LE PRÉSENT DU PASSÉ : Marguerite Blais

« C’est beau la sexualité »

Que pensez-vous de la position de l’Église catholique en matière de sexualité? a demandé le journaliste de la revue à l’animatrice Marguerite Blais. « Là, monsieur, on entre dans un sujet glissant! » a-t-elle répondu. Après un long moment d’hésitation, à l’instant où j’allais lui poser d’autres questions, elle me dit : « Écoutez, je n’ai pas peur de mes opinions! »

par Benoît Voyer

La série « Des mots pour le dire » est assurément l’émission télévisée qui l’a le plus fait connaître du public québécois. « J’ai fait 750 entrevues concernant la sexualité et j’avais envie de faire des entretiens sur autre chose… C’est une question de nourriture quotidienne, raconte cette femme âgée d’une quarantaine d’années. De plus, j’ai observé que la sexualité ouvrait une porte vers d’autres valeurs… Je trouvais que j’avais fait le tour de mon jardin concernant ce sujet. Je ne voulais pas devenir sexologue! »

L’animatrice convient que le sexe est un sujet tabou. Les gens ont de la difficulté à en parler surtout lorsque cela concerne leur vie sexuelle. Pourtant, c’est une chose normale. Toute personne est sexuée. Nous sommes tous venus au monde avec un sexe! Cela fait partie de la vie.

Elle le dit et le répète à plusieurs reprises : « Y a rien de mauvais là-dedans! » Ce sont les tabous qui ont rendu les gens malades par rapport à la sexualité. Pour Madame Blais, avoir des désirs et des pulsions, c’est sain pour la santé.

Elle avoue ne pas avoir été très à l’aise au début de la série. Marguerite Blais raconte : « J’avais 40 ans et je ne parlais pas de sexualité ouvertement à mes amis et là j’abordais ce sujet à tous les jours à la télévision! Les gens voyaient bien que ce n’était pas naturel. Je ressentais un certain malaise et j’affichais une certaine pudeur. J’avais autant de tabous que les téléspectateurs. »

Avant de parler de son opinion sur le modèle de sexualité proposé par l’Église, elle hésite longuement. Comme si c’était un sujet complexe. En réfléchissant à voix haute, Marguerite Blais confie qu’elle n’aime pas la position de durcissement du pape actuel sur de nombreux sujets.

L’animatrice de télévision ose se prononcer : « Il faut que l’Église évolue avec la situation du temps… Quand on dit qu’on ne doit pas avoir recours à des méthodes contraceptives artificielles… On sait que le condom fait partie de celles-ci. Nous savons qu’il y a des villages qui sont décimés par le sida partout en Afrique… J’ai un malaise avec ça… Je ne suis pas à l’aise par rapport à certaines positions… »

En cherchant ses mots (comme si elle ne voulait pas provoquer), elle poursuit : « L’Église dit qu’elle accepte les gens avec leurs différences… l’Église n’accepte pas les homosexuels… accepte et n’accepte pas… Elle fait toujours attention à ce qu’elle dit, comment elle se place face à cela. »

Marguerite Blais a choisi d’accepter les gens tels qu’ils sont. C’est d’ailleurs ce que l’émission lui a appris. Les individus souffrent beaucoup et ces souffrances sont teintées par la sexualité qui a été brimée : inceste, viol, homosexualité, etc. Elle renchérit en disant que pour différentes raisons, les gens ont développé des problèmes à cause du sexe et cela nuance la personnalité de leur être au quotidien, dans leurs relations de travail et avec les autres.

« Il faudrait que les humains soient capables de vivre tels qu’ils sont, que nous soyons assez forts pour accepter ces différences-là et ne pas vouloir mettre ces gens à l’image de ce qu’on a décidé. Y en a pas une image! Il y a une multitude d’images et d’humains! » dit Marguerite Blais qui me regarde avec de beaux yeux bleus.

Chasteté
Un des problèmes de la société américaine actuelle, c’est que les enfants ne sont pas assez « enfant » longtemps. Ils sont adultes trop vite. Dans certaines familles, ils ont de la difficulté à trouver au sein du foyer la chaleur humaine dont ils ont tellement besoin. Ils cherchent ailleurs cette tendresse.

« Je pense que les jeunes seraient actifs sexuellement plus tard si les parents étaient beaucoup plus encadrants et plus affectueux avec eux », confie-t-elle.

Marguerite Blais sait de quoi elle parle. Elle a à la maison des adolescents qui commencent à regarder les revues et les garçons mais, ils n’ont pas commencé à « faire l’amour ». Elle veut prolonger cela le plus longtemps possible. Sa façon d’y parvenir, elle se veut présente à eux en leur donnant beaucoup de tendresse.

« Les jeunes qui pensent à la chasteté, avoue Marguerite Blais, je crois que c’est correct! C’est pour prolonger leur enfance le plus longtemps possible. C’est beau la sexualité! Mais c’est encore plus beau quand ce n’est pas seulement de la sexualité pour la sexualité. Il faut de la profondeur »

Mgr Jean-Guy Hamelin
C’est de Mgr Jean-Guy Hamelin, le président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, qu’elle garde ses meilleurs souvenirs concernant le catholicisme.

« Il m’avait invitée à donner une conférence parce que j’animais une émission sur la sexualité à la télévision. Cette invitation a provoqué un tollé de protestations. Il y avait beaucoup de gens qui avaient écrit à Mgr Hamelin pour qu’il annule la conférence », raconte Madame Blais avec enthousiasme.

Elle ajoute : « Ce soir-là le théâtre était plein à craquer. J’avais dit aux gens : Est-ce que vous me connaissez? Vous me jugez! Est-ce que c’est ça la foi chrétienne? Juger les gens sans les connaître! Vous ne savez pas qui je suis! Vous ne connaissez pas mes valeurs et ma foi chrétienne! C’est là que j’ai dit : Vous pensez que Mgr Hamelin n’a pas de sexe! Il a une sexualité mais il a fait le choix d’être abstinent, c’est un choix sexuel! Ça avait un peu brassé! »

Après la causerie, elle participe à la messe de Mgr Hamelin. Elle est seule avec lui. Ce fut la plus belle messe de sa vie. Elle était simplement là avec l’évêque. Elle s’en souviendra toujours. C’était d’une grande profondeur.

Sa foi
Sa pratique religieuse, c’est sa famille. « J’étais très inconsciente quand je me suis dotée de cette famille-là. J’ai déraciné deux enfants au Pérou et un au Guatemala. Des enfants qui étaient déjà pas mal grands. Je trouvais ça ben ben l’fun! C’était trippant! C’était exotique! C’était mon action à moi, mon oeuvre… Mon oeil! »

Elle regrette d’avoir déraciné ces enfants qui n’ont pas demandé d’être ici. Pourtant, elle est une bonne mère malgré certaines difficultés.

Le soir, ils bénissent le repas ensemble. Il n’est pas question de réciter une formule apprise par cœur. Ils préfèrent s’inventer quotidiennement une formule en rapport avec les difficultés de la journée.

« Ma foi chrétienne, je la vis aussi en prenant le temps de jaser avec les gens dans la rue, des gens très simples qui pensent que je ne suis pas abordable. L’autre jour, je suis allée dans un marché d’alimentation et je suis sortie… Il pleuvait à “boire debout”… Il y avait un itinérant qui jouait de l’accordéon et qui chantait. Il avait le courage de faire de la musique… J’ai pris le temps pour lui parler un peu et lui donner de l’argent. Pour moi c’était mon partage de la journée », ajoute-t-elle.

De temps à autre, elle s’arrête dans une église. Elle prend le temps de se recueillir. Elle va parfois à la chapelle Notre-Dame-du-Rosaire au coin des rues Berri et Sainte-Catherine au centre-ville de Montréal ou à la cathédrale montréalaise. À ce dernier endroit, elle avoue en profiter également pour aller saluer son amie, l’organiste Hélène Dugal. Elle confesse, néanmoins, ne pas aller à la messe à chaque dimanche.

Toutefois, Marguerite Blais avoue avoir une grande admiration pour la Vierge Marie : « Pour moi, elle a adopté Jésus! », conclut-elle sur le ton de la confidence.

(Revue Notre-Dame du Cap, janvier-février 1995, pp. 19 à 21)