journaliste du bon Dieu
Roland Leclerc est le présentateur de l’émission « Le Jour du Seigneur » à la télévision de Radio-Canada et animateur de « Parole et vie » diffusée sur le câble. Il y a 22 ans, il choisissait de devenir prêtre au service d’une communauté chrétienne. Un palpitant chemin de vie...
par Benoît Voyer
L’abbé Leclerc a un curriculum vitae imposant : avant de devenir membre du « presbyterium », en 1971, il était nouvelliste à Trois-Rivières et il a animé le jeu questionnaire « Qu’ouïs-je » à la télévision de Radio-Canada.
Devenu prêtre séculier, il est nommé directeur de l’Office des communications sociales du diocèse de Trois-Rivières. C’est à partir de cette fonction qu’il débute une série de projets médiatiques qui le conduiront de la région trifluvienne jusqu’à Montréal. C’est au réseau TVA qu’il se fait le plus connaître grâce aux émissions « 2000 ans après Jésus Christ » et « En toute amitié ».
« Je me souviens que, chez-nous, je repassais mes leçons en lisant à haute voix, comme si je faisais une présentation à un micro », raconte Roland Leclerc, un homme chez qui l’on sent une certaine timidité.
Il poursuit : « Plus tard, je peux dire que j’ai payé une partie de mes études en théologie en faisant la lecture de bulletins de nouvelles à CKTM TV ». Cependant, il a été marqué par l’expérience de l’animation d’un jeu questionnaire à la télévision d’État.
Un jour, Tante Lucille était l’une de ses invitées, ne cessait de le remercier pour ce privilège. Elle lui racontait avec confiance qu’elle n’avait pas beaucoup de contrats et que tous les petits engagements étaient très importants pour gagner sa vie.
« Pour moi, cela a été une révélation. Je comprenais, par cette femme, que les artistes n’étaient pas ceux qui, contrairement à ce que je pouvais penser, avaient une sécurité d’emploi. C’était tout à fait le contraire ! » raconte celui qui passe maintenant sa vie entre Montréal et Trois-Rivières.
Bien plus que cela, il apprenait par cette grande dame qu’il est important, dans ce milieu, de faire attention à ne pas se laisser prendre par la drogue des médias et d’avoir une certaine sagesse. La vedette est souvent un produit. Quand elle est usée, elle est remplacée.
Après la rédaction d’une thèse pour l’obtention de sa maîtrise en théologie portant sur la rencontre de Dieu pour l’homme de l’audiovisuel, il prend une année de réflexion pour discerner son option de vie : devenir un spécialiste laïque du monde des médias ou devenir prêtre au service d’une paroisse.
« C’est important, pour moi, de te dire que j’ai fait ce choix, précise-t-il. Être prêtre, c’était, à mes yeux, être engagé auprès d’une communauté chrétienne et être en lien avec mon évêque. » Il est ordonné le 3 septembre 1973.
Rapidement, l’évêque de Trois-Rivières lui demande de s’occuper de l’Office diocésain des communications sociales. Cette affectation voulait dire qu’il travaillerait encore dans les médias. Il en a été bien heureux.
Celui qui ne porte pas de col romain a toujours, malgré ses engagements à la télé, été engagé en paroisse. Il a travaillé aux paroisses Jean XXIII de Trois-Rivières Ouest, Ste-Thérèse de Trois-Rivières, Ste-Bernadette du Cap-de-la-Madeleine, Notre-Dame-de-la-Présentation de Shawinigan-Sud et, actuellement, à St-Jean-Baptiste-de-Lasalle à Trois-Rivières.
Église et médias
Pour lui, être présent dans le milieu des médias cela implique que l’Église dégage non seulement des personnes, mais que l’on forme des laïques, des religieux, des religieuses ou des prêtres à devenir un peu plus capables de porter une présence efficace dans ce milieu.
Roland Leclerc commente : « Il faut une véritable volonté politique et là, il y a une constatation que je fais : le monde d’aujourd’hui reçoit son influence par le milieu des médias et de ses vedettes. »
Il déplore, en ce moment, 80% de la population du Québec n’est pas rejointe par l’Église. Cette dernière n’a pas pris le tournant des communications, n’est pas partie prenante des décideurs. Elle n’est pas de ceux qui fabriquent l’agenda des points importants de notre société québécoise. L’Église catholique n’est pas là où sont les vrais décideurs.
Il convient, néanmoins, qu’il y a de petits efforts qui se font. Il cite, notamment, les rapports « Risquer l’avenir » et « Sortons le Québec de l’appauvrissement » de l’Assemblée des évêques du Québec.
« Il y a eu des échos de ces documents dans les médias, mais il y a bien peu de gens qui s’en souviennent », confie-t-il tristement.
Les artistes
Une de ses découvertes, c’est que les artistes sont des hommes et des femmes qui arrivent à leur travail avec de nombreuses préoccupations.
« Je me rappelle très bien de Guy Mongrain qui devait travailler au Téléthon de la paralysie cérébrale. Pour animer le spectacle, il a quitté l’hôpital Ste-Justine où son enfant était soigné pour une méningite. Il n’avait pas beaucoup dormi depuis plusieurs jours et, malgré cela, s’est rendu au téléthon pour y faire 24 heures d’animation », se souvient-il.
Il souligne que Guy Mongrain a mis de côté sa réalité de père de famille pour devenir l’animateur qui doit avoir un certain style, une forme de communication où il ne montrera pas sa fatigue et ses inquiétudes.
Le prêtre parle aussi, avec un grand respect, de la foi de Gilles Proulx qui anime l’émission « Le journal du midi » sur les ondes de Radiomédia (cf. La revue Notre-Dame du Cap d’octobre 1994).
Il ajoute encore : « On n’a pas à avoir peur ! Ces gens-là sont bien intentionnés. Il y a des personnes d’Église qui partent avec des préjugés. Il faut découvrir que par leurs qualités artistiques ces individus sont amenés à réfléchir sur le sens de leur vie. Plusieurs d’entre eux aimeraient bien parler de leurs valeurs spirituelles sans être jugés. Ils sont presque toujours laissés à eux-mêmes pour vérifier quel lendemain donner à leur foi ».
Pour lui, une autre négligence de l’Église c’est de ne pas avoir développé des réseaux de personnes ressources pour répondre à des attentes de recherchistes du monde médiatique. Ils ne savent pas où frapper. Quand ils connaissent quelqu’un dans le milieu c’est la plupart du temps par cette personne-là qu’ils vont entrer chez nous.
« Je pense que je suis un journaliste de Dieu au quotidien pour le rendre présent au monde. Je suis sûr que Dieu est incarné en Jésus Christ et que le Christ est vivant dans notre monde. » (Revue Notre-Dame du Cap, mars 1995, pp. 19 et 20)
