Le 19 septembre dernier, une nouvelle station radiophonique catholique résonnait dans la ville de Québec et dans la Beauce. Radio Galilée est la deuxième entreprise du genre à s’implanter dans la belle province. CION MF, comme CIRA MF, projette sur sa région de véritables ondes de lumière.
Par Benoit Voyer
Derrière une commune similitude, les deux regroupements sont différents. Radio Ville-Marie de Montréal est inter-religieuse. Tous les groupes reconnus par le Conseil mondial des Églises sont acceptés : catholique, anglican, luthérien, bouddhiste, musulman, juif, etc.
Radio Galilée de Québec est une entreprise catholique avec une ouverture discrète à l’œcuménisme.
« Nous sommes différents parce que le contexte de Montréal, qui est une “mégacité” avec ses nombreuses cultures et religions, n’est absolument pas le paysage de Québec. Nous avons 97% de catholiques sur le territoire que nous couvrons », commente l’abbé Denis Veilleux, directeur et fondateur de CION MF.
L’équipe centrale de Montréal est composée de retraités de la Société Radio-Canada. À Québec, il y a peu de gens qui ont touché à ce secteur. Le groupe composé de nombreuses personnes âgées de moins de 45 ans compte, cependant, sur la solide expérience et la popularité de l’animatrice Micheline Poitras.
Une présence
« Le projet de Radio Galilée, raconte l’abbé Veilleux, en est un d’une présence en ondes dans une perspective de cheminement, de service, de partage et d’écoute des gens. Nous ne faisons pas que prendre la parole ! Nous offrons aux gens la chance de s’exprimer, de parler et de partager leurs expériences humaines et spirituelles ».
« Par nos tribunes téléphoniques avec les jeunes et les aînés, poursuit René Barbin, directeur de la programmation de Radio Ville-Marie, nous voulons que notre radio soit un lieu où on peut venir chercher du secours, de l’aide, de l’encouragement quand on s’ennuie, on est seul et qu’on a besoin d’être dépanné ». Monsieur Barbin croit que des tribunes téléphoniques avec des gens spécialisés dans les divers domaines, répondent à ce besoin.
Emmaüs
Pour vraiment actualiser cette présence au monde, Radio Galilée s’inspire de la spiritualité biblique de Jésus apparaissant aux disciples d’Emmaüs.
« Pour le moment, nous sommes en ondes à 16h. Nous arrivons exactement comme Jésus le long de la route avec ces deux disciples, après les événements difficiles de la journée », dit Denis Veilleux.
Il ajoute : « notre spiritualité c’est de marcher avec… d’entendre l’histoire des uns et des autres, de permettre d’exprimer leurs inquiétudes et leurs angoisses, leur beauté, joie et espérance et, à travers cela, se laisser interpeller par Jésus, par son enseignement ».
D’ailleurs, la programmation reflète cette réalité. Les thèmes des émissions vont en ce sens : « Chemin faisant… » (lundi au vendredi de 16h à 18h), « Reste avec nous… » (lundi au vendredi de 21h à 23h), « Agir » (jeudi et vendredi à 19h), « Fraternité » (samedi à 20h), « Des oreilles pour entendre » (samedi à 22h), « de Parole en paroles » (dimanche à 17h), etc.
Comme dans la Galilée d’hier, cette radio veut être le carrefour des nations et le lieu de rencontre des hommes et des femmes portant des expériences multiples.
Musique
À Québec, comme à Montréal, la musique joue un rôle très important. Les grandes œuvres classiques qui s’intègrent bien à la spiritualité sont au rendez-vous.
« On veut introduire le public à la belle grande musique et à la dimension spirituelle des chants populaires », explique René Barbin.
Le contenu de CIRA MF et de CION MF est composé à 60% de musique.
Pour ce qui est des chansonniers religieux, il n’est pas question de diffuser n’importe quoi. « Il y a des choses qui vont passer et d’autres pas. Nous voulons garder un degré de qualité. Nous ne jugeons pas de la bonne intention des auteurs. Nous regardons la qualité des textes, du son et de la musique. Y en a peut-être qui vont se sentir mis de côté mais nous avons nos critères de diffusion. Nous avons une responsabilité auprès des auditeurs, un devoir de qualité. J’aime mieux ne rien faire que de faire les choses à moitié ! » insiste l’abbé Denis Veilleux.
Une chose est certaine, le public entendra le répertoire de l’artiste Robert Lebel. Du côté de Radio Ville-Marie, les critères d’admissibilité sont moins sévères.
Formation
« Nous voulons offrir à nos auditeurs divers genres de formation au plan de la théologie, de la psychologie et de l’histoire des religions. On offre à notre public des émissions culturelles, des études et des analyses de livres. On veut aussi offrir des interviews avec des personnalités importantes comme des philosophes et des théologiens », commente le grand manitou de CIRA MF.
La radio de Québec est moins intellectuelle. Il y a toutefois quelques émissions comme « Déroulement » (lundi au vendredi à 20h), « Histoire religieuse du Québec » (dimanche à 20h) et « Saints et sages » (dimanche à 21h).
Ces stations offrent aussi des émissions d’information et des moments de prière.
Équipes
Les stations religieuses au Québec emploient 10 employés et comptent sur la collaboration de nombreux collaborateurs bénévoles. Radio Ville-Marie ne peut se permettre un budget de plus de 50 000 $ annuellement pour payer ses cinq employés permanents. À CION MF, c’est 125 000 $ qui sont distribués aux jeunes employés. Chaque station vit de la générosité de leurs auditeurs.
LES FRÉQUENCES
CION MF :
Québec : 90,9
Beauce : 102,5
CIRA MF :
Montréal : 91,3
La radio chrétienne en France
En 1981, la France décidait de ne plus mobiliser les ondes radiophoniques. Depuis ce temps, plus de 70 stations chrétiennes sont nées. 434 000 personnes par jour écoutent ces radios nouveau genre.
Les statistiques sont encourageantes : l’auditoire est composé à 52% d’hommes, 32% ont entre 15 et 35 ans, 29% entre 36 et 65 ans et 29% ont plus de 65 ans. 35% de ceux-ci se disent « catholiques pratiquants » et 25% « non pratiquants ».
L’entreprise est énorme. L’ensemble de ces « évangélisateurs des ondes » est composé de 3000 salariés et d’environ 7000 bénévoles.
La programmation varie selon les stations radiophoniques. Chacun cible sa clientèle.
Roc MF à Nord-Pas-de-Calais qui rejoint 50 000 auditeurs par jour, mise sur les jeunes. Créée en 1991, la station diffuse du “dance music”. De plus, à chaque heure de la journée, elle fait tourner 4 disques religieux et donne 4 phrases de la bible.
Radio Notre-Dame diffuse à Paris et dans 7 diocèses d’Ile-de-France (100km autour de Paris) et a 28 employés (150 bénévoles). Son antenne émettrice est située sur la Tour Eiffel. Sa mission consiste à la formation et l’information. La programmation est strictement catholique. Cependant, du temps est laissé aux Églises protestantes (25% du temps d’antenne).
La grille pivote autour de trois axes : spiritualité (émissions bibliques, témoignages de personnalités catholiques, etc.), ouverture au monde et la rencontre de l’autre. Un soir par semaine, le populaire Guy Gilbert anime “Les mercredis des jeunes”.
Le Réseau Fourvière (36 diocèses participants) où il y a 15 salariés dont 6 journalistes aidés de 600 bénévoles laisse à ses associés des plages de programmation qu’ils remplissent à leur guise.
25% de l’horaire quotidien est constitué d’émissions religieuses : prières du matin et du soir, psaumes, commentaires bibliques, le billet d’un évêque, témoignages, enseignements et un dialogue hebdomadaire avec les auditeurs dans le cadre de “Un prêtre vous répond”. La musique meuble 50% de la programmation (75% d’œuvres classiques et 25% de chansons françaises).
L’information est une priorité du réseau. Il y a des flashs d’informations aux heures (6h à 18h), le journal à 7h30, 19h30 et 22h, un bulletin quotidien sur la vie de l’Église locale animé par des correspondants régionaux et le bulletin de Radio Vatican (3 fois par jour).
Enfin, il y a quelques émissions sociales et culturelles pour élargir l’auditoire. Fourvière affiche un œcuménisme discret, réaliste et ouvert comme le demande le pape Jean-Paul II.
(Revue Notre-Dame du Cap, octobre 1995, pp. 10 à 12)
