est-ce que je prends le temps de prier ?
Par Benoit Voyer
28 octobre 2026
Luc nous raconte dans son évangile qu’un jour Jésus gravit une montagne afin d’y passer la nuit à prier. On ne sait pas quelle montagne et à quelle hauteur. De toute manière, cela n’apporterait rien d’intéressant au récit. Dans la Bible, gravir une montagne signifie habituellement se rapprocher de Dieu, qui, à cette époque, on s’image qu’il habite là-haut dans le ciel derrière les nuages.
Au matin, il redescend afin de s’entretenir avec ceux qui le suivent. Il choisit douze disciples « auxquels il donna le nom d'Apôtres » et à Simon il donne le nom de Pierre (cf. Lc 6, 12-19). Le chiffre est significatif. Il renvoie aux douze tribus d’Israël, donc symboliquement au peuple d’Israël en entier et, dans une perspective chrétienne, à toutes les nations.
Ainsi donc, avant de choisir, Jésus s’arrête pour prier.
Cela interpelle : Avant de prendre une décision importante, est-ce que je prends le temps de prier ? Est-ce que je prends vraiment le temps de me placer en présence de Dieu et de tenter d’écouter ce qui surgit ?
En 1931, le père Eugène Prévost écrivait un petit opus spirituel sur le bonheur. Depuis quelques semaines, il alimente ma méditation. Bien entendu, le langage et la vision de Dieu sont d’une autre époque, mais le propos demeure d’intérêt.
Eugène Prévost écrit : « Tout consiste à regarder dans la bonne direction, à entrevoir le terme de la vie, et à se servir des moyens surnaturels mis à notre disposition pour marcher toujours dans le chemin de la vertu, appuyé sur la grâce de Jésus qui ne fait jamais défaut, mais qui réclame le concours de notre bonne volonté. »
Il ajoute : « Ne sont vraiment heureux que ceux qui suivent les règles de la conscience, qui se soumettent à l’autorité divine pour en accomplir la loi et en suivre les saintes inspirations, et qui, fidèles à tous leurs devoirs, ne poursuivent pas d’autre idéal que celui de glorifier Jésus par la pratique de toutes les vertus. »
« Suivre les saintes inspirations ». L’expression n’est pas de notre temps, mais elle dit quelque chose…
Pour entendre « les inspirations » en question, il faut faire silence. La nuit de Jésus dans la prière rappelle que le discernement demande parfois du temps. Il ne s’agit pas seulement de demander à Dieu d’approuver ce que je décide. Il s’agit surtout de me rendre disponible à ce qu’il peut me demander. La nuance est importante.
Le récit biblique ne s’arrête pas sur la montagne : après avoir prié et choisi les Douze, Jésus redescend. Une foule immense l’attend. Des personnes sont venues pour l’entendre, d’autres pour être guéries. Certaines sont tourmentées. Toutes cherchent à s’approcher de lui et même à le toucher.
La leçon est importante : la prière conduit Jésus vers les autres.
À propos du cœur humain, le père Eugène Prévost écrivait : « Il doit en être ainsi, puisque le cœur de l’homme n’est point fait pour la créature, mais pour Dieu. L’immensité l’attire, l’éternité le réclame ; l’amour divin seul est capable de combler les lacunes inévitables des affections terrestres. Pourquoi alors se contenter d’affections qui ne contiennent que des parcelles de bonheur, lorsqu’il est si facile de les surnaturaliser par un amour qui prend sa source en Jésus et se prolonge dans l’éternité ? »
Cet amour prend sa source en Jésus, lui qui, à travers ses paroles et ses actions, nous révèle Dieu, source de toute paternité.
On le voit dans le récit de Luc, Jésus monte vers Dieu dans la prière et redescend vers les humains. Sa relation avec Dieu et sa présence auprès des autres ne s’opposent pas.
Je reviens à Eugène Prévost. Il disait : « Si nous voulons n’être jamais déçus, mettons Jésus à la place de la créature, et laissons-Le inspirer et diriger toutes les affections de notre cœur. Aimons ceux que nous devons aimer, mais chrétiennement, saintement, et notre bonheur, comme nos affections, sera durable. »
La montagne est bien là. On monte vers Dieu non pour oublier les autres, mais pour apprendre à mieux les aimer. On prie pour que Jésus puisse « inspirer et diriger » son cœur. Par la suite, comme Jésus dans l’Évangile, il faut savoir redescendre.
Au pied de ma montagne, il y a toujours une personne à écouter, à accueillir, qui souffre ou qui a besoin de ma présence.
