POINT DE VUE CATHOLIQUE : Joseph-François Lafitau

Joseph-François Lafitau

Par Benoit Voyer

14 octobre 2026

Joseph-François Lafitau est né le 31 mai 1681 à Bordeaux, en France. Il est le fils de Jean Lafitau, un marchand de vin et banquier, et de Catherine-Radegonde Berchenbos.

À l’automne 1696, Joseph-François entre chez les jésuites de Bordeaux. Après sa formation, il enseignera.

Le 10 avril 1711, de Paris, il demande au supérieur de la Compagnie de Jésus, à Rome, Michelangelo Tamburini, d’être envoyé dans les missions de la Nouvelle-France. Celle-ci est accordée. Il partira à la fin de l’année.

En Nouvelle-France, il est envoyé auprès des Iroquois. En plus d’être préoccupé par la transmission de la foi chrétienne, il occupe son temps à prendre des notes. Il observe. Il décrit. Il compare. Il cherche à comprendre les mœurs des habitants du Nouveau Monde.

Sa manière de penser ce monde est particulière. Tout est classé en « trois tiroirs ».

Le premier tiroir est celui des peuples autochtones qu’il côtoie directement en Amérique. Il étudie leurs pratiques, leurs traditions, leurs croyances, leur organisation familiale et politique.

Le deuxième tiroir est celui des grandes civilisations anciennes : les Grecs, les Romains, les Hébreux, les Égyptiens et les peuples mentionnés dans les récits bibliques.

Le troisième tiroir est celui du christianisme, qui constitue pour lui le cadre d’interprétation ultime de l’histoire humaine.

Le jésuite refuse de considérer les peuples autochtones comme des sociétés dépourvues de pensée ou de spiritualité.

Lorsqu’il observe une coutume autochtone, Lafitau ne la considère donc pas comme un phénomène isolé. Il cherche des ressemblances avec les sociétés anciennes et tente de comprendre comment ces éléments peuvent s’inscrire dans une histoire plus large de l’humanité.

Cette manière de penser est profondément marquée par son époque. Joseph-François Lafitau reste un homme du XVIIIe siècle, avec les catégories intellectuelles et religieuses de son temps. Il ne faut pas lui attribuer une vision contemporaine des cultures. De nos jours, les intellectuels reconnaissent son originalité.

À une époque où certains Européens jugent les peuples éloignés à partir de leurs propres normes, Lafitau tente de découvrir une logique dans leurs pratiques. Il cherche une humanité commune derrière la diversité des coutumes.

Son œuvre, publiée en 1724 sous le titre « Mœurs des sauvages amériquains, comparées aux mœurs des premiers temps », témoigne de cette volonté de comparaison. Son objectif n’est pas seulement de raconter ce qu’il a vu en Amérique, mais d’établir des liens entre les différentes expressions de la vie humaine.

Aujourd’hui, cette approche semble limitée, mais demeure fascinante. Les sciences humaines modernes ont développé d’autres méthodes. Elles cherchent davantage à comprendre chaque culture selon ses propres références, plutôt que de la comparer constamment à des modèles anciens ou bibliques.

Mais il est injuste de réduire Lafitau aux limites de son époque. Son intuition fondamentale est fort intéressante. Pour comprendre une société différente de la nôtre, il faut d’abord accepter qu’elle possède une cohérence propre.

Pour Lafitau, l’humanité n’est pas une juxtaposition de peuples séparés. Elle appartient à une même histoire. Les différences entre les cultures ne suppriment pas une unité profonde de l’être humain. Derrière les langues, les rites et les traditions, il cherche une même interrogation : d’où venons-nous et quel sens donner à notre existence ?

Les « trois tiroirs » de Lafitau résument finalement une grande ambition : mettre en dialogue trois façons de regarder le monde pour chercher une compréhension plus vaste de l’homme.

Joseph-François Lafitau décède à Bordeaux, le 3 juillet 1746.



P.S. Merci au professeur Louis Rousseau
de m’avoir fait découvrir ce personnage fascinant de notre histoire.