RÉFLEXION SPIRITUELLE : Il n’est pas facile de se laisser bousculer par Dieu
Par Benoit Voyer
15 octobre 2026
Il est facile d'honorer la parole de Dieu lorsqu'elle appartient au passé. Il est beaucoup plus difficile de l'accueillir lorsqu'elle vient aujourd'hui bousculer nos certitudes et nous appeler à changer.
Je me questionne : Est-ce que je laisse encore la Parole de Dieu me déranger et me convertir, ou est-ce que je n'en retiens que ce qui me convient ?
Et si, aujourd’hui, je prenais la résolution de laisser ma Bible chrétienne ouverte sur ma table ? Ainsi, lorsque j’aurai une minute devant moi, au lieu de badiner de manière aléatoire sur Internet ou de zapper à la télévision, je prendrai le livre, je lirai quelques lignes, je fermerai les yeux en repensant à ces paroles.
SAINTS ET SAINTES : Marguerite Dufrost de la Jemmerais, veuve d’Youville
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| Lieu de sépulture de Marguerite dans la Basilique Sainte-Anne, à Varennes |
Par Benoit Voyer
15 octobre 2026
Pour les catholiques de la planète, le 16 octobre est le jour où l’on fait mémoire de sainte Marguerite Dufrost de la Jemmerais, veuve d’Youville.
Le 15 octobre 1701, Marguerite naît à Varennes, sur la rive du fleuve Saint-Laurent. Elle est la fille de Christophe Dufrost de la Jemmerais (1661-1708) et Renée Gaulthier de Varennes (1682-1758) qui se sont épousés le 18 janvier de la même année. La maison où elle est née était située sur le terrain voisin de l’actuelle basilique Sainte-Anne. Elle est l’aînée de six enfants. Elle est baptisée le lendemain.
De 1712 à 1714, elle est étudiante chez les Ursulines, à Québec.
Le 12 août 1722, elle épouse François-Madeleine Youville de la Découverte. Le mariage est célébré à la basilique Notre-Dame, à Montréal.
Mariage de misère : son mari décède d’une pleurésie le 4 juillet 1730. En héritage, il ne laisse que des dettes. Marguerite refuse la succession. Pour assurer sa subsistance et celle de ses deux garçons, elle ouvre un petit commerce au détail.
Le 31 décembre 1737, avec son amie Louise Thaumur de la Source et deux autres compagnes, Catherine Cusson et Catherine Demers, Marguerite prononce des vœux privés avec l’intention de se consacrer pour toujours aux pauvres.
Le 7 octobre 1747, elle se voit confier l'administration de l’Hôpital général de Montréal.
Le 3 juin 1753, le roi Louis XV confirme sa position comme directrice de l'hôpital et l'autorise à former une communauté religieuse qui sera approuvée en 1755 par Mgr Henri-Marie de Pontbriand, alors évêque de Québec. Le 25 août 1755, elle prend le nouvel habit des Sœurs de la Charité, communauté religieuse communément appelée « les sœurs grises » en référence au côté grivois de son défunt époux.
Le 23 décembre 1771, elle décède à l'Hôpital général des Sœurs grises, à Montréal. Ses funérailles sont célébrées le lendemain de Noël.
Le 9 décembre 1990, elle est canonisée par le saint pape Jean-Paul II, sur la place Saint-Pierre, dans la Cité du Vatican.
De nos jours, les restes de sainte Marguerite d'Youville reposent dans la basilique catholique Sainte-Anne, à Varennes.
Toute sa vie, Marguerite a eu une grande confiance en Dieu : « La Providence est admirable […] elle pourvoit à tout, en elle est ma confiance », disait-elle de son vivant.
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Rosette Mociornitza, créatrice d’icônes
Rosette Mociornitza est iconographe. Elle a appris cet art chez les moines de Roumanie durant le régime communiste de Caucescu. Il est rare qu’une femme pratique cet art longtemps réservé aux moines.
par : Benoît Voyer
Avant l’occupation du célèbre dictateur Caucescu en Roumanie, madame Mociornitza était avocate. « J’ai fui à cause du régime communiste, raconte l’artiste. La religion était opprimée. Mon mari, Ion, a été emprisonné pendant 11 ans parce qu’il était, lui aussi, un avocat capitaliste. »
Puisqu’elle est l’épouse de cet homme, elle ne peut poursuivre sa carrière à cause des répressions du parti communiste. Elle se rend travailler dans un monastère pour nettoyer des fresques. Un travail de moine qui lui permettait de vivre dans l’anonymat et de gagner un modeste salaire. Elle persévère même si ce n’est pas un travail de femme.
« Les moines ont été bons avec moi. Ils m’ont montré comment concevoir des icônes byzantines (un secret bien gardé par eux depuis des siècles) et m’ont fait découvrir leurs mystères » précise-t-elle.
Elle est formée à la technique du grand livre secret de l’Ermini, gardé au monastère du Mont Athos en Grèce et retranscrit par les moines roumains aux XIIe et XIIIe siècle. Elle le fera jusqu’à la sortie de prison de son mari.
Réunis à nouveau, ils vivent à Bucarest dans une petite maison sans eau et sans électricité. C’est la pauvreté totale. Malgré ces difficultés, Rosette Mociornitza poursuit sa passion pour les icônes.
« L’État communiste savait que j’étais la seule qui réalisait ainsi des icônes de tant de valeur. Les dirigeants ont commencé à m’organiser des ventes aux profits de… la Roumanie. Ils me payaient de quoi m’acheter un morceau de pain. Et moi, je devais travailler, travailler… » ajoute cette grande dame née à Cluj.
Ses œuvres étaient vendues avec succès à l’étranger. Mais Rosette Mociornitza restait une inconnue pour le public.
Bain de foule
Finalement, le gouvernement roumain lui permet, en 1970, une sortie à Francfort pour un bain de foule avec une cinquantaine de ses créations sous le bras et cela en compagnie de son bébé Marie-Rose. C’est là qu’elle décide de ne plus revenir à la maison. Elle demande au consulat canadien la permission d’immigrer.
Arrivée à Montréal, le Musée des Beaux Arts l’accueille à bras ouverts. Rapidement, une exposition s’organise. Le succès est instantané. Le jeune premier ministre Robert Bourassa se déplace pour la rencontrer, Jean Drapeau, Jeanne Sauvé, Françoise Gaudet-Smeth et de nombreuses personnalités québécoises en font autant.
« J’ai eu droit à un accueil chaleureux au Québec. Je ne me suis jamais sentie seule ou isolée. En Roumanie, tout le monde parle le français et les traits latins se ressemblent beaucoup. Je me sens très bien chez vous », confie la dame rencontrée à sa résidence de Brossard.
Après de nombreuses démarches, son époux vient la rejoindre au Canada, en 1973. De son côté, la petite Marie-Rose qui est devenue adulte et qui a longtemps secondé sa mère, travaille dans le domaine des relations publiques à Londres. Elle parle six langues…
Quand elle est arrivée au pays, celle qui a fréquenté l’école primaire Notre-Dame-de-Sion de Bucarest, se contentait d’exposer occasionnellement.
Depuis que le défunt cardinal Paul-Émile Léger, l’a incitée à se déplacer pour présenter des expositions itinérantes, elle ne peut plus s’arrêter. Grâce à elle, le peuple québécois connaît un peu mieux cet art particulier trop souvent associé à des photos religieuses.
Un jour, le cardinal lui écrit cette note : « Vous avez donné à ma prière une dimension nouvelle. Le monde a un grand besoin de spirituels qui lui tracent les chemins de l’absolu. Les icônes sont les balises de cet itinéraire mystérieux… »
« Le cardinal Léger a été très bon pour moi, dit celle qui refuse de dévoiler son âge. Il a patronné une dizaine d’expositions et, à chaque fois, il parlait de la valeur des icônes pour le cœur de l’homme. C’était un homme extraordinaire… »
Les icônes
Ses icônes sont d’une beauté inimaginable. Une photographie ne peut pas vraiment bien représenter ce qu’elles sont. Il faut les voir pour s’émerveiller. Ce qui est le plus touchant ce sont ces regards pénétrants qui nous interrogent et nous dérangent.
Lors d’un vernissage, à Granby, à la fin de novembre 1994, les organisateurs ont décidé d’orner le chœur de l’église d’une cinquantaine d’icônes accompagnées d’une lumière légère et de nombreuses chandelles dont deux énormes chandeliers juifs. Le résultat était renversant. Les gens se sentaient transportés dans un état d’intériorité; une révélation mystique quoi!
N’est-ce pas le but des œuvres d’art que d’amener l’individu à approfondir en lui le sens du mystère et à établir une meilleure communication avec l’invisible? Elle s’en défend bien : « Nous ne prions pas une icône. Nous prions ce qu’elle représente ».
L’icône n’est pas qu’une pièce décorative ou un simple objet d’art, c’est un objet religieux qui donne la tranquillité de l’âme et qui permet d’intensifier sa prière. « Quand on me demande combien valent les icônes, poursuit l’artiste, je dis qu’elles vont valoir cinq fois plus dans quelques années. Pourquoi? Parce que cet art s’est arrêté pendant 50 ans. On a peu créé de relève dans les monastères. Les moines ne pouvaient plus continuer la tradition ».
Les prix affichés dans ses salles d’exposition ouvertes au public, sur rendez-vous, à Brossard varient entre 250$ et 7000$. La moins chère aura pris de 6 à 8 semaines de son temps. La plus coûteuse, une icône qui représente la Trinité, a demandé des mois de travail à temps complet. Il faut deux ans pour préparer le bois. Ce travail est la responsabilité de son mari.
« Dans chaque maison en Roumanie, même si on est très pauvre à cause des guerres et de l’occupation communiste, l’icône est restée près des gens » ajoute madame Mociornitza.
Qui sont ses clients? Elle refuse de répondre. Car, pour elle, une icône c’est personnel. Toutefois, il a été possible de reconnaître sur des photographies de son cahier de bord des personnalités importantes de notre nation et, aussi, des gens ordinaires.
Parmi eux, le cardinal Paul-Emile et madame Jeanne Sauvé. Tous deux vouaient une grande admiration pour cette artiste. « Peindre des icônes, conclut Rosette Mociornitza, c’est une vocation. Cela ne demande pas que du talent; cela suppose qu’on ait vécu instinctivement dans leur rayonnement. On ne devient pas peintre d’icônes à l’improviste, car il s’agit de quelque chose qui doit venir de l’intérieur et qui doit s’épanouir. »
L’icone : Une technique ancienne
Pour faire une icône, le peintre doit chercher d’abord un panneau convenable de bois dont l’épaisseur doit se situer entre 15 et 20 mm.
On l’enduit d’une colle forte liquide qui y pénètre. Parfois, en fonction du sujet, on creuse la partie centrale du panneau pour former un bord plus ou moins large comme cadre naturel.
Avec un mélange de colle d’os de lapin et de poudre d’albâtre, on enduit à nouveau le panneau à l’aide d’un pinceau. On répète l’opération 7 ou 8 fois et on laisse sécher complètement entre chaque couche.
Le « crépi » blanc obtenu est poli patiemment avec la paume de la main mouillée jusqu’à ce que la surface devienne lisse et dure comme un marbre, prête à recevoir le dessin.
Les contours de l’image sont gravés avec une pointe d’après un modèle préparé à l’avance; on peut les tracer aussi avec un crayon ou un pinceau fin trempé dans une détrempe ocre.
Pour la dorure de l’icône on recouvre les nimbes ou le fond d’une couche liquide de mixtion. Lorsqu’elle est encore visqueuse, on applique les feuilles d’or. Une fois qu’elles sont séchées, on remet une couche de vernis et on dégage les contours avec un canif.
Les premières icônes étaient peintes à l’encaustique. Les couleurs étaient délayées à la cire chaude. Plus tard, cette technique a été remplacée par la peinture à la détrempe dont les couleurs d’origine minérale et végétale sont mélangées avec une émulsion de jaune d’œuf, d’eau et de quelques gouttes d’alcool; chaque couche de couleur est mise plusieurs fois.
L’étape suivante est l’ouverture de l’icône. On recouvre le dessin avec du jaune d’œuf, puis avec des teintes uniformes. Pour rendre la couleur choisie pâteuse on la mélange avec un peu d’eau et une émulsion préparée avec du jaune d’œuf et quelques gouttes de vinaigre ou d’alcool. La couche de peinture est mince et uniforme.
Lorsqu’on peint le visage, les mains, il ne s’agit pas de reproduire la nature, mais de donner une image transfigurée par l’intériorité spirituelle, tout en respectant les antiques canons.
Après avoir recouvert ces surfaces le plus souvent d’une couleur ocre avec jaune et rouge, on trace les traits intérieurs avec la couleur « esedra », mélange de rouge et de noir. Les lumières sont ajoutées, par la suite, par couches successives.
L’inscription du nom sur les icônes sanctifie l’image. Elle est faite à la fin du travail, dans une des langues liturgiques byzantines : grec, slave ou arabe.
(Revue Notre-Dame du Cap, mars 1995, pp. 11 à 13)
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