant attention à ne pas être une voix parmi tant d'autres. « Son message doit rester un message fort ! »
Un passé garant de l'avenir
Cet héritage chrétien, Paul-André Comeau le connaît bien. Cet homme est habité par une présence particulière, par des valeurs de sagesse. Il sourit à ces propos et répond qu'il y a surtout en lui des valeurs d'inquiétude et d'imperfection.
« Je n'ai jamais la certitude d'avoir réussi et je n'ai pas la conviction d'avoir trouvé la réponse définitive à toutes les questions que je pose. La valeur à laquelle je me rattache, sur le plan professionnel et personnel, est la nécessité et le goût de toujours faire mieux la prochaine fois. Dans un sens, je suis probablement en recherche d'absolu. C'est l'héritage que j'ai reçu d'un professeur de l'externat classique », dit-il en faisant de l'introspection en lui, car ce n'est pas tous les jours qu'on se fait questionner sur les valeurs fondamentales de sa vie.
L'abbé Hectorien Chapdelaine, professeur au Collège Mgr Prince de Granby, ville où il s'établit à l'âge de 10 ans, a fortement influencé sa personnalité. Il n’a que des éloges à son égard : « Ce bonhomme, qui n'avait pas fait des études au-delà de son grand séminaire, avait le don de nous provoquer et de nous obliger à être meilleurs. Il y avait chez lui une recherche de l'élitisme intellectuel. Je suis reconnaissant à ce prêtre – lorsque j'avais 13 et 14 ans – de m'avoir profondément marqué et de m'avoir incité à me remettre continuellement en question. »
La vie malgré les épreuves
Le vieux dicton dit qu'il n'y a rien qui n’arrive pour rien dans la vie. Les épreuves sont là pour nous inciter à grandir. Paul-André Comeau en sait quelque chose. Il y a 7 ans, il perdait son fils unique de 27 ans, un pédiatre voué à un brillant avenir.
Il est facile de comprendre qu'il est peu bavard sur le sujet à cause de la peine que ce souvenir provoque en lui. Parfois, il y a des événements pénibles à comprendre sur la route de la vie. Paul-André Comeau affirme que ce moment difficile l'a amené à réfléchir sur le sens de sa vie. Il a compris qu'il est encore ici afin de tenter de continuer à s'améliorer et à partager ce qui l'habite.
(Revue Sainte-Anne, septembre 2001, p. 343)
LE PRÉSENT DU PASSÉ : 5 février 1839
5 février 1839, maintenant sur vidéocassette
MONTRÉAL – Avec « 15 février 1839 », Pierre Falardeau met sur grand écran la plus merveilleuse histoire mythologique que le Québec a connue. C'est un véritable monument pour contrer l'oubli. Quel message ! Marie Thomas Chevalier de Lorimier, notaire de formation, enseigne à ses héritiers qu'il faut se battre jusqu'au bout de ses convictions. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis », disait un autre messie. Il faut bien l'admettre, De Lorimier s'est offert en victime pour la rédemption du peuple québécois. Son messianisme, étouffé par l'envahisseur anglais, revient hanter les esprits contemporains. Dans la lignée des gens de son époque, la mémoire collective se réveille grâce à « saint Falardeau », le patriote ressuscité.
Depuis 1760, la terre des francophones américains est occupée par les Britanniques. Après 40 ans d'une démocratie artificielle, les Anglais mettent fin au système parlementaire et poussent le peuple d'origine française, qui désire sa terre de Canaan, à la révolte. L'armée patriotique soulève une guerre contre l'armée la plus puissante du monde. Chargés, de manière préhistorique, de haches, de fourches et de quelques fusils, plus de 300 patriotes désireux de libérer leur région de la tutelle du roi d'Angleterre meurent à bout de sang. Les 8000 soldats des troupes de Sir John Corbone pillent les maisons, brûlent les fermes et rasent les villages. 108 prisonniers, condamnés à mort, sont amenés à la prison de Pied-du-Courant à Montréal. Le 14 février 1839, à 24 heures d'avis. Marie Thomas Chevalier de Lorimier, leur chef et libérateur en qui ils ont une confiance aveugle, est condamné à la pendaison avec trois autres compatriotes. « 15 février 1839 », un chemin de croix moderne qui laisse émerger un caractère profondément sacré, a été écrit à partir des relations entre De Lorimier et sa femme.
« C'te défaite-là, j'pense que c'est plus grave que celle de 1760… Mais le plus dangereux… J'pense, c'est pas l'occupation militaire… C'est c'qui vient avec… C'est l'occupation de nos cerveaux. [...] J'ai peur qu'à l'avenir on s'habitue au malheur... [...] Nos barreaux, on va finir par les transporter dans nos propres têtes », dit un patriote incarcéré à un autre.
« 15 février 1839 » est un film quasi-parfait. Les critiques n'ont qu'à faire l'effort de se transporter 162 ans en arrière et se laisser bercer par le climat de cette époque. Il ne faut surtout pas tenter de faire des comparaisons avec aujourd'hui.
Cette haine intense envers les Anglais n'est plus de notre temps. Aujourd'hui, les Britanniques ne sont plus l'incarnation diabolique du mal extrême. La seule chose qui reste est cet intense rêve d'une nation, mais cela est une autre histoire, celle de Bernard Landry et de sa formation politique.
Par moments ce film sent l'héroïsme romanesque et le fait historique déformé, mais pour créer l'effet qu'il provoque sur le plan de la sensibilité et de la réflexion, l'aventure en vaut bien un bout de chiffon rouge entre les doigts de De Lorimier au moment de sa pendaison.
D'ailleurs, Landry sera assurément d'accord sur le fait que ce bout de tissu, qui a fait souffrir bien des Canadiens francophones, mis entre les doigts de Chevalier de Lorimier, livré en innocente victime au bûcher britannique, fait éclater un grand gage d'amour et de tendresse envers sa femme et un intense don de soi pour l'honneur de la nation.
L'amour d'une femme
Quel supplice pour son épouse ! Ce n'est pas pour rien qu'elle goûte l'hystérie. Son Chevalier est toute sa vie ! Ce genre de rupture, une sorte de divorce passionnel, est le plus cruel qui puisse exister. Il faut comprendre la situation.
Quant à leurs ultimes échanges amoureux, ils donnent des images puissantes, touchantes, frémissantes pour les spectateurs, témoins impuissants de ce passage triste, mais élogieux, de l'historiographie nationale. Ils ne peuvent que laisser échapper des larmes douces sur leurs joues. Ces scènes d'amour, de tendresse et de passion sont les plus poignantes de la tradition cinématographique québécoise.
Le rôle joué par Sylvie Drapeau est bref, mais intense. Son texte est une véritable poésie : « Moi, j'veux pas te perdre… C'est toi que j'aime… pas ta révolution… Moi mon pays… c'est toi. [...] J'les laisserai pas te faire du mal… J'les laisserai pas me faire du mal à moi… Ils veulent nous détruire… J'vais me battre… comme une chienne. Avec mes pieds… avec mes ongles… avec mes dents… Je t'aime… Est-ce que tu comprends ça ? J'taime… J'taime… J't'aime. Comment j'vais faire pour vivre si tu meurs… Moi je suis toi… Toi, tu es moi… Tu fais partie de moi… Y peuvent pas t'arracher de moi. [...] Qu'est-ce que je vais faire sans toi ? J'pourrai plus jamais te toucher, te sentir… te tenir dans mes bras… Plus jamais… », dit-elle avec une intensité qui reste gravée dans l'être des heures et des heures après la projection de l'œuvre.
Des images puissantes
Dans ce film, le directeur photo, Alain Dostie, et le réalisateur Falardeau réussissent à donner au public les plus belles images et les plus beaux éclairages de l'histoire du cinéma d'ici. Les puits de lumière, préalablement bien étudiés, permettent au spectateur d'entrer dans l'intensité émotionnelle de ces 24 heures de purgatoire, en donnant l'impression de vivre dans les mêmes pièces que les patriotes.
Parmi les images fortes, il y a bien entendu celles où Chevalier de Lorimier apprend sa condamnation. Le silence du condamné et le jeu intérieur de Luc Picard pénètrent l'âme. La peur, la souffrance et le doute s'expriment avec une grande fougue. Devant l'émotion, les erreurs historiques, comme le fait que les comédiens soient plus âgés qu'ils l'ont fort probablement été dans la réalité, n'ont plus d'importance.
Il est impossible de passer sous silence deux autres tableaux émouvants : Un prêtre catholique (Julien Poulin), un ami du chef des patriotes, est en prière avec les condamnés. Ils sont douze autour de lui. Une scène qui rappelle un certain Jeudi saint dans le film « Jésus de Nazareth ». Il y a aussi le dernier repas festif de Hindelang où des gens s'amusent, malgré l'épreuve, sous le regard d'un officier étonné de la situation. Il semble s'exclamer comme les compatriotes d'Astérix : « Ils sont fous ces Romains ! »
Erreurs historiques
« 15 février 1839 » est un récit inspiré de faits historiques, mais n'est pas l'histoire tout à fait telle que vécue. Les erreurs sont pardonnables, mais nombreuses :
En 1839, les Britanniques ne sont pas installés en Afrique. Il faut attendre la guerre des Sipahis (1857) pour qu'ils y débarquent.
Le portrait de Hindelang est intéressant, mais peu crédible. En relisant les faits historiques, il n'est pas assuré qu'il a été si courageux que cela. Dans la réalité, il a même essayé de se dissocier de ses amis afin de se sauver de la mort.
Jean Joseph Girouard, que nous voyons à l'occasion faire des croquis en prison, a été emprisonné officiellement du 26 décembre 1837 au 16 juillet 1838. Il ne devrait donc pas apparaître dans ce film.
La hiérarchie sociale n'est pas respectée. Puisque De Lorimier était notaire, de simples paysans n'oseraient jamais le « tutoyer ». Il y avait des protocoles d'usage qui étaient en vigueur entre bourgeois, notables et paysans.
Cependant, donnons raison à Falardeau puisque les historiens ne sont pas tous en accord sur ce point.
Ce n'est que quelques détails qui démontrent qu'il faut regarder ce film avec un œil et une intelligence critique.
Un film politiquement engagé
« 15 février 1839 », c'est Pierre Falardeau à son meilleur. Qu'est-ce qu'il pourra offrir de mieux maintenant ? Ce long-métrage est une construction d'une implacable rigueur. Il est aussi le manifeste d'un cinéaste politiquement engagé, à l'image de son idéologie.
« Nous autres, on veut pas savoir d'ousse tu d'viens ou de quelle couleur que t'es. Que tu soyes blanc, jaune, noir… vert si tu veux… on s'en sacre… Nous autres c'qu'on veut savoir, c'est si t'es d'notre bord ou du bord des Anglais », fait dire Falardeau à Charles Hindelang par l'intermédiaire d'un des patriotes.
Plus loin, sur les lèvres de Hindelang, il poursuit : « Je les hais, là, tu peux pas savoir… C'est comme du feu… icitte… Touche. touche… mais fais attention, tu vas te brûler… » Et le message politique lancé aux Québécois d'aujourd'hui arrive : « C'est ça votre problème à vous autres… Vous êtes pas capables de haïr… »
Voilà que l'Évangile selon saint Falardeau est né. Tout est presque parfait, sauf la pleine véracité historique, mais cela n'est pas important lorsqu'un peuple se raconte une légende mythologique et christique qui donne un sens à la finitude de ses luttes libératrices.
Par Benoît Voyer, journaliste
Évangile de Lorimier selon saint Falardeau
MONTRÉAL – Avec « 15 février 1839 », Pierre Falardeau met sur grand écran la plus merveilleuse histoire mythologique que le Québec a connue. C'est un véritable monument pour contrer l'oubli. Quel message ! Marie Thomas Chevalier de Lorimier, notaire de formation, enseigne à ses héritiers qu'il faut se battre jusqu'au bout de ses convictions. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis », disait un autre messie. Il faut bien l'admettre, De Lorimier s'est offert en victime pour la rédemption du peuple québécois. Son messianisme, étouffé par l'envahisseur anglais, revient hanter les esprits contemporains. Dans la lignée des gens de son époque, la mémoire collective se réveille grâce à « saint Falardeau », le patriote ressuscité.
Depuis 1760, la terre des francophones américains est occupée par les Britanniques. Après 40 ans d'une démocratie artificielle, les Anglais mettent fin au système parlementaire et poussent le peuple d'origine française, qui désire sa terre de Canaan, à la révolte. L'armée patriotique soulève une guerre contre l'armée la plus puissante du monde. Chargés, de manière préhistorique, de haches, de fourches et de quelques fusils, plus de 300 patriotes désireux de libérer leur région de la tutelle du roi d'Angleterre meurent à bout de sang. Les 8000 soldats des troupes de Sir John Corbone pillent les maisons, brûlent les fermes et rasent les villages. 108 prisonniers, condamnés à mort, sont amenés à la prison de Pied-du-Courant à Montréal. Le 14 février 1839, à 24 heures d'avis. Marie Thomas Chevalier de Lorimier, leur chef et libérateur en qui ils ont une confiance aveugle, est condamné à la pendaison avec trois autres compatriotes. « 15 février 1839 », un chemin de croix moderne qui laisse émerger un caractère profondément sacré, a été écrit à partir des relations entre De Lorimier et sa femme.
« C'te défaite-là, j'pense que c'est plus grave que celle de 1760… Mais le plus dangereux… J'pense, c'est pas l'occupation militaire… C'est c'qui vient avec… C'est l'occupation de nos cerveaux. [...] J'ai peur qu'à l'avenir on s'habitue au malheur... [...] Nos barreaux, on va finir par les transporter dans nos propres têtes », dit un patriote incarcéré à un autre.
« 15 février 1839 » est un film quasi-parfait. Les critiques n'ont qu'à faire l'effort de se transporter 162 ans en arrière et se laisser bercer par le climat de cette époque. Il ne faut surtout pas tenter de faire des comparaisons avec aujourd'hui.
Cette haine intense envers les Anglais n'est plus de notre temps. Aujourd'hui, les Britanniques ne sont plus l'incarnation diabolique du mal extrême. La seule chose qui reste est cet intense rêve d'une nation, mais cela est une autre histoire, celle de Bernard Landry et de sa formation politique.
Par moments ce film sent l'héroïsme romanesque et le fait historique déformé, mais pour créer l'effet qu'il provoque sur le plan de la sensibilité et de la réflexion, l'aventure en vaut bien un bout de chiffon rouge entre les doigts de De Lorimier au moment de sa pendaison.
D'ailleurs, Landry sera assurément d'accord sur le fait que ce bout de tissu, qui a fait souffrir bien des Canadiens francophones, mis entre les doigts de Chevalier de Lorimier, livré en innocente victime au bûcher britannique, fait éclater un grand gage d'amour et de tendresse envers sa femme et un intense don de soi pour l'honneur de la nation.
L'amour d'une femme
Quel supplice pour son épouse ! Ce n'est pas pour rien qu'elle goûte l'hystérie. Son Chevalier est toute sa vie ! Ce genre de rupture, une sorte de divorce passionnel, est le plus cruel qui puisse exister. Il faut comprendre la situation.
Quant à leurs ultimes échanges amoureux, ils donnent des images puissantes, touchantes, frémissantes pour les spectateurs, témoins impuissants de ce passage triste, mais élogieux, de l'historiographie nationale. Ils ne peuvent que laisser échapper des larmes douces sur leurs joues. Ces scènes d'amour, de tendresse et de passion sont les plus poignantes de la tradition cinématographique québécoise.
Le rôle joué par Sylvie Drapeau est bref, mais intense. Son texte est une véritable poésie : « Moi, j'veux pas te perdre… C'est toi que j'aime… pas ta révolution… Moi mon pays… c'est toi. [...] J'les laisserai pas te faire du mal… J'les laisserai pas me faire du mal à moi… Ils veulent nous détruire… J'vais me battre… comme une chienne. Avec mes pieds… avec mes ongles… avec mes dents… Je t'aime… Est-ce que tu comprends ça ? J'taime… J'taime… J't'aime. Comment j'vais faire pour vivre si tu meurs… Moi je suis toi… Toi, tu es moi… Tu fais partie de moi… Y peuvent pas t'arracher de moi. [...] Qu'est-ce que je vais faire sans toi ? J'pourrai plus jamais te toucher, te sentir… te tenir dans mes bras… Plus jamais… », dit-elle avec une intensité qui reste gravée dans l'être des heures et des heures après la projection de l'œuvre.
Des images puissantes
Dans ce film, le directeur photo, Alain Dostie, et le réalisateur Falardeau réussissent à donner au public les plus belles images et les plus beaux éclairages de l'histoire du cinéma d'ici. Les puits de lumière, préalablement bien étudiés, permettent au spectateur d'entrer dans l'intensité émotionnelle de ces 24 heures de purgatoire, en donnant l'impression de vivre dans les mêmes pièces que les patriotes.
Parmi les images fortes, il y a bien entendu celles où Chevalier de Lorimier apprend sa condamnation. Le silence du condamné et le jeu intérieur de Luc Picard pénètrent l'âme. La peur, la souffrance et le doute s'expriment avec une grande fougue. Devant l'émotion, les erreurs historiques, comme le fait que les comédiens soient plus âgés qu'ils l'ont fort probablement été dans la réalité, n'ont plus d'importance.
Il est impossible de passer sous silence deux autres tableaux émouvants : Un prêtre catholique (Julien Poulin), un ami du chef des patriotes, est en prière avec les condamnés. Ils sont douze autour de lui. Une scène qui rappelle un certain Jeudi saint dans le film « Jésus de Nazareth ». Il y a aussi le dernier repas festif de Hindelang où des gens s'amusent, malgré l'épreuve, sous le regard d'un officier étonné de la situation. Il semble s'exclamer comme les compatriotes d'Astérix : « Ils sont fous ces Romains ! »
Erreurs historiques
« 15 février 1839 » est un récit inspiré de faits historiques, mais n'est pas l'histoire tout à fait telle que vécue. Les erreurs sont pardonnables, mais nombreuses :
En 1839, les Britanniques ne sont pas installés en Afrique. Il faut attendre la guerre des Sipahis (1857) pour qu'ils y débarquent.
Le portrait de Hindelang est intéressant, mais peu crédible. En relisant les faits historiques, il n'est pas assuré qu'il a été si courageux que cela. Dans la réalité, il a même essayé de se dissocier de ses amis afin de se sauver de la mort.
Jean Joseph Girouard, que nous voyons à l'occasion faire des croquis en prison, a été emprisonné officiellement du 26 décembre 1837 au 16 juillet 1838. Il ne devrait donc pas apparaître dans ce film.
La hiérarchie sociale n'est pas respectée. Puisque De Lorimier était notaire, de simples paysans n'oseraient jamais le « tutoyer ». Il y avait des protocoles d'usage qui étaient en vigueur entre bourgeois, notables et paysans.
Cependant, donnons raison à Falardeau puisque les historiens ne sont pas tous en accord sur ce point.
Ce n'est que quelques détails qui démontrent qu'il faut regarder ce film avec un œil et une intelligence critique.
Un film politiquement engagé
« 15 février 1839 », c'est Pierre Falardeau à son meilleur. Qu'est-ce qu'il pourra offrir de mieux maintenant ? Ce long-métrage est une construction d'une implacable rigueur. Il est aussi le manifeste d'un cinéaste politiquement engagé, à l'image de son idéologie.
« Nous autres, on veut pas savoir d'ousse tu d'viens ou de quelle couleur que t'es. Que tu soyes blanc, jaune, noir… vert si tu veux… on s'en sacre… Nous autres c'qu'on veut savoir, c'est si t'es d'notre bord ou du bord des Anglais », fait dire Falardeau à Charles Hindelang par l'intermédiaire d'un des patriotes.
Plus loin, sur les lèvres de Hindelang, il poursuit : « Je les hais, là, tu peux pas savoir… C'est comme du feu… icitte… Touche. touche… mais fais attention, tu vas te brûler… » Et le message politique lancé aux Québécois d'aujourd'hui arrive : « C'est ça votre problème à vous autres… Vous êtes pas capables de haïr… »
Voilà que l'Évangile selon saint Falardeau est né. Tout est presque parfait, sauf la pleine véracité historique, mais cela n'est pas important lorsqu'un peuple se raconte une légende mythologique et christique qui donne un sens à la finitude de ses luttes libératrices.
Par Benoît Voyer, journaliste
(Revue Sainte-Anne, juin 2001, pp. 274 et 275)
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Des saints vivent dans les rues de Montréal
Ils couchent par terre, vivent d'aumônes, portent une soutane qui, parfois, laisse passer l'air, ont un sourire et un accueil qui dérangent l'âme des gens qu'ils rencontrent. Des saints vivent dans les rues de Montréal
« Non ! Nous ne sommes pas des saints ! Nous sommes des pêcheurs qui aiment Dieu. Je suis un pécheur, pardonné et aimé de Dieu, qui chemine. J'ai mes sautes d'humeur. J'ai mes brassages intérieurs. Des fois, j'aime les soirées tranquilles… J'ai besoin d'espace pour moi et pour vivre une vie de silence, d'intériorisation. Sans cela, nous ne pouvons pas vivre ce que nous vivons… », répond humblement le frère Denis-Antoine Lévesque à l'affirmation lancée par la Revue Sainte-Anne.
Malgré tout, il est d'une évidence que ces petits frères de saint François sont habités par une grâce spéciale. Il n'est pas possible de vivre ainsi depuis une quinzaine d'années sans une aide surnaturelle. Toute personne normalement constituée sombrerait rapidement dans une folie psychologique. Pas eux ! À les rencontrer, à mirer leurs yeux habités d'une présence céleste, plus besoin d'écouter les populaires prédicateurs… L'exemple de vie de ces frères est « l'Évangile en action », une présence de Dieu vivante au cœur de la cité montréalaise. Il suffit de partir à leur suite pour mettre en pratique la Parole de Dieu.
« Nous voulons vivre le dépouillement. Il y a une joie quand on n'a rien. Nous sommes disponibles à l'essentiel et aux autres. Nous n'avons pas peur de nous faire voler ! Nous n'avons rien à cacher ou à perdre ! Nous voulons être les témoins de l'essentiel. Nous voulons un témoignage authentique. D'ailleurs, l'authenticité est le premier et seul langage que les mondes et les jeunes comprennent », dit le frère Lévesque, originaire de Malartic.
Au service des jeunes
La mission de la fraternité est l'évangélisation et le service des pauvres.
Concrètement, dans leur quartier, ils font la rue, accueillent les jeunes dans le vieux presbytère Saint-Arsène que le diocèse de Montréal leur loue, et ont un dortoir et quelques chambres pour accueillir des jeunes étudiants et travailleurs qui veulent vivre l'expérience communautaire et la prière avec eux. En réalité, il s'agit presque d'une école de la foi.
« Notre porte est toujours ouverte. Aux repas, nous sommes parfois 12 à 15 personnes. C'est toujours plein de jeunes ici », explique le frère Denis-Antoine qui se berce dans une chaise comme il y en avait jadis dans nos bonnes vieilles maisons de campagne.
Les Franciscains de l'Emmanuel organisent mensuellement une journée où se retrouvent entre 40 et 50 jeunes dans la vingtaine : un temps de ressourcement unique puisqu’écouter ces hommes de valeur est toujours très enrichissant pour l'âme. Le frère Denis-Antoine est un communicateur né. D'ailleurs, il est souvent invité à donner des sessions de spiritualité ou de petites causeries sur la foi, un peu partout au Canada. Quant au frère François, il a le langage du cœur. Toujours près des choses concrètes de la vie, il réussit à toucher… les journalistes.
« Ceux qui viennent ici ont un grand désir de prière et d'une vie spirituelle », dit Denis-Antoine.
« Le jeune est attiré par l'idée d'une vie communautaire entre chrétiens, mais où il y a beaucoup de liberté, et de partager à sa façon tout en gardant sa personnalité, son style… Il y a aussi une grande soif de vivre dans un milieu où tu peux acquérir un peu plus d'expérience et de connaissance de la foi, de la prière, de la vie chrétienne et de partage avec les autres. C'est un milieu qui est formateur, sans programme de formation. Il n'y a pas de cours ici. C'est un lieu de croissance et de vie. Les jeunes ont besoin de cela. Tu ne peux pas aller loin, si tu ne mets pas une base dans ta vie. Les jeunes en veulent des bases ! Ils ne veulent pas vivoter toute leur vie. Il y a une soif humaine naturelle là-dessous et une soif spirituelle », ajoute le frère François Garon, responsable de l'accueil des pensionnaires et de l'accompagnement des jeunes à la maison du 1015, rue Bélanger, à Montréal.
Une communauté religieuse prospère
Étonnant ! Pendant que des communautés religieuses vivent leur dernier souffle, les Franciscains de l'Emmanuel sont en plein essor. Formée de frères réguliers (des religieux) et de séculiers qui vivent leur mission dans le monde, cette fraternité canadienne compte près d'une trentaine de membres dont la majorité vit au Cameroun.
Ce qu'il y a de particulier dans cette fraternité religieuse est que toutes les vocations sont possibles : séculiers externes (célibataires, mariés, diacres et prêtres diocésains) et religieux (frères et sœurs). Toutefois, la vie religieuse est plus radicale, plus intense. Il s'agit d'une véritable famille spirituelle comme François d'Assise le voulait.
« Nous sommes en voie d'approbation canonique diocésaine. Il faut être trois profès réguliers. Le troisième se joindra officiellement à nous en mars 2001 », dit fièrement l'initiateur qui attend ce moment depuis 1985. Un deuxième homme chemine aussi vers la vie religieuse.
Et les sœurs religieuses ? « C'est un projet possible ! S'il y a deux ou trois femmes sérieuses, nous sommes ouverts à ouvrir une autre maison », ajoute-t-il.
En janvier 2000, j'allais au Cameroun pour initier deux fraternités laïques avec l'approbation de l'évêque du lieu. Parmi ces frères séculiers, il y a un prêtre diocésain et une sœur franciscaine qui travaillent à l'évêché et qui s'occupent de la formation des deux cellules. Le Cameroun compte 21 novices. En 2001, une quinzaine de nouveaux Africains devraient se joindre au groupe », ajoute-t-il. Au Québec, il y a près d'une dizaine de postulants et de novices laïcs.
Des saints à Montréal ? La Providence se charge de les propager pour la sanctification de la ville sainte rêvée par Paul Chomedey, sieur de Maisonneuve, lors de la fondation de Montréal, en 1642.
Benoît Voyer, journaliste
Les Franciscains de l'Emmanuel
1015, rue Bélanger
Montréal, QC, H2S 1H1
(514) 490-1883
(Revue Sainte-Anne, mai 2001, pp. 205-206)
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Louis Rousseau, religiologue
Louis Rousseau, religiologue
Par Benoît Voyer, journaliste
MONTRÉAL – Ce matin, le professeur Louis Rousseau arrive à son bureau de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) embarrassé, gêné, mal à l'aise… « Excusez-moi, j'ai encore pris deux rendez-vous en même temps ! » Le journaliste de la Revue Sainte-Anne, qui trouve la situation fort amusante, rassure l'homme : « Ne vous inquiétez pas, je vous attends le temps qu'il faut ! » Elle n'est pas facile la besogne de directeur des études de premier cycle en religiologie de l'UQÀM en cette période difficile. Au moment de la rencontre, les émotions du spécialiste des phénomènes religieux, un des plus prestigieux au Canada, sont à leur sommet.
À la mi-février, il cosigne avec une brochette de personnalités, dont Mgr Bertrand Blanchet, évêque catholique romain de Rimouski et membre du comité épiscopal de l'éducation, une lettre ouverte portant sur « la religion et la morale à l'école réduites au statut de micromatières ».
Avec des collègues, il demande au ministre de l'Éducation du Québec, François Legault, « qu'il reconsidère sa décision quant au temps accordé en ce domaine pour être fidèle à ses propres orientations et répondre aux besoins des jeunes du Québec en cette matière […]. Les élèves ont besoin d'un temps propice à la réflexion sur le sens de la vie, la recherche éthique, la compréhension de différentes visions du monde, la recherche de la vie bonne et de leur action dans le monde. La réduction envisagée du temps d'enseignement rend cela impossible. »
« Allez ! Entrez ! », lance-t-il une heure plus tard. La porte se ferme sur le monde extérieur et s'ouvre sur son univers secret. Les mystères de la sagesse et les convictions de cet homme vont se révéler.
Son regard espiègle et son sourire paternel révèlent une riche personnalité. Ses cours, dont ceux d'initiation à la morale et la religion et sur les religions amérindiennes, font le délice de ses étudiants.
Lorsque le petit fait une crise…
Le religiologue Louis Rousseau, né en 1939 au sein d'une famille ouvrière, ne passe pas par quatre chemins pour parler de la crise du christianisme en Occident : « Il faut être honnête : une des crises majeures de l'Église du Québec est l'anti-intellectualisme des responsables ecclésiaux. »
Il a un très grand respect de la tradition catholique, mais l'ancien dominicain ne peut se taire, particulièrement en ce temps de crise sévère. Il exprime ses observations et ses commentaires, afin de lancer des pistes sérieuses pour qu'elle sorte de son marasme. Il dérange comme un prophète, mais l'avenir saura fort probablement lui donner raison sur plusieurs points.
Il ne veut guère critiquer pour critiquer. Il souhaite seulement que le christianisme retrouve ses lettres de noblesse. Ses opinions, qui se veulent constructives, méritent d'être écoutées et considérées. Son expérience, riche de quarante ans de réflexion, est sérieuse. Il parle en connaisseur et en homme de foi.
L'anti-intellectualisme infantilisant
Selon Rousseau, la principale cause du désastre ecclésial tient à l'anti-intellectualisme des pasteurs chrétiens.
« Les théologiens du Québec étaient parmi les plus avant-gardistes et les plus stimulants dans les années 1960. Nous avions une grande race de spécialistes. Or, pour gérer le problème du célibat – qui n'a pas grand-chose à voir avec l'interprétation de la foi (!) –, l'Église catholique a fait disparaître pratiquement une génération de ses meilleurs théologiens », dit-il.
Pour faire une caricature de la situation, les bergers ont reçu la seule consigne d'être sympathiques. « Faites de la dynamique de groupe et ça va marcher (!) », leur a-t-on dit. L'érudit est direct sur ce point : « Le christianisme, ce n'est pas seulement être copains ! La pensée jovialiste – « Soyez heureux, pensez positif ! » – est bien meilleure en la matière. » Après tout, les fidèles ne sont pas des moutons !
Il regrette que les membres du clergé ne soient pas davantage incités à la lecture : « Plusieurs laïcs sont bien plus poussés en termes de culture. » Pour lui, cette paresse intellectuelle est un poids lourd à porter. Les civils questionnent… Les prêtres ne sont pas capables de répondre. « Le laïc se lasse et il se dit : Puisque c'est comme ça, je reviendrai l'an prochain ! Et comme il y a plein de choses à faire dans la vie, il ne revient pas ! », dit le professionnel attristé.
La crise : il y a de quoi pleurer !
Malgré qu'il soit un élément central, il n'y a pas que « l'anti-intellectualisme » qui est à la source du problème. La crise du christianisme en Occident est « multicausale ». Devant la complexité du casse-tête, il y a de quoi pleurer !
Il y a aussi le problème du message et de son interprétation. Il parvient difficilement à s'adapter au contexte social où il est diffusé. Le résultat saute aux yeux : L'Évangile ne rejoint plus la masse. « Il faudrait que ce qui est communiqué parvienne à toucher les personnes qui ne croient pas ce message annonciateur de la libération et qui donne un sens à la vie », ajoute-t-il. Selon lui,
Il faut trouver une nouvelle manière d'en parler afin qu'il devienne une bonne nouvelle.
Pour arriver à une adaptation, un travail théologique doit préalablement être réalisé. Les schèmes philosophiques et théologiques qui ont été développés depuis la civilisation grecque (pendant environ 1500 ans) n'ont plus de sens. Nous ne pouvons plus parler de la même manière. Le travail de traduction des images bibliques en langage moderne est urgent. « Il faut une traduction de la tradition dans des termes de référence qui sont significatifs pour le monde contemporain. » Cependant, pour cela, il faut que cessent l'anti-intellectualisme et le cloisonnement des pensées.
Enfin, il y a la question paralysante de la morale. En sachant qu'il provoque les esprits conservateurs, Louis Rousseau ose dire tout haut ce qu'il croit en lui : « Le message de L'Évangile est attirant. Il n'y a pas de doute sur ce point. C'est le traitement de l'interprétation des textes fondamentaux en langage contemporain qui fait scandale, particulièrement en matière de morale. »
Lorsque tu seras grand…
Il faut donner les moyens à chaque personne d'entrer dans un univers religieux adulte. Pour cela, il faut favoriser des avenues vers la maturité spirituelle. L'aventure intérieure est la voie favorite de cet expert des religions.
« L'expérience de la rencontre de Dieu peut être développée dans une démarche hautement individuelle. Il faut initier les gens à la vie spirituelle. Pourquoi ne pas créer des écoles d'apprentissage à la méditation dans la pure tradition de la lectio divina ? Cela ne coûte pas cher de s'imbiber de la symbolique biblique ! », suggère le spécialiste qui n'a jamais été consulté par le clergé catholique en 30 ans de pratique.
Il n'est pas nécessaire d'aller en Orient pour trouver des centres de formation à la méditation. L'expérience monastique a un enseignement riche à révéler. La mystique occidentale n'a rien à envier aux autres voies spirituelles. Tout est affaire de mise en marché. « Une spiritualité est précisément ce qui donne du souffle, ce qui permet de recueillir toutes ses énergies, encore et toujours », disait Mgr Bertrand Blanchet, archevêque de Rimouski, en 1992. C'est la nouvelle respiration que rêve Louis Rousseau pour le christianisme d'ici.
Pour l'avenir, il faut développer l'expérience spirituelle individuelle et réinventer des rituels destinés à la famille et au cercle d'amis. Ce sera la naissance d'une nouvelle forme de communautés de base. Ces rites feront revivre une tradition vivante afin de se souvenir que le cheminement humain se situe dans l'axe « passé-avenir » de la communauté et de la tradition. En réinterprétant l'héritage des ancêtres, il y a de l'espoir pour « un demain » de la foi chrétienne en Occident.
Il lance aussi l'idée, comme dans le rapport Risquer l'avenir, d'une Église volontaire où les nouveaux membres demanderaient d'être admis à l'âge adulte et où la communauté deviendrait le lieu de croissance de la foi. Louis Rousseau croit qu'il faut redéfinir l'Église comme étant le lieu d'une communauté d'appartenance libre et volontaire d'une foi adulte.
Dominicain un jour, Dominicain toujours.
Le professeur Rousseau parle peu de lui, mais lorsqu'il se laisse aller, il est touchant. Il faut avoir été rejoint intérieurement par la rencontre de quelqu'un de bien spécial pour être habité par ce feu pacifiant qu'il y a en lui. Cela ne peut être qu'une expérience spirituelle intense.
Sa flamme est née après ses études classiques au Collège de Montréal. C'est au couvent Saint-Aibert-le-Grand des dominicains, où il entre en 1960, qu'il est séduit. En 1961, « j'ai découvert la grande prière de l'Église, les psaumes, la Bible, la liturgie et j'ai trouvé ça merveilleux. Je crois que je suis devenu vraiment chrétien à ce moment. J'ai découvert la libération qu'on peut trouver dans l'expérience religieuse intime… », lance-t-il.
À l'été 1966, à la veille d'être ordonné prêtre… « J'étais en train de définir ma vie en ne donnant aucune place au bonheur humain, quotidien et familial, comme avoir des enfants, une femme, un amour… J'avais décidé de vivre comme si je n'avais pas de corps ! Tout était dans la tête. Je me suis rendu compte que ça n'avait pas d'allure pour ma vie. J'ai décidé de quitter la communauté », dit-il. Il a eu beau sortir physiquement de la fraternité, mais celle-ci n'est pas sortie de lui ; dominicain un jour, dominicain toujours. Il reste profondément marqué par le style de vie de ces religieux.
Une nouvelle vocation : professeur « uqamien »
C'est à ce moment qu'il décide de poursuivre ses études à la maîtrise. Il opte pour l'Institut des sciences religieuses de l'université de Montréal. Durant ses années de formation intellectuelle, il opte pour un parcours non théologique de la religion, une approche plus près des sciences humaines.
En 1967, il passe au doctorat et, à l'automne 1968, commence sa carrière dans le monde de l'enseignement au collège Sainte-Marie.
À la fondation de l'UQAM, à l'automne 1969, le directeur du nouveau département des sciences religieuses, Yvon Desrosiers, lui demande de se joindre à son équipe. À l'automne 1976, Louis Rousseau devient directeur du département et, par la suite, occupe divers postes. Il y a quelques mois, il est devenu le directeur de la concentration en enseignement religieux et en enseignement moral. Malgré ses tâches administratives, ce qu'il préfère est enseigner.
Être un professeur « uqamien » en religiologie veut presque dire « je suis un extraterrestre ! » Pourtant, les sciences religieuses permettent de découvrir l’extraordinaire dynamisme créateur de l'humain qui cherche à donner un sens à la finitude de son existence. Devant cette passion qui l'habite, le professeur Rousseau ne peut se taire. Le spécialiste à l'aube de la retraite ne peut pas rester inactif. Il est toujours heureux de partager son expérience. Il est très occupé, mais il a toujours du temps, même si parfois il doit combiner inconsciemment deux rendez-vous en même temps. Une poignée de main, la porte s'ouvre… Il repart aussi rapidement qu'il est arrivé deux heures plus tôt.
Louis Rousseau sur Internet :
http://www.unites.uqam.ca/dscrel/profs/departement/tousseaul.html
« Il faut être honnête : Une des crises majeures de l'Église du Québec est l'anti-intellectualisme des responsables »
Par Benoît Voyer, journaliste
MONTRÉAL – Ce matin, le professeur Louis Rousseau arrive à son bureau de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) embarrassé, gêné, mal à l'aise… « Excusez-moi, j'ai encore pris deux rendez-vous en même temps ! » Le journaliste de la Revue Sainte-Anne, qui trouve la situation fort amusante, rassure l'homme : « Ne vous inquiétez pas, je vous attends le temps qu'il faut ! » Elle n'est pas facile la besogne de directeur des études de premier cycle en religiologie de l'UQÀM en cette période difficile. Au moment de la rencontre, les émotions du spécialiste des phénomènes religieux, un des plus prestigieux au Canada, sont à leur sommet.
À la mi-février, il cosigne avec une brochette de personnalités, dont Mgr Bertrand Blanchet, évêque catholique romain de Rimouski et membre du comité épiscopal de l'éducation, une lettre ouverte portant sur « la religion et la morale à l'école réduites au statut de micromatières ».
Avec des collègues, il demande au ministre de l'Éducation du Québec, François Legault, « qu'il reconsidère sa décision quant au temps accordé en ce domaine pour être fidèle à ses propres orientations et répondre aux besoins des jeunes du Québec en cette matière […]. Les élèves ont besoin d'un temps propice à la réflexion sur le sens de la vie, la recherche éthique, la compréhension de différentes visions du monde, la recherche de la vie bonne et de leur action dans le monde. La réduction envisagée du temps d'enseignement rend cela impossible. »
« Allez ! Entrez ! », lance-t-il une heure plus tard. La porte se ferme sur le monde extérieur et s'ouvre sur son univers secret. Les mystères de la sagesse et les convictions de cet homme vont se révéler.
Son regard espiègle et son sourire paternel révèlent une riche personnalité. Ses cours, dont ceux d'initiation à la morale et la religion et sur les religions amérindiennes, font le délice de ses étudiants.
Lorsque le petit fait une crise…
Le religiologue Louis Rousseau, né en 1939 au sein d'une famille ouvrière, ne passe pas par quatre chemins pour parler de la crise du christianisme en Occident : « Il faut être honnête : une des crises majeures de l'Église du Québec est l'anti-intellectualisme des responsables ecclésiaux. »
Il a un très grand respect de la tradition catholique, mais l'ancien dominicain ne peut se taire, particulièrement en ce temps de crise sévère. Il exprime ses observations et ses commentaires, afin de lancer des pistes sérieuses pour qu'elle sorte de son marasme. Il dérange comme un prophète, mais l'avenir saura fort probablement lui donner raison sur plusieurs points.
Il ne veut guère critiquer pour critiquer. Il souhaite seulement que le christianisme retrouve ses lettres de noblesse. Ses opinions, qui se veulent constructives, méritent d'être écoutées et considérées. Son expérience, riche de quarante ans de réflexion, est sérieuse. Il parle en connaisseur et en homme de foi.
L'anti-intellectualisme infantilisant
Selon Rousseau, la principale cause du désastre ecclésial tient à l'anti-intellectualisme des pasteurs chrétiens.
« Les théologiens du Québec étaient parmi les plus avant-gardistes et les plus stimulants dans les années 1960. Nous avions une grande race de spécialistes. Or, pour gérer le problème du célibat – qui n'a pas grand-chose à voir avec l'interprétation de la foi (!) –, l'Église catholique a fait disparaître pratiquement une génération de ses meilleurs théologiens », dit-il.
Pour faire une caricature de la situation, les bergers ont reçu la seule consigne d'être sympathiques. « Faites de la dynamique de groupe et ça va marcher (!) », leur a-t-on dit. L'érudit est direct sur ce point : « Le christianisme, ce n'est pas seulement être copains ! La pensée jovialiste – « Soyez heureux, pensez positif ! » – est bien meilleure en la matière. » Après tout, les fidèles ne sont pas des moutons !
Il regrette que les membres du clergé ne soient pas davantage incités à la lecture : « Plusieurs laïcs sont bien plus poussés en termes de culture. » Pour lui, cette paresse intellectuelle est un poids lourd à porter. Les civils questionnent… Les prêtres ne sont pas capables de répondre. « Le laïc se lasse et il se dit : Puisque c'est comme ça, je reviendrai l'an prochain ! Et comme il y a plein de choses à faire dans la vie, il ne revient pas ! », dit le professionnel attristé.
La crise : il y a de quoi pleurer !
Malgré qu'il soit un élément central, il n'y a pas que « l'anti-intellectualisme » qui est à la source du problème. La crise du christianisme en Occident est « multicausale ». Devant la complexité du casse-tête, il y a de quoi pleurer !
Il y a aussi le problème du message et de son interprétation. Il parvient difficilement à s'adapter au contexte social où il est diffusé. Le résultat saute aux yeux : L'Évangile ne rejoint plus la masse. « Il faudrait que ce qui est communiqué parvienne à toucher les personnes qui ne croient pas ce message annonciateur de la libération et qui donne un sens à la vie », ajoute-t-il. Selon lui,
Il faut trouver une nouvelle manière d'en parler afin qu'il devienne une bonne nouvelle.
Pour arriver à une adaptation, un travail théologique doit préalablement être réalisé. Les schèmes philosophiques et théologiques qui ont été développés depuis la civilisation grecque (pendant environ 1500 ans) n'ont plus de sens. Nous ne pouvons plus parler de la même manière. Le travail de traduction des images bibliques en langage moderne est urgent. « Il faut une traduction de la tradition dans des termes de référence qui sont significatifs pour le monde contemporain. » Cependant, pour cela, il faut que cessent l'anti-intellectualisme et le cloisonnement des pensées.
Enfin, il y a la question paralysante de la morale. En sachant qu'il provoque les esprits conservateurs, Louis Rousseau ose dire tout haut ce qu'il croit en lui : « Le message de L'Évangile est attirant. Il n'y a pas de doute sur ce point. C'est le traitement de l'interprétation des textes fondamentaux en langage contemporain qui fait scandale, particulièrement en matière de morale. »
Lorsque tu seras grand…
Il faut donner les moyens à chaque personne d'entrer dans un univers religieux adulte. Pour cela, il faut favoriser des avenues vers la maturité spirituelle. L'aventure intérieure est la voie favorite de cet expert des religions.
« L'expérience de la rencontre de Dieu peut être développée dans une démarche hautement individuelle. Il faut initier les gens à la vie spirituelle. Pourquoi ne pas créer des écoles d'apprentissage à la méditation dans la pure tradition de la lectio divina ? Cela ne coûte pas cher de s'imbiber de la symbolique biblique ! », suggère le spécialiste qui n'a jamais été consulté par le clergé catholique en 30 ans de pratique.
Il n'est pas nécessaire d'aller en Orient pour trouver des centres de formation à la méditation. L'expérience monastique a un enseignement riche à révéler. La mystique occidentale n'a rien à envier aux autres voies spirituelles. Tout est affaire de mise en marché. « Une spiritualité est précisément ce qui donne du souffle, ce qui permet de recueillir toutes ses énergies, encore et toujours », disait Mgr Bertrand Blanchet, archevêque de Rimouski, en 1992. C'est la nouvelle respiration que rêve Louis Rousseau pour le christianisme d'ici.
Pour l'avenir, il faut développer l'expérience spirituelle individuelle et réinventer des rituels destinés à la famille et au cercle d'amis. Ce sera la naissance d'une nouvelle forme de communautés de base. Ces rites feront revivre une tradition vivante afin de se souvenir que le cheminement humain se situe dans l'axe « passé-avenir » de la communauté et de la tradition. En réinterprétant l'héritage des ancêtres, il y a de l'espoir pour « un demain » de la foi chrétienne en Occident.
Il lance aussi l'idée, comme dans le rapport Risquer l'avenir, d'une Église volontaire où les nouveaux membres demanderaient d'être admis à l'âge adulte et où la communauté deviendrait le lieu de croissance de la foi. Louis Rousseau croit qu'il faut redéfinir l'Église comme étant le lieu d'une communauté d'appartenance libre et volontaire d'une foi adulte.
Dominicain un jour, Dominicain toujours.
Le professeur Rousseau parle peu de lui, mais lorsqu'il se laisse aller, il est touchant. Il faut avoir été rejoint intérieurement par la rencontre de quelqu'un de bien spécial pour être habité par ce feu pacifiant qu'il y a en lui. Cela ne peut être qu'une expérience spirituelle intense.
Sa flamme est née après ses études classiques au Collège de Montréal. C'est au couvent Saint-Aibert-le-Grand des dominicains, où il entre en 1960, qu'il est séduit. En 1961, « j'ai découvert la grande prière de l'Église, les psaumes, la Bible, la liturgie et j'ai trouvé ça merveilleux. Je crois que je suis devenu vraiment chrétien à ce moment. J'ai découvert la libération qu'on peut trouver dans l'expérience religieuse intime… », lance-t-il.
À l'été 1966, à la veille d'être ordonné prêtre… « J'étais en train de définir ma vie en ne donnant aucune place au bonheur humain, quotidien et familial, comme avoir des enfants, une femme, un amour… J'avais décidé de vivre comme si je n'avais pas de corps ! Tout était dans la tête. Je me suis rendu compte que ça n'avait pas d'allure pour ma vie. J'ai décidé de quitter la communauté », dit-il. Il a eu beau sortir physiquement de la fraternité, mais celle-ci n'est pas sortie de lui ; dominicain un jour, dominicain toujours. Il reste profondément marqué par le style de vie de ces religieux.
Une nouvelle vocation : professeur « uqamien »
C'est à ce moment qu'il décide de poursuivre ses études à la maîtrise. Il opte pour l'Institut des sciences religieuses de l'université de Montréal. Durant ses années de formation intellectuelle, il opte pour un parcours non théologique de la religion, une approche plus près des sciences humaines.
En 1967, il passe au doctorat et, à l'automne 1968, commence sa carrière dans le monde de l'enseignement au collège Sainte-Marie.
À la fondation de l'UQAM, à l'automne 1969, le directeur du nouveau département des sciences religieuses, Yvon Desrosiers, lui demande de se joindre à son équipe. À l'automne 1976, Louis Rousseau devient directeur du département et, par la suite, occupe divers postes. Il y a quelques mois, il est devenu le directeur de la concentration en enseignement religieux et en enseignement moral. Malgré ses tâches administratives, ce qu'il préfère est enseigner.
Être un professeur « uqamien » en religiologie veut presque dire « je suis un extraterrestre ! » Pourtant, les sciences religieuses permettent de découvrir l’extraordinaire dynamisme créateur de l'humain qui cherche à donner un sens à la finitude de son existence. Devant cette passion qui l'habite, le professeur Rousseau ne peut se taire. Le spécialiste à l'aube de la retraite ne peut pas rester inactif. Il est toujours heureux de partager son expérience. Il est très occupé, mais il a toujours du temps, même si parfois il doit combiner inconsciemment deux rendez-vous en même temps. Une poignée de main, la porte s'ouvre… Il repart aussi rapidement qu'il est arrivé deux heures plus tôt.
Louis Rousseau sur Internet :
http://www.unites.uqam.ca/dscrel/profs/departement/tousseaul.html
(Revue Sainte-Anne, mai 2001, pages 199 et 227)
LE PRÉSENT DU PASSÉ : René Constantin se souviendra toute sa vie du 10 janvier 1999
René Constantin se souviendra toute sa vie du 10 janvier 1999
« Lors de mes dernières vacances d'été, je suis allé à Québec. Lorsque je retourne dans ce coin d'où je suis originaire, c'est plus fort que moi : il faut que je passe par le cimetière ! Lors de cette visite, j'ai bien regardé les obélisques des Constantin de sexe masculin. Il n’y en a pas un qui passe 60 ans ! » raconte René Constantin, représentant technique des ventes chez Boehme Filatex, à Saint-Jean-sur-Richelieu, et citoyen de la rue Gince, à Granby, qui vient, lui-même, d'avoir ses 60 ans. Ce détail généalogique l'a bien fait réfléchir.
Comme ses ancêtres établis au pays depuis 1660, il porte un sérieux problème cardiaque qui a failli le transporter directement à la mort, il n'y a pas longtemps. « Si je n'avais pas eu Dieu et la prière, je n'aurais pas été capable de passer à travers cette épreuve. J'ai approché Dieu dans la mort. « Il est tellement merveilleux ! » lance-t-il.
Cobaye
Ses problèmes de cœur ne datent pas d'hier. Il y a cinq ans, il a dû être hospitalisé pour subir une dilatation. Il y a deux ans, les spécialistes découvrent de nouveau en lui une artère bloquée à 70 %.
« J'ai passé le temps de Noël 1998 en faisant une à deux crises d'angine par jour. Le 10 janvier 1999, j'entre à l'Institut de cardiologie de Montréal. Le matin, en arrivant, une infirmière me rencontre. Elle me dit : « Le médecin vous a contacté ? » Je réponds : « Non ! » Elle ajoute : « On va s'asseoir et je vais vous expliquer. » Elle sort devant moi un cœur transparent en polymère. À l'intérieur, je vois comme un petit ressort. Elle dit : « Probablement que nous allons vous poser un petit ressort à l'intérieur de l'artère, mais nous avons un programme bien plus révolutionnaire que cela qui est à l'état d'essai. « Après avoir fait une dilatation, on brûle l'intérieur de l'artère par radioactivité », raconte en détail le nouveau sexagénaire.
L'infirmière lui expose toutes les conséquences de l'intervention. Elle lui dit, notamment, que l'impact sur son problème sera minime et qu'il permettra l'avancement de la science. Le nouveau procédé qu'elle lui propose s'appelle « Bêta 4 ».
« Elle me demande d'accepter d'être un cobaye pour ce programme mondial destiné à 1500 personnes. Sept cent cinquante devaient recevoir la radioactivité. Pendant deux ans, nous sommes ensuite suivis pour voir l'évolution entre les deux groupes. Elle me donne, finalement, une heure pour réfléchir. « Un médecin viendra vous faire signer un protocole si vous êtes d'accord », me dit-elle, renchérit l'homme de cœur.
Il réfléchit, médite et prie. Il accepte la proposition afin d'aider ses enfants, ses petits-enfants et sa famille en leur donnant une plus grande espérance de vie. Puisqu'il est croyant, il demande à son frère et à sa parenté décédée de l'aider à passer à travers cette difficile épreuve. La convention est signée à 10 h.
Intervention chirurgicale
René Constantin passe l'après-midi au repos, sur une civière, à attendre. À 15 h 30, on le transporte à la salle des chirurgies.
La dilatation se passe bien. La pose du petit ressort est une réussite.
« Au moment où ils ont passé le cathéter pour me traiter à la radioactivité, ils m'ont dit en anglais : « Il y a quelque chose qui ne va pas ; il y a une fuite de radioactivité ! » Le médecin à l'intérieur de la salle de chirurgie demande à ceux qui étaient à l'extérieur : « Qu'est-ce que je dois faire ? » Ils lui ont dit de sortir le tube le plus vite possible. Des billes sont tombées par terre. Puisque je n'étais pas endormi, je voyais le détecteur de radioactivité se promener devant moi. J'étais là, immobile. C'était stressant ! Je ne pouvais pas bouger… », se souvient-il.
Toute l'équipe d'intervention confie le malade à une infirmière afin qu'elle surveille ses signes vitaux et se réfugie sans tarder en réunion téléphonique en compagnie du médecin du fabricant du nouveau système qui était dans la région d'Ottawa, afin de connaître ce qu'il fait en telle situation. Ne sachant pas trop comment réagir, il demande de communiquer sans tarder avec un médecin américain. La rencontre dure entre 40 et 50 minutes.
« Durant ce temps, j'étais seul… Personne ne me parlait. Je n'étais pas accompagné psychologiquement. J'ai prié. Je me suis abandonné. « J'étais prêt à partir au ciel, à me sacrifier », raconte-t-il.
Expérience mystique
Durant cette interminable attente, René Constantin fait une expérience mystique qui change sa vie :
« Mon frère est venu dans le corps d'un médecin qui était à l'extérieur de la salle d'opération dans la première partie de l'intervention. Quand il est entré, il a dirigé l'équipe. Physiquement, c'était vraiment mon frère décédé quelques années plus tôt. Il m'a fait un autre procédé de radioactivité. Je crois vraiment que c'était mon frère qui a agi par l'intermédiaire de ce médecin. « Tout s'est bien déroulé, jusqu'à la fin », accepte-t-il de confier à la Revue Sainte Anne.
Le soir venu, il se recueille dans le fond de sa chambre de l'Institut de cardiologie de Montréal. Il remercie Dieu et ses proches de l'avoir accompagné durant ces longues heures.
Il poursuit : « Ce soir-là, ma sœur décédée un an plus tôt est venue prendre soin de moi. Elle m'a dorloté. Elle est passée par une infirmière. Elle m'a dit : « On va changer ton lit. » Elle m'a changé de civière. Je me suis mis à pleurer. Je suis un gros sensible ! J'ai dit à l'infirmière : « Tu ressembles à ma sœur, pas juste physiquement, mais aussi dans ta façon de parler ! » Lorsqu'elle me parlait, elle ne m'appelait pas « Monsieur », mais simplement René. »
Et maintenant
Depuis cette importante intervention chirurgicale, René Constantin a eu trois autres dilatations au cœur (mars et septembre 1999 et mai 2000).
Il ne fait plus de crises d'angine et n'a plus de douleurs, mais il continue à avoir un problème de circulation à l'intérieur des artères.
« Je me croise les doigts et je continue à prier pour que le mieux arrive. « Je ne souhaite pas mourir, mais si le bon Dieu décide que c'est mieux pour moi, je suis prêt à aller le rejoindre », conclut-il sereinement.
«J'étais prêt à partir au ciel, à me sacrifier ... »
« Lors de mes dernières vacances d'été, je suis allé à Québec. Lorsque je retourne dans ce coin d'où je suis originaire, c'est plus fort que moi : il faut que je passe par le cimetière ! Lors de cette visite, j'ai bien regardé les obélisques des Constantin de sexe masculin. Il n’y en a pas un qui passe 60 ans ! » raconte René Constantin, représentant technique des ventes chez Boehme Filatex, à Saint-Jean-sur-Richelieu, et citoyen de la rue Gince, à Granby, qui vient, lui-même, d'avoir ses 60 ans. Ce détail généalogique l'a bien fait réfléchir.
Comme ses ancêtres établis au pays depuis 1660, il porte un sérieux problème cardiaque qui a failli le transporter directement à la mort, il n'y a pas longtemps. « Si je n'avais pas eu Dieu et la prière, je n'aurais pas été capable de passer à travers cette épreuve. J'ai approché Dieu dans la mort. « Il est tellement merveilleux ! » lance-t-il.
Cobaye
Ses problèmes de cœur ne datent pas d'hier. Il y a cinq ans, il a dû être hospitalisé pour subir une dilatation. Il y a deux ans, les spécialistes découvrent de nouveau en lui une artère bloquée à 70 %.
« J'ai passé le temps de Noël 1998 en faisant une à deux crises d'angine par jour. Le 10 janvier 1999, j'entre à l'Institut de cardiologie de Montréal. Le matin, en arrivant, une infirmière me rencontre. Elle me dit : « Le médecin vous a contacté ? » Je réponds : « Non ! » Elle ajoute : « On va s'asseoir et je vais vous expliquer. » Elle sort devant moi un cœur transparent en polymère. À l'intérieur, je vois comme un petit ressort. Elle dit : « Probablement que nous allons vous poser un petit ressort à l'intérieur de l'artère, mais nous avons un programme bien plus révolutionnaire que cela qui est à l'état d'essai. « Après avoir fait une dilatation, on brûle l'intérieur de l'artère par radioactivité », raconte en détail le nouveau sexagénaire.
L'infirmière lui expose toutes les conséquences de l'intervention. Elle lui dit, notamment, que l'impact sur son problème sera minime et qu'il permettra l'avancement de la science. Le nouveau procédé qu'elle lui propose s'appelle « Bêta 4 ».
« Elle me demande d'accepter d'être un cobaye pour ce programme mondial destiné à 1500 personnes. Sept cent cinquante devaient recevoir la radioactivité. Pendant deux ans, nous sommes ensuite suivis pour voir l'évolution entre les deux groupes. Elle me donne, finalement, une heure pour réfléchir. « Un médecin viendra vous faire signer un protocole si vous êtes d'accord », me dit-elle, renchérit l'homme de cœur.
Il réfléchit, médite et prie. Il accepte la proposition afin d'aider ses enfants, ses petits-enfants et sa famille en leur donnant une plus grande espérance de vie. Puisqu'il est croyant, il demande à son frère et à sa parenté décédée de l'aider à passer à travers cette difficile épreuve. La convention est signée à 10 h.
Intervention chirurgicale
René Constantin passe l'après-midi au repos, sur une civière, à attendre. À 15 h 30, on le transporte à la salle des chirurgies.
La dilatation se passe bien. La pose du petit ressort est une réussite.
« Au moment où ils ont passé le cathéter pour me traiter à la radioactivité, ils m'ont dit en anglais : « Il y a quelque chose qui ne va pas ; il y a une fuite de radioactivité ! » Le médecin à l'intérieur de la salle de chirurgie demande à ceux qui étaient à l'extérieur : « Qu'est-ce que je dois faire ? » Ils lui ont dit de sortir le tube le plus vite possible. Des billes sont tombées par terre. Puisque je n'étais pas endormi, je voyais le détecteur de radioactivité se promener devant moi. J'étais là, immobile. C'était stressant ! Je ne pouvais pas bouger… », se souvient-il.
Toute l'équipe d'intervention confie le malade à une infirmière afin qu'elle surveille ses signes vitaux et se réfugie sans tarder en réunion téléphonique en compagnie du médecin du fabricant du nouveau système qui était dans la région d'Ottawa, afin de connaître ce qu'il fait en telle situation. Ne sachant pas trop comment réagir, il demande de communiquer sans tarder avec un médecin américain. La rencontre dure entre 40 et 50 minutes.
« Durant ce temps, j'étais seul… Personne ne me parlait. Je n'étais pas accompagné psychologiquement. J'ai prié. Je me suis abandonné. « J'étais prêt à partir au ciel, à me sacrifier », raconte-t-il.
Expérience mystique
Durant cette interminable attente, René Constantin fait une expérience mystique qui change sa vie :
« Mon frère est venu dans le corps d'un médecin qui était à l'extérieur de la salle d'opération dans la première partie de l'intervention. Quand il est entré, il a dirigé l'équipe. Physiquement, c'était vraiment mon frère décédé quelques années plus tôt. Il m'a fait un autre procédé de radioactivité. Je crois vraiment que c'était mon frère qui a agi par l'intermédiaire de ce médecin. « Tout s'est bien déroulé, jusqu'à la fin », accepte-t-il de confier à la Revue Sainte Anne.
Le soir venu, il se recueille dans le fond de sa chambre de l'Institut de cardiologie de Montréal. Il remercie Dieu et ses proches de l'avoir accompagné durant ces longues heures.
Il poursuit : « Ce soir-là, ma sœur décédée un an plus tôt est venue prendre soin de moi. Elle m'a dorloté. Elle est passée par une infirmière. Elle m'a dit : « On va changer ton lit. » Elle m'a changé de civière. Je me suis mis à pleurer. Je suis un gros sensible ! J'ai dit à l'infirmière : « Tu ressembles à ma sœur, pas juste physiquement, mais aussi dans ta façon de parler ! » Lorsqu'elle me parlait, elle ne m'appelait pas « Monsieur », mais simplement René. »
Et maintenant
Depuis cette importante intervention chirurgicale, René Constantin a eu trois autres dilatations au cœur (mars et septembre 1999 et mai 2000).
Il ne fait plus de crises d'angine et n'a plus de douleurs, mais il continue à avoir un problème de circulation à l'intérieur des artères.
« Je me croise les doigts et je continue à prier pour que le mieux arrive. « Je ne souhaite pas mourir, mais si le bon Dieu décide que c'est mieux pour moi, je suis prêt à aller le rejoindre », conclut-il sereinement.
(Revue Sainte Anne, avril 2001, page 151)
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Rock'n'none made in Granby, P.Q.
Ils ont des voix célestes, mais ils ne sont pas tous des anges ! Ils ne sont pas tous très religieux, mais ils vibrent en chantant de la musique « gospel ». Comme bien des adolescents, plusieurs ont l'air antisociaux, mais ils ont tous un grand sens de la fraternité ! Ce « gang » de jeunes de 15 à 22 ans vit en parfaite harmonie. À les entendre, on se croirait dans une scène du film Rock'n'None.
Le chœur Cantamus de Granby a été fondé par Jean-Luc Hébert, un musicien professionnel. L'idée est venue lors d'un voyage dans les Alpes, en Suisse, en 1996.
« J'ai des amis là-bas, dont une travaille avec une chorale de jeunes. Un soir, je suis allé assister à une pratique musicale. Dans ce village de 2000 habitants, il y avait une trentaine de jeunes qui chantaient. Ils étaient très impressionnés de rencontrer un musicien du pays de Céline Dion ! Moi aussi, j'ai été impressionné de les voir et de les entendre ! J'ai demandé à Mireille : « Coup donc ! C'est spécial ! » Elle m'a expliqué que, dans son pays, chaque village a son chœur de jeunes », raconte Jean-Luc Hébert.
Il ne tarde pas à se poser la question : « Si un petit village comme celui-ci peut avoir un chœur de jeunes, pourquoi n'y en a-t-il pas un à Granby ? » À son retour au Canada, il en glisse notamment un mot à l'abbé Gérald Ouellette, curé de la paroisse catholique Saint-Joseph.
Le goût de démarrer le chœur « gospel » reste en lui tout l'hiver 1996. À l'été 1997, il repart en Europe. À son retour, son ami prêtre lui présente Lise Roy, agente de pastorale : « Je ne voyais pas comment je réaliserais un tel projet seul. Je suis content qu'elle soit venue m'aider. On a pas mal parti le groupe ensemble ! », ajoute-t-il.
Jean-Luc Hébert devient l'âme musicale de la chorale qui va de succès en succès où elle passe. Lise Roy s'occupe de la partie logistique et, surtout, d'animer la vie communautaire du clan.
Le recrutement débute à l'automne 1997 dans les écoles. « Gérald a fait venir un « chœur » gospel à sa paroisse et a dit aux paroissiens : « Je vais prendre les noms de ceux qui aimeraient faire partie d'une chorale comme celle-là. Il y a eu une dizaine d'inscriptions », se souvient Lise Roy.
À Noël 1997, le chœur fait sa première représentation lors des messes de Noël à Saint-Joseph. Le groupe comprenait six membres. Il en compte aujourd'hui une vingtaine. Depuis 1997, il n'y a pas de campagne de recrutement. Les nouveaux membres se sont joints à cause du bouche-à-oreille et du site Internet.
Le répertoire du Chœur Cantamus est composé de certaines pièces francophones, mais également des grands classiques du répertoire « gospel » américain, comme « Oh Happy Day », « I Will Follow Him » et « Hail Holy Queen ».
Une famille
Comment font-ils pour garder les jeunes dans la chorale ? Peu de jeunes ont quitté ces derniers mois. Ou, s'ils s'en vont, la plupart du temps, ils reviennent à la première occasion.
« C'est qu'il faut aller plus loin que le simple fait de chanter ! Il faut que les jeunes vivent quelque chose. Dans le chœur, ce ne sont pas tous des jeunes qui ont une énorme foi. Il y en a qui sont juste là pour chanter. Et, au fil du temps, ils découvrent autre chose… Au départ, il y a des jeunes qui ne connaissent même pas leur « Notre Père », explique l'énergique femme au milieu de la trentaine. Elle dit aussi qu'il faut que Jean-Luc Hébert et elle soient authentiques et vrais.
Jean-Luc Hébert ajoute : « Il faut aussi montrer qu'il va falloir faire des efforts pour se rendre quelque part. Au début, lors de l'apprentissage de pièces anglophones, il y avait une fille qui a lancé son cartable par terre et s'est mise à pleurer en disant : « Je ne suis pas capable. » Je lui ai répondu doucement : « Écoute, on va aller plus tranquillement… »
Les adolescents et les jeunes adultes restent, également, parce que des liens ont été créés entre eux. Ils ne se rassemblent pas juste pour chanter. Ils font aussi des activités sociales. C'est une façon d'apprendre à se connaître.
« Pour la rentrée, nous avons fait un party hot-dogs. Cela n'a pas de rapport avec le « gospel » ! Mais… il y a quand même un peu de musique autour du feu de camp. C'est céleste ! C'est cela l'esprit de gang ! » conclut Lise Roy.
Benoît Voyer
(Revue Sainte-Anne, mars 2001, p. 130)
ENTRE TOI ET MOI : À cette intersection sur la route de ma vie, il y a une lumière jaune
À cette intersection sur la route de ma vie, il y a une lumière jaune
Par Benoit Voyer
15 janvier 2026
Depuis le milieu du mois de novembre, la vie m’oblige à ralentir certaines activités afin de me concentrer sur d'autres priorités.
Bien entendu, il y a eu les rencontres du temps des fêtes. Tu sais comme moi ce que ça implique.
À cela s’ajoute mon boulot de nuit dans un département de soins psychiatriques d’un hôpital de la grande région montréalaise. Une plus grande lourdeur des problématiques des patients que nous traitons, le nombre de collègues en congés de maladie et une certaine réorganisation du milieu de travail me demandent de puiser davantage dans mes ressources énergétiques et de prévoir des périodes de récupération plus longues.
De plus, davantage exposé aux virus de la population, j’en ai attrapé quelques-uns. J’ai donc dû prendre quelques journées de maladie et être davantage au lit afin de guérir et de récupérer. Je dois vous avouer que les symptômes de la grippe de cette année n’étaient pas une sinécure. Comme plusieurs d’entre vous, j’en ai arraché.
Enfin, il y a eu des rencontres au sujet de notre maison. On a d’abord additionné les rendez-vous afin de prendre des décisions d’avenir : on vend ? On reste là ? On rénove ? Lorsqu’on fait une démarche sérieuse, ça demande un peu de temps. Finalement, on rénovera entièrement notre salle de bain et nous apporterons d’importantes modifications à notre descente de cave et à la bouche d’évacuation de notre sécheuse et, s’il reste quelques dollars en réserve, nous installerons de nouvelles gouttières.
À cela s’ajoutent les préoccupations familiales et ma volonté obstinée de redonner du temps à l’activité physique.
Ainsi donc, j’ai pris bien du retard dans mes projets personnels, notamment dans mes lectures, recherches et travaux rédactionnels dans lesquels se retrouvent notamment la tenue d’un blogue et l’animation de quelques plateformes.
À cette intersection sur la route de ma vie, il y a une lumière jaune. Ces derniers jours, j’ai pris du temps afin de faire le point avec moi-même. C’est important de se fixer des rendez-vous avec soi.
Ce matin, en méditant dans un lieu qui m’est sacré de ma région et en me confiant à mon éternel ami, j’ai finalement pris la décision de me reconnecter sur l’essentiel, c’est-à-dire de ralentir certains projets et de donner un peu plus de vigueur à d’autres. Tu comprendras donc que certains jours je serai absent des médias sociaux. Mais ne t'inquiète pas, je ne suis pas loin. Et puis, si tu t'ennuies un peu, écris-moi !
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Frère Denis Lévesque, initiateur des Franciscains de l'Emmanuel
Frère Denis Lévesque, initiateur des Franciscains de l'Emmanuel
« Je me souviens, je pleurais…
Ce fut une découverte foudroyante ! »
Par Benoît Voyer, journaliste
« À l'âge de cinq ans, je m'en souviens comme si c'était hier, j'étais seul à l'arrière de l'église de Malartic, en Abitibi, je m'étais aspergé d'eau bénite et couché par terre en donnant ma vie au Seigneur. Je me suis relevé et je suis reparti avec un feu joyeux dans le cœur », raconte candidement le frère Denis-Antoine Lévesque, initiateur des Franciscains de l'Emmanuel, une nouvelle communauté religieuse catholique qui compte une trentaine de membres.
« Cette première expérience de Dieu m'a profondément marqué. Pour moi, Jésus était un être vivant. Je m'en souviens, c'était écrit à l'avant de l'église : « Mon Jésus, je t'aime ! » Je ne savais pas tout ce qui se passait à la messe, mais je répétais sans cesse ces paroles », dit-il. Il vivait déjà une relation particulière et personnelle avec Dieu.
Né le 12 juillet 1960, ce fils de mineur était un p'tit gars vivant et dynamique qui avait déjà une attirance pour le sacré. Il y avait de l'exubérance dans ce petit cœur d'enfant. C'est vraiment une grâce spéciale qu'il a reçue parce que ses parents étaient de bons catholiques du dimanche, des gens pas plus religieux que les autres de ce temps.
C'est justement à cinq ans qu'il reçoit ses premières responsabilités à l'église paroissiale : servir la messe et fermer les lumières de celle-ci après les célébrations.
Au séminaire
À 10 ans, il entre au Petit Séminaire diocésain de Rouyn, le Séminaire Saint-Michel. Désirant consacrer sa vie au service de l'Éternel, il passe son adolescence dans ce lieu de croissance particulier. Parfois, il veut devenir prêtre ou policier. À d'autres moments, pompier ou prêtre. Ou encore, prêtre ou professeur. Son désir d'accéder au sacerdoce demeure présent.
François d'Assise
À 12 ans, il fait la rencontre de saint François d'Assise en regardant le film « François et le chemin du soleil ». À partir de ce jour, plus rien n'est pareil dans son cœur. C'est le coup de foudre ! Un véritable choc de l'âme !
Sans tarder, il dévore les cinq bouquins qu'il trouve sur le personnage à la bibliothèque scolaire.
Je me souviens, je pleurais… Ce fut une découverte foudroyante ! Au premier livre, je pleurais en lisant chacune des pages. Ce qui m'a touché chez François, c'est sa relation avec Jésus. Il était un passionné ! C'était tout ou rien ! Je me retrouvais en lui. Moi aussi, je voulais tout donner au Christ ! », raconte-t-il comme si c'était hier.
À partir de ce moment, la dimension franciscaine entre en lui. Cela se fit discrètement parce qu'il ne savait même pas qu'il existait des franciscains au Québec.
C'est à 15 ans qu'il rencontre des membres d'une fraternité laïque, le Tiers-Ordre franciscain. C'était au séminaire, lors d'un rassemblement d'un groupe de la paroisse, puisque l'église-cathédrale venait d'être détruite par un violent incendie.
« Je voyais des gens entre 40 et 50 ans qui venaient à une réunion. J'ai demandé ce qu'il y avait à cette rencontre. Ils m'ont répondu : « Les Franciscains séculiers laïcs ». J'ai répondu : « Ah oui ! Saint François d'Assise ! » Il me faisait tellement vibrer ! Je suis allé à la rencontre et j'ai commencé à fréquenter ce groupe. J'allais aux réunions deux à trois fois par mois. C'est là que j'ai eu ma première formation franciscaine. J'ai fait mon noviciat dans le troisième ordre de François », ajoute Denis Lévesque.
Le feu de l'Esprit
À l'école secondaire, Denis Lévesque s'implique à la pastorale. À 15-16 ans, Bob Digman, originaire de Waterloo, dans les Cantons-de-l'Est, et actuellement missionnaire au Mexique, est de passage en Abitibi, pour une tournée d'évangélisation où il raconte son expérience de conversion. Une soixantaine de jeunes de l'école viennent l'entendre et prier avec lui, dont Denis. Ils sont touchés par l'expérience. Plusieurs repartent avec un renouvellement de leur vie de foi.
« Les p'tites filles me travaillent »
De 16 à 19 ans, il vit ses expériences amoureuses avec les filles, dont la majorité sont membres du groupe de la pastorale scolaire touchées par l'expérience Digman.
À 19 ans, il vit une relation plus sérieuse qui lui demande de se poser des questions sur son avenir et de faire des choix concrets. « C'était une fille extraordinaire ! Elle s'appelait Sylvie ! », lance l'homme aux yeux qui brillent encore de tendresse pour elle.
Est-ce que je veux me marier ? Est-ce que je désire avoir des enfants ? Qu'est-ce que je veux faire de ma vie ? Il se pose bien des questions.
L'appel intérieur de devenir prêtre revient encore plus fortement en lui. Il décide de poursuivre sa route seul et d'aller plus loin dans cette voie pour répondre au feu qui brûle en lui.
Un regard de père
Inscrit en sciences humaines au cégep, le jeune Lévesque continue sa recherche.
« À 20 ans, mon père m'a amené visiter sa mine. Cela a été un moment qui m'a profondément marqué. Il m'a présenté à ses compagnons de travail. Il était fier de me présenter ! Ce regard porté sur moi par papa m'a fait du bien. On a besoin d'être regardé pour pouvoir vivre ! Surtout par ce regard de père ! » dit Denis Lévesque sur le ton du secret, tout en se berçant sur une bonne vieille chaise pas trop confortable.
Montréal
Après ces années au collège public, il arrête ses études. Il déménage à Montréal et travaille à la Banque Nationale durant 18 mois.
Avec son colocataire et l'abbé Pierre Smith, il fonde le groupe de prières Saint-Louis-de-France. « Ça a été un peu phénoménal ! Lorsque nous avons débuté, nous étions trois jeunes. Au bout de trois mois, nous étions 30 ! Six mois : 80 ans ! Huit mois : 200 ! Chaque semaine ! J'ai été responsable durant un an et demi. Le groupe a fonctionné cinq ans… », ajoute-t-il.
Il fait ensuite un stage dans une communauté franciscaine et se rend étudier la théologie à Ottawa.
Rome
À 22 ans, il entre au noviciat des Oblats de la Vierge Marie à Rome.
« Dans cette ville d'Italie, il y a des Franciscains et des Capucins à chaque coin de rue. Chaque fois que j'en voyais un, c'était comme si je recevais un coup de poignard en pleine poitrine. Par la suite, je suis souvent allé prier à Assise. Dans ce pays, j'ai renoué ma relation avec saint François », se souvient l'homme à la barbe et aux cheveux qui commencent à annoncer les années de la sagesse.
Il décide donc de quitter le noviciat, de revenir terminer ses deux années de théologie à l'université Laval de Sainte-Foy et de poursuivre son discernement.
Naissance des Franciscains de l'Emmanuel
Le 5 janvier 1985, avec un groupe d'amis, il initie les Franciscains de l'Emmanuel, une fraternité communautaire dans l'esprit du saint d'Assise. Le groupe prend naissance avec la permission de l'archevêque de Montréal. Ses quatre compagnons du début décident de quitter la communauté. En 1986, se joint François Garon, qui prend l'habit gris et avec qui il chemine depuis ce temps.
De 1990 à 1995, ils résident à Roxton Pond, situé à quelques kilomètres de Granby. Aucune recrue ne se joint à la fraternité. De 1995 à 1997, ils vivent une expérience avec les Franciscains du renouveau dans le Bronx, en pleine jungle new-yorkaise Ils se demandent s'il ne serait pas mieux de se joindre à cette nouvelle fraternité franciscaine prospère. Ils reviennent finalement au Canada et décident de s'établir à Montréal.
Mère Teresa : une amie
« À New York, on rencontrait souvent Mère Teresa parce que ses religieuses habitent à 10 minutes de marche de chez les Franciscains du renouveau. Les frères prêtres vont souvent célébrer la messe dans leur maison. Il y a beaucoup d'échanges entre les deux communautés. Quand elle venait à New York, elle habitait toujours à cet endroit. Nous allions souvent prier avec elle », raconte le frère Denis-Antoine Lévesque.
Il poursuit : « En juin 1997, avant qu'elle parte pour Calcutta, deux mois avant qu'elle décède, je lui donne une petite lettre lui expliquant que François et moi étions en discernement pour savoir si nous revenions au Québec. Si nous restions à New York, il n'y avait pas de retour possible au Canada avant une quinzaine d'années. Je lui demandais donc conseil. Elle prend la lettre, elle l'amène à Calcutta et elle décède le 6 septembre 1997. Une semaine plus tard, nous recevions sa réponse. C'est donc une des dernières lettres écrites avant son départ. »
Mère Teresa écrivait : « Dieu vous a sûrement amenés à New York afin de pouvoir mieux aimer et apprécier le don de votre communauté au Québec. »
Pourquoi persévérer ?
S'il a persévéré durant 15 ans, c'est qu'il est convaincu qu'il est dans sa vocation. Les deux religieux se disent depuis plusieurs années que, même si la communauté ne compte pas plus de deux ou trois religieux, ils persévéreront et mourront en frères franciscains.
« C'est un peu fou ! Humainement, ce que nous avons vécu est un échec, mais je sens que je fais vraiment la volonté de Dieu dans cet état de vie. Cela correspond à ce que je veux vivre », conclut frère Denis-Antoine, qui s'occupe maintenant d'une maison pour les jeunes au 1015, rue Bélanger, à Montréal.
Les Franciscains de l'Emmanuel comptent actuellement une trentaine de membres. La majorité sont des laïcs. Deux autres religieux sont en formation. La communauté est probablement la plus prospère du diocèse de Montréal. Le don de la vie du frère Denis-Antoine Lévesque n'est pas sans bénédiction. Le p'tit gars de cinq ans s'est aspergé d'une grande quantité d'eau bénite pour être habité d'une telle grâce, d'un élan pour se donner sans mesure afin de montrer au monde d'aujourd'hui qu'il est possible de vivre à plein l'esprit de l'Évangile. Il donne véritablement le goût aux jeunes de marcher à sa suite et de prier en disant : « Mon Jésus, je t'aime ! »
(Revue Sainte-Anne, mars 2001, pp. 103 et 110)
VISION CATHOLIQUE : Les lépreux d’hier et d’aujourd’hui
Par Benoit Voyer
14 janvier 2026
Dans un texte des Évangiles (Mc 1, 40-45), on raconte cette petite histoire sur la compassion de Jésus.
Une personne atteinte de la lèpre a une grande confiance en Jésus. À genoux, elle l’implore de l’aider : « Si tu veux, tu as le pouvoir de me purifier »[1].
Jésus est remué intérieurement – jusqu’aux entrailles – par la confiance de cet homme. Pris de compassion, il le touche et lui dit : « Je le veux, sois purifié. »
Aussitôt, l’homme est guéri.
Et Jésus lui lance : « Regarde. Ne dis rien à personne » et conforme-toi à ce que la loi a prévu lorsqu’il y a une guérison.
Mais on le voit bien dans ce récit, devant une heureuse nouvelle, l’humain a bien de la difficulté à ne pas la partager. Le lépreux guéri a fait ce que chacun de nous ferait. Notre bonheur ou nos bonnes nouvelles, on les partage.
Il n’a pas fallu bien des heures pour que tout le patelin en parle.
Nous aussi sommes invités à faire – comme Jésus – des actes de compassion en visitant ceux qui réclament un peu de notre présence et qui ont besoin d’être touchés.
Et puis, en visitant des personnes malades, nous laisserons-nous émouvoir comme Jésus ? Comme je l’ai déjà écrit : « Lorsqu'elles atteignent un certain âge, nous mettons les personnes âgées de côté. En peu de temps, elles se retrouvent isolées […]. Les « vieux » ont-ils encore une place dans notre société ? Sont-ils en train de devenir les lépreux d'une autre époque ? » [2]
Et nous qui sommes malades, aurons-nous la même confiance en Jésus que ce malade de la lèpre ?
Oui, il peut nous purifier. Oui, il peut nous guérir. Si ce n’est pas le corps, ça peut être le cœur ou notre manière de voir le monde.
____________________
[1] Frédéric Boyer. Évangiles, Galimard, 2022
[2] Benoit Voyer, « Devant nos « vieux », on perd la mémoire », Huffington Post Québec, 29 septembre 2014. huffpost.com/archive/qc/entry/devant-nos-vieux-on-perd-la-memoire_b_5844162
[1] Frédéric Boyer. Évangiles, Galimard, 2022
[2] Benoit Voyer, « Devant nos « vieux », on perd la mémoire », Huffington Post Québec, 29 septembre 2014. huffpost.com/archive/qc/entry/devant-nos-vieux-on-perd-la-memoire_b_5844162
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Adrienne Beaudry-Dumas
Adrienne Beaudry-Dumas
Par Benoît Voyer, journaliste
« Je suis convaincue que je me suis donné ce cancer ! Je me voyais un peu dépérir, mais je n'avais pas le temps de m'occuper de moi, de mon corps. J'avais un homme qui se préparait à mourir. Il prenait toute mon attention. Il y avait aussi une de mes filles qui vivait une situation conjugale difficile. J'avais caché ce point à mon mari. J'ai gardé tout cela en moi », dit Adrienne Beaudry-Dumas, auteure du livre autobiographique « Parcours d'une pionnière », paru l'an dernier.
Durant cette période difficile, elle écrit le roman de sa vie. Elle doit revivre difficilement certaines périodes de son existence. Une vraie thérapie !
« Vous savez, la plupart du temps, on se donne à la maladie par nos émotions refoulées ! Je me suis dit : « Si je suis capable de me donner le cancer, alors je suis également capable de me l'enlever », lance-t-elle avec conviction.
Le 1ᵉʳ octobre 1999, son mari, Édouard Dumas, décède à la suite d'une très longue maladie cardiovasculaire.
Le 16 octobre 1999, à l'école Joseph-Poitevin de Granby, près de 250 personnes participent au lancement de son livre.
Entre les 21 et 24 octobre 1999, elle participe à deux journées au Salon du livre de Sherbrooke. Le 3 novembre, elle est présente à un lancement collectif des auteurs de sa région à la Librairie des Galeries de Granby et participe à de longues séances de signatures les 4, 5, 6 et 7 novembre au même endroit. Le 19 novembre, elle fait le Salon du livre de Montréal, mais c'en est trop… Alain, le complice de vie de l'auteure et éditrice Johanne Lacroix, la renvoie chez elle. « Allez-vous-en ! » Vous n'allez pas bien ! » lui recommande-t-il.
Dès le lendemain, elle consulte un médecin. Croyant à une diverticulite, il lui donne des médicaments. Ce n'est pas son problème…
Dans les premiers jours de décembre 1999, elle demande à son fils de la conduire au Centre hospitalier de Granby. Elle est terriblement malade. Plus rien ne va…
« À l'hôpital, j'ai vu le docteur Lamoureux. Et puis, quand je suis partie, il m'avait enlevé la bosse et l'infection… Il m'a dit : « Il faut passer des examens, ça presse ! Il faut faire ça avant Noël ! » Mais pour moi, dans ma tête, Noël ce n'est pas le temps d'être malade… Alors, je lui ai dit : « Je suis bien là ! Je vais faire attention ! » Il a insisté : « Allez passer des examens à l'hôpital ! », raconte la dame de 76 ans.
Le test est finalement fixé pour le 17 janvier 2000. Deux jours plus tard, le médecin téléphone pour l'inviter à son cabinet. Il lui annonce une sténose du gros côlon. Il explique à la malade qu'il y a 50 % des chances qu'il y ait des traces de cancer.
Elle rencontre le chirurgien le lendemain. Il m'a dit que je devais être opérée. J'ai demandé : « Quand ? » Il m'a dit : « Dans une semaine ! » Là, mon fils me dit : « Tu vas voir, ils vont te garder ! » Je lui ai répondu : « Je te garantis que, d'ici deux semaines, je vais être opérée et que je vais être bien. » Je suis allée à l'opération, main dans la main avec mon époux décédé. Son énergie était là ! Je lui ai dit : « Amène toutes les personnes d'en haut qui peuvent aider le chirurgien ! » et j'ai ajouté : « Là, je m'abandonne… », ajoute-t-elle.
Le 10 février 2000, elle apprend qu'elle a des lésions cancéreuses. Le cancer s'est propagé dans le petit intestin. Elle est recommandée pour la chimiothérapie. Pas évident à 75 ans !
La semaine suivante, les traitements débutent. Ils se sont terminés le 21 juillet 2000. Elle tire une grande leçon de sa maladie : il est impossible de changer le cours des événements. « Si mes enfants ont des choses à vivre, je peux sympathiser avec eux, mais il ne faut pas que je prenne leur mal. Ils ont leur vie à vivre. Il faut que j'arrête de m'en faire pour eux. Et je pense que je suis en train de réussir à faire cela… » De plus, elle a cessé d'avoir peur de la mort.
La visualisation
« Je fais beaucoup de visualisation avec une belle lumière qui vient de Dieu, qui me remplit et qui me guérit. J'en suis convaincue ! Je m'imagine une belle lumière blanche, étincelante, et puis, je m'imagine encore qu'elle entre dans ma tête, passe dans ma tête pour me guérir. Après, je prends toute ma maladie et je l'entraîne dans la terre pour qu'elle soit brûlée, pour qu'elle soit détruite. Pour moi, cette maladie est un accident dans ma vie », explique cette femme déterminée.
Cette lumière blanche qui vient du Ciel est sans aucun doute celle du Créateur. La maladie qu'elle envoie dans le sol pour être brûlée rappelle une époque pas lointaine dans l'histoire de l'humanité où nos ancêtres croyaient que la Terre était plate. Ils considéraient le sous-sol terrien comme étant le lieu des démons et de l'enfer, et le beau ciel bleu comme le lieu où sont Dieu, ses anges et ses saints, c'est-à-dire le paradis. Cette visualisation, qui a été bénéfique pour elle et bien d'autres personnes, trouve donc sa source dans les vieilles racines de la foi juive. « Ma maladie était de source psychosomatique, à cause d'émotions mal gérées », insiste cette dame dont le mari a fait une brillante carrière de syndicaliste…
Elle ajoute : « Je n'ai jamais paniqué devant la maladie ! Je disais à mes enfants qui étaient inquiets : « Ne vous inquiétez pas, je vais revenir, je vais être en santé et on va vivre ensemble longtemps, longtemps encore ! » Je les encourageais… »
La mort d'Édouard Dumas
Puisqu'il était malade depuis quelques années, Adrienne Beaudry-Dumas a vécu le deuil de son mari du temps qu'il vivait, puisqu'elle le voyait s'en aller.
« Mon mari me disait : je veux partir ! Je veux m'en aller ! Parce que je veux te laisser libre. Je veux que le bon Dieu vienne me chercher parce que je suis une nuisance. Tu passes ton temps à t'occuper de moi. Je souffre quand même… Je veux te laisser le temps d'écrire un autre livre ! Tu en as un autre à écrire et tu vas l'écrire ! Je vais m'en aller et tu vas continuer… Il voulait partir pour me laisser libre. Quel grand geste d'amour de sa part ! » s'exclame-t-elle émue.
Parcours d'une pionnière
Son autobiographie, qui a été éditée par la maison Jolanne et qui est distribuée par Québec Livre (une filiale de Québécor), est bien plus que son histoire personnelle et celle de sa famille. Elle est un excellent ouvrage de sociologie et d'histoire parce qu'elle permet aux lecteurs de revivre une partie de l'ambiance du Québec de 1920 à aujourd'hui, dont la souffrance que la crise économique des années 1930 a laissée dans l'âme de quelques générations, les grandes luttes syndicales des années 1950 à 1960 et la grande restructuration du système scolaire au Québec, en 1972.
Trop peu reconnue par son propre milieu, car nul n'est prophète dans son pays, Adrienne Beaudry-Dumas a été une ardente défenseuse de la cause des femmes.
Première présidente de trois commissions scolaires dans la région de Granby, entre 1972 et 1999, elle a aussi été à la tête de plusieurs mouvements sociaux et religieux. À 15 ans, elle est fortement impliquée dans la Jeunesse ouvrière catholique (JOC) et en est devenue le leader dans sa région. Plus tard, elle prendra, notamment, la tête du Cercle Marie-Immaculée des Filles d'Isabelle.
Elle fait aussi découvrir la grandeur d'un bâtisseur du Québec, l'abbé Joseph Poitevin, à qui elle doit l'assurance qu'elle a prise, elle qui était une fille extrêmement timide et qui avait une grande difficulté à communiquer avec le monde des adultes.
Après des luttes à n'en plus finir pour l'avancement de la société et le bien-être de son mari, Adrienne Beaudry-Dumas prend maintenant le temps de vivre. Elle consacre les quelques années qui lui restent à écrire, à donner des conférences et à être avec les gens qu'elle aime.
« Je suis convaincue que je me suis donné ce cancer! »
Par Benoît Voyer, journaliste
« Je suis convaincue que je me suis donné ce cancer ! Je me voyais un peu dépérir, mais je n'avais pas le temps de m'occuper de moi, de mon corps. J'avais un homme qui se préparait à mourir. Il prenait toute mon attention. Il y avait aussi une de mes filles qui vivait une situation conjugale difficile. J'avais caché ce point à mon mari. J'ai gardé tout cela en moi », dit Adrienne Beaudry-Dumas, auteure du livre autobiographique « Parcours d'une pionnière », paru l'an dernier.
Durant cette période difficile, elle écrit le roman de sa vie. Elle doit revivre difficilement certaines périodes de son existence. Une vraie thérapie !
« Vous savez, la plupart du temps, on se donne à la maladie par nos émotions refoulées ! Je me suis dit : « Si je suis capable de me donner le cancer, alors je suis également capable de me l'enlever », lance-t-elle avec conviction.
Le 1ᵉʳ octobre 1999, son mari, Édouard Dumas, décède à la suite d'une très longue maladie cardiovasculaire.
Le 16 octobre 1999, à l'école Joseph-Poitevin de Granby, près de 250 personnes participent au lancement de son livre.
Entre les 21 et 24 octobre 1999, elle participe à deux journées au Salon du livre de Sherbrooke. Le 3 novembre, elle est présente à un lancement collectif des auteurs de sa région à la Librairie des Galeries de Granby et participe à de longues séances de signatures les 4, 5, 6 et 7 novembre au même endroit. Le 19 novembre, elle fait le Salon du livre de Montréal, mais c'en est trop… Alain, le complice de vie de l'auteure et éditrice Johanne Lacroix, la renvoie chez elle. « Allez-vous-en ! » Vous n'allez pas bien ! » lui recommande-t-il.
Dès le lendemain, elle consulte un médecin. Croyant à une diverticulite, il lui donne des médicaments. Ce n'est pas son problème…
Dans les premiers jours de décembre 1999, elle demande à son fils de la conduire au Centre hospitalier de Granby. Elle est terriblement malade. Plus rien ne va…
« À l'hôpital, j'ai vu le docteur Lamoureux. Et puis, quand je suis partie, il m'avait enlevé la bosse et l'infection… Il m'a dit : « Il faut passer des examens, ça presse ! Il faut faire ça avant Noël ! » Mais pour moi, dans ma tête, Noël ce n'est pas le temps d'être malade… Alors, je lui ai dit : « Je suis bien là ! Je vais faire attention ! » Il a insisté : « Allez passer des examens à l'hôpital ! », raconte la dame de 76 ans.
Le test est finalement fixé pour le 17 janvier 2000. Deux jours plus tard, le médecin téléphone pour l'inviter à son cabinet. Il lui annonce une sténose du gros côlon. Il explique à la malade qu'il y a 50 % des chances qu'il y ait des traces de cancer.
Elle rencontre le chirurgien le lendemain. Il m'a dit que je devais être opérée. J'ai demandé : « Quand ? » Il m'a dit : « Dans une semaine ! » Là, mon fils me dit : « Tu vas voir, ils vont te garder ! » Je lui ai répondu : « Je te garantis que, d'ici deux semaines, je vais être opérée et que je vais être bien. » Je suis allée à l'opération, main dans la main avec mon époux décédé. Son énergie était là ! Je lui ai dit : « Amène toutes les personnes d'en haut qui peuvent aider le chirurgien ! » et j'ai ajouté : « Là, je m'abandonne… », ajoute-t-elle.
Le 10 février 2000, elle apprend qu'elle a des lésions cancéreuses. Le cancer s'est propagé dans le petit intestin. Elle est recommandée pour la chimiothérapie. Pas évident à 75 ans !
La semaine suivante, les traitements débutent. Ils se sont terminés le 21 juillet 2000. Elle tire une grande leçon de sa maladie : il est impossible de changer le cours des événements. « Si mes enfants ont des choses à vivre, je peux sympathiser avec eux, mais il ne faut pas que je prenne leur mal. Ils ont leur vie à vivre. Il faut que j'arrête de m'en faire pour eux. Et je pense que je suis en train de réussir à faire cela… » De plus, elle a cessé d'avoir peur de la mort.
La visualisation
« Je fais beaucoup de visualisation avec une belle lumière qui vient de Dieu, qui me remplit et qui me guérit. J'en suis convaincue ! Je m'imagine une belle lumière blanche, étincelante, et puis, je m'imagine encore qu'elle entre dans ma tête, passe dans ma tête pour me guérir. Après, je prends toute ma maladie et je l'entraîne dans la terre pour qu'elle soit brûlée, pour qu'elle soit détruite. Pour moi, cette maladie est un accident dans ma vie », explique cette femme déterminée.
Cette lumière blanche qui vient du Ciel est sans aucun doute celle du Créateur. La maladie qu'elle envoie dans le sol pour être brûlée rappelle une époque pas lointaine dans l'histoire de l'humanité où nos ancêtres croyaient que la Terre était plate. Ils considéraient le sous-sol terrien comme étant le lieu des démons et de l'enfer, et le beau ciel bleu comme le lieu où sont Dieu, ses anges et ses saints, c'est-à-dire le paradis. Cette visualisation, qui a été bénéfique pour elle et bien d'autres personnes, trouve donc sa source dans les vieilles racines de la foi juive. « Ma maladie était de source psychosomatique, à cause d'émotions mal gérées », insiste cette dame dont le mari a fait une brillante carrière de syndicaliste…
Elle ajoute : « Je n'ai jamais paniqué devant la maladie ! Je disais à mes enfants qui étaient inquiets : « Ne vous inquiétez pas, je vais revenir, je vais être en santé et on va vivre ensemble longtemps, longtemps encore ! » Je les encourageais… »
La mort d'Édouard Dumas
Puisqu'il était malade depuis quelques années, Adrienne Beaudry-Dumas a vécu le deuil de son mari du temps qu'il vivait, puisqu'elle le voyait s'en aller.
« Mon mari me disait : je veux partir ! Je veux m'en aller ! Parce que je veux te laisser libre. Je veux que le bon Dieu vienne me chercher parce que je suis une nuisance. Tu passes ton temps à t'occuper de moi. Je souffre quand même… Je veux te laisser le temps d'écrire un autre livre ! Tu en as un autre à écrire et tu vas l'écrire ! Je vais m'en aller et tu vas continuer… Il voulait partir pour me laisser libre. Quel grand geste d'amour de sa part ! » s'exclame-t-elle émue.
Parcours d'une pionnière
Son autobiographie, qui a été éditée par la maison Jolanne et qui est distribuée par Québec Livre (une filiale de Québécor), est bien plus que son histoire personnelle et celle de sa famille. Elle est un excellent ouvrage de sociologie et d'histoire parce qu'elle permet aux lecteurs de revivre une partie de l'ambiance du Québec de 1920 à aujourd'hui, dont la souffrance que la crise économique des années 1930 a laissée dans l'âme de quelques générations, les grandes luttes syndicales des années 1950 à 1960 et la grande restructuration du système scolaire au Québec, en 1972.
Trop peu reconnue par son propre milieu, car nul n'est prophète dans son pays, Adrienne Beaudry-Dumas a été une ardente défenseuse de la cause des femmes.
Première présidente de trois commissions scolaires dans la région de Granby, entre 1972 et 1999, elle a aussi été à la tête de plusieurs mouvements sociaux et religieux. À 15 ans, elle est fortement impliquée dans la Jeunesse ouvrière catholique (JOC) et en est devenue le leader dans sa région. Plus tard, elle prendra, notamment, la tête du Cercle Marie-Immaculée des Filles d'Isabelle.
Elle fait aussi découvrir la grandeur d'un bâtisseur du Québec, l'abbé Joseph Poitevin, à qui elle doit l'assurance qu'elle a prise, elle qui était une fille extrêmement timide et qui avait une grande difficulté à communiquer avec le monde des adultes.
Après des luttes à n'en plus finir pour l'avancement de la société et le bien-être de son mari, Adrienne Beaudry-Dumas prend maintenant le temps de vivre. Elle consacre les quelques années qui lui restent à écrire, à donner des conférences et à être avec les gens qu'elle aime.
(Revue Sainte-Anne, février 2001, pp. 55 et 86)
VISION CATHOLIQUE: Trouver un sens à la souffrance
Par Benoit Voyer
13 janvier 2025
Depuis le début de l’année 2003, je suis un ouvrier du milieu de la santé. Au quotidien, je suis confronté à la maladie. Vous ne pouvez pas savoir combien de fois j’ai entendu la question : « Pourquoi ça m’arrive ? » « Pourquoi à lui ou à elle ? » Toute expérience de la maladie soulève des questions qui demeurent sans réponse.
Il m’arrive aussi d’entendre : « Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour mériter ça ? » C’est une autre forme de « Pourquoi ? », ça !
Ainsi donc, devant la souffrance, on cherche un coupable ou tout simplement un sens à donner à celle-ci.
Normand Provencher explique que « durant son ministère, Jésus n’a pas cherché à expliquer la maladie, mais il s’est fait proche des malades et des infirmes. Il ne se contente pas de quelques paroles de consolation ou de mots pieux. Il va auprès d’eux et il en guérit plusieurs. »[1]
À un autre moment, Jésus va jusqu’à s’identifier au malade : « J’étais malade et vous m’avez visité » (Mt 25, 36).
La question du sens à donner à la maladie et à la souffrance est légitime. Rodhain Kasuba [2] écrit : « Quiconque a la foi est en droit de se demander comment la souffrance est possible alors que Dieu est débordant d’amour. »
À l’image de la vie d’aujourd’hui, il y a dans les textes anciens que nous lisons régulièrement dans la Bible une place importante pour la plainte, le gémissement et la prière des malades et blessés de toutes conditions.
De nos jours qu'en est-il des "esprits impurs"
https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2026/01/vision-catholique-de-nos-jours-quen-est.html
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Prier pour les futurs prêtres
C'est dans le but de soutenir les futurs prêtres dans leur cheminement que la Fraternité Père de tendresse a été fondée par Léon-Pierre Éthier, il y a quelques mois. « En priant pour nos futurs prêtres, l'Église sera transformée par l'intérieur », dit le responsable à la Revue Sainte Anne. Par la prière, il souhaite que Dieu mette en eux des cœurs de feu pour transformer les jeunes couples du Québec et la jeunesse.
La Fraternité propose à chaque personne d'être jumelée par la prière avec un homme en formation ou en réflexion pour devenir membre du clergé catholique. Pas de coût d'adhésion, pas d'engagement formel, pas de contrat ; tout est gratuit ! Et la seule condition d'admission est de prier quotidiennement pour un futur prêtre. Une seule pensée suffit.
« Il y a quelques jours, des parents m'écrivaient : « Nous n'avons pas d'enfants. Comme nous aurions aimé avoir un prêtre dans notre famille ! Il sera notre petit prêtre, notre gars à nous. Nous l'aimerons comme notre propre fils », raconte Léon-Pierre Éthier, rencontré avec deux enfants, au Grand Séminaire de Montréal.
Le jumelage dans la prière va parfois plus loin. Souvent, le candidat au sacerdoce prendra la peine d'aller rencontrer ses associés. Ghislain Lavigne, un séminariste, va même parfois souper avec « ses amis de foi » en réponse aux invitations. Pour lui, ces rencontres et ces communions par la prière sont les lieux où il se ressource pour garder sa flamme allumée.
Benoît Voyer
Fraternité Père de tendresse
Léon-Pierre Éthier, responsable
4357, rue Saint-Hubert
Montréal, QC H2J 2X1
(514) 523-3500
(Revue Sainte-Anne, janvier 2001, p. 14)
VISION CATHOLIQUE : De nos jours, qu’en est-il des « esprits impurs » ?
Par Benoit Voyer
12 janvier 2026
Il y a dans les écrits bibliques des mots et des visions du monde qu’il faut remettre en contexte. Hier, on ne voyait pas les choses comme aujourd’hui. Le développement des sciences nous oblige à le faire.
En exemple, dans les textes au style littéraire évangélique, on utilise les mots « un esprit impur » pour désigner la maladie : « Or, il y avait dans leur synagogue un homme tourmenté par un esprit impur, qui se mit à crier : « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu. » (Mc 1, 23-24).
En hébreu, on parle de « souffle impur ». L’expression est tirée du culte juif et n’a rien à voir avec la morale. À cette époque, « le prêtre est chargé de protéger la société de ce qui pourrait menacer sa santé. Il va donc lui indiquer les réalités dont elle doit se garder : moisissures ou champignons toxiques sur les murs des maisons, maladies dont les symptômes sont contagieux, animaux dont il faut éviter de consommer la chair, etc. Tout cela est « impur » au sens de menaçant, nocif, malsain, antisocial. Le grec a choisi de rendre l’expression « souffle impur » par daimôn, un mot désignant une puissance dangereuse pour les humains ; de lui vient, évidemment, notre mot « démon ». Pour ma part, j’ai choisi de traduire l’hébreu par « souffle malfaisant ». Les scribes, auteurs des évangiles et des traditions qui s’y trouvent, utilisent l’un ou l’autre terme sans différence de sens. »[1]
Ainsi donc, dans l’époque et la culture où vit Jésus, les responsables de la maladie sont « les souffles malfaisants ». Et ces « démons » sont terrestres. Ils ont un rôle à jouer bien terre à terre. Ils sont au désert, un lieu hostile aux humains, mais ils préfèrent vivre dans la civilisation.
De nos jours, on doit traduire le terme par des mots plus précis qui se retrouvent dans les dictionnaires médicaux.
A lire aussi:
Jésus et la maladie
Jésus et la maladie
https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/01/jesus-et-la-maladie.html
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[1] André Myre, « Les démons, ancêtres des virus et des microbes », Interbible, 25 mars 2019. www.interbible.org/interBible/decouverte/comprendre/2019/comprendre_20190325.html#:~:text=Les%20humains%20ont%20toujours%20eu,où%2C%20n%27importe%20comment
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[1] André Myre, « Les démons, ancêtres des virus et des microbes », Interbible, 25 mars 2019. www.interbible.org/interBible/decouverte/comprendre/2019/comprendre_20190325.html#:~:text=Les%20humains%20ont%20toujours%20eu,où%2C%20n%27importe%20comment
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