19 octobre 2026


NEUROSCIENCES : Des symptômes de la démence peuvent apparaître des années avant les pertes de mémoire

Des symptômes de la démence peuvent apparaître des années avant les pertes de mémoire

Par Benoît Voyer

19 octobre 2026

Les pertes de mémoire ne sont pas toujours les premiers signes de la maladie d'Alzheimer. Plusieurs symptômes émotionnels, physiques et sensoriels peuvent apparaître de nombreuses années, c’est-à-dire des décennies, avant qu'un diagnostic de démence soit posé.

La maladie d'Alzheimer, qui représente de 60 à 80 % des cas de démence, évoluerait en trois phases : la première, dite préclinique, peut débuter de 15 à 20 ans avant les premiers troubles cognitifs. Durant cette période, le cerveau commence déjà à subir des modifications biologiques, notamment l'accumulation de plaques de bêta-amyloïde et d'enchevêtrements de protéine tau.

Dans un article publié le 22 juillet 2026 dans Le Devoir, reprenant une enquête du Washington Post, le neurologue Timothy Chang, professeur agrégé à l'Université de Californie, à Los Angeles dit que ces changements cérébraux précoces peuvent provoquer des manifestations qui ne touchent pas directement la mémoire.

Dépression, anxiété et changements de comportement
Parmi les premiers indices possibles figurent une dépression ou une anxiété apparaissant tardivement, généralement vers 55 ou 60 ans. Selon Timothy Chang, « certaines modifications des réseaux cérébraux qui surviennent aux premiers stades de la démence touchent également la santé mentale ». Ces changements pourraient donc représenter « le signe de possibles modifications précoces du fonctionnement cérébral ». Des recherches suggèrent également que ces troubles de l'humeur pourraient accélérer l'évolution de la maladie.

L'irritabilité, l'apathie et l'agitation font aussi partie des symptômes neuropsychiatriques fréquemment observés avant le déclin cognitif. Selon le psychiatre Adam Turnbull, de l'Université de Stanford, environ 50 à 60 % des personnes présentant déjà des biomarqueurs de la maladie d'Alzheimer manifestent au moins un de ces symptômes.

Sommeil, odorat, marche et force musculaire
Les chercheurs soulignent également l'importance des troubles du sommeil. Une méta-analyse publiée en 2025 associe notamment l'apnée du sommeil, la somnolence diurne excessive et l'insomnie à un risque accru de démence. À l'inverse, chaque heure supplémentaire de sommeil nocturne serait liée à une diminution des dépôts de bêta-amyloïde dans le cerveau.

La perte de l'odorat constitue un autre signal d'alarme. Environ 85 % des personnes aux premiers stades de la maladie d'Alzheimer présentent des troubles olfactifs. Les chercheurs rappellent toutefois que l'odorat peut parfois être amélioré grâce à un entraînement spécifique.

Enfin, un ralentissement de la marche ainsi qu'une diminution de la force de préhension pourraient également annoncer un futur déclin cognitif plusieurs années avant les premiers troubles de mémoire. Une étude portant sur plus de 190 000 adultes a même montré qu'une baisse de cinq kilogrammes de la force de préhension était associée à une hausse du risque de démence de 20 % chez les hommes et de 12 % chez les femmes.

Les spécialistes invitent toutefois à la prudence. Adam Turnbull rappelle que chacun de ces symptômes peut avoir de nombreuses autres causes.

GUERLAC - Pensée


FLASH : Deux fois moins de spermatozoïdes

Deux fois moins de spermatozoïdes

Une étude internationale publiée en 2022 révèle une baisse importante du nombre de spermatozoïdes chez les hommes. Les chercheurs analysent 223 études portant sur des échantillons recueillis entre 1973 et 2018. Au cours de cette période, la concentration moyenne passe de 101 à 49 millions de spermatozoïdes par millilitre de sperme chez les hommes étudiés sans distinction de fertilité. C'est une diminution de plus de 50 %. Les chercheurs observent aussi une accélération de cette baisse après l'année 2000. Une évolution qui soulève de nombreuses questions sur la santé reproductive masculine. (Benoit Voyer, 19 octobre 226)

RÉFLEXION SPIRITUELLE : En qui ou en quoi je mets ma confiance ?

En qui ou en quoi je mets ma confiance ?

Par Benoit Voyer

19 octobre 2026

Saint Grégoire définissait les textes de la Bible comme étant une « lettre envoyée par le Dieu tout-puissant à sa créature ».[1]

De son côté, François Cassingena-Trévedy, moine catholique de Ligugé, écrit dans son livre « Quand la Parole prend feu » publié par l’Abbaye de Bellefontaine, livre que j’ai lu en septembre : « Si tu attends depuis longtemps une lettre en provenance d’un ami très cher, tu guettes, avec une certaine anxiété, l’arrivée du courrier, et si la lettre est arrivée, tu t’empresses de la décacheter et de la lire. Dieu t’a écrit une lettre d’amour, une longue lettre, il t’en renouvelle quotidiennement l’envoi, et tu n’aurais pas hâte de la recevoir, tu ne t’empresserais pas de la lire, de la relire, de l’apprendre par cœur ? »

Søren Kierkegaard (1813-1855), philosophe et théologien danois, un chrétien de tradition luthérienne, écrivait à son époque : « Comme un fiancé lit une lettre de sa bien-aimée, c’est ainsi que tu dois te mettre à lire l’Écriture ».

Dans sa lettre du jour (cf. Lc 12, 13-21), une phrase m’a grandement interpellé : « cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? »

Jésus dit aussi : « La vie de quelqu’un, même dans l’abondance, ne dépend pas de ce qu’il possède. »

Soyons clairs : Jésus ne condamne pas le fait d’avoir des biens ou d’avoir une bonne récolte. Le problème est qu’on finit par faire de ses possessions le fondement de sa sécurité et le but de son existence.

Aujourd’hui, dans sa lettre d’amour, Jésus me questionne : Qu'est-ce qui me donne réellement le sentiment d'être en sécurité : ce que j'ai accumulé ou Celui en qui j'ai placé ma confiance ?

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[1] Grégoire le Grand. Epist. V, 46, « À Théodose, médecin de l’empereur » (CCSL 140), p. 339.

PATRIMOINE : La fresque de l’église catholique de Rawdon

Église catholique Marie-Reine-de-la-Paix
La fresque de l’église catholique de Rawdon

Par Benoit Voyer

19 octobre 2026

Lorsqu’on entre dans l'église catholique Marie-Reine-de-la-Paix, à Rawdon, on est toujours impressionné par l’imposante fresque peinte dans le chœur du temple.

Le symbolisme de l’œuvre transporte le visiteur vers le cœur de la foi chrétienne.

Toute la composition s'organise autour du Christ, représenté sur la croix, les bras largement ouverts.

Au-dessus de lui, Dieu le Père déploie lui aussi les bras dans un geste d'accueil et de bénédiction, tandis que la colombe de l'Esprit Saint descend entre le Père et le Fils, rappelant le baptême de Jésus au Jourdain où « l'Esprit Saint descendit sur lui sous une apparence corporelle, comme une colombe » (Lc 3, 22). À elle seule, cette scène exprime le mystère de la Sainte Trinité, au nom de laquelle les disciples sont envoyés baptiser toutes les nations (Mt 28, 19).

Autour du Christ, quatre anges vêtus de blanc participent à une véritable liturgie céleste. Deux d'entre eux présentent des calices, évoquant les paroles de Jésus lors de la dernière Cène : « Ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, versé pour la multitude » (Mc 14, 24). Les autres déploient des banderoles portant des inscriptions latines inspirées de la liturgie. On y distingue notamment le mot Sanctus, qui fait écho à la vision du prophète Isaïe : « Saint, saint, saint est le Seigneur de l'univers » (Is 6, 3), reprise également par les quatre Vivants dans l'Apocalypse (Ap 4, 8). Le ciel tout entier semble ainsi s'unir à la célébration qui se déroule au pied de cette œuvre.

Dans la partie inférieure de la fresque, une assemblée de personnages auréolés prend place de part et d'autre du sanctuaire. Ils représentent vraisemblablement les apôtres, les saints et l'Église glorifiée, réunis autour de l'Agneau. Cette vision rappelle les paroles de l'Apocalypse : « J'ai vu une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, de toute nation, race, peuple et langue » (Ap 7, 9). Leurs regards convergent vers la croix, signe que toute l'histoire du salut trouve son accomplissement dans le Christ, selon cette parole de Jésus : « Et moi, quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai à moi tous les hommes » (Jn 12, 32).

Placée directement derrière l'autel, cette fresque prend tout son sens au moment de la célébration eucharistique. Elle rappelle que la messe n'est pas seulement une assemblée de fidèles, mais une participation à la liturgie du ciel. La Lettre aux Hébreux affirme que le Christ est entré « dans le sanctuaire du ciel lui-même » (He 9, 24), tandis que le Catéchisme de l'Église catholique enseigne que, dans chaque Eucharistie, l'Église s'unit à la liturgie céleste. Le regard passe naturellement de l'autel au Christ, puis s'élève vers le Père, guidé par l'Esprit Saint. Devant cette fresque, les paroles proclamées après la consécration prennent une résonance toute particulière : « Il est grand, le mystère de la foi ! »

On contemple avec les yeux de son époque
On ne regarde jamais une œuvre avec les yeux de son époque initiale; on la regarde toujours avec les nôtres. Nos sensibilités, nos débats de société, nos références culturelles influencent inévitablement notre interprétation. Une même œuvre peut donc susciter des lectures très différentes selon le siècle où elle est contemplée.

Prenons justement ce visage du Christ de Wilfrid Corbeil. En 1956, un fidèle y voyait probablement un Christ empreint de douceur, de paix et de majesté. Aujourd'hui, dans une société où les questions d'identité, de genre et de représentation occupent une place importante, certains peuvent spontanément y percevoir des traits qu'ils qualifieraient de féminins ou d'androgynes. Ce regard n'est pas « faux » : il nous renseigne sur notre époque. Mais il ne faut pas le confondre avec l'intention de l'artiste.

C'est l'un des défis de l'histoire de l'art. Il faut constamment faire dialoguer deux regards : celui du spectateur d'aujourd'hui et celui de l'époque où l'œuvre a été créée. Comprendre une œuvre, ce n'est pas seulement dire ce qu'elle nous inspire; c'est aussi tenter de retrouver le langage, les symboles et les préoccupations de son auteur. Autrement, nous risquons de projeter nos propres catégories sur une création qui répondait à d'autres codes.

En ce sens, une œuvre d'art est comme un témoin silencieux de son temps. Elle continue de parler à chaque génération, mais elle ne dit pas toujours la même chose. Le regard que nous portons sur elle révèle autant notre propre époque que celle de l'artiste. C'est précisément ce dialogue entre le passé et le présent qui rend l'histoire de l'art si passionnante.

Père Wilfrid Corbeil
Wilfrid Corbeil

Le créateur de la fresque de l’église Marie-Reine-de-la-Paix est le père Wilfrid Corbeil, c.s.v. Il est l'une des grandes figures de l'art sacré québécois du XXe siècle. Religieux des Clercs de Saint-Viateur, il fut à la fois peintre, architecte, enseignant, décorateur, écrivain, collectionneur et animateur culturel. Toute sa vie a été guidée par une conviction profonde : la beauté possède une force évangélisatrice et peut conduire l'être humain vers Dieu.

Né le 20 mars 1893 à Saint-Lin-des-Laurentides, il entreprend ses études classiques au Séminaire de Joliette avant d'entrer chez les Clercs de Saint-Viateur en 1912. Ordonné prêtre en 1918, il poursuit ensuite des études de lettres à la Sorbonne et à l'Institut catholique de Paris. De retour au Québec, il enseigne au Séminaire de Joliette, où il fonde un studio de dessin, organise des expositions et transmet son amour de l'art à plusieurs générations d'étudiants. Ceux qui l'ont connu décrivent un homme cultivé, passionné et animé d'un désir constant d'élever le regard de ses contemporains vers le beau.

Artiste prolifique, Wilfrid Corbeil réalise plus d'un millier d'œuvres et d'ébauches au cours de sa carrière. Ses talents ne se limitent pas à la peinture. Il participe également à la conception d'édifices religieux, à la restauration de lieux de culte et au renouvellement de l'art sacré au Québec. En 1946, avec l'artiste français André Lecoutey, il fonde le mouvement Le Retable, qui souhaite redonner à l'art religieux toute sa place dans la vie de l'Église, dans un langage artistique adapté à son époque.

Son héritage dépasse largement le domaine religieux. Dès 1943, il met sur pied une galerie d'art au Séminaire de Joliette, initiative qui deviendra le point de départ du Musée d'art de Joliette. Il consacrera ensuite des décennies à enrichir ses collections, à mobiliser des donateurs et à faire construire l'édifice inauguré en 1976. Encore aujourd'hui, le Musée d'art de Joliette est le plus important musée d'art en région au Québec, un héritage qui porte indéniablement la marque de sa vision et de sa persévérance.

Le père Wilfrid Corbeil décède le 20 octobre 1979. Il laisse derrière lui un patrimoine artistique et culturel exceptionnel. Malheureusement, son nom demeure encore trop peu connu du grand public. Ses tableaux, ses décors d'églises, ses projets architecturaux et son engagement envers la diffusion de l'art témoignent d'une même intuition : la beauté n'est jamais une fin en soi. Pour lui, elle était une porte ouverte sur le mystère, un chemin vers la contemplation et une manière discrète, mais profondément éloquente, d'annoncer l'Évangile. Plus de quarante ans après sa disparition, son œuvre continue de rappeler que l'art peut être à la fois une expression de la foi et un précieux héritage pour toute la société québécoise.

LE PRÉSENT DU PASSÉ : Politique quand tu nous tiens

Politique quand tu nous tiens

L’article de Benoît Voyer dans le numéro d’avril a suscité de nombreuses réactions. Les unes étaient des avertissements alors que d’autres étaient virulentes. De véritables condamnations aux enfers !

La direction de la revue Notre-Dame du Cap n’a voulu en aucun temps prendre position à l’occasion du futur référendum. Cela n’a jamais fait partie de la tradition de la revue et ne le sera pas. Notre désir était de faire connaître la position des évêques à l’occasion de ce débat de société. En ce sens, nous croyons que l’article était légitime puisque les évêques ont toujours tenu des positions non-partisanes faisant appel au respect des personnes au sens de la justice.

La position de M. Beauchamp est personnelle. Nous aurions dû aussi donner la parole à une personne qui aurait émis une opinion différente.

Notre but n’est pas de faire de la politique mais de nous situer dans la ligne proposée par le pape Jean-Paul II : « Une démocratie authentique n’est possible que dans un État de droit et sur la base d’une conception correcte de la personne humaine. (...) L’Église respecte l’autonomie légitime de l’ordre démocratique et elle n’a pas de qualité pour exprimer une préférence de l’une ou l’autre solution institutionnelle ou constitutionnelle. La contribution qu’elle offre à ce titre est justement celle de sa conception de la dignité de la personne qui apparaît en toute plénitude dans le mystère du Verbe incarné. »

Une lecture de la lettre encyclique Centesimus annus du pape Jean-Paul II est d’une grande richesse concernant l’apport de l’Église aux débats sociaux et politiques.

Quant aux condamnations virulentes, la direction de la revue rappelle que nous vivons présentement durant l’année de la tolérance. Nous n’en voulons à personne...

Paul Arsenault, o.m.i., directeur
Jérôme Martineau, rédacteur en chef


(Revue Notre-Dame du Cap, juin 1995, p. 25)