18 septembre 2025


LE BALADO: Le maître chantre


ARTICLE DU JOUR: Les femmes prêtres, ce n’est pas pour demain


Les femmes prêtres, ce n’est pas pour demain

Par Benoit Voyer

18 septembre 2025

Bien que le pape François ait fait avancer le dossier de la place des femmes dans l’Église catholique, il n’en demeure pas moins qu’il y a encore bien du chemin à parcourir pour qu’elles accèdent au sacrement de l’ordre et deviennent prêtres. Sous les prédécesseurs de François, la cause des femmes était au beau neutre.

Dans une lettre apostolique parue le 29 juin 1995 [1], le pape Jean-Paul II réaffirmait la position de l’Église du moment sur la question de l'accès des femmes à la prêtrise. Encore une fois, le chef des catholiques disait : « Non ».

Lorsque l’Église anglicane a soulevé le débat, Paul VI, qui était alors pape, a rappelé aux anglicans que le Vatican tient à ce que l’ordination sacerdotale des femmes ne soit pas acceptable pour des raisons fondamentales.

Il citait en exemple le passage de l’Évangile dans lequel on apprend que Jésus a choisi ses apôtres uniquement parmi des hommes. Dans la pratique, l’Église a également toujours choisi des membres de la gent masculine.

Comme Paul VI le proclamait et Jean-Paul II le disait aux évêques du Québec, le 6 mai 1993 [2], lors de la visite « ad limina » : « L'Église ne se considère pas autorisée à admettre les femmes à l’ordination sacerdotale ».

Le pape soutenait que « la présence et le rôle de la femme dans la vie et la mission de l’Église, bien que non liés au sacerdoce ministériel, demeurent absolument nécessaires et irremplaçables […] L’Église souhaite également que les femmes chrétiennes prennent pleinement conscience de la grandeur de leur mission : leur rôle sera capital aujourd’hui, aussi bien pour le renouvellement et l’humanisation de la société que pour la découverte parmi les croyants du vrai visage de l’Église ».

Dans sa lettre, Jean-Paul II concluait sur un ton directif en affirmant qu’en vertu de sa mission de confirmer ses frères, tous ses fidèles de l’Église doivent faire sienne cette position.

À son retour du Vatican, à l’occasion d’une conférence de presse à laquelle je participais à titre de journaliste [3], Mgr Jean-Guy Hamelin, en marchant sur des œufs, déclarait que la Conférence des évêques catholiques du Canada accueillait cet enseignement du pape en le faisant sien : « Les évêques du Canada ont été, spécialement ces dernières années, de vigoureux promoteurs d’une juste place des femmes dans l’Église. Ils continueront de le faire à l’invitation même de la lettre apostolique, et au sein de l’Église universelle et auprès de leurs propres communautés […] On ne peut pas voir dans la présente déclaration, qui réaffirme une position déjà tenue dans l’Église, un obstacle pour continuer à intensifier les efforts des femmes et ceux de tous les catholiques d’ici en vue de les impliquer toujours de plus en plus dans les structures et toute la vie de la communauté des fidèles ».

Ainsi donc, grâce au pape François, la cause des femmes a continué d’évoluer au sein de l’Église. Comme me le disait en 1994 l’abbé Denis Lépine, prêtre au diocèse catholique de Saint-Hyacinthe [4] :

« Théologiquement, ça ne tient plus les arguments de Rome. Pour être honnête intellectuellement, allons au bout de la pensée : Jésus n’a choisi, chez ses disciples, que des hommes juifs. Alors, moi, je ne suis pas juif. L’Église a évolué en ce sens à une époque et admettra les femmes éventuellement. Il me rappelait qu’il y a eu, dans l’histoire de l’Église, des diacres féminins. Il s’agit d’un ministère ordonné au même titre qu’un prêtre et un évêque.

____________________

[1] Jean-Paul II. « Lettre du pape Jean-Paul II aux femmes », 29 juin 1995 www.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/letters/1995/documents/hf_jp-ii_let_29061995_women.html
[2] Jean-Paul II. « Discours de sa sainteté Jean-Paul II à l’Assemblée des évêques du Québec en visite « Ad limina », 6 mai 1993 www.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/speeches/1993/may/documents/hf_jp-ii_spe_19930506_quebec-ad-limina.html
[3] Benoit Voyer. « Les femmes prêtres ce n’est pas pour demain - Jean-Paul II réaffirme la position de Rome », Le Plus de La Voix de l’Est, 26 juin 1994, p. 2.
[4] Benoit Voyer. « Les femmes prêtres ce n’est pas pour demain - Jean-Paul II réaffirme la position de Rome », Le Plus de La Voix de l’Est, 26 juin 1994, p. 2.

SUR LA ROUTE: Saint-Philippe-de-Néri, au Bas Saint-Laurent

A Saint-Philippe-de-Néri

Par Benoit Voyer
18 septembre 2025

Le 16 septembre, en après-midi, de passage à Saint-Philippe-de-Néri, au Bas-Saint-Laurent, je suis allé me recueillir dans le cimetière. Près de la croix, je me suis souvenu de Félicité Dionne, inhumée en ce lieu le 4 avril 1876, et de François Xavier Jean, décédé entre les recensements de 1881 et 1891. On a perdu sa trace. Il s'agit de mes arrière-arrière-arrière-grands-parents du côté de ma mère.


Je n'ai pas oublié mes arrière-arrière-grands-parents Étienne Lavoie et Louise Voyer, du côté de ma mère. Louise est la sœur de Louis Voyer, les enfants de Jean-Baptiste Voyer et Louise Dumais. mes quatrièmes arrière-grands-parents du côté de mon père et de ma mère. Ainsi donc, mon père et ma mère sont des descendants de René Voyer (Étienne), le premier de sa lignée en Amérique.


L'église catholique Saint-Philippe a été construite en 1890. Il s'agit du lieu de culte et des rites de passage de plusieurs générations. C'est à cet endroit qu'ont eu lieu les funérailles de Félicité, Louise et Antoine.

PAROLE DE Maria Ferretti


NATURE: Les îles de Berthier


Les îles de Berthier dans la région de Lanaudière

GRANBY: Accident rue Denison Ouest, a Granby (1986) - En rappel


Le 4 septembre 1986, un accident survient sur la rue Denison Ouest, a Granby. Derrière la caméra, Benoit Voyer capte quelques images du remorquage de L'Unité 7/24. 

Tiré du Fonds Benoit Voyer (P049) de la Société d'histoire de la Haute-Yamaska, a Granby.

CATHOLIQUE: Si j'étais passé par là, je serais derrière les barreaux


Très souvent, j'ai les larmes aux yeux quand les jeunes commencent à parler de leurs souffrances, de leur vécu. Je trouve cela extraordinaire! Je me dis, comme Thérèse de l'Enfant Jésus, « si j'étais passé par là, je serais derrière les barreaux », raconte André Dumont.

« Si j'étais passé par là, je serais derrière les barreaux »
                                     -André Dumont

Ce père Oblat de Marie Immaculée qui a longtemps travaillé au Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap et qui est reconnu même à l'étranger pour ses chansons spirituelles, dont « Jésus est vivant », exerce maintenant son ministère sacerdotal auprès des alcooliques et des toxicomanes à Montréal. Le religieux fondait, il y a 5 ans, l'Exode. II s'agit d'une maison de réinsertion sociale, un milieu de vie où l'individu peut réapprendre à vivre au cœur de la société.

« J'ai eu ma période de supposée "Star", dit-il. Cela m'a toujours un peu agacé. Je n'ai pas envie d'être ainsi. C'est le Christ qui est la "star"! J'aime mieux être sur le terrain auprès des pauvres. C'est ma joie! »

Cependant, il ne regrette rien de son travail à Cap-de-la-Madeleine, « Cela a été merveilleux! Je suis maintenant à une autre étape de ma vie », insiste le père Dumont.

Frédéric
Peu de temps après la visite du pape Jean-Paul II au Canada en 1984, sentant que la béatification du père Frédéric serait proche, il proposait à l'équipe du lieu de pèlerinage d'écrire un livre sur ce personnage.

Après avoir lu les lettres de Frédéric Jansoonne qu'il a dû sortir de la poussière, il a remarqué des traits forts chez le saint homme. Une de celles-ci, était d'aller vers les gens qui portaient des souffrances intérieures. Une similitude qui se retrouve, aussi, chez le fondateur des Oblats, Eugène de Mazenod.

Cette découverte inspirait l'auteur du livre « Le goût de Dieu » à écrire un chapitre sur le sujet des blessés de la vie.

Un téléphone
« Au moment d'écrire le livre, poursuit-il, je reçois un appel téléphonique, une espèce de cri de détresse, d'un jeune du nom de Pierre Forest. Il était à la maison Mélaric à Pointe-du-Lac (aujourd'hui déménagée à Carillon). Il me disait que le prêtre qui allait célébrer l'eucharistie chez eux était parti. Les gars trouvaient ça difficile. »

Il ajoute: « En partant, le prêtre qui venait nous a dit: "demandez à André Dumont, il est au Sanctuaire". La direction de Mélaric a dit à ce jeune qui est décédé d'une "overdose" deux ans plus tard, de trouver cet étrange personnage. Ces jeunes ne me connaissaient pas, car ils ne fréquentaient pas le Sanctuaire.»

Le religieux remercia l'offre faite et répondit que pour l'instant, il était débordé. Le jeune récidivait quelques jours plus tard. La réponse fut la même.

« La troisième fois, "y a été wise", il m'a dit: "Je sais que tu vas me dire non, alors ne me réponds pas. J'aimerais juste que tu viennes nous visiter, juste une petite fois pour que tu saches davantage qui on est. Après tu pourras dire non". C'est là qui m'a eu! » se souvient en souriant l'homme de Dieu.

Lors de sa visite du 3 septembre 1987, il fut très touché. Parmi ses surprises, un jeune lui demanda « un gros Pardon de Dieu ». « Je dois t'avouer que ça valait le déplacement! »

Les jeunes étaient enchantés par ce prêtre à l'allure un peu "rock-n-roll". Pendant trois ans, il fréquenta ce centre. Ce fut pour lui comme un noviciat.

L'Exode
Au 2575, rue Létourneux, c'est vraiment la dure réalité montréalaise. C'est ici que se retrouve le quartier le plus chaud de la métropole québécoise (Hochelaga-Maisonneuve). Près de la maison, il y a des centaines de piqueries.

Pour André Dumont, le choix du site est vraiment providentiel. C'est sa communauté qui lui a offert cette maison. C'est après qu'il a connu les réalités de l'arrondissement. Il ne pouvait y avoir meilleur lieu.

La congrégation oblate subventionne son apostolat, car l'oeuvre de l'Exode a peu d'argent pour des salaires.

Depuis le mois d'août, les Sœurs de la Providence se sont jointes à l'œuvre. Leur désir était de démarrer un volet pour les femmes aux prises avec les mêmes problemes.

L'Exode a maintenant pignon pour la gent féminine en réinsertion au 2819, rue Dandurand. L'ouverture officielle avait lieu le 1er octobre dernier.

Une chose est certaine: il est fier de cette nouvelle contribution qu'apportent les religieuses. Grâce à elles, l'Exode passe de 15 à 30 places pour des séjours prolongés.

Financièrement, il poursuit la mission grâce aux dons du public et l'appui minime des programmes gouvernementaux.

Difficultés
Au long de ces années, le père Dumont a vécu quelques périodes de découragement.

Ce sont les rechutes des gars qui me faisaient douter. C'est une maladie la toxicomanie! Une grande souffrance! Que de jeunes rechutent... On les reçoit emballés et souvent ils retombent... et retombent encore; ça fait mal ça! », confesse-t-il avec émotion.

Il ajoute: « Honnêtement, si je n'avais pas été appuyé par quelques succès, j'aurais laissé tomber. C’est un milieu très difficile ! C’est souvent après plusieurs séjours que le jeune s'en sort. »

Dans ses instants de doute, son jeune collègue, Erick Dagenais, lui rappelle l'histoire du Père Rio dans le Grand Nord.

Des cheveux gris utiles
Je suis un père de rechange pour plusieurs et des fois, même un grand-père. Je suis bien là-dedans! J'ai 56 ans!

Étonné de se faire interroger sur ce qu'est un véritable père pour lui, il répond: « C'est quelqu'un qui est capable d'écouter l'autre tel qu'il est et qui lui fait sentir qu'il est important. Quand quelqu'un vient s'asseoir dans mon bureau, il sait qu'il peut me dire n'importe quoi… »

Il se souvient d'un « gars » qui lui a confié avoir commis un meurtre. II le faisait pour la première fois. André Dumont terminait l'entretien en douceur par: « Est-ce que ça te tente de recevoir le Pardon de Dieu? Il t'aime et ne t'a jamais jugé là-dedans! » L'homme en fut transformé.

Il conclut: « Un père pour moi...c'est savoir écouter ces types-là: C'est d'être avec... sans juger. Ils ont besoin de mes cheveux blancs. »

Les livres « Le goût de Dieu » (André Dumont) et « Un vrai Inuk - la vie du père Rio » (Hervé Aubin) sont disponibles à la Librairie mariale, 626, rue Notre-Dame, Cap-de-la-Madeleine, G8T 4G9. (819) 374-2441

(Reportage de Benoit Voyer)

(Revue Notre-Dame du Cap, novembre 1995, p. 19 à 21)

17 septembre 2025

 


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LE BALADO: Danièle Oddera


ARTICLE DU JOUR: Adélard Godbout, premier ministre du Québec

Adélard Godbout repose dans le cimetière de Frelighsburg

Adélard Godbout

Par Benoit Voyer
17 septembre 2025

Joseph Adélard Godbout nait le 24 septembre 1892 à Saint-Éloi.

Le 25 octobre 1939, les élections québécoises portent au pouvoir Adélard Godbout. En ce début de la Seconde guerre mondiale, Godbout semble prêt à accepter la demande de la Défense nationale d’utiliser les terrains du Jardin botanique et des bâtiments pour y implanter une école d’aéronautique. L’affaire fait grand bruit dans les médias. Le frère Marie-Victorin finit par faire échouer le projet. Le 18 janvier 1940, il écrit à sa sœur Mère Marie-des-Anges que « la bataille a été très dure », mais que sa « santé n’a pas trop souffert de tous ces chocs ». Bien entendu, au Jardin botanique, tous sont « sur les dents ». Il confie à sa sœur que « C’est la carrière de chacun qui se jouait en quelques jours. Mais ils ont été tous bien courageux et ils méritaient ce que je pense être une victoire ». (Cf. Lettres de Marcelle au frère Marie Victorin, p. 185)

Joseph Adélard Godbout décède le 18 septembre 1956 à Montréal.

PAROLE D'Éric Duhaime


NATURE: Les îles de Berthier


Les îles de Berthier, dans la région de Lanaudière

GRANBY: Actualité Plus avec Benoit Voyer (1986) - En rappel


En septembre 1986, Benoit Voyer, les Productions Vidéographes et les Productions Vidéos Granby, propose a la télévision communautaire de Transvision Plus, le bulletin "Actualité Plus". 

Même si le projet n'a pas été retenu, le document produit et conservé dans le Fonds Benoit Voyer (P049) de la Société d'histoire de la Haute-Yamaska est une belle pièce documentaire. D'abord, on y retrouve le journaliste Benoit Voyer, 19 ans, qui en est a ses débuts dans l'univers des médias. 

Au sommaire de l'émission: 
1-Incendie dans le bâtiment de la Terrasse du Parc et un extrait d'un entretien avec Denis Turgeon, le chef des pompiers de Granby; 
2-Les initiations étudiantes au Cégep de Granby et en entretien avec Yvan Vaillancourt, directeur général de l'institution; 
3-Un accident sur la rue Denison Ouest, a Granby; 
4-Opinion au sujet du stationnement du l'aréna de Granby.

POLITIQUE: Mariage: le débat relancé


Mariage: le débat relancé

L'idée du gouvernement conservateur de Stephen Harper de rouvrir le débat sur la question du mariage entre personne de même sexe, idée qui a été saluée par le cardinal Marc Ouellet, archevêque de Québec, devant les 4000 pèlerins réunis pour la fête de sainte Anne, le 26 juillet, à la basilique de Sainte-Anne-de-Beaupré, relance un débat rempli d'émotivité.

Tout porte à croire que la polarisation des opinions se fera encore plus sentir que la dernière fois. D'un côté, il y a les tenants des droits des minorités, favorables aux mariages entre personnes de même sexe. Ils sont très influencés par le lobby gai et lesbien qui a infiltré toutes les at sphères de la société canadienne, dont les Parlements. Il y a ceux qui sont contre, comme le cardinal de Québec, et qui réclament que la tradition soit respectée.

Tant que chaque partie restera sur sa position, il n'y aura rien à gagner. Même un référendum national ne règlera pas la question. Quelques mois après la victoire d'une des deux positions, le dossier réapparaîtra dans l'actualité.

Pourtant, tout en respectant leur option fondamentale, c'est-à-dire en réaffirmant que le mariage est une union entre un homme et une femme, les évêques catholiques seraient prêts à accepter des unions civiles entre personnes de même sexe, sans pour autant appeler cela un mariage.

Le 18 mars 2002, M Bertrand Blanchet, archevêque de Rimouski, écrivait dans le quotidien Le Soleil: « Les évêques du Québec ne se sont pas opposés à l'attribution aux couples de même sexe de certains avantages réservés jusque-là à des personnes mariées. Certains s'en sont étonnés, cette position ne paraissant pas conforme à la morale catholique. Ne pas s'objecter ne signifie pas approuver ou promouvoir. A cet égard, il faut rappeler une position traditionnelle de l'Église: la loi civile n'a pas à s'ajuster en tous points à la loi morale d'une religion ».

Ainsi, la création légale de l'acte d'union civile, qui ne soit pas appelé « mariage », pourrait mettre fin au débat et donnerait la chance aux lesbiennes et aux gais de s'unir légalement et, du même coup, à d'autres formes d'unions d'exister, telles que les unions polygames.

De plus, le gouvernement canadien pourrait ainsi calmer les deux clans en se montrant très respectueux envers la tradition et l'héritage du passé et, en même temps, montrer que le Canada est une société très permissive et respectueuse de chacun de ses citoyens.

Benoît Voyer,
Granby

(Voix de l’Est, 29 juillet 2006, p.23)

16 septembre 2025

 


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LE BALADO: Une forme de spiritualité


ARTICLE DU JOUR: Devenir religieux ou religieuse aujourd’hui


Devenir religieux ou religieuse aujourd’hui

Par Benoit Voyer

16 septembre 2025

Il n’est pas facile devenir religieux ou religieuse.

En 1996, sœur Marise Langevin, prieure du Carmel de Trois-Rivières m’expliquait que la plus grande difficulté rencontrée par la relève est le dépouillement de la foi et de la prière de toutes sensibleries, sentiments et émotions : « C'est dans la réalité du mystère qu'il faut vivre sa foi »[1].

Selon elle, la place des rites est importante pour vivre ce dépouillement : contemplation silencieuse, vie sacramentelle, lecture des psaumes, etc. Il faut en venir à avoir la conviction que Dieu est présent au cœur de son quotidien sans le sentir par ses émotions.

Elle m’expliquait qu’il y a aussi la peur de l'engagement définitif : « Les femmes qui viennent en formation au Carmel veulent rester, mais retardent l'échéance de l'engagement ».

Pour elle, ce n'est pas que dans la vie monastique que cette peur de s'engager se fait sentir, c'est dans toute la société. Cette caractéristique prend sa source dans la psychologie des adolescents. Les générations de cette partie du 21e siècle ont de la difficulté à entrer dans l'âge de la maturité. L'adulte n'hésite pas à se donner. Lui seul est capable d'assumer ses choix et de vivre les renoncements que ceux-ci impliquent.

____________________

[1] Benoit Voyer. « Centenaire du décès de Thérèse de l'Enfant-Jésus - Les recrues sont rares au Carmel », Revue Sainte Anne, septembre 1996.

PAROLE DE René Lévesque

 


ESCAPADE: La réserve naturelle Marie-France-Pelletier, à Joliette

La Réserve naturelle Marie-France-Pelletier, a Joliette

GRANBY: Incendie a la Terrasse du Parc (1986) - En rappel



Revivez l'incendie du bâtiment de la Terrasse du Parc, 337, rue Principale, à Granby, qui a eu lieu le 28 aout 1986. (Pour plus de détails sur l'incendie, voir La Voix de l'Est du 29 août 1986, page 6.) 

On y retrouve des images de l'incendie et, en s'y attardant un peu, il s'agit d'un beau document de vie urbaine. Les images sont de Benoit Voyer. De plus, on le voit (il a 19 ans) s'entretenir avec Denis Turgeon de la Fraternité des policiers et pompiers de Granby. Les images de l'entrevue sont de Pierre Bédard. Les images ont été captées pour CKSH TV avec lequel les Productions Vidéos Granby et les Productions Vidéographe avaient une entente. On ne sait pas si les images ont été diffusées au bulletin d'information télévisé. 

Tiré du Fonds Benoit Voyer (P049) de la Société d'histoire de la Haute-Yamaska, a Granby.

PSYCHOSPIRITUALITÉ: La « génération i »


La « génération i »

Plusieurs sociologues appellent ces jeunes la « génération i ». Elle est apparue dans les années 1980, après que la « génération x » ait atteint l'âge de raison. Les membres de cette génération se caractérisent par trois « i »: indécision, incertitude et identité.

Parmi les trois « i », c'est la question de l'identité qui est le grand problème. Trouver sa mission de vie, voire sa vocation, est très difficile pour les personnes de cette génération.

Puisque le souci d'une vie intérieure saine est loin de leurs préoccupations, ces gens semblent se diriger vers une impasse majeure: ils ne connaissent pas leur véritable potentiel.

Le membre de la « génération i » est souvent en crise. Le moindre choc est, pour lui, une véritable catastrophe. Pourtant, la crise est normale, mais lorsqu'il n'y a pas en soi de ressources pour la traverser, elle devient un drame. Celui-ci semble surtout affecter les hommes puisque 80% des suicides sont commis par eux.

D'ailleurs, les gars de cette génération occupent l'attention des intervenants sociaux puisqu'ils sont les nouveaux « démunis en intériorités ». Depuis l'avènement du féminisme, depuis que les rôles sociaux ne sont plus définis, la gent masculine est en déroute.

Ce n'est pas seulement au chapitre de l'intériorité que ces personnes sont affectées, mais aussi dans la voie du choix de carrière. Elles mêlent la quête de soi avec la quête de succès. Puisque l'emploi n'est pas, pour elles, un gagne-pain, mais le fondement de l'identité, elles ont peur de s'identifier à une profession, surtout lorsqu'il s'agit de titres généraux comme ceux de « journalier » ou de « professionnel ». Elles savent fort bien que l'emploi est le symbole de ce que l'on est, donc de l'image que généralement les autres auront de soi.

Le problème identitaire va jusque dans la sexualité. À les écouter, l'hétérosexualité est une voie marginale. La mode est à la bisexualité.

Une autre problématique de cette génération est qu'elle n'a pas été habituée à faire des choix. Lorsqu'il est question d'en faire, elle ne sait pas quoi choisir ni vers où se diriger. En ce XXI siècle, on a l'embarras du choix. Les gens de cette génération vivent le « syndrome du buffet ». Plus il y a de possibilités, plus on hésite. À la fin, on ne fait aucun choix. Lorsqu'on connaît pleinement son identité et sa vocation, il est plus facile de traverser les crises de la vie et de prendre de bonne décisions, c'est-à-dire de ne plus vivre dans l'indécision et l'incertitude.

Il n'y a pas bien des solutions pour sortir cette génération du drame des trois « i ». La plus évidente est la rencontre de personnes significatives qui vivent à plein leur vocation, voire leur mission. La « génération i » a besoin de modèles qui vivent loin de la médiocrité.

Pour l'aider, il faut ajouter un quatrième « i »: l'intérêt humain. C'est la voie de l'accompagnement. Celle-ci se fait discrètement en offrant son amitié et sa disponibilité, dans le respect des différences (« Je suis pleinement ce que je suis et tu es pleinement ce que tu es. Nous ne sommes pas nécessairement en accord, mais j'ai du plaisir à bavarder avec toi! ») et de leurs choix du moment. Bien entendu, cette attitude doit être sincère et respectueuse.

C'est la voie de la gratuité. C'est In voie du cœur.

Il y a aussi cinq autres attitudes qui peuvent aider la « génération i » à se sortir de l’indécision : refuser les influences excessives des personnes autour de soi; ne pas avoir peur de se tromper; déterminer ses critères de décision, c’est-à-dire qu’il faut identifier ce qu’on cherche; cultiver l’art du compromis, car aucun choix de vie n’offre que des avantages, et s’informer.

Benoit Voyer, Granby

(Voix de l’Est, 22 juillet 2006, p.27)

15 septembre 2025


LE BALADO: A quoi sert la spiritualité? (6)


ARTICLE DU JOUR: La Résurrection


La Résurrection

Par Benoit Voyer
15 septembre 2025

Pour le rationnel que je suis, le concept de la résurrection de Jésus, fondement même du christianisme, a été très difficile à comprendre. Un jour, lorsque j’étais journaliste, j’ai demandé une rencontre à Mgr François Lapierre, l’ancien évêque de Saint-Hyacinthe, afin de parler du sujet. Le projet consistait en une réflexion pour les jours saints, mais en réalité, c’était bien plus pour dénouer ma propre impasse que je voulais m’entretenir avec lui.[1]

L’échange que j’ai eu avec lui sera la clef dont j’avais besoin pour saisir de quoi il s’agit.

***

Mgr Francois Lapierre, p.m.é.
BENOIT VOYER – Monseigneur François Lapierre, qu’est-ce que la résurrection ?


FRANÇOIS LAPIERRE – C'est “être vivant” ! C’est ce qu’affirment les Évangiles. “Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts ?” (Lc 24,5).

Cette réalité ne se vit pas uniquement lors de notre passage de la vie à trépas au terme de notre chemin humain. Nous la vivons déjà durant notre existence quotidienne. Toute personne vit des moments de mort et de résurrection. Au moment des ténèbres que nous traversons, au moment où nous croyons qu’il n’y a plus rien de possible, il y a toujours l’espérance d’une vie nouvelle. Déjà cette espérance est très présente dans les psaumes. Je dois vous avouer que c’est ce qui soutient ma foi.

B.V. – Cela est le sens philosophique de la résurrection. Après la pluie vient toujours le beau temps. Au bout d’un long tunnel obscur, il y a toujours la lumière qui nous attend…

F. L. – Pour représenter la résurrection, j’aime l’image de l’enfant qui vient au monde. Lorsqu’il nait, il y a rapidement une rupture avec la mère. Ainsi, nous visons une expérience nouvelle. La résurrection chrétienne, c’est faire l’expérience de devenir une nouvelle création dans le Christ. J’aime beaucoup cette pensée de Pascal : “Quelle raison ont-ils de dire qu’on ne peut ressusciter ? Qu'est-ce qui est le plus difficile, de naître ou de ressusciter, que ce qui n’a jamais été soit, ou que ce qui a été soit encore ? (...) La coutume nous rend l’un facile, le manque de coutume rend l’autre impossible : populaire façon de juger !” (Pascal, Pensées, 222-882). Son questionnement est intéressant : celui qui a créé le monde peut aussi nous re-créer !

B.V. – Thomas dit avoir touché concrètement à Jésus après sa mort. Cela pose un doute pour l’intelligence. Est-ce que vous êtes à l’aise avec cette affirmation ?

F.L. – Jésus lui dit : “Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru.” Je crois fermement que nous sommes appelés à vivre cette béatitude des gens qui ne l’ont pas vu et qui sont appelés à la foi. Cependant, on peut penser que cette foi ne repose pas uniquement sur une réalité vraiment rationnelle ou logique parce que toute la spiritualité chrétienne nous invite à ressusciter chaque jour, à vivre la résurrection au quotidien.

Voici une autre image de la résurrection que j’aime beaucoup. À la fin d’une journée, parfois, il m’arrive d’être très fatigué. Je me couche et ne fais rien pendant huit heures. Le matin, je me réveille reposé. L’Écriture nous parle à plusieurs reprises de la résurrection comme d’un réveil.

B.V. – Peut-on faire ce parallèle avec la réalité de la résurrection du Christ qui est le fondement du christianisme ?

F. L. – Ces images sont des réalités qui peuvent nous aider à découvrir le mystère de la résurrection et à le vivre au présent. La grande question n’est pas seulement de la vie après la mort, mais de la vie avant la mort. Nous avons à nous soucier de la qualité de cette vie. C’est là que l’expérience chrétienne, quand elle est bien vécue, devient une expérience de vie. Tout le cheminement de la foi est un art de vivre. La résurrection, c’est l’expérimentation de la vie en abondance.

B. V. – Revenons à Thomas. Est-ce qu’il a vraiment touché le Christ en chair et en os ? Est-ce qu’il serait plus simple pour l’intelligence d’affirmer que c’était un corps métaphysique ?

F.L. – C’est le corps du Christ ressuscité.

B.V. – Comment décrire ce corps du Christ ressuscité ?

F.L. – C’est une réalité qui dépasse notre entendement. La résurrection n’est pas simplement, comme dans le cas de Lazare, un retour à la vie antérieure. Lazare a été réanimé. La résurrection est une nouvelle création. C’est une réalité nouvelle qui dépasse notre raisonnement humain.

B. V. – Est-ce que nous pourrions comparer la résurrection du Christ à une apparition ?

F.L. – Vous avez bien compris. C’est un phénomène mystique. Ce n’était plus le corps de chair du Seigneur. C’était son corps transformé, ressuscité. Sans vouloir amenuiser l’importance de la nécessité d’une compréhension rationnelle de ce phénomène, je pense que c’est une réalité qui se comprend surtout avec le cœur.

B.V. – Comment surmonter le doute ?

F.L. – Le récit de la rencontre du Christ avec les disciples d’Emmaüs vous donne la recette. Il faut commencer par se mettre en route. En marchant, Jésus se présente et engage un dialogue à l’aide des Écritures. La Parole de Dieu a le pouvoir d’animer ou de réanimer un élan en soi. Parfois, il faut juste une parole.

Les étapes de leur cheminement nous montrent que la première chose qui ressuscite, c’est le cœur : il s’ouvre à de nouvelles capacités. Une nouvelle espérance s’installe. L’amour qui renait nous amène à nous engager davantage au service des autres et à pardonner.

De plus, les jours saints que nous vivrons dans peu de temps (L’entrevue précède de peu la fête de Pâques) peuvent être une source pour retrouver l’élan. Par cette commémoration du passage de Jésus de l’épreuve à la mort et de la mort à la vie nouvelle, chacun célèbre ses vendredis saints et ses matins de Pâques,

B. V. – Qu’est-ce qu’il faut penser du doute ?

F.L. – Il est normal de douter et de passer par des périodes ténébreuses. Les plus grands saints sont passés par des périodes de grande obscurité. Ce sont des étapes charnières dans notre vie. Elles ne se traversent pas toujours avec l’avancée en âge.

B. V. – Avez-vous déjà connu de ces périodes de doutes ?

F.L. – (Silence. Il scrute du regard les yeux du journaliste. Il comprend que la question a pour principal but d’aider son interlocuteur à traverser ses propres doutes. D’une voix mi-éteinte, comme lorsqu’on confie un grand secret, il poursuit…) L’assassinat de mon ami Raoul Léger, avec qui j’ai travaillé au Guatemala, a engendré dans ma vie et dans ma foi une grande période d’obscurité. Ce fut une terrible épreuve pour moi. J’ai douté jusqu’à remettre en question mon apostolat.

Il y a quelques mois, lors de la présentation du nouveau film de l’ONF qui porte sur sa vie, j’ai vu un parallèle entre celle-ci et celle de Jésus. Raoul n’avait que 30 ans.

B. V. – Pourquoi avez-vous douté ?

F.L. – C’est toujours la question du pourquoi qui hante l’esprit, surtout lorsqu’on a l’impression d’avoir été fidèle à l’appel reçu et qu’on a donné le meilleur de soi-même. J’ai beaucoup questionné Dieu.

B. V. – Qu’est-ce que l’épreuve a transformé en vous ?

F. L. – L’expérience a été pour moi un tournant important. J’ai découvert une réalité nouvelle dans la spiritualité. Elle n’est pas une fuite, mais un au-delà. J’ai découvert une lumière dans ma nuit. C’est difficile à exprimer. C’est une expérience qui s’explique difficilement avec des mots. Si je n’avais pas vécu cet événement, mon cheminement n’aurait pas été le même. Après quelques pas dans la nuit, j’ai vu le soleil se lever. J’ai vécu l’expérience d’une vie nouvelle. La résurrection, c’est le soleil qui se lève après la nuit obscure.

***

Ainsi donc, le concept de résurrection ne se comprend pas avec la logique de l’intelligence, mais avec le cœur. Les textes évangéliques ne sont pas des récits journalistiques, mais ils ont pour but d’aider à comprendre des réalités spirituelles et de donner du sens à la vie humaine.

Mgr François Lapierre m’invitait donc à ne pas regarder la résurrection comme étant seulement quelque chose qui se passe après la mort, mais plutôt comme une réalité qu’il est possible de vivre à même cette vie qui nous est prêtée.

D’ailleurs, la foi chrétienne nous invite à croire au-delà de tout entendement rationnel que la Vie est plus forte que la mort et toutes les petites morts que nous traversons au fil de ce pèlerinage sur cette terre. La foi est de croire que le trésor que nous cherchons est devant, à portée de soi. Comme il l’affirme : « La résurrection, c’est le soleil qui se lève après la nuit obscure. » De son côté, le frère Marie-Victorin écrivait un jour à Marcelle Gauvreau : « Il ne peut pas toujours faire noir […] La nuit appelle le soleil. »[2]

Je ne le savais pas à ce moment, mais ma réflexion ne faisait que commencer.

Une autre fois, lors d’une rencontre qui devait être un peu banale, des propos sont venus enrichir ceux de l’évêque maskoutain.

soeur Nicole Fournier
Afin d’écrire un article sur l’Accueil Bonneau, à Montréal [3], j’avais sollicité un entretien avec Nicole Fournier, une sœur de la Charité, qui en était la directrice générale. Durant notre échange, je lui demande : « Qu’est-ce que la pauvreté a changé dans votre conception de Dieu ? »


Après un long silence introspectif, elle me répond : « Qu’il faut avoir foi en la résurrection. Dans la lutte contre la pauvreté, je pense que si on a si peu de résultats, c’est que souvent on oublie que la personne est plus que ses carences. Elle a aussi une force qui habite dans son intériorité secrète. Je crois que c’est cela le grand message de l’Évangile. Il y a dans chaque personne un pouvoir de résurrection que l’Esprit peut réveiller, peut faire grandir. Il ne faut jamais perdre confiance en ce pouvoir de résurrection. Croire en quelqu’un, c’est le rendre capable de grandir. Si je ne crois pas que l’enfant puisse marcher, il ne prendra jamais le risque de se tenir debout et d’avancer ses jambes. Dans la vie, je pense que nous avons surtout besoin, au-delà de nourriture et d’argent, de quelqu’un qui croit en nous. » Et puis elle ajoutait : « Lorsque je prie, je rappelle à Dieu tous ces gens qui nous fréquentent. Je lui demande la force d’ouvrir en eux des portes et qu’il travaille sur les causes qui peuvent amener toutes ces personnes chez nous. Je lui demande aussi de faire grandir en eux la confiance en ce qu’ils sont. »

Il n’y a pas longtemps, je lisais le livre de l’archevêque de Montréal, Mgr Christian Lépine, “Créés pour être aimés”. Il écrit : « Nous pourrions penser que la vie éternelle, c’est ce qui nous attend à la fin de nos vies. Cela est vrai, mais Jésus nous dit aussi que la vie éternelle nous est offerte maintenant, pendant notre vie terrestre (Jn 6, 26-70). Nous serons pleinement transformés lorsque le royaume éternel sera achevé. Mais entre-temps Dieu est entièrement présent à chacun et à chacune d’entre nous dans un amour agissant où il nous donne déjà part à la vie éternelle. La vie éternelle est donc une question qui me concerne maintenant, quel que soit mon désir des choses concrètes, quels que soient mes besoins humains. Comme l’air que je respire, invisible et impalpable, la vie éternelle, que je ne vois pas et ne sens pas, manifeste sa dimension concrète dans l’existence propre qu’elle me permet d’avoir. »[4]


Pour le chrétien, l’existence qu’il vit sur cette terre est déjà une partie de l’éternité à laquelle il est appelé. La résurrection est déjà dans ce monde parce qu’il a dit oui à l’appel de Jésus de marcher à sa suite malgré les croix du quotidien, ces petits défis qui sont des petits « plus » dans sa marche vers le grand bonheur final.

____________________

[1] Cf. Benoit Voyer. « Les Témoins de l’essentiel », éditions Logiques, une division de Québecor, 2005, pp.153 à 163. Articles parus initialement dans la Revue Sainte Anne. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2024/06/francois-lapierre.html
[2] Lettres du frère Marie-Victorin à Marcelle Gauvreau, 29 avril 1939
[3] Cf. Benoit Voyer. « Les Témoins de l’essentiel », éditions Logiques, une division de Québecor, 2005, pp.165 à 169. Article paru initialement dans la Revue Sainte Anne. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2024/06/il-etait-une-fois-dans-les-medias.html
[4] Christian Lépine. Créés pour êtres aimés, Médiaspaul, 2012, p. 37.

PAROLE DE Régis Labeaume


NATURE


Le Cimetière Saint-Charles, a Québec, section Saint-Vallier

GRANBY: Visite au zoo en 1986 - En rappel


Visite au Jardin zoologique de Granby en 1986

14 septembre 2025

 


LE BALADO: Chaque personne doit contribuer à la quête d'un sens a la vie


ARTICLE DU JOUR: Éric Nicolai

Voici comment et pourquoi je suis devenu prêtre de l’Opus Dei

Par Benoit Voyer

14 septembre 2025

L’abbé Éric Nicolaï est un homme a l’intelligence au-dessus de la moyenne. Il possède une solide formation humaine, spirituelle et universitaire. En 1995, après avoir obtenu une maitrise en histoire de l’art de l’Université Laval à Québec avec une thèse portant sur les portraits d’enfants au 19e siècle, il obtient un doctorat en théologie de l’Université pontificales de la Sainte-Croix, à Rome, avec un mémoire ayant pour thème : « Les règles exégétiques de Hugues de Saint-Victor ». Ordonné prêtre le 15 septembre 1994 pour la Prélature de l’Opus Dei, il a toujours été habité par un feu dévorant d’amour pour son Jésus. Son parcours de vie est unique.

Nous nous sommes fréquentés quelques années. Nos chemins se sont séparés vers 2007. J’ai cherché à quelques occasions à le revoir, mais en vain. Mes lettres et messages n’ont jamais eu de suite. J’aurais aimé lui dire un simple et honnête « merci » pour ses bons conseils et son amitié. Bien que nos visions sur la foi chrétienne n’étaient pas toujours au diapason, il a marqué ma vie.

En 2003, il m’a permis de partager son histoire aux lecteurs de la Revue Sainte-Anne [1].

***

BENOIT VOYER – Monsieur l’abbé, qu’est-ce qui vous a amené à devenir prêtre de l’Opus Dei?

ÉRIC NICOLAI – C’est une longue histoire. D’abord, j’étais protestant. Donc, avant d’adhérer à l’Opus Dei, j’ai dû demander à être reçu dans l’Église catholique.

B.V.- Alors, commençons par le début. Vous êtes originaire d’où?

É.N.- Je suis né à Saint-Lambert, sur la Rive-Sud de Montréal. Mes parents, des immigrants allemands, voulaient que je fréquente une école catholique. Mais de religion protestante, il n’y avait pas de place pour moi. Elle acceptait d’abord les enfants catholiques et, après, s’il restait de la place, les protestants. Il n’y a jamais eu de place pour moi! J’ai donc étudié à l’école protestante du quartier ou j’habitais, à Saint-Lambert. Jusqu’à l’âge de 17 ans, je n’ai pas pratiqué de religion, suivant ainsi les traces de mes parents.

B.V.- Qu’est-ce qui s’est passé dans votre vie a 17 ans?

É.N.- Je me posais des questions sur le sens de la vie. Il me semblait qu’il devait y en avoir un qui ne soit pas banal. De plus, je me suis rendu compte que je devais répondre à une interrogation fondamentale : « Est-ce que Dieu existe, oui ou non? » Ce n’était pas une simple question intellectuelle, car la réponse donnée a cette interrogation suppose toujours un engagement vital.

Au Cégep, je fréquentais un ami catholique. Nous nous connaissions depuis l’enfance. Mes autres amis étaient protestants, comme moi, mais j’étais non pratiquant. Les protestants étaient très enclins au prosélytisme. Ils m’encourageaient fortement à vivre plus intensément ma foi protestante et surtout à lire la Bible. Chaque fois que je m’exclamais : « Ah! Mon Dieu! Oh! My God », ils disaient : « Tu ne peux pas dire ça!| Tu ne peux pas dire ça! C’est un sacrilège! » (rires). Ils m’ont fait réaliser à quel point je disais souvent « Oh my God! », sans lui donner vraiment toute sa valeur. Leur attitude m’indisposait énormément.

Mon ami catholique, Dwight, était tout le contraire d’eux. S’il avait une difficulté, parce que j’étais son ami, je l’encourageais, je le soutenais. Je ressentais un devoir de l’aider. Par exemple, je l’accompagnais même a la messe, non pas parce que la messe comme telle m’intéressait, mais parce que je l’appréciais et qu’il était content de me voir l’accompagner. Nous parlions de toutes sortes de choses.

Un jour, en marchant vers l’église, il me dit : « Écoute, c’est le seul moment que j’ai pour réciter mon chapelet. Tu devrais m’aider! Sinon, je vais me distraire et je n’aurai pas le temps. » Je lui ai demandé : « Qu’est-ce que le chapelet? » C’est alors qu’il m’a appris la partie du chapelet que je devais dire « Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour nous, pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. » J’ai donc prié avec lui sans vraiment prier, simplement parce que je voulais lui être utile.

B.V.- Est-ce que Dwight était membre de l’Opus Dei?

É.N.- Non, mais il connaissait un prêtre de la Prélature. Il fréquentait le Centre Riverview, la maison pour les étudiants ou je suis actuellement aumônier. Il s’y rendait occasionnellement pour sa formation spirituelle.

B.V.- D’où lui venait cette ferveur religieuse? C’est rare chez les jeunes!

É.N.- Dwight étant d’une grande sensibilité religieuse, l’Opus Dei l’aidait à mieux comprendre sa foi. Il me parlait de la foi comme on parlait de bien d’autres sujets. Il ne me donnait pas l’impression de vouloir me convaincre comme mes amis protestants. Parfois, je lui exposais mes arguments et on en discutait.

B.V.- Est-ce que vous avez gardé un lien avec Dwight?

É.N.- Nous nous rencontrons assez régulièrement. Après avoir fait des études dans une école culinaire, il est devenu cuisinier. Je continue de lui apporter mon soutien. Il habite Montréal.

B.V.- A quel moment avez-vous décidé de devenir catholique?

É.N.- Un jour, assis dans un autobus, je réfléchissais à mes conversations avec Dwight. Jésus-Christ, l’Évangile, l’histoire de l’Église… « Il serait tout à fait absurde que tout cela soit une pure invention humaine. Qui aurait la folie de dire : On va inventer un paquet d’histoires pour induire les gens dans l’erreur? » C’était clair pour moi que toute cette tradition devait reposer sur une vérité. Ce jour-là, j’ai décidé d’être catholique.

B.V.- Mais vous n’étiez pas baptisé…

É.N.- Mes parents protestants m’avaient fait baptiser dans leur communauté protestante lorsque j’étais enfant, mais je ne savais pas qu’il fallait être reçu dans l’Église, dans la grande Église, pour porter le nom de catholique.

B.V.- De quelle manière avez-vous appris cela?

É.N.- Au Cégep, entre jeunes, un jour que nous parlions de religion, chacun disait quelle était la sienne. « Je suis bouddhiste, moi », puis un autre, « moi, je suis protestant… ». « Et toi, Éric, qu’est-ce que tu es? » J’ai répondu « Je suis catholique! » Il y a eu un silence. Une fille m’a regardé et m’a dit : « Tu n’es pas catholique, toi! » J’ai rétorqué : « Oui, je suis catholique! Je crois tout ce que l’Église enseigne… » Elle ajouta : « Tu penses que tu es catholique… mais tu ne l’es pas! » Sa réponse m’a bouleversé parce que je pensais l’être.

J’ai mentionné à Dwight ce qui m’était arrivé. « Il faut que tu sois accueilli dans une communauté de foi », m’a-t-il répondu. Alors j’étais catholique dans mon cœur, mais baptisé protestant, je n’étais pas en plein communion avec l’Église catholique.

J’ai suivi alors quelques catéchèses initiatiques. Mgr Norbert Lacoste m’a bien expliqué les fondements de la foi catholique. Ensuite, le 14 mars 1982, j’ai fait une profession de foi durant une célébration eucharistique a la paroisse Saint-François-d ’Assise, à Saint-Lambert. J’avais 18 ans. Mes parents ont assisté à la cérémonie.

B.V.- Est-ce qu’ils étaient d’accord avec votre choix?

É.N.- Ils pensèrent surement que cela n’était qu’une étape de mon adolescence et que je m’en sortirais. (Il lance cette phrase sur le ton de la plaisanterie avant de poursuivre plus sérieusement) Toutefois, ils ne se sont pas opposés à mon choix parce qu’ils ont toujours eu un grand respect de la liberté.

B.V.- Pourquoi n’y a-t-il pas eu un nouveau baptême?

É.N.- Vous savez sans doute que l’Église catholique reconnaît la validité du baptême reçu dans certaines communautés protestantes et que l’on ne peut être baptisé deux fois. C’est la raison de ma profession de foi.

B.V.- Quand avez-vous fait votre initiation aux sacrements du pardon et de l’eucharistie?

É.N.- Quelques jours auparavant, Mgr Lacoste avait entendu ma première confession et, a l’occasion de ma profession de foi lors de la célébration eucharistique, j’ai pu faire ma première communion au « corps du Christ ». Cela a été un moment très émouvant pour moi. Dès ce jour, j’ai commencé à assister chaque jour à la messe. C’est ainsi que le Seigneur a pris peu à peu une grande place dans mon âme.

B.V.- Quelles sont les circonstances qui vous ont amené à connaître l’Opus Dei?

É.N.- C’est mon ami Dwight qui m’a fait connaître l’Opus Dei. Un jour, on s’est donné rendez-vous au métro Guy-Concordia, à Montréal. Sans me dire quoi que ce soit, il m’emmène à la résidence Riverview près de l’Université McGill pour me montrer à quel endroit habite son directeur spirituel.

J’entre. Il me présente. Je m’entretiens environ cinq minutes avec un prêtre qui habite l’endroit. « Comment vas-ti, Éric? Est-ce qu’il t’arrive de prier? » Nous bavardons.

L’homme au col romain doit mettre un terme a la conversation afin de descendre à la chapelle pour le salut au Saint-Sacrement. Je n’ai aucune idée de quoi il s’agit. Il m’invite. L’hostie est exposée dans un merveilleux ostensoir. Bien que je ne sache pas trop ce qui se passe, je suis très impressionné. Je savais que je pouvais communier au « corps du Christ », mais je ne savais pas que nous pouvions l’adorer. Ce fut le début d’un grand amour pour le Seigneur dans l’eucharistie.

B.V.- Vous avez commencé à fréquenter l’Opus Dei dès cette journée?

É.N.- Occasionnellement, j’y retournais pour la méditation du vendredi soir. Au mois d’août 1983, ma famille déménageait à Toronto parce que mon père y était muté par son employeur. J’ai donc cessé de fréquenter la résidence universitaire.

A mon départ, on m’a dit : « Tu pourrais appeler le centre de l’Opus Dei à Toronto… » J’ai répondu positivement à l’invitation, mais je ne pensais pas donner suite à cela.

Un mois plus tard, ne connaissant personne à Toronto, j’ai décidé de téléphoner pour bavarder un peu. Une voix répond : « Comment t’appelles-tu? » Je me présente. « Éric, comment ça va? Viens faire un tour! » L’homme au bout du fil est fort gentil. Nous nous donnons rendez-vous. C’est ace moment que j’ai commencé à fréquenter régulièrement la maison de Toronto pour la méditation et pour la direction spirituelle avec le prêtre.

B.V.- Quelles sont les circonstances qui vous ont amené à adhérer officiellement a l’Opus Dei?

É.N.- Après un certain temps, on m’en a fait la proposition. Un jour, j’ai parlé de l’idée du mariage avec un ami. Par la suite, j’en ai discuté avec mon accompagnateur spirituel. Le prêtre me lance : « Peut-être que dieu te demande PLUS que te marier ». Tout en soulignant que le mariage est un authentique chemin de sainteté, il me dit que l’Église a besoin aussi d’homme qui se consacrent au célibat. Aussitôt que le mot PLUS est tombé de sa bouche, je n’ai pu m’arrêter d’y penser.

B.V.- Pourquoi?

É.N.- Je prenais conscience que ce n’est pas juste moi qui planifie ma vie. Dieu est toujours là pour me demander quelque chose de PLUS. Ce PLUS était pour moi une invitation au célibat apostolique et la possibilité de travailler avec plusieurs personnes, surtout pour faire connaître l’enseignement du Christ et de l’Église. L’idée m’a fait un peu peur, mais, en même temps, elle m’attirait.

Dans une prière, j’ai dit au Seigneur : « Je veux bien te suivre, mais je ne peux pas abandonner ma passion pour la peinture et les arts. » J’ai finalement compris que Dieu ne voulait pas que j’abandonne cet univers et que je pouvais le suivre complètement à l’intérieur de cette profession.

B.V.- Est-ce que vous avez accepté sans trop y penser?

É.N.- C’était le temps de Noel. J’ai donc pris quelques semaines de vacances dans les Cantons-de-l ’Est, au chalet de mes parents. Pendant ces trois semaines, j’ai surtout essayé d’enlever cette idée de mon esprit, mais elle revenait toujours. Le 14 janvier 1984, j’ai écrit une lettre au prélat de l’Opus Dei pour lui signifier mon désir de devenir membre de la prélature a titre de laïc célibataire.

B.V.- A quel moment avez-vous reçu l’invitation à devenir prêtre?

É.N.- En devenant membre de l’Opus Dei, il n’était pas question pour moi de devenir prêtre. On m’a expliqué : « Tu es célibataire. Tu restes laïc. Tu pourrais aussi devenir prêtre si on te le demande, mais tu es libre de dire non. »

J’ai donc terminé une maîtrise à l’Université Laval en histoire de l’art et j’ai commencé à travailler à titre d’assistant à la recherche pour une exposition au Musée des beaux-arts de Montréal. L’histoire de l’art me passionnait. Le temps passait. Or, un jour, je suis invité à réfléchir sérieusement sur la possibilité d’aller étudier la théologie à Rome. Une fondation montréalaise, la Fondation pour la culture et l’éducation, qui finance les études de séminaristes qui fréquentent l’Université pontificale Sainte-Croix à Rome, m’offre une bourse.

L’idée était de me préparer à être encore PLUS au service de l’Opus Dei, d’approfondir son esprit et d’étudier afin d’être davantage disponible pour des tâches de formation. Ces études seraient pour moi un temps de réflexion sur la possibilité de devenir prêtre. J’ai accepté.

B.V.- Comment vos parents ont-ils réagi à votre projet d’aller étudier à Rome?

É.N.- Au début, ils ont été surpris parce qu’ils s’étaient toujours imaginé que j’allais un jour me marier. Finalement, voyant mon enthousiasme devant ce projet et que j’étais heureux à l’intérieur de l’Opus Dei, ils m’ont encouragé.

B.V.- Est-ce que vous avez travaillé durant ces années en Italie?

É.N.- J’ai travaillé occasionnellement au service de traduction au Vatican, étant donné ma connaissance des langues allemande, espagnole, italienne, française, anglaise et latine. Ce travail m’a permis de rencontrer le Saint-Père et de lui parler personnellement.

Au début de 1994, en plein milieu de ma thèse doctorale, après cinq ans d’études à Rome, on m’a demandé si j’acceptais d’être ordonné prêtre. J’ai accepté cet appel comme un PLUS pour servir Dieu a l’intérieur de l’Opus Dei. J’ai été ordonné le 15 septembre 1994 à la basilique Saint-Eugène, à Rome.

B.V.- Qu’est-ce qu’il y avait d’impressionnant ce jour-là?

É.N.- Nous étions 44 membres de l’Opus Dei à recevoir le sacrement de l’ordre en même temps et la basilique était pleine à craquer! Une trentaine de membres de ma famille qui habitent en Allemagne sont venus et d’autres sont venus du Canada. Tous étaient protestants. Ma mère et ma sœur ont pleuré. Après la célébration, mon père m’a dit être très fier de moi.

B.V.- Quand êtes-vous revenu au Canada et quel a été votre parcours depuis ce temps?

É.N.- Je suis revenu à Montréal a l’été 1995. J’ai travaillé à Toronto comme aumônier d’une résidence de l’Opus Dei. J’ai eu aussi l’occasion d’enseigner dans une école secondaire privée. Depuis quelques années, je suis aumônier du centre universitaire Riverview, situé tout près des universités McGill et Concordia, sur l’avenue du Musée, à Montréal.

En plus de m’occuper du bureau d’information de l’Opus Dei au Canada, j’anime des retraites spirituelles et des ateliers d’études dans des centres de formation confiés à l’Opus Dei.

B.V.- Pourquoi avez-vous choisi de devenir prêtre de l’Opus Dei?

É.N.- Comme saint Josémaria Escriva, je veux devenir un saint en sachant que je serai« un pécheur jusqu’à la fin de mes jours. N’allez pas penser que le saint est une personne parfaite et sans défaut. Mais le saint est celui qui, s’il lui arrive de trébucher, se relève aussitôt, en toute humilité, pour continuer sa route au service des autres. Je veux répondre à cet appel personnel que Dieu m’a fait et je désire être son instrument pour amener les âmes au Christ.

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[1] Article publié en deux parties dans les éditions d’octobre et novembre 2003 de la Revue Sainte-Anne et repris dans le livre Les Témoins de l’essentiel, Éditions logiques, 2005.

ARTICLE DU JOUR: Le 15 septembre est la Journée internationale de la démocratie


La démocratie, c’est l’art du dialogue

Par Benoit Voyer
14 septembre 2025

Nous sommes chanceux d’habiter le Canada, ce grand pays qui nous permet d’être ce que nous sommes sans contrainte.

A juste titre, dans un discours qu’il prononçait devant le Congrès du travail du Canada, le premier ministre John Diefenbaker disait, le 25 avril 1958 : « Je suis Canadien, un Canadien libre, libre de m’exprimer sans crainte, libre de servir Dieu comme je l’entends, libre d’appuyer les idées qui me semblent justes, libre de m’opposer à ce qui me semble injuste, libre de choisir les dirigeants de mon pays. Ce patrimoine de liberté, je m’engage à le sauvegarder pour moi-même et pour toute l’humanité. »

Malgré tout, la démocratie canadienne reste fragile. On ne passera pas quatre chemins : la démocratie n’est pas un objectif vague à atteindre. Il s’agit plutôt d’un processus. Pour y entrer, il faut la pleine participation et l’appui de tous.

La démocratie nécessite qu’on ne brime pas la liberté d’expression. Chacun a le droit d’exprimer sa différence. L'article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme dit que « tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit. »

Dialoguer
Une chose que la vie m'a apprise, c'est que pour bien dialoguer et se comprendre, il faut écouter avec le cœur. C'est ce qu'on appelle l'empathie.

Ce n’est pas la première fois que j’écris sur le sujet. Il y a près de dix ans, le 21 septembre 2014, dans la défunte version québécoise du Huffington Post[1], j’abordais le sujet de l’art du dialogue empathique.

J’écrivais que pour y parvenir, une ouverture réciproque sans peur de l'autre est nécessaire parce que la peur est l'ennemi de l'ouverture. « Lorsque j'ai peur, une part de moi se referme. C'est un mécanisme normal de défense. »

Et j’ajoutais : « Savoir écouter, ce n'est pas seulement entendre ce que l'autre me dit. C'est surtout savoir saisir ce qu'il tente d'exprimer avec toute sa personne. C'est ce qu'on appelle le langage non verbal. On dit qu'à peine 7% de la communication humaine se fait avec des mots. Il y a tant de choses dont on ne trouve jamais le verbe pour l'exprimer.

Au-delà des paroles et des actions, qu'est-ce que le cœur de la personne devant qui je me retrouve veut exprimer ? Qu'est-ce que les attitudes et le langage de son corps disent ? J'aime l'idée que le corps placote autant que les syllabes en bouche.

La rencontre de cultures différentes - tout comme le dialogue intergénérationnel - se passe de la même manière qu'entre deux personnes qui tentent de se comprendre. »

Être soi
Ainsi donc, le point de départ d'un bon dialogue, c'est l'identité individuelle. Ainsi donc, ce sont deux « moi » - ou personnes - qui s'ouvrent un à l'autre ou, pour reprendre les termes de la série jeunesse « Passe-Partout », « deux fesses qui se connaissent ».

C'est un vieil adage : Il est impossible de bien connaître l'autre qui est devant moi, si je ne me connais pas moi-même. Et puis, je ne peux guère accueillir sa différence, si je suis incapable d'affirmer la mienne. Ainsi, pour apprécier une autre culture différente de la mienne, il faut avant tout aimer celle qui a fait de moi ce que je suis. Pour apprécier le pays d'autrui, il est préférable d'avoir visité le sien. L'autre n'est pas moi.

Ce que j’avançais dans le Huffington Post reste d’actualité : « Lorsqu'on veut véritablement comprendre culturellement l'autre, il est important de mettre de côté les réponses faciles, les propos superficiels et les idées préconçues. Et puis, éviter de se comporter en conquérants ou en « personne qui fait pitié ». Enfin, la rencontre avec une autre culture n'est possible qu'en restant humble ».

Je me souviendrai toujours de la réponse de l'abbé Dumont à Esther Létourneau dans le roman historique « Un amour éternel » d'André Mathieu (Éditions Coup d'œil) : « Je me demande de plus en plus s'il ne faut pas plutôt laisser la route reconnaître le voyageur ». Ainsi donc, le plus important est de se mettre en route et marcher ensemble sans rien précipiter. C’est cela l’art du dialogue qui conduit à une vraie démocratie.

La Journée mondiale de la démocratie, une initiative de l’ONU, a lieu chaque année le 15 septembre.

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[1] Cf. Benoit Voyer. « Apprendre à dialoguer avec les Premières Nations afin de sortir des préjugés», Huffington Post Québec, 21 septembre 2014  www.huffpost.com/archive/qc/entry/apprendre-a-dialoguer-avec-les-premieres-nations-afin-de-sortir_b_5844076

PAROLE DE René Lévesque

 

ESCAPADE: La réserve naturelle Marie-France-Pelletier, à Joliette


La Réserve naturelle Marie-France-Pelletier, a Joliette