La municipalité d’Iberville en Montérégie, comme plusieurs autres villes canadiennes, n’échappe pas au phénomène de la pauvreté. Marie Tremblay, la directrice de la Maison Mgr Moreau, située au deuxième étage du 580, 1ère avenue, en sait quelque chose. Elle aide depuis sept ans les familles les moins fortunées de la ville.
par Benoit Voyer
Mme Marie Tremblay, l’ancienne présidente provinciale des Fermières du Québec, n’a pas eu longtemps à chômer lorsque la fin de son mandat est venue. Hélène Bousquet, une sœur de Saint-Joseph de St-Hyacinthe qui était, à l’époque, directrice du Centre d’Actions Bénévoles d’Iberville, lui a fait du charme pour l’amener travailler avec elle.
« Lors d’une rencontre, sœur Hélène me dit : “Qu’est-ce que tu fais, tu n’es plus avec tes Fermières?” Je répondis : “Je viens de terminer mon mandat à la fin du mois d’août!” Alors elle me répliqua : “J’aimerais ça aller te voir afin de jaser de quelque chose.” Je me suis vraiment laissée prendre dans ses filets. Elle a bien tissé ses toiles d’araignées autour de moi. Lors de ce rendez-vous, elle m’a expliqué son projet et ses objectifs. »
À la suite de ce partage, Marie Tremblay acceptait de mettre à contribution ses talents d’ex-enseignante. Elle a bâti un programme qui concerne l’alphabétisation. Elle a aussi mis au point des activités qui visent à ce que les participantes puissent équilibrer leur budget et se renseigner sur la psychologie de l’enfant.
Sœur Bousquet avait ainsi sensibiliser Marie Tremblay aux véritables besoins du milieu. « Elle savait de quoi elle parlait puisqu’elle recevait régulièrement des demandes d’aide. Elle avait remarqué que plusieurs personnes manquaient de débrouillardise. »
La Maison Mgr-Moreau
La clientèle de ce centre familial est constituée de personnes qui reçoivent des prestations du ministère de la Sécurité du Revenu. Grâce à certains programmes spéciaux, ces femmes, pour la plupart chefs de familles monoparentales s’engagent pour une période de l’année à raison de trois journées par semaine, à se rendre à la Maison Mgr Moreau pour apprendre des choses et pour s’épanouir.
En retour, pour récompenser ces femmes qui veulent se prendre en main, le gouvernement leur verse un montant supplémentaire au moment de la remise du chèque d’aide sociale. Les services de garderie sont aussi payés lorsqu’elles viennent au centre.
Marie Tremblay explique que le programme de formation insiste aussi sur l’alimentation. « Nous leur faisons connaître les quatre groupes alimentaires. Je fais des menus qui sont par la suite expérimentés sur place. Nous ne sommes pas une cuisine collective. Elles apprennent à faire la cuisine et elles consomment sur place les mets. Toutefois, tous les ingrédients leur sont offerts gratuitement. »
Les animatrices se servent aussi des recettes de cuisine pour montrer aux femmes à lire et à faire des mathématiques. « Si elles veulent une recette, déclare Mme Tremblay, je la donne en dictée et nous corrigeons par la suite. Ici, il y a des personnes qui sont seulement capables d’écrire leur nom. Par contre, d’autres ont réussi leur secondaire V et elles veulent retourner sur le marché du travail. L’équipe va plus loin avec ces personnes en leur inculquant des notions supplémentaires. Je prends comme exemple ce que nous avons fait lors des dernières élections. Nous avons parlé de géographie politique. »
Les bénéficiaires des services apprennent aussi à coudre. « Nous nous sommes rendu compte que le linge qui était donné au Centre d’Actions Bénévoles l’était parce que souvent une seule couture était défaite. Dans notre démarche, nous les invitons à aller au comptoir s’acheter quelques morceaux de linge qu’elles pourront modifier et réparer. Elles apprennent à coudre et elles économisent beaucoup. »
À d’autres moments, la Maison Mgr Moreau va jusqu’à procurer une aide administrative. Quelques couples ont de sérieuses difficultés de gestion de leur budget. « Je leur montre le système de l’enveloppe : une pour le loyer, une pour le téléphone etc... Cette enveloppe s’appelle : “Ce n’est plus à toi. Tu n’y touches plus. Il faut que tu vives avec ce qui reste.” »
(Revue Notre-Dame du Cap, janvier-février 1994, pp. 19 à 20)
