PORTRAIT : Mgr Louis Langevin

Mgr Louis Langevin aux fénérailles de l'abbé René Beaugrand
Mgr Louis Langevin

Par Benoit Voyer

27 octobre 2026

Le 31 octobre 1921, à Oka, Eugène Langevin et Irène LaRocque donnent naissance à Louis.

Il fait ses études classiques au Collège de Montréal de 1936 à 1942 puis ses études en philosophie au Séminaire de Philosophie de Montréal, de 1942 à 1944. De 1946 à 1950, il entreprend des études théologiques au Scolasticat des Pères Blancs à Ottawa.

Après des études en théologie au Scolasticat des Pères Blancs, à Ottawa, Louis Langevin est ordonné prêtre, le 2 février 1950, durant sa 4e année de théologie, par Mgr Alexandre Vachon, archevêque d’Ottawa. Il a 28 ans.

En 1996, il me racontait : « À ce moment-là, nous étions ordonnés en février pour pouvoir faire un peu de ministère en terminant la 4e année de théologie. J’ai apprécié cette démarche parce que nous pouvions parler avec les directeurs spirituels et les professeurs des expériences rencontrées, des erreurs faites et ajuster notre action. Ce fut un six mois très intéressant ».

Il est nommé assistant supérieur et professeur au noviciat des Pères Blancs à Saint-Martin, Laval. Dans cette première affectation, il fait de la direction spirituelle — il y avait de 20 à 25 novices par année, à cette époque —, donne des cours d’Écriture Sainte et d’anglais et assiste le maître des novices.

Études à Rome
En 1954, il redevient étudiant, à Rome, à l’Université grégorienne où il obtient en 1955 une licence en théologie et à l’Institut pontifical biblique où il obtient en 1957 une licence en Écriture Sainte.

En 1996, il me racontait : « J’ai beaucoup aimé ces années d’études. D’abord, à cause des cours qui nous étaient donnés, la compétence des professeurs, un milieu international, par exemple, à la maison où je demeurais, nous étions une quinzaine de nationalités — et le séjour à Rome parce que cette ville est un centre important pour la chrétienté. »

Il se rappelle avec enthousiasme les célébrations sur la Place Saint-Pierre et ses visites de Rome et à plusieurs collèges internationaux. Au fond, ce fut une belle préparation à sa tâche d’évêque, même s’il ne savait pas à ce moment qu’il le deviendrait.

Il ajoutait : « Puisque les études demandaient de connaître plusieurs langues, durant mes vacances je me perfectionnais. Je suis allé faire un stage en Angleterre pour me perfectionner en anglais, parce qu’il y avait beaucoup de lecture à faire dans cette langue. Pendant le congé estival de ma deuxième année, je suis allé apprendre de l’allemand en Allemagne. Les études demandaient que nous puissions lire des auteurs allemands, car ils sont réputés — hier comme aujourd’hui — pour être de bons exégètes. Enfin, la dernière année, ce fut une visite de quatre mois en Palestine. »

Missionnaire
En 1957, il prend directement la route de l’Ouganda pour y devenir missionnaire. Il y demeure jusqu’en 1960. Les trois premiers mois furent consacrés à apprendre la langue du pays, en pleine brousse avec des Africains qui ne parlaient pas la langue de Molière. Cette expérience fut éprouvante pour Louis Langevin parce qu’il n’y avait aucun blanc dans les environs.

Au bout de trois mois, l’évêque du lieu lui fait passer un test de langue et lui donne un travail : vicaire à la paroisse de Bukumi qui compte une population d’environ 35 000 personnes. Sur ce nombre, près de 10 000 sont catholiques. Le travail consistait à visiter les dessertes de la grande mission installée sur un territoire de près de 75 kilomètres.

Après 18 mois, il devient curé de Kisubi, une grosse paroisse située près de la capitale. La tâche est lourde.

Retour au Canada
En 1960, il revient au Canada et devient animateur missionnaire dans les collèges. L’année suivante, il est nommé supérieur provincial des Pères Blancs du Canada. Il a 39 ans.

Dix ans plus tard, il prend la responsabilité de l’Office des missions de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), fonction qu’il occupe de 1971 à 1974.

Évêque à Saint-Hyacinthe
Le 9 août 1974, il est nommé évêque titulaire de Rossmarkaeum (Rosemarkie) et évêque auxiliaire auprès de Mgr Albert Sanschagrin au diocèse de Saint-Hyacinthe. Le 23 septembre suivant, il est consacré évêque à la cathédrale du lieu, par Mgr Guido Del Mestri.

Le 14 juin 1978, il reçoit le titre de chanoine titulaire du chapitre cathédral de Saint-Hyacinthe.

Il est nommé 10e évêque du lieu le 14 juillet 1979. Il est intronisé le 8 août suivant.

Mgr Langevin prend la direction du diocèse dans une période particulièrement mouvementée de l'histoire québécoise. Un mois après sa nomination, le 15 août 1979, l'Assemblée des évêques du Québec publie Le peuple québécois et son avenir politique. À l'approche du référendum sur la souveraineté politique du Québec, les évêques refusent d'identifier la foi chrétienne à une option constitutionnelle particulière. Ils reconnaissent au peuple québécois le droit à l'autodétermination et affirment que le maintien dans un cadre fédéral comme l'accession à la souveraineté peuvent être vécus conformément aux exigences évangéliques.

Renouveau charismatique
Le 1er juin 1980, quelques mois après son accession à la tête du diocèse, Mgr Langevin préside à Granby la grande célébration du 10e anniversaire du Renouveau charismatique au Canada. La rencontre se déroule à la maison des Trinitaires, autour du père Jean-Paul Regimbal, l’une des principales figures du mouvement.

L’événement se déroule en plein air, sur le terrain situé derrière la maison des Trinitaires, au coin des rues Avery et Robitaille. La journée alterne prières, enseignements du père Jean-Paul Regimbal et célébration eucharistique. Une journaliste de La Voix de l'Est, Geneviève Tavernier, se glisse incognito parmi les participants. Le lendemain, elle consacre trois textes à l'événement.

Ce jour-là, la différence de ton entre les deux hommes est frappante. Regimbal interpelle brutalement les chrétiens qu'il juge trop timides dans l'espace public; Langevin reprend l'appel à témoigner de sa foi, mais dans un langage beaucoup plus pastoral. Cette manière de faire annonce assez bien le rapport qu'il entretiendra avec le bouillant Trinitaire : de l'ouverture envers son œuvre, mais sans renoncer à son propre discernement d'évêque.

Dans la réflexion qu’il fera durant la messe, Mgr Louis Langevin redira les choses en mots plus polis : « C’est à cause d’un certain Jésus que l’on croit toujours vivant que les membres du renouveau charismatique témoignent publiquement de leur foi, le voulant toujours vivant selon l’évangile. Jésus s’est introduit dans la vie du monde et souffle sur ses amis et son esprit, les entraîne, les fait vivre dans le monde sans être, dans le monde, secoués par les tempêtes du XXᵉ siècle, mais dans l’esprit du Christ... »

Selon l’évêque de Saint-Hyacinthe, le chrétien a trois devoirs: la justice, la miséricorde et la droiture. Geneviève Tavernier résume : « Celui de justice, parce que qu’est l’amour sans la justice ? Celui de miséricorde, parce que peut-on espérer pour soi si on ne peut avoir quelque charité pour autrui ? Celui de droiture parce que c’est dans l’authenticité de la foi que le chrétien se reconnaît. »

Un an plus tard, Mgr Langevin donne également son Imprimatur à l'un des principaux ouvrages du père Regimbal, La Révolution de l'amour, publié chez Stanké. L'autorisation épiscopale est accordée le 15 juin 1981. Le livre possède également le nihil obstat du père Jean Girouard, o.m.i., et l'imprimi potest du provincial des Trinitaires, le père Claude Choquet.

Son ouverture au Renouveau charismatique ne l'empêche pas d'exercer son autorité épiscopale. En 1983, alors que le père Jean-Paul Regimbal multiplie les dénonciations concernant notamment les messages subliminaux dans la musique rock et l'action du démon, Mgr Langevin lui demande de modérer ses interventions publiques.

Lors des funérailles du père Jean-Paul Regimbal, qu'il préside à Granby le 12 septembre 1988, Mgr Langevin livre une homélie révélatrice de sa manière de juger les hommes. Il aime les nuances. En parlant du père Regimbal, il disait : « Il en fut un apôtre donné, avec ses limites, bien sûr, comme tout le monde, mais ses limites ne doivent pas nous empêcher de voir le bien qu’il a fait. »

Préoccupations diverses
Durant son épiscopat, Mgr Langevin met en place le Centre de formation pour les agents et agentes de pastorale. En collaboration avec les autorités du Séminaire, il met également sur pied un Centre de santé pour les prêtres du diocèse ainsi que le Bureau de Pastorale d’Ensemble, sur lequel siègent des représentants des diverses régions pastorales du diocèse.

Loisirs
Dans ses loisirs, il aime aller jouer au golf. Il n’est pas le champion de cette discipline, mais il aime ce temps particulier où il redevient un simple homme, où il range son col romain pour vêtir un polo. C’est une façon pour lui de passer de temps incognito avec des gens qui ne soupçonnent pas son titre. Cela lui est d’un grand bien pour son équilibre psychologique.

Fin de son épiscopat
En 1996, à l'approche de ses 75 ans, Mgr Langevin prépare sa démission conformément au droit canonique. Il prévoit envoyer sa lettre au Vatican le 31 octobre, jour même de son 75e anniversaire. On lui demande de demeurer à la tête du diocèse de Saint-Hyacinthe jusqu’à la nomination de son successeur.

Le 7 avril 1998, l’abbé François Lapierre, prêtre de la Société des missions étrangères, est nommé pour lui succéder. Mgr Langevin devient alors administrateur du diocèse de Saint-Hyacinthe jusqu’à la consécration du nouvel évêque, le 16 juin 1998.

Décès
Mgr Louis Langevin se retire au Séminaire de Saint-Hyacinthe et décède le 21 juillet 2003, à Saint-Hyacinthe.