Dans un manifeste intitulé: «Sortons le Québec de l’appauvrissement», les évêques du Québec et une vingtaine de personnalités dont: Claude Béland, président de la Confédération des caisses populaires et d’économies Desjardins, André Bérard, président de la Banque Nationale du Canada, Claude Castonguay, vice-président du Conseil de la Banque Laurentienne du Canada; Clément Godbout, président de la FTQ; Gérald Larose, président de la CSN; et, Loraine Pagé, présidente de la CEQ; invitent les Québécois à se mobiliser pour lutter contre la pauvreté, surmonter le fatalisme et explorer des solutions collectives pour créer des emplois.
Il est évident qu’avec 23% de la population active exclue du monde du travail qu’il va falloir plus que des programmes de formation pour créer la reprise économique. En blaguant, l’économiste Claude Fortin dit: «Le Seigneur nous a donné deux yeux: un pour surveiller l’offre et l’autre pour surveiller la demande. Alors, il faut que les travailleurs soient prêts à offrir leurs services, mais à condition d’avoir des emplois disponibles.»
Aucun d’entre eux croit au conte de fée pour contrer le chômage. Le groupe propose des moyens simples comme: des investissements dans la recherche, l’aide aux PME, définir une nouvelle stratégie industrielle et le travail partagé. Gérald Larose va jusqu’à affirmer qu’il faut couper le temps supplémentaire: «rien que pour la “chop” de Baie Comeau, dans l’aluminium, c’est 200 jobs», pas à 6, mais à 18$».
«Si la société ne se mobilise pas, la pauvreté va rester un sujet moralisateur», déclarait Gretta Chambers, chancelière de l’Université McGill de Montréal.
Il faut réagir rapidement, car, selon les signataires du manifeste, les conséquences de la pauvreté sont pénibles. Des tensions s’installent et des gens se durcissent, ce qui fait que la solidarité sociale en prend pour son rhume. «De plus en plus de gens frustrés ou inquiets cherchent qui blâmer pour les malheurs du temps.»
Ils concluent le document en affirmant: «Comme signataires, nous souhaitons que les diverses communautés, associations, syndicats, organisations socioculturelles, groupes d’affaires, équipes de recherche prennent connaissance de notre manifeste et interviennent à tous les paliers, afin que des voies de solution soient rapidement trouvées. Car vivre une telle situation échappe à tout contrôle, le Québec entrera dans une période dangereuse. Par contre l’enthousiasme reviendra pour peu que nous trouvions les bases d’une nouvelle société québécoise, respectueuse de l’autonomie des individus dans une pratique plus communautaire de l’économie. (Benoit Voyer)
(Revue Notre-Dame du Cap, Septembre 1994 , p. 6)
