SAINTS ET SAINTES : Marie Guyart
Par Benoit Voyer
28 octobre 2026
Le 28 octobre 1599, à Tours, en France, naît Marie Guyart. Elle est la quatrième enfant de Jeanne Michelet et de Florent Guyart, boulanger.
Dès l’âge de sept ans, elle vit une première expérience spirituelle marquante. Dans un songe, elle voit Jésus venir vers elle et lui demander : « Voulez-vous être à moi ? » Elle lui répond simplement : « Oui ! »
À dix-sept ans, elle épouse Claude Martin, marchand en soieries. Deux ans plus tard, son mari meurt, la laissant avec leur fils Claude, âgé de six mois, et un commerce en faillite.
Le 24 mars 1620, veille de l’Annonciation, elle vit une expérience spirituelle déterminante. En marchant dans la rue, elle prend soudainement conscience de ses péchés et de ses imperfections et se voit, selon son propre cheminement mystique, plongée dans le Sang du Christ et sauvée par son amour miséricordieux. Cette expérience transforme profondément sa vie spirituelle.
En 1621, elle commence à travailler dans l’entreprise de transport de son beau-frère. Celui-ci reconnaît rapidement ses talents d’administratrice et lui confie parfois la direction de l’entreprise. Marie négocie, s’occupe des employés et prend soin d’une soixantaine de chevaux. Il lui arrive même de travailler tard dans la nuit sur les quais pour faire charger et décharger les marchandises. Elle mène ainsi une vie spirituelle intense au cœur d’une existence particulièrement active.
En 1627, elle vit une profonde expérience mystique de la Trinité. Puis, en 1631, elle entre chez les Ursulines de Tours et prend le nom de Marie de l’Incarnation.
En 1634, dans un nouveau songe, elle voit « un lieu très difficile » qu’elle reconnaîtra plus tard à son arrivée à Québec. Sa vocation missionnaire se précise. Elle entre notamment en contact avec des jésuites missionnaires de la Nouvelle-France.
Le 25 janvier 1639, elle quitte son monastère de Tours pour entreprendre son voyage vers la Nouvelle-France. Elle est accompagnée de Madame de la Peltrie, une veuve qui soutient financièrement son projet de fonder une école destinée aux jeunes filles amérindiennes et françaises.
Le 4 mai 1639, Marie Guyart, devenue Marie de l’Incarnation, s’embarque à Dieppe, en France, en direction de Québec, en Nouvelle-France. Elle arrivera à destination deux mois plus tard dans le but de fonder le premier monastère d'Ursulines en Amérique.
Malgré une bonne traversée, l’arrivée ne fut pas de tout repos. La marée et des vents contraires obligèrent l’Ursuline et l’équipage à débarquer sur l’île d’Orléans. Mère Juchereau de Saint-Ignace, venue fonder l’Hôtel-Dieu de Québec, décrit ainsi la mésaventure : « […] On mit à terre à l’île d’Orléans, qui pour lors n’était point habitée; On fit cabanes à la façon des sauvages; les religieuses se mirent dans l’une; Les religieux dans l’autre; […] Nous avions une joie qui ne se peut exprimer de nous voir dans ces grands bois, que nous fîmes retentir par nos cantiques, donnant mille louanges à Dieu […] »
De 1639 à 1672, Marie de l’Incarnation vit dans son monastère de Québec et participe activement à l’établissement de la jeune Église canadienne. Elle accueille des jeunes filles pour leur enseigner les fondements de la religion chrétienne et reçoit également de nombreux visiteurs amérindiens et français.
Elle étudie les langues du pays et compose des dictionnaires, des catéchismes et des histoires saintes dans au moins trois langues amérindiennes. Elle doit aussi veiller aux besoins matériels de sa communauté et à la construction du monastère, puis à sa reconstruction après l’incendie de 1650.
Le soir, à la chandelle, elle entretient une abondante correspondance avec son fils, ses amis et les bienfaiteurs demeurés en France. En 1654, à la demande de son fils Claude, devenu bénédictin, elle lui fait parvenir la Relation de sa vie, récit de son cheminement spirituel.
Grande mystique et éducatrice, elle est considérée comme la « Thérèse du Nouveau Monde et de notre temps », selon Bossuet. Elle est également appelée « mère de l’Église canadienne » en raison de son engagement dans la jeune colonie de 1639 à 1672.
Le 30 avril 1672, elle décède à Québec.
En 1980, le pape Jean-Paul II la proclame bienheureuse.
En 2014, elle est canonisée par le pape François.
Sa fête liturgique est célébrée le 30 avril.
