RELIGIOLOGIQUE : Femmes, Église et société (2)
Par Benoit Voyer
26 octobre 2026
Saint Paul était-il misogyne ? Avant d’accuser saint Paul de misogynie, il est important de replacer ses écrits dans le contexte de son époque et d’en savoir un peu plus à son sujet.
Paul est un Juif formé à la Torah, né à Tarse et également marqué par la culture grecque. En 1994, à l’émission télévisée Parole et vie, la théologienne Jeannine Ouellet m’explique : « Il est toujours un peu entre les deux. Il doit concilier sa foi, son bagage juif et son bagage grec. » Cette réalité complique notre lecture actuelle : « C’est difficile pour nous aussi de comprendre ses écrits. Il faut vraiment retourner à l’époque pour mieux les saisir. »
Jeannine Ouellet voit cependant dans la lettre aux Galates un passage particulièrement important pour comprendre Paul. « Je pense que l’essence du message chrétien, on la retrouve dans Galates 3, 26-28, où il dit qu’il n’y a plus ni Juif ni Grec, ni homme libre ni esclave, ni femme ni homme, mais que tous sont un en Jésus-Christ. »
À ses yeux, Paul « a vraiment compris que Jésus était venu ici abolir les rapports de domination entre les hommes et les femmes ».
Elle ne nie pas pour autant l’existence de passages plus difficiles : « Il y a des textes négatifs envers les femmes. » Mais d’autres textes montrent des femmes très présentes dans les premières communautés chrétiennes.
Elle donne l’exemple de la lettre aux Romains : « Je pense que le plus positif serait dans l’épître aux Romains, Romains 16, 1, où saint Paul fait l’éloge de plusieurs femmes. »
Parmi elles se trouve Phébée, « qui est une diaconesse ». Jeannine Ouellet mentionne également Prisca, Marie, Tryphène et Persis. Dans la lettre aux Philippiens, Paul parle d’Évodie et Syntyche, qui « travaillent sur un pied d’égalité avec lui dans sa mission ».
Elle rappelle aussi la figure de Lydie, qu’elle présente comme « la première chrétienne qui a fondé la première Église en Europe, si on peut dire ».
Ces exemples amènent Jeannine Ouellet à nuancer fortement l’image parfois donnée de l’apôtre : « Si on regarde la participation que saint Paul a donnée aux femmes dans son Église, on peut certainement penser qu’il avait une forte estime pour les femmes. Ce n’était pas un homme aussi misogyne qu’on a parfois voulu le faire paraître. »
Selon elle, un changement survient ensuite avec les Pères de l’Église, notamment avec Tertullien et Origène, et la structuration de l’institution : « Si les Pères de l’Église avaient continué le chemin de Paul, si on peut le dire ainsi, on aurait peut-être davantage d’implication des femmes dans l’Église aujourd’hui. […] L’Église a dû se structurer, s’hiérarchiser, et cela s’est fait d’une façon masculine. »
Au-delà de ces évolutions, Jeannine Ouellet invite finalement à ne pas perdre de vue la présence des femmes dans l’histoire chrétienne : « Même si on a eu des hauts et des bas au niveau des fonctions dans l’Église, il y a quand même un apport très important des femmes qu’on peut considérer. »
