SANTÉ MENTALE : Le défi de travailler en psychiatrie
Par Benoit Voyer
9 octobre 2026
Depuis quelques années, chaque nuit, je travaille en santé mentale dans l’unité de soins psychiatriques d’un hôpital de la région de Lanaudière. Même si la passion est moins présente que jadis, j’aime beaucoup mon travail. La maladie mentale me fascine.
Pourquoi ai-je perdu la passion ? La réponse est simple : la maladie mentale use les intervenants et les infirmiers spécialisés. Ce boulot est demandant. Ce n’est pas tant de la patience qui finit par manquer, mais la compassion. Malgré tout, comme chacun de mes collègues, je garde mon professionnalisme.
Qu’est-ce qui nous use tant ? Bien des choses. Mais j’ose en nommer deux. Il y a d’abord la violence de plusieurs patients désorganisés que nous devons gérer. À cela s’ajoute l’encadrement disciplinaire que nous devons assumer. Encadrer un patient avec un réel problème en santé mentale, c’est compréhensible. En revanche, la gérance de troubles du comportement, c’est-à-dire du monde simplement « mal élevé », demande bien de l’énergie.
Je pourrais aussi parler de la toxicomanie. Les drogues, même légales, sont une source de problèmes pour de nombreux patients. À mon avis, la légalisation du cannabis n’a pas été une bonne chose pour les personnes qui ont un problème en santé mentale. Par moments, j’ai l’impression que notre milieu de soins est devenu un centre de désintoxication.
Un jour, il faudra que s’organisent de grands États généraux en santé mentale. Pour le bien des patients et une meilleure performance des milieux de soins, il faut une grande réflexion collective sur les soins que nous donnons au Québec. Le personnel de la santé fait en ce moment des petits miracles, mais il pourrait arriver à de meilleurs résultats en revoyant les protocoles. D’ailleurs, en janvier 2025, j’ai proposé au comité de la conception du programme au Parti conservateur du Québec d’inscrire ces états généraux dans les priorités de la formation politique. L’affaire est restée lettre morte. Je n’ai même pas reçu un accusé de réception.
Ma consolation est que de nombreux patients repartent en meilleure condition qu’à leur arrivée et peuvent poursuivre leur vie quasi normalement grâce à la médication.
De mon côté, j’ai un autre défi quotidien. Le travail de nuit. C’est un choix que j’ai fait, bien entendu. Mais cela n’enlève pas la difficulté. Afin de récupérer, je dors deux fois par jour : le matin et en soirée. À cela s’ajoute très souvent une petite sieste durant ma pause. Durant les congés, je tente de dormir un peu la nuit, mais c’est comme si je dormais une sieste au cœur de l’après-midi. Après tant d’années à travailler la nuit, mon corps a changé son rythme de croisière. Je ne sais même pas si je serai capable de revenir à la normalité à ma retraite, dans quatre à sept ans.
Bon ! Bon ! Comme l’écrivait le frère Marie-Victorin à Marcelle Gauvreau, le 20 février 1937 : « On soulage ses maux en les racontant. » C’est peut-être un peu ça que j’ai fait aujourd’hui… Mais je voulais surtout que vous ayez une pensée pour ceux et celles qui travaillent auprès des personnes malades.
Le 10 octobre est la Journée internationale en santé mentale.
FLASH : Au coeur de l'agitation du monde
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Au coeur de l'agitation du monde, l'église catholique Marie-Reine-du-Monde, à Rawdon, se transforme en havre de silence, chaque jeudi, de 9 h à 15 h. |
FLASH : Le parc municipal au Pied du courant
RÉFLEXION SPIRITUELLE : Notre maison intérieure
Notre maison intérieure
Par Benoit Voyer
9 octobre 2026
« Il parcourt des lieux arides en cherchant où se reposer… » (cf. Lc 11, 15-26)
Dieu ne veut pas seulement faire le ménage dans notre maison intérieure ; il veut venir l’habiter. Ainsi donc, une question se pose : par qui ou par quoi voulons-nous laisser notre « maison intérieure » être habitée ?
LA PRIERE : « Je suis avec celui que j’aime »
Par Benoit Voyer
9 octobre 2026
La prière peut prendre différentes formes. Il y a notamment les psaumes et la prière liturgique, mais la rencontre personnelle avec Dieu ne peut être enfermée dans des formules. C’est ce qu’expliquait le père Jacques Vinet, moine à l’abbaye cistercienne de Rougemont, en 1994, à la journaliste Lise Lapalme, membre de l’équipe de l’émission télévisée Parole et vie animée par Roland Leclerc.
Pour lui, la prière est d’abord une relation. Une relation qui se construit avec le temps.
Jacques Vinet compare la prière à une relation humaine. Lorsque nous rencontrons quelqu’un pour la première fois, nous employons des formules convenues. Avec une personne qui vit près de nous ou un ami que nous connaissons depuis des années, ce n’est plus nécessaire. La relation devient naturelle et spontanée. Pour lui, c’est un peu la même chose avec Dieu : « C’est le cœur qui parle et qui dit ce qu’il vit sur le moment sans passer nécessairement par des formules stéréotypées apprises d’avance. »
Plus une relation s’approfondit, plus elle développe son propre langage. Quelques mots peuvent alors contenir beaucoup plus que leur sens apparent.
Le moine prend l’image d’un vieux couple assis sur un balcon. Après avoir passé des années ensemble, les deux personnes n’ont plus besoin de longues conversations pour se comprendre. Un regard, un geste ou une simple question comme « Est-ce que tu as froid ? » peut porter en lui toute une histoire d’amour et d’attention à l’autre.
Prier sans parler
Peut-on alors parler avec Dieu ? Le père Jacques Vinet explique : « Dieu ne nous répond pas nécessairement avec des mots comme le ferait une personne placée devant nous. Avec le temps, explique-t-il, un autre langage se développe. La rencontre avec Dieu peut être faite de « clins d’œil, de sourires, de caresses, de présence l’un à l’autre ». Il n’est donc pas toujours nécessaire de parler.
La prière devient progressivement présence. Celle-ci ne devrait pas disparaître au moment où commence le travail. Pour le moine, il faut dépasser l’opposition entre le temps consacré à Dieu et celui consacré aux occupations quotidiennes. Il faut chercher à « travailler en présence de Dieu ».
« Je suis avec celui que j’aime »
Quel sentiment habite le moine quand il prie ? Jacques Vinet répond sans hésiter : « Je suis avec celui que j’aime. Celui qui m’a d’abord aimé le premier. »
Pour lui, la prière n’est plus quelque chose que l’être humain doit accomplir, comme une besogne à réaliser. Elle est avant tout la rencontre entre deux personnes qui s’aiment. Et cette relation ne commence pas par l’amour que l’être humain porte à Dieu, mais par l’amour que Dieu lui porte. Pourquoi ? Parce que l’amour humain demeure fragile.
Quand Dieu semble absent
Comme dans toute relation humaine, cette relation avec Dieu n’est pourtant pas toujours lumineuse. Le moine reconnaît l’existence de périodes obscures. Le doute fait partie du chemin.
Jacques Vinet va même plus loin : en avançant dans la vie spirituelle, certaines illusions peuvent tomber. Des émotions que nous avions prises pour des expériences de Dieu peuvent se révéler n’être que des émotions. Il faut alors apprendre à ne pas confondre Dieu avec ce que nous ressentons. Il parle d’une « pédagogie du dépouillement ».
Dieu conduirait progressivement la personne à se détacher de certaines expériences sensibles afin qu’elle ne s’attache plus aux sensations procurées par la prière, mais à Dieu lui-même. La lune de miel finit un jour par se terminer. Lorsque l’intensité des premiers sentiments diminue, une décision doit être prise : continuer ou partir ailleurs. Continuer à aimer peut alors signifier demeurer fidèle même lorsque les émotions ne sont plus celles des premiers jours.
Pour lui, quelque chose de semblable se produit dans la relation avec Dieu. La vie spirituelle ne consiste donc pas à rechercher continuellement des sensations religieuses. Elle conduit à une relation qui peut continuer d’exister et de grandir jusque dans le silence et le dépouillement.
Une présence au cœur de soi
Pour le moine comme pour toute personne, cette recherche de Dieu conduit finalement vers soi-même.
Le père Vinet explique que, comme dans toute vie chrétienne, la vie monastique ne permet pas de fuir les véritables problèmes de l’existence. Au contraire, elle oblige à affronter « les démons qui sont au-dedans de moi, les failles de ma personne ».
Il ajoute : « Si je ne suis pas capable de vivre avec moi-même, je ne pourrai pas vivre avec Dieu, qui est au plus profond de moi-même. C’est là que la rencontre se fait. »
Ainsi, prier, c’est bien plus que réciter des paroles ou consacrer quelques minutes de sa journée à Dieu. C’est apprendre à vivre en sa présence. C’est lui parler, puis parfois ne plus avoir besoin de parler. C’est travailler avec lui. C’est se savoir aimé lorsque notre propre amour semble fragile. C’est continuer à le chercher lorsque les émotions disparaissent et que le doute s’installe.
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Pour contrer le chômage
Dans un manifeste intitulé: «Sortons le Québec de l’appauvrissement», les évêques du Québec et une vingtaine de personnalités dont: Claude Béland, président de la Confédération des caisses populaires et d’économies Desjardins, André Bérard, président de la Banque Nationale du Canada, Claude Castonguay, vice-président du Conseil de la Banque Laurentienne du Canada; Clément Godbout, président de la FTQ; Gérald Larose, président de la CSN; et, Loraine Pagé, présidente de la CEQ; invitent les Québécois à se mobiliser pour lutter contre la pauvreté, surmonter le fatalisme et explorer des solutions collectives pour créer des emplois.
Il est évident qu’avec 23% de la population active exclue du monde du travail qu’il va falloir plus que des programmes de formation pour créer la reprise économique. En blaguant, l’économiste Claude Fortin dit: «Le Seigneur nous a donné deux yeux: un pour surveiller l’offre et l’autre pour surveiller la demande. Alors, il faut que les travailleurs soient prêts à offrir leurs services, mais à condition d’avoir des emplois disponibles.»
Aucun d’entre eux croit au conte de fée pour contrer le chômage. Le groupe propose des moyens simples comme: des investissements dans la recherche, l’aide aux PME, définir une nouvelle stratégie industrielle et le travail partagé. Gérald Larose va jusqu’à affirmer qu’il faut couper le temps supplémentaire: «rien que pour la “chop” de Baie Comeau, dans l’aluminium, c’est 200 jobs», pas à 6, mais à 18$».
«Si la société ne se mobilise pas, la pauvreté va rester un sujet moralisateur», déclarait Gretta Chambers, chancelière de l’Université McGill de Montréal.
Il faut réagir rapidement, car, selon les signataires du manifeste, les conséquences de la pauvreté sont pénibles. Des tensions s’installent et des gens se durcissent, ce qui fait que la solidarité sociale en prend pour son rhume. «De plus en plus de gens frustrés ou inquiets cherchent qui blâmer pour les malheurs du temps.»
Ils concluent le document en affirmant: «Comme signataires, nous souhaitons que les diverses communautés, associations, syndicats, organisations socioculturelles, groupes d’affaires, équipes de recherche prennent connaissance de notre manifeste et interviennent à tous les paliers, afin que des voies de solution soient rapidement trouvées. Car vivre une telle situation échappe à tout contrôle, le Québec entrera dans une période dangereuse. Par contre l’enthousiasme reviendra pour peu que nous trouvions les bases d’une nouvelle société québécoise, respectueuse de l’autonomie des individus dans une pratique plus communautaire de l’économie. (Benoit Voyer)
(Revue Notre-Dame du Cap, Septembre 1994 , p. 6)
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