J. JOUBERT - Pensée

 

RÉFLEXION SPIRITUELLE : À la recherche de signes ?


À la recherche de signes ?

Par Benoit Voyer

12 octobre 2026

Dieu n’a pas toujours à multiplier les signes pour nous convaincre. Parfois, ce qui manque, ce n’est pas un signe supplémentaire, mais un cœur disposé à écouter et à changer. (cf. Lc 11, 29-31)

Et si le signe que j’attends était déjà devant moi ?

« Dieu de puissance et de miséricorde, éloigne de nous, dans ta bonté, tout ce qui nous arrête, afin que sans aucune entrave, ni d’esprit ni de corps, nous accomplissions d’un cœur libre ce qui vient de toi » (prière d’ouverture de la messe d’aujourd’hui).

SAINTS ET SAINTES : La vénérable impératrice Zita d’Autriche

La vénérable impératrice Zita d’Autriche

Par Benoit Voyer

12 octobre 2026

L’impératrice Zita de Bourbon-Parme naît le 9 mai 1892 en Toscane. Elle est la dix-septième enfant de Robert de Bourbon, duc de Parme, qui aura 24 enfants de deux mariages.

Issue d’une famille chrétienne de tradition catholique, Zita apprend très jeune que la richesse et le pouvoir sont fragiles. Ses parents accordent une grande importance à la culture, à la foi et au souci des plus pauvres. À douze ans, elle demande une machine à coudre afin de confectionner des vêtements pour les personnes dans le besoin. Elle consacre également une partie de son argent de poche aux moins fortunés.

Le 21 octobre 1911, Zita épouse l’archiduc Charles d’Autriche. Le couple aura 8 enfants.

À la mort de l’empereur François-Joseph, le 21 novembre 1916, Charles devient empereur d’Autriche et Zita, impératrice. Leur règne est cependant de courte durée. À la fin de la Première Guerre mondiale, en novembre 1918, Charles doit renoncer à l’exercice du pouvoir.

La famille est alors contrainte à l’exil. Charles meurt d’une pneumonie à l’île de Madère, le 1er avril 1922. Zita, alors enceinte de son huitième enfant, se retrouve veuve et doit poursuivre seule l’éducation de sa famille. En 2004, Charles sera béatifié par le pape Jean-Paul II.

La Seconde Guerre mondiale entraîne un nouvel exil. En 1940, fuyant Adolf Hitler, Zita et sa famille quittent l’Europe pour les États-Unis. Quelques mois plus tard, incognito, elle s’installe avec plusieurs de ses enfants à Québec. Profondément catholique, elle souhaite vivre dans un milieu où les enseignements de l’Église sont respectés et où ses enfants peuvent recevoir une instruction en français.

À partir d’octobre 1940, la famille habite la Villa Saint-Joseph (1328, avenue Duquet), à Sillery, propriété des Sœurs de Sainte-Jeanne-d’Arc, communauté fondée par le vénérable Clément-Marie Staub. Ses ressources ayant considérablement diminué, Zita y mène une existence modeste. Plusieurs de ses enfants étudient à Québec, notamment à l’Université Laval et auprès des Religieuses de Jésus-Marie.

La foi occupe une place centrale dans sa vie. À la Villa Saint-Joseph, Zita participe à la messe chaque matin et, lorsqu’elle le peut, aux vêpres du dimanche. Elle fréquente également l’abbaye Sainte-Marie des Deux-Montagnes, où elle effectue plusieurs visites entre 1943 et 1969. Les religieuses qui l’ont connue gardent le souvenir d’une femme simple, digne et attentive aux autres.

Durant son séjour au Québec, Zita demeure préoccupée par le sort de l’Autriche. Elle parcourt le Québec, le Canada et les États-Unis pour donner des conférences et recueillir de l’argent, de la nourriture et des biens destinés au peuple autrichien.

En 1948, les Sœurs de Sainte-Jeanne-d’Arc doivent se départir de la Villa Saint-Joseph. Zita quitte alors Québec. Elle retourne définitivement en Europe en 1953, tout en revenant visiter le Québec jusqu’en 1969.

Zita meurt le 14 mars 1989 à Zizers, en Suisse, à l’âge de 96 ans. Elle est inhumée le 1er avril dans la crypte des Capucins, à Vienne. Selon son souhait, son cœur repose à l’abbaye de Muri, en Suisse, auprès de celui de son époux, Charles Ier.

L’Église l’a déclaré vénérable et son procès de béatification s’est ouvert en 2008.

Son passage au Québec demeure associé à une vie d’exil marquée par la simplicité, le service des autres et une profonde fidélité à sa foi.



LE PRÉSENT DU PASSÉ : Callixte Kabayiza, prêtre du Rwanda

« Pourquoi Dieu a-t-il permis ça? »
                                              - Callixte Kabayiza, prêtre du Rwanda

Callixte Kabayiza, un prêtre tutsi, n’a pas échappé à l’horreur de la guerre du Rwanda : sa mère, son frère et sa sœur ont été assassinés par le régime. « Je me suis dit : si tu ne pars pas, tu ne partiras jamais ». Le lendemain, l’armée venait le chercher pour le tuer… Trop tard, il avait déjà quitté le pays.

par Benoît Voyer

Des morts, des morts, encore des morts. Une véritable folie collective s’empara des Rwandais. On aurait dit les nazis au temps de la dernière guerre mondiale. Tous les Tutsis, tous les intellectuels, tous les enfants, toutes les personnes âgées et tous les membres du gouvernement qui exerçaient un quelconque pouvoir devaient être tués. L’espérance de vie en ces jours sombres fut de zéro jour. Un cruel génocide…

Ce n’est pourtant pas d’hier que la tragédie se prépare. Pour bien comprendre la situation, il faut découvrir l’histoire de ce peuple. « Les faits sont un peu différents de ce qui a été diffusé dans les médias », a confié l’abbé Kabayiza.

L’Histoire d’un peuple
Avant 1900, le Rwanda était un pays organisé à sa manière avec une structure hiérarchique, une monarchie et trois groupes sociaux différents : les Hutus, les Twas et les Tutsis.

Callixte Kabayiza raconte : « C’était structuré de telle façon qu’il y avait un roi, des dignitaires, une aristocratie tutsie. C’était un peuple choyé qui a, notamment, échappé à la traite des noirs. »

Vers 1885, suite à la Conférence de Berlin, le Rwanda, la Tanzanie, le Togo, le Cameroun et le Rundi (nom d’époque du Burundi) passent aux mains des Allemands. Peu de temps après, de nombreux missionnaires catholiques commencent à faire leur apparition au pays. Ensemble, Allemands et catholiques construisent la civilisation rwandaise.

« Pour diriger le pays, ils s’appuient sur l’autorité existante et ils ont un peu cautionné celle-ci. Ils se sont dit : “C’est une organisation bien faite. On va s’appuyer là-dessus pour diriger la colonie.” Ils ont installé un pouvoir indirect de contrôle de la société », poursuit Callixte Kabayiza.

La première guerre mondiale passée, le Rwanda et plusieurs autres pays africains se retrouvent sous régime belge. « Ils ont continué la pratique des Allemands en soutenant l’élite dirigeante de l’époque, a expliqué le prêtre réfugié. À un moment donné, dans les années trente, il y a eu un “boum” catholique de conversion massive. Le peuple a tellement embarqué qu’on ose maintenant parler d’une tornade de l’Esprit ».

Il ajoute : « Ils ont continué à diriger et à cristalliser davantage les différences. De groupes sociaux nous en sommes venus à parler de groupes ethniques. Le fossé s’est de plus en plus élargi entre les peuples, particulièrement entre les Tutsis et les Hutus ».

Sans se préoccuper de l’avenir et des problèmes que cela causeraient, les Belges instaurent une carte d’identité rwandaise qui précise le groupe d’appartenance de l’individu. Après la proclamation de l’indépendance, en 1973, un coup d’État militaire fait du ravage. Juvénal Habyarimana prend le pouvoir. Il ne le perdra qu’au printemps dernier lors de l’écrasement de l’avion qui le transportait en compagnie du président du Burundi.

Le Rwanda n’est pas une société de type d’écriture. Elle est plutôt de tradition orale. Peu de gens savent lire et écrire.

De cette façon, la radio joue un rôle important dans l’information, l’éducation et… la propagande des idées.

Le 6 avril dernier, le président Habyarimana a eu un accident d’avion. La garde présidentielle prit la relève : les tueries, les génocides, les massacres commencent…

« C’était donc une campagne d’intoxication, de pollution, de manipulation, insiste Callixte Kabayiza. Ce n’était pas vraiment une lutte interethnique, c’était un programme planifié, organisé et exécuté par un petit groupe ».

Même si la guerre est terminée au moment de mettre sous presse, le religieux du Rwanda dit qu’il pourrait y avoir une suite car il y a de nombreux militaires qui n’ont pas été désarmés.

La reconstruction du pays va être difficile et longue car le mal est très profond, les cicatrices sont sérieuses. Combien de temps pour rétablir la paix? « Ça va dépendre comment on va s’y prendre et de l’aide que le pays recevra, confie le réfugié. Il faudra juger ceux qui ont fourni des armes et les coupables. Il faut relancer le pays sur des bases plus solides, sur la paix sociale, la compréhension, la tolérance, non sur les ethnies et les différences ».

La guerre
Comme ses compatriotes, il apprend, le 7 avril, que le président du pays est décédé et, par l’intermédiaire d’amis, que des massacres ont commencé dans différentes régions. Jusqu’au 11 avril, le jour où les communications téléphoniques ont été coupées, il garde ses précieuses relations. Le 14, sa mère est assassinée dans une église avec plusieurs autres Rwandais. Le 15, il décide de fuir. Le 16, il quitte.

« Comme prêtre, comme intellectuel, comme Tutsi, j’étais ciblé. Je savais que j’étais en danger. J’ai fui grâce à un ami Hutu. Il m’a fait passer la frontière située à une quinzaine de minutes d’où j’habitais. J’ai passé par le Burundi. S’il n’avait pas été avec moi, je n’aurais jamais pu passer les postes militaires. Il y avait des gardes partout, je lui dois la vie », relate-t-il avec émotion.

Derrière chaque expérience négative de la vie, il y a toujours une parcelle de lumière pour l’existence et la foi. Ceci n’échappe pas à ce prêtre. « Y-a-t-il quelque chose de positif à tirer pour votre foi? », lui a demandé le journaliste du magazine.

« Ce n’est pas facile à dire… (Il hésite longuement avant de répondre tellement sa blessure intérieure est profonde). Quand on a vécu ces horreurs et qu’on a été touché personnellement, on se pose des questions et on pose des questions : Pourquoi Dieu a permis ça? À quoi sert encore la foi? Moi je me suis sérieusement posé cette question : Est-ce qu’on peut encore croire malgré tout cela? Ces gens qui ont massacré mon peuple étaient des catholiques qui pratiquaient leur foi. Est-ce un échec pour la jeune Église du Rwanda? Moi, comme prêtre, comme croyant, ça me pose bien des questions ».

Il ajoute sur le ton de la déception : « En plus, ça me pose la question de la présence de l’Église. Elle était très implantée. Pourtant, elle n’a jamais élevé la voix de manière précise pour dénoncer le mal, pour prévenir la catastrophe. Il faut que l’Église se questionne sérieusement. »

Puisque sa souffrance est encore récente, il n’a pas encore trouvé toutes les réponses. Toutefois, une certitude naît en lui : sa foi a grandi. « Je ne la vivrai pas comme avant! »

Accueilli au Canada à titre de réfugié, Callixte Kabayiza n’entend pas chômer. Il aide le clergé du diocèse de Montréal. De plus, il veille à l’éducation des enfants de son frère qui sont arrivés au Québec il y a quelques jours.

(Revue Notre-Dame du Cap, novembre 1994, pp. 13 et 14)