RÉFLEXION SPIRITUELLE : Discerner le temps présent
Par Benoit Voyer
23 octobre 2026
« Pourquoi ne jugez-vous pas par vous-mêmes ce qui est juste ? » (cf. Lc 12, 54-57). Cette question de Jésus nous invite à regarder notre temps avec d’autres yeux. Il ne faut pas seulement constater ce qui se passe autour de nous : il faut reconnaître ce que Dieu nous demande aujourd’hui et ne pas remettre à plus tard le changement de notre regard et les gestes de justice réparatrice qui s’imposent.
Dans son encyclique Magnifica Humanitas, le pape Léon XIV reprend avec force cette invitation. Il affirme que nous devons demander à Dieu « la sagesse nécessaire pour interpréter les grandes tendances de notre époque ». En termes simples, il invite chacun à penser, discerner et agir. Ce n’est pas très loin de la méthode « voir, juger, agir » du cardinal belge Joseph Cardijn, qui l'a formulée et développée au milieu des années 1920 pour guider l'action de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC).
Selon lui, le danger serait de vivre d’urgence en urgence sans jamais se demander où nous allons. Léon XIV écrit qu’« il faut engager un discernement commun » car, autrement, « nous risquons de laisser la succession des urgences décider à notre place de la direction à prendre ». Il pose alors trois questions essentielles : « où allons-nous ? Vers quel but souhaitons-nous nous orienter ? Quelle direction choisir en tant que communauté humaine et en tant que peuples ? »
Ces questions peuvent devenir les nôtres : où vais-je ? Qu’est-ce que Dieu me demande maintenant ? Quelle réconciliation est-ce que je repousse ? Quelle injustice ai-je appris à ne plus voir ? Quel geste puis-je poser aujourd’hui ?
Dans l’exhortation apostolique Dilexi te, Léon XIV nous rappelait la manière dont Dieu réagit devant la souffrance de son peuple : « la condition des pauvres est un cri qui, dans l’histoire de l’humanité, interpelle constamment notre vie, nos sociétés, nos systèmes politiques et économiques et, enfin et surtout, l’Église ». Discerner les signes des temps, c’est donc aussi entendre les cris que nous risquons de ne plus entendre et voir les personnes que notre regard finit parfois par éviter. Comme je le dis souvent : À force de trop voir la souffrance, elle finit par nous endurcir le cœur. Est-ce que notre époque serait en panne d’empathie ?
Pour paraphraser François Cassingena-Trévedy, moine de Ligugé : L’Évangile, comme les autres textes de la Bible, est « écrit pour moi, cela veut dire […] que je suis la matière du livre ; il me raconte ma propre histoire, depuis ma genèse jusqu’à mon apocalypse ».
