RÉFLEXION SPIRITUELLE : Sois sans crainte, Marie

Sois sans crainte, Marie

Par Benoit Voyer

7 octobre 2026

Je souris à chaque fois que je relis le récit de l’apparition de l’ange à Marie [1]. À nos petits-enfants, on dit que c’est la cigogne qui apporte le nouveau bébé à sa maman.

Ce texte ressemble à une sorte de conte fantastique : Un ange venu d’un autre monde dit à Marie qu’elle sera enceinte : il « te prendra sous son ombre ». C’est bien ce que nous venons de lire : un dénommé Gabriel annonce à Marie, qui, dit-on, ne connait rien aux petits plaisirs de la vie, qu’elle va tomber enceinte sans avoir une relation sexuelle.

Nous, les hommes, savons ce que veut dire l’expression « prendre » une femme « sous son ombre ». Surtout lorsqu’elle nous appelle « mon ange ». On n’a pas besoin de faire un dessin pour comprendre la nature humaine.

Trêve de plaisanterie, soyons un peu plus sérieux…

Il est clair qu’il ne faut pas lire ce texte au premier degré. Il faut plutôt en chercher le sens profond, le sens spirituel.

Le rédacteur de ce récit est un juif instruit qui connait la Torah. Il sait fort bien que si Jésus est ressuscité, il est inévitablement né d’une vierge. C’est écrit noir sur blanc dans le livre d’Isaïe.

Dans cette histoire, l’archange annonciateur de nouvelles, le messager de Dieu, Gabriel, apparaît à Marie, la nouvelle Ève, la future maman choisie par le Très-Haut pour être la mère humaine de son Fils.

Apparition ? On n’en sait rien. Pour le croyant, tout est possible. Une chose est sûre, Marie a eu une illumination intérieure : une voix a parlé en elle.

Dans la vie spirituelle ou surnaturelle, l’illumination intérieure est un classique. C’est comme cela que l’humain a la certitude de toucher le divin.

Ce que Marie apprend lui semble impossible. Mais elle écoute la voix de l’archange Gabriel. Elle reste humble et accueillante : il arrivera bien ce qui doit arriver. Tout ce que je veux, c’est faire la volonté de Dieu.

Plus tard, sa cousine Élisabeth confirmera à Marie la véracité de ce qui lui a été révélé parce qu’elle aussi a reçu la visite de l’archange.

N’oublions pas la phrase centrale de ce récit : « Rien n’est impossible à Dieu. » Vous avez bien entendu : « Rien n’est impossible à Dieu. ».

Être devant un mystère, c’est être devant une réalité inépuisable
Allons plus loin. Pour mieux comprendre le récit de l’annonce et de la naissance de Jésus raconté par Luc, il faut le faire avec l’imagination d’un enfant parce que l’évangéliste utilise la structure littéraire du conte. Si cher aux temps de l’Avent et de Noël, l’esprit d’enfance est nécessaire.

Dans son livre « Créés pour être aimés » (Médiaspaul, 2012), Mgr Christian Lépine explique que Jésus enfant « se présente à nous comme l’humble par excellence, le petit par excellence, le pauvre par excellence ».1 L'archevêque catholique de Montréal écrit : « Le temps de Noël, qui est un temps d’espérance et de joie, est aussi un temps où on célèbre l’esprit d’enfance devant Dieu qui se fait enfant à nos yeux. Je suis invité à retrouver le sens de l’accueil confiant et à l’approfondir sans cesse. Dieu se livre à des mains humaines et fragiles, il nous fait confiance avant que nous lui fassions confiance. Il espère en nous avant que nous espérions en lui (Péguy). Dieu a posé chaque personne dans l’existence en ayant en vue une identité à réaliser, une mission à accomplir. Est-ce que je veux me recevoir de Dieu dans l’abandon du nouveau-né qui se laisse porter, dans la docilité de l’enfant qui se laisse conduire ? »2

L’incarnation, c’est-à-dire le fait que Dieu s’est fait chair, est pour le croyant un « mystère ». Ce « mystère » dans la foi chrétienne n'est pas ce qu'on ne peut comprendre, mais ce qu'on n'a jamais fini de comprendre, et qui ne peut être compris de façon ultime que dans la foi, et on le sait, la foi n’est pas un fait scientifique.

Pour Christian Lépine, « le mot « mystère » est un mot clef de la révélation. C’est un mot qui veut dire « faire silence ». Faire silence parce qu’être devant un mystère, c’est être devant une réalité que je ne peux connaitre en la saisissant par la seule force de ma raison, sans qu‘elle me soit révélée. »

Il ajoute : « Mais il y a autre chose, être devant un mystère, c’est être devant une réalité inépuisable. C’est-à-dire que j’ai beau en connaitre quelque chose, il y en a toujours plus que j’ignore. C’est pourquoi toutes les paroles que je peux en dire sont toujours enveloppées dans le silence: elles viennent du silence et retournent au silence. »

Le Seigneur est avec toi
Dans « Créés pour être aimés », Mgr Christian Lépine donne des pistes pour bien comprendre l’apparition de l’ange à Marie, une manifestation du mystère de Dieu:

« C’est l’ange qui parle, mais c’est Dieu qui l’envoie. Devant le fait de cette manifestation du ciel, et devant le contenu de la salutation, Marie « fut toute bouleversée ». À travers tout l’Ancien Testament, c’est là la réaction typique lorsque le mystère de Dieu se manifeste d’une façon ou d’une autre: être saisi d’étonnement, se sentir dépassé, submergé.

Mais l’ange, sans laisser le temps à Marie de répondre, lui dit : « Sois sans crainte. » C’est que Dieu ne veut pas nous écraser avec son mystère, mais nous combler. Devant le mystère de sa présence et de sa parole, il invite à la paix et à la confiance.

Marie reconnaît le mystère qui se présente à elle, elle est mise en confiance devant lui. Mais elle demeure active en se posant des questions : « Elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation », et en questionnant l’ange : « Comment cela va-t-il se faire ? »

Mais ces questions ne sont pas des réticences, elles sont un effort pour mieux connaître la volonté de Dieu. En effet, Marie n’a qu’un désir : être « la servante du Seigneur ». C’est là la toile de fond de sa vie, de toute son existence. C’est avec une disponibilité de tout son être qu’elle accueille le mystère de Dieu dans sa manifestation.

À l’intérieur de son entière disponibilité, elle reconnait le mystère, est en confiance devant lui, cherche à mieux connaitre la volonté de Dieu et y répond par un oui total: « Que tout se passe pour moi selon ta parole ».

Le mystère divin peut s’exprimer de bien des manières. On le retrouve manifeste de façon appropriée dans la salutation de l’ange lorsqu’il dit à Marie: « Le Seigneur est avec toi ». Mystère insaisissable et inépuisable d’une présence qui nous rejoint. Mystère d’une nouveauté qui vient non pas du monde, de l’histoire, mais du surnaturel, de l’éternité.

« Le Seigneur est avec toi », cette parole est dite à Marie afin qu’elle puisse être dite en vérité à chacun et chacune d’entre nous. À Noel, l’ange me dit: « Le Seigneur est avec toi ». Ce don est la manifestation gratuite de l’amour de Dieu. »

Un nom adorable
J’aime ces quelques paroles du père Eugène Prévost : « Quand ce nom adorable de Jésus a été prononcé pour la première fois sur la terre, il a été entendu par la créature la plus pure sortie des mains du Créateur. Au seul nom de Jésus que lui annonça l’Ange de l’Incarnation, Marie a été éclairée, embrasée, plongée dans l’adoration et l’amour, et elle s’est abîmée dans l’humilité la plus profonde pour accomplir les desseins de Jésus qui venait sauver le monde. »[2]

La personne de l’Esprit saint
Pour parler de l’Esprit saint, il n’y avait pas mieux que le regretté père Jean-Paul Regimbal pour le faire. Voici ce qu’il écrivait à son sujet [3] :

« Le Saint-Esprit est, sans aucun doute, la personne la moins connue, la moins aimée et la moins adorée de l'auguste Trinité. Et pourtant, c'est la personne divine qui opère dans nos vies quotidiennes le rôle le plus constant et le plus intime dans l'œuvre de notre croissance spirituelle, de notre sanctification. C'est le Saint-Esprit qui, au moment du baptême, a été diffusé dans nos cœurs, par Dieu le Père, pour nous marquer du signe du salut, pour nous communiquer la vie divine, pour nous conformer à l'image même du Christ, pour que nous devenions tous enfants de Dieu, fils de Dieu dans le seul et unique vrai Fils, Jésus-Christ. C'est par lui encore que nous est communiqué le salut que le Seigneur Jésus nous a mérité sur la Croix. C'est toujours par lui que nous sommes régénérés à la vie nouvelle que nous a acquise le Fils de Dieu, Jésus, par sa mort et sa résurrection.

Le Saint-Esprit est une personne divine égale et coéternelle au Père et au Fils. C'est une personne qui "demeure en nous" (Jn 14, 16-17), qui "nous enseigne et nous conduit à la plénitude de la Vérité" (Jn 14, 26), qui "convainc et confond le monde en matière de péché, de justice et de jugement" (Jn 16, 8). Il conduit, il parle, il entend, il annonce, il glorifie, il ordonne, il envoie, il empêche, il avertit, il aide et intercède, il pense, il sonde tout, il opère et distribue, il possède une volonté, puisqu'il souffle où il veut, et qu'il accorde ses dons selon son bon plaisir. Or, seule une personne possède ces attributs et peut exercer ces diverses actions envers les hommes.

Par ailleurs, les hommes peuvent lui mentir (Ac 5,3), le tenter (Ac 5,9), lui résister (Ac 7,51), l'attrister (Ep 4,30), l'outrager (He 10,29) et blasphémer contre lui (Mt 12,31). C'est d'ailleurs le seul péché que Jésus a déclaré irrémissible, sans pardon : le péché contre l'Esprit-Saint.

C'est encore la personne du Saint-Esprit qui, tout à fait aux origines mêmes du christianisme, a rendu féconde la Vierge Marie en la couvrant "de son ombre", a oint de puissance et d'autorité le ministère sacré du Christ, au moment de son baptême par Jean-Baptiste, et a transformé le cœur et la personnalité des apôtres pour annoncer avec audace le Royaume de Dieu établi par Jésus-Christ, au point d'en témoigner au prix du sang.

[…] Dans le Nouveau Testament, il est bien le premier fait d’expérience : naissance et sanctification de Jean-Baptiste dès le sein de sa mère, conception virginale du Christ dans le sein de Marie, manifestation visible sous la forme d'une colombe le jour du baptême de Jésus-Christ.

J'irais même un pas plus loin en précisant que le Saint-Esprit est le premier fait d'expérience de toute la Révélation, car c'est Lui qui a inspiré les Patriarches et les Prophètes et c'est de Lui dont parle l'auteur de la Genèse dès les toutes premières lignes du récit de la Création : "Au commencement, l'Esprit de Dieu (ruah Elohim) planait sur les eaux." (Gn 1,2). […]. Et c'est encore au même Esprit de Dieu que se réfère le témoignage de Jean au dernier chapitre de l'Apocalypse : "l’Esprit et l’épouse disent : 'Viens' (marana tha). Que celui qui écoute dise : 'Viens'. Et que l'homme assoiffé s'approche, que l'homme de désir reçoive l’eau de la vie, gratuitement." (Ap 22, 17).

Il n'est donc pas étonnant qu'à un moment de l'histoire de l'humanité où tout semble sur le point de se perdre dans le chaos le plus complet, la manifestation prodigieuse de l'Esprit-Saint soit de nouveau voulue par Dieu pour "renouveler la face de la Terre" et pour y apporter l'ordre, la justice, la lumière et la paix, dans la plénitude de l'AMOUR. Cela est d'ailleurs conforme à la prophétie de Joël qu'évoquait saint Pierre au jour de la Pentecôte : "Il se fera, dans les derniers jours, dit le Seigneur, que je répandrai de mon Esprit sur toute chair. Alors leurs fils et leurs filles prophétiseront, les jeunes gens auront des visions et les vieillards, des songes. Et moi, sur mes serviteurs et mes servantes, je répandrai de mon Esprit et je ferai paraître des prodiges là-haut dans le ciel et des signes ici-bas sur la terre. Le soleil se changera en ténèbres et la lune en sang. Avant que vienne le jour du Seigneur, ce grand jour. Et quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé." (Jo 3, 1-5). (Ac 2, 17-31)

L'Esprit de Dieu continue toujours son action dans l'Église, comme en témoigne d'une façon éclatante le concile Vatican II. Un essor spirituel considérable fut imprimé à toute l'Église, tant au sein du laïcat et du clergé qu'au sein des communautés religieuses. Renouveau et réforme vont de pair pour redonner à l'Église sa beauté primitive "sans ride, ni tache". C'est en ce sens que parle Jean XXIII dans la bulle d'indiction : « Cela mettra en évidence la vie et la perpétuelle jeunesse de notre Mère la Sainte Église, qui est toujours présente aux événements humains et qui, au fur et à mesure que passent les siècles, renouvelle sa beauté, brille d'une nouvelle splendeur et remporte de nouvelles victoires, tout en restant toujours la même et en se conformant à cette splendide image qu'a voulu lui donner Jésus-Christ, son divin Époux, qui l'aime et la protège. »

Cependant, c'est au cours de ce même concile Vatican II que l'Église entière […] a récité avec ferveur la prière de Jean XXIII : "Renouvelez en notre temps les merveilles de la Pentecôte."

[…] L'Église demandait un renouveau doctrinal, liturgique, théologique, ascétique et mystique ; tout cela fut exaucé à merveille dans les profondes réformes entreprises à la suite des 16 textes conciliaires. […]

Personne ne contestera au Saint-Esprit le droit de "souffler où Il veut". Il agit parfois de façon très étonnante car "ses pensées ne sont pas nos pensées et ses voies ne sont pas nos voies." C'est pourquoi il faut davantage admirer et glorifier le Saint-Esprit dans ses œuvres – une fois passée la première surprise, bien entendu – que de s'en méfier ou encore de "le contrister" lorsqu'Il daigne se manifester. Un passage du décret sur les missions (Ad Gentes, nᵒ 29) nous avertit d'ailleurs que l'Esprit-Saint prend souvent l'initiative dans bien des domaines et qu'il n'y a pas lieu de s'en surprendre puisqu'Il est souverain : "Bien que l'Esprit saint suscite de diverses manières l'esprit missionnaire dans l'Église de Dieu ; bien qu'il ne soit pas rare que l’action de l’Esprit saint prévienne (précède) l’action de ceux à qui il appartient de gouverner la vie de l’Église, ce dicastère doit cependant, pour sa part, promouvoir la vocation et la spiritualité missionnaire."

Oui, l'Esprit souffle où Il veut et quand Il veut. C'est donc, pour chacun de nous, l'occasion de constater avec "gratitude et joie spirituelle" ce que l'Esprit-Saint daigne faire dans l'Église et dans le cœur des hommes de notre temps. »

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[1] Lc 1, 26-38
[2] Eugène Prévost. Elevaciones : vida de amor y de intimidad con Jesús, Les Amis de Béthanie, 2002 (BANQ 232 P9447e E2002)
[3] Jean-Paul Regimbal. Signes & témoins du royaume – Sous la mouvance de l’Esprit – Le Renouveau charismatique dans l’Église catholique, Ralliement pour le Christ, 1971,