SAINTS ET SAINTES : Gérard Raymond, un saint modèle pour les jeunes

Gérard Raymond, un saint modèle pour les jeunes

Par Benoit Voyer

7 octobre 2026

Gérard Raymond voit le jour à Québec, dans la paroisse Saint-Malo, le 20 août 1912. Quatrième enfant d’une famille qui en comptera huit, il est le fils de Camille Raymond, originaire de Saint-Fabien-de-Rimouski, au Bas-Saint-Laurent, et de Joséphine Poitras. Leur mariage est célébré dans l’église Notre-Dame-de-Bonsecours, à l’Islet, dans la région de Chaudière-Appalaches, le 4 juillet 1905. Son père est conducteur de tramways.

À l’âge de huit ans, il habite avec sa famille au 170, rue Saint-Sauveur, à Québec.

À douze ans, il entre au Petit Séminaire de Québec pour y poursuivre ses études classiques. Il s’y distingue rapidement par ses résultats scolaires, son sérieux et son goût du travail. Ses professeurs comme ses compagnons d’études voient en lui un élève prometteur, attentif à son avenir et pleinement engagé dans la vie du collège.

Son intérêt pour la foi se manifeste aussi dans ses travaux scolaires. À l’occasion d’un concours intercollégial consacré aux saints martyrs canadiens, il remporte le premier prix. Le texte qu’il présente est ensuite publié, en 1931, sous le titre Le sourire du martyr. Il le signe du pseudonyme « J. Mitré », jeu de mots formé à partir de « j’imiterai », qui traduit déjà son désir de marcher sur les traces des martyrs.

Brillant élève, souvent au premier rang de sa classe, Gérard Raymond relativise pourtant lui-même l’importance de ses succès scolaires. Dans son journal, il écrit le 19 septembre 1930 : « Peu importe les succès de classe, pourvu que j'arrive bon premier dans ce grand concours dont le ciel est l'enjeu. Mon Dieu, faites de moi un saint. »

Sa vie spirituelle occupe en effet une place grandissante dans son quotidien. Il prie régulièrement, récite chaque jour le chapelet et profite des églises situées sur son trajet pour s’y arrêter quelques instants. Le vendredi, il médite le chemin de la croix. Derrière la vie apparemment ordinaire de cet étudiant se développe ainsi une intense vie intérieure.

À la fin de 1931, son existence bascule. En décembre, alors qu’il n’a que 19 ans, il est hospitalisé à l’Hôpital Laval. Les médecins diagnostiquent une phtisie foudroyante, c’est-à-dire une forme de tuberculose à évolution très rapide. Il ne lui reste alors que quelques mois à vivre.

Gérard Raymond trépasse le 5 juillet 1932, quelques semaines seulement avant son vingtième anniversaire. Durant sa maladie, il aurait affronté l’épreuve sans plainte ni amertume, cherchant plutôt à accueillir ce qui lui arrivait dans un esprit de foi et d’abandon à Dieu.

Il est inhumé dans le lot E I 172 du Cimetière Saint-Charles, à Québec, dans la section du Cimetière Saint-Vallier.

Cimetière Saint-Vallier, à Québec
Son journal

Une grande partie de ce que l’on connaît aujourd’hui de la vie intérieure de Gérard Raymond provient de son journal personnel. Il commence à le rédiger le 23 décembre 1927. Après sa mort, ses parents retrouveront ces pages dans son bureau de travail.

Dès le début, le jeune homme précise lui-même ce qu’il souhaite faire de ce journal :

« Ce journal, ô mon Dieu, je veux qu'il soit un long colloque avec vous où je vous dirai mes pensées et mes joies, et où je reviendrai me retremper les jours où ma ferveur faiblira. »

Ce cahier devient ainsi le témoin de son cheminement spirituel. Gérard y consigne ses joies, ses combats, ses aspirations et sa volonté de conformer sa vie à sa foi. On y découvre notamment son désir de grandir dans l’humilité, dans le sacrifice et dans l’abandon à la volonté de Dieu.

En juillet 1929, il écrit :

« Je sais bien qu'on ne peut vous aimer sans souffrir, ô Jésus. Je sais qu'il faut monter plus souvent le Calvaire que le Thabor ; mais c'est un bonheur que de souffrir pour celui qui nous aime. Faites-moi donc éprouver ce bonheur dès qu'il vous plaira. »

Le journal permet également de suivre l’évolution de son discernement vocationnel. Gérard Raymond envisage sérieusement le sacerdoce et rêve aussi de devenir missionnaire.

En septembre 1929, il note : « Depuis mon enfance, je n'ai jamais pensé à choisir une autre vocation que celle du prêtre. »

Un an plus tard, en octobre 1930, il écrit encore : « En attendant, être missionnaire par la prière et le sacrifice. »

Il est aussi attiré, un temps, par la spiritualité franciscaine. En juillet 1929, il confie : « Je crois avoir l'attrait pour la vie franciscaine : vie cachée, vie de pénitence, vie toute à Dieu. »

Parmi les figures spirituelles qui l’inspirent, Thérèse de Lisieux occupe une place particulière. Il lui demande simplement : « Apprenez-moi à devenir un saint. »

Il souhaite surtout faire sienne la « petite voie » de Thérèse. Le 15 juin 1929, il écrit : « Je veux suivre la petite Thérèse de Jésus, dans sa petite voie. Voie d'amour, voie d'enfance, voie d'abandon. »

Après sa mort, la publication de son journal contribue largement à faire connaître son parcours. Des personnes commencent à lui confier des intentions de prière, tandis que circulent des témoignages faisant état de conversions, de guérisons ou d’autres faveurs qui auraient été obtenues par son intercession.

AU FIL DE L'HISTOIRE: Le décès de Laurent Jean (7 octobre 1967)


LE PRÉSENT DU PASSÉ : La Maison de Mgr Moreau au service de la famille

La Maison de Mgr Moreau au service de la famille

La municipalité d’Iberville en Montérégie, comme plusieurs autres villes canadiennes, n’échappe pas au phénomène de la pauvreté. Marie Tremblay, la directrice de la Maison Mgr Moreau, située au deuxième étage du 580, 1ère avenue, en sait quelque chose. Elle aide depuis sept ans les familles les moins fortunées de la ville.

par Benoit Voyer

Mme Marie Tremblay, l’ancienne présidente provinciale des Fermières du Québec, n’a pas eu longtemps à chômer lorsque la fin de son mandat est venue. Hélène Bousquet, une sœur de Saint-Joseph de St-Hyacinthe qui était, à l’époque, directrice du Centre d’Actions Bénévoles d’Iberville, lui a fait du charme pour l’amener travailler avec elle.

« Lors d’une rencontre, sœur Hélène me dit : “Qu’est-ce que tu fais, tu n’es plus avec tes Fermières?” Je répondis : “Je viens de terminer mon mandat à la fin du mois d’août!” Alors elle me répliqua : “J’aimerais ça aller te voir afin de jaser de quelque chose.” Je me suis vraiment laissée prendre dans ses filets. Elle a bien tissé ses toiles d’araignées autour de moi. Lors de ce rendez-vous, elle m’a expliqué son projet et ses objectifs. »

À la suite de ce partage, Marie Tremblay acceptait de mettre à contribution ses talents d’ex-enseignante. Elle a bâti un programme qui concerne l’alphabétisation. Elle a aussi mis au point des activités qui visent à ce que les participantes puissent équilibrer leur budget et se renseigner sur la psychologie de l’enfant.

Sœur Bousquet avait ainsi sensibiliser Marie Tremblay aux véritables besoins du milieu. « Elle savait de quoi elle parlait puisqu’elle recevait régulièrement des demandes d’aide. Elle avait remarqué que plusieurs personnes manquaient de débrouillardise. »

La Maison Mgr-Moreau
La clientèle de ce centre familial est constituée de personnes qui reçoivent des prestations du ministère de la Sécurité du Revenu. Grâce à certains programmes spéciaux, ces femmes, pour la plupart chefs de familles monoparentales s’engagent pour une période de l’année à raison de trois journées par semaine, à se rendre à la Maison Mgr Moreau pour apprendre des choses et pour s’épanouir.

En retour, pour récompenser ces femmes qui veulent se prendre en main, le gouvernement leur verse un montant supplémentaire au moment de la remise du chèque d’aide sociale. Les services de garderie sont aussi payés lorsqu’elles viennent au centre.

Marie Tremblay explique que le programme de formation insiste aussi sur l’alimentation. « Nous leur faisons connaître les quatre groupes alimentaires. Je fais des menus qui sont par la suite expérimentés sur place. Nous ne sommes pas une cuisine collective. Elles apprennent à faire la cuisine et elles consomment sur place les mets. Toutefois, tous les ingrédients leur sont offerts gratuitement. »

Les animatrices se servent aussi des recettes de cuisine pour montrer aux femmes à lire et à faire des mathématiques. « Si elles veulent une recette, déclare Mme Tremblay, je la donne en dictée et nous corrigeons par la suite. Ici, il y a des personnes qui sont seulement capables d’écrire leur nom. Par contre, d’autres ont réussi leur secondaire V et elles veulent retourner sur le marché du travail. L’équipe va plus loin avec ces personnes en leur inculquant des notions supplémentaires. Je prends comme exemple ce que nous avons fait lors des dernières élections. Nous avons parlé de géographie politique. »

Les bénéficiaires des services apprennent aussi à coudre. « Nous nous sommes rendu compte que le linge qui était donné au Centre d’Actions Bénévoles l’était parce que souvent une seule couture était défaite. Dans notre démarche, nous les invitons à aller au comptoir s’acheter quelques morceaux de linge qu’elles pourront modifier et réparer. Elles apprennent à coudre et elles économisent beaucoup. »

À d’autres moments, la Maison Mgr Moreau va jusqu’à procurer une aide administrative. Quelques couples ont de sérieuses difficultés de gestion de leur budget. « Je leur montre le système de l’enveloppe : une pour le loyer, une pour le téléphone etc... Cette enveloppe s’appelle : “Ce n’est plus à toi. Tu n’y touches plus. Il faut que tu vives avec ce qui reste.” »

(Revue Notre-Dame du Cap, janvier-février 1994, pp. 19 à 20)