POINT DE VUE CATHOLIQUE : Le tabou de la mort

Le tabou de la mort

Par Benoit Voyer

1er novembre 2026

On meurt comme on a vécu. En pensant au jour fatidique qui attend chacun d’entre nous, le souvenir des paroles de Claude Ryan revient dans ma mémoire : « La mort… J’y pense presque tous les jours. Vous savez, à mon âge, on sait que ça viendra. J’aimerais avoir la grâce de mourir comme j’ai vécu, sans tricherie. »[1]

La mort… « Pourtant, nous ne pouvons pas nous échapper de cette réalité ; trépasser est notre destin. Un jour ou l'autre, même si nous tentons de l'éviter, la mort nous rattrape et nous devons entrer dans son expérience ultime. »[2]

S’il y a un jour de notre existence où on ne peut pas tricher, c’est bien celui-là. La mort nous confronte à ce qu’on est foncièrement. Lorsqu’on n’a pas encore fait les étapes qui conduisent à son acceptation, la mort peut faire peur.

Il avait un peu raison, Joseph Ayoub [3], un oncologue montréalais, lorsqu’il me disait que « la mort est devenue un tabou parce que notre génération a pensé pouvoir, avec la science, le savoir et la modernisation, arrêter la mort, de pouvoir la remettre à l'infini. […] La peur de la mort est due à deux raisons : la grande solitude des personnes aînées (l'isolement) et l'absence d'une foi profonde. Il est donc important d'accompagner les malades en donnant les soins appropriés et en étant simplement présent en les touchant. La plus grande chose dont la personne en phase terminale a besoin, c'est de la présence humaine ; juste quelqu'un qui est là, auprès d'elle, pour la rassurer (pas besoin de tenir des conversations à n'en plus finir). […] « Personnellement, je suis profondément convaincu que chacun de nous a une mission sur terre et qu'au moment de la mort, nous passons le relais à d’autres ». Passer le relais… L’idée n’est pas bête.

Ma conversation avec l’abbé Claude Paradis
Avant de s’occuper des itinérants dans les rues de Montréal, l'abbé Claude Paradis a été infirmier à Cowansville et intervenant en soins spirituels au centre hospitalier de Verdun, à Montréal. C’est d’ailleurs à l’hôpital que j’ai fait sa connaissance. J’y étais préposé aux bénéficiaires, un métier que j’ai choisi après quelques années à œuvrer dans le monde des communications.

Son nom de famille m’amusait bien à cette époque. Je trouvais cela bien rigolo qu’un prêtre catholique qui s’occupe principalement de personnes à la veille de mourir s’appelle « Paradis ».

Un jour, je me suis assis avec Claude afin d’échanger, à micro ouvert, sur ce sujet qu’on aimerait bien mettre sous le tapis.

BENOIT VOYER – Claude, qu'est-ce que la mort ?

CLAUDE PARADIS – Pour moi, la mort est quelque chose de grand. En y pensant rapidement, je dirais que c'est un passage. Cependant, plus j'y pense, c'est bien plus que cela. Ce n'est pas juste la fin. C'est un commencement ou une continuité, mais dans un autre état ou une autre dimension ou une autre perspective.

La mort, c'est la rencontre face à face avec Dieu. C'est le lieu où tout ce qui n'est pas « christifié » en soi le devient.

B.V. – Dans la vie, quel est le sens de la mort ?

C. P. C'est justement la mort qui donne un sens à ma vie parce que, s'il n'y avait pas la mort, il y aurait beaucoup de choses que j'ai le goût de faire aujourd'hui que je ne ferais même pas. Chaque jour, j'essaie d'entretenir mes relations importantes avec les autres parce que je ne sais jamais si demain je serai encore en vie. C'est la réalité de ma mort, qui viendra, un jour ou l'autre, qui va faire que je vais essayer de vivre ma journée à plein.

Je ne peux pas dire que la mort me fait peur parce que, pour moi, elle a un sens…

B.V. – À la lumière de la mort, quel est le sens de la vie ?

C. P. C'est une grande question que vous me lancez. Elle est très importante !

S'il n'y avait pas la mort, il n'y aurait pas de vie. Les deux sont indissociables. C'est l'idée de ma finitude qui me fait vivre pleinement ma vie.

Et puis, je crois en ce que Jésus nous parlait ! La vie ne s'arrête pas à la mort. Elle nous fait plutôt entrer dans une nouvelle expérience de vie, une nouvelle vie. C'est ce qu'il appelle la résurrection.

B.V. – À quoi ressemble cet au-delà ?

C.P. Nous vivrons avec un corps glorifié, c'est-à-dire avec un corps qui ne vivra plus de souffrances. De plus, nous retrouverons ceux que nous avons connus et aimés.

Comme le Christ dit, ça va être un grand jour. Il y aura un festin ! Ça va être un perpétuel jour de noces !

B.V. – Soyez plus précis, quel est le sens de la vie ?

C. P. C'est de découvrir Dieu – Je veux voir Dieu ! – et de me découvrir à travers mes journées et ma vie. À travers les autres que je rencontre, j'apprends justement à me connaître et à le rencontrer !

B.V. Alors, s'il s'agit d'un si grand moment de l'histoire de chaque personne, pourquoi est-ce que la mort est un sujet quasi interdit pour nos contemporains ?

C. P. – C'est peut-être à cause de l'inconnu qu'il y a cette peur.

De plus en plus, je me rends compte que les gens ont davantage peur de souffrir que de mourir. Ils ont peur de la souffrance. La société fait en sorte que nous essayons de l'éliminer.

Il ne faut pas se le cacher, la mort nous ramène à soi, à notre finitude. Durant la journée de la mort, qu'elle soit la sienne ou celle d'un proche, on doit faire plusieurs deuils. C'est une démarche normale du processus.

B.V. – Comment apprivoiser la mort ?

C. P. – Je dis souvent aux gens en fin de vie : Prends le temps de prendre du temps. Le temps nous permet de nous recentrer, de nous resituer et d'apprivoiser cette mort.

B.V. – De quelle manière surmonter la peur de la mort ?

C.P. – Quelle question difficile… D'un côté, la mort fait peur, de l'autre elle fascine. Une journée, elle nous apparaît comme étant un état de vie extraordinaire. Le lendemain, devant elle, on se dit : « Et s'il n'y avait rien après… »

B.V. Tout est affaire de foi !

C.P. La foi est ce qui fait toute la différence. Il y a une plus grande sérénité chez les gens en phase terminale qui ont la foi en Dieu.

B.V. – Qu'est-ce que Jésus dit à propos de la mort ?

C.P. La première chose qui me revient à l'esprit est qu'il nous lance : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ».

Et Jésus, comme chaque être humain, a vécu la mort… Il a vécu des deuils, comme nous ! Pour en arriver à la plénitude de sa mission, il a fallu qu'il en fasse plusieurs. Il a notamment dû quitter ses parents et ses amis.

B.V. Et il dit aussi : « Laissez les morts enterrer leurs morts ! » N'est-ce pas une invitation à ne pas trop se préoccuper de la mort ? (Mt 8,22)

C.P. – Laissez les morts enterrer leur mort. Quel propos « songé » ! Jésus nous invite donc à ne pas avoir peur de la mort.

B.V. – Songé ? Je ne trouve pas !

C. P. – Pensez-y bien ! Il nous dit de laisser les morts s'occuper de leur mort. C'est une invitation à cesser de craindre la mort ! C'est une invitation à les laisser mourir en paix.

Ce qui fait le plus mal dans la mort de l'autre, c'est l'absence qui suit le départ. C'est de cela que nous avons peur.

Malgré qu'il s'agisse d'une continuité de la vie, la mort est le moment de la rupture d'une proximité physique.

B.V. Est-ce qu'il est possible de rencontrer Dieu au moment de la mort et d'arriver à la certitude qu'il existe vraiment ?

C.P. – Un jour, il n'y a pas longtemps, quelqu'un me disait : « Vous savez, lorsque je suis entré ici, à l'hôpital, je ne croyais pas du tout en Dieu. C'est dans ma solitude et ma souffrance, et en voyant les infirmières et les préposés aux bénéficiaires travailler, que je me suis dit : il se peut que Dieu soit ici ! »

Chacun à sa façon peut être un outil pour montrer Dieu ! Il passe même par les professionnels de la santé !

Il y a aussi plusieurs personnes que j'accompagne qui me parlent de Dieu sans le nommer. Peut-être seulement parce qu'elles n'ont pas appris à le faire ! Sans trop le savoir, plusieurs me font vivre des pages d'Évangile.

Lorsque l'humain est confronté au silence qui survient dans la souffrance, il y a une recherche intérieure qui se fait. Je trouve cela fort malheureux qu'il faille se retrouver au cœur de celle-ci pour se dire : Et si c'était vrai ?

B.V. – Chez les gens que vous accompagnez dans le couloir de la mort, qu'est-ce qui vous étonne le plus ?

C. P. Ce sont les mourants qui offrent leurs souffrances pour d'autres personnes qui sont en santé. Leurs souffrances deviennent une source de salut pour les autres. Il y a une grande noblesse dans cette attitude.

B.V. – Comment annoncer à quelqu'un que son ange viendra bientôt le conduire à Dieu ? Quels mots dire ?

C.P. – C'est toujours délicat. On ne s'habitue jamais à annoncer à quelqu'un qu'il va mourir.

B.V. – Quels mots dire ?

C. P. Avant tout, il faut s'assurer d'une présence et beaucoup d'écoute. Parce que, assez rapidement, la personne va avoir besoin de parler. Vous savez, c'est lorsqu'on les « laisse se dire » que les personnes en viennent à nommer Dieu parce que cela va ensemble. De plus, durant cette relecture de vie qui s'amorce, il y a de nombreux pardons qui se font. Ces moments de miséricorde sont d'intenses instants de joie pour le mourant et ses proches.

B.V. – Vous ne répondez pas à la question ! Quels mots dire ?

C. P. – Je ne sais pas. (Il fait un long silence. Il s'intériorise. Il cherche en lui, comme s'il n'y avait pas de réponse satisfaisante… Et il lâche un grand soupir en haussant les épaules… puis tente une réponse).

Il faut dire la vérité. C'est un moment trop précieux pour se taire.

Personnellement, j'aimerais mieux le savoir le plus rapidement possible afin de pouvoir vivre intensément ces moments avec mes proches.

B.V. – Et lorsque la personne sait et qu'« elle se raconte », qu'est-ce qu'il faut dire ? Qu'est-ce qu'il faut lui répondre ?

C. P. La personne qui va mourir a peut-être juste le goût de parler de ce qui lui arrive.

J'entends souvent le patient en soins palliatifs dire qu'il trouve cela désolant de ne pas pouvoir parler du sujet de sa mort avec sa famille. « Je sens une gêne. Je les sens mal à l'aise. Mais j'aimerais tant parler avec eux de ma mort ! » dit-il de différentes manières.

Il y a, dans plusieurs familles, une « non-acceptation » de la mort de leur proche. On refuse donc d'aborder la question en lançant des platitudes comme : « Voyons ! Tu vas guérir ! » C'est une forme de déni. Lorsqu'un médecin a annoncé au patient que c'est la fin, il ne faut pas entretenir avec ce dernier de faux espoirs, car cela devient une forme de mensonge.

Donc, pour répondre à votre question, il faut juste être présent et répondre à leurs questions, avec simplicité, et être le plus vrai possible.

B.V. – Avez-vous personnellement vécu une expérience de mort ?

C. P. – Oui.

B.V. - Comment cela s'est-il passé et qu'est-ce que l'expérience a changé dans votre vie ?

C.P. – C'est cette expérience de la mort qui m'a donné la certitude que Dieu existe vraiment.

J'ai fait, il y a quelques années, un arrêt respiratoire. On m'a réanimé. Durant ce moment, il s'est passé quelque chose en moi. Ça a été un déclencheur. Suite à l'expérience, je me suis mis en recherche. Je ne savais pas quoi, mais je cherchais vraiment. Je vous évite le récit de toutes mes démarches et tentatives, mais je suis finalement devenu prêtre catholique.

B.V. – Et quelles sont les conclusions de votre expérience ?

C.P. – Je découvre dans mon sacerdoce et, surtout, à travers la mort des autres, ce que j'ai longtemps cherché. Je cherchais la dignité de la personne humaine. En réalité, c'est ma propre dignité que je cherchais ! Et je ne savais pas où la trouver. J'avais perdu la mienne à travers mes excès de boisson et d'expériences sexuelles. Je la cherchais dans toutes les directions. À travers l'expérience de la mort, j'apprivoise ma propre vulnérabilité.

Toute personne meurt de la même façon. Qu'importe la vie qu'elle a eue ! La promesse de la vie éternelle est la même pour tous. C'est là notre seule dignité. Même si dans la vie nous nous sommes tenus à l'écart de Dieu, c'est indéniable, la mort nous ramène à lui.

Chaque jour, j'accompagne des gens dans le couloir de la mort dans le cadre de mon travail d'animateur de pastorale en milieu de la santé. C'est tellement grand ce qui se passe dans cette expérience ! Il y a quelque chose qui se passe dans la chambre du mourant, qui est vraiment plus grand que l'humain. Cette expérience est vraiment difficile à exprimer avec des mots, puisqu'une description juste est impossible. Cependant, je vous affirme que c'est une expérience extraordinaire ! J'espère ne jamais m'habituer à cela !

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[1] Benoit Voyer. « Claude Ryan, un humble géant », 8 février 2026. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2026/02/histoire-claude-ryan-un-humble-geant.html
[2] Benoit Voyer. « Claude paradis », Revue Sainte-Anne, mai 2004, pp. 201, 212 et 213. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2026/06/le-present-du-passe-claude-paradis.html
[3] Benoit Voyer. « Un médecin parle de la mort », Revue Sainte-Anne, novembre 1998, page 446. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/12/le-present-du-passe-un-medecin-parle-de.html

LE PRÉSENT DU PASSÉ : Les évêques aux États généraux sur l’éducation

Les évêques aux États généraux sur l’éducation

Le président de l’Assemblée des évêques du Québec (AEQ) et archevêque du diocèse de Québec, Mgr Maurice Couture, accompagné de Mgr André Gaumond, du cardinal Jean-Claude Turcotte et Mgr Gilles Lussier, a présenté un résumé du mémoire de l’Assemblée des évêques du Québec (AEQ) aux États généraux sur l’éducation décrétés par le ministère de l’Éducation du Québec (MEQ). Peu de médias étaient présents. En décembre, un exposé de la situation sera publié par le MEQ.

Pour les évêques, ce dont notre système éducatif a besoin, c’est d’un élan nouveau qui motive les jeunes, les enseignants et d’une solidarité qui mobilise tous les partenaires de l’éducation, à commencer par la famille.

« Personne ne sera surpris que le mémoire aborde la question de l’école confessionnelle. Convaincus que nous sommes, cela est loin de constituer un problème aussi majeur que l’on veut bien le laisser croire dans certains milieux », disait Mgr Couture.

Avant d’aborder ce sujet, ils ont préféré présenter quelques enjeux importants du renouvellement du système éducatif québécois.

« Combattre l’abandon scolaire est le plus criant et le plus dramatique à nos yeux. Quand le tiers des jeunes quittent l’école avant la fin du secondaire et que pour accéder à toutes les formes d’emplois ou presque, on réclame un secondaire V, c’est l’échec de toute une société. L’abandon scolaire est le résultat de nombreux autres décrochages », expliquait l’ex-président de l’AEQ.

L’Assemblée stipule aussi qu’au Québec, la formation professionnelle est trop peu fréquentée et trop peu valorisée. Elle soutient que pour s’y orienter, il faut pratiquement avoir été rejeté du secteur général. « Aménager une autoroute de la formation professionnelle s’impose de toute urgence », a-t-il ajouté.

Au primaire et au secondaire, le Ministère devrait davantage miser sur le durable, sur ce qui ne se démode pas, sur le permanent de l’expérience humaine : parler, penser, compter, lire, écrire, s’initier au langage des arts, au monde des relations, de l’intériorité et des valeurs. Lorsque ces points ne sont pas intégrés, la formation collégiale et universitaire en souffre.

Mgr Maurice Couture poursuivait : « Il faut se fixer des objectifs plus élevés. Mener 85% des jeunes à un diplôme d’études secondaires et 65% à un diplôme d’études collégiales, c’est l’objectif ambitieux que s’est donné notre système scolaire pour l’an 2000. Il faut y tenir, non seulement par volonté légitime de progresser au même rythme que les autres pays, mais avant tout, pour l’estime et le progrès de notre peuple ».

Le souci de mettre l’enfant et l’adolescent au cœur de la relation éducative a dégénéré en un glissement vers la facilité. De cette façon, selon les évêques, l’école risque de fabriquer des jeunes fragiles et peu combatifs, des êtres sans racines, des personnalités dispersées et floues se mouvant au rythme des envies et des pulsions.

« Malgré le poids du syndrome du “jeter après usage” et la sous-culture ambiante qui contrecarrent l’action de l’école, il faut ouvrir la jeunesse au monde de la culture, c’est-à-dire à l’ensemble des pratiques, des connaissances, des inventions, des conventions et des convictions qui relient les générations et les font durer. Sans cette initiation, les enfants sont comme des êtres sans père à la recherche de repère ! », ajoutait le primat de l’Église canadienne.

Confessionnalité scolaire
Si le mémoire fait une place à part à la confessionnalité scolaire, c’est qu’elle comporte des aspects complexes, notamment au plan juridique, et surtout que ce sujet est souvent traité avec passion. « Elle contient des ingrédients de beaux débats, plutôt qu’elle ne génère de beaux combats », insistait Mgr Maurice Couture.

Il a précisé que l’appui que l’AEQ soutient pour la maintenir n’est pas motivé par le désir de garder ou de restaurer l’emprise de l’Église sur l’école, ni de décharger sur elle sa mission de diffuser l’évangile.

« Notre appui répond essentiellement à la volonté des parents qui, pour des motivations diverses, pas toujours objectivement cohérentes avec leur pratique religieuse qu’il serait imprudent voire impudent de juger de haut, maintiennent ce choix ».

Mgr Couture disait aux commissaires que la Loi 107 est encore jeune et qu’elle commence à peine à être appliquée. Celle-ci a des dispositions respectueuses de la liberté religieuse des élèves et des enseignants. De plus, elle donne la permission de créer des Commissions scolaires linguistiques dans les régions où s’exercent des contraintes. Enfin, elle autorise la révision du statut confessionnel des institutions scolaires aux 5 ans.

« Pourquoi remettre déjà en question un modèle qui ne menace pas la paix scolaire, ni ne compromet les évolutions qui s’avéreraient nécessaires ? » a-t-il interrogé.

Il concluait : « Nous croyons que la tradition chrétienne véhicule un apport culturel, spirituel et social dont la disparition éventuelle constituerait un appauvrissement pour la population ».

Réactions aux commissaires
« J’estime que la présence de l’Église (catholique et protestante), c’est-à-dire la place qu’elle a occupée dans l’évolution de notre peuple, fait que si l’héritage spirituel était soudainement évacué, cela marquerait une partie importante de notre patrimoine culturel. Cela veut dire qu’en faisant ainsi, on n’est plus soi-même », précisait l’archevêque de Québec à un commissaire.

Mgr André Gaumond, archevêque coadjuteur au diocèse de Sherbrooke, a complété en affirmant que couper de manière radicale avec cette tradition et avec cette façon de faire, lui semble dangereux : « On n’insiste pas assez sur la valeur culturelle de l’action de l’Église dans l’histoire du Québec. Elle a contribué largement à former cette société qui est la nôtre, les Québécois que nous sommes maintenant ».

L’école confessionnelle, une atteinte à la liberté ? Le cardinal Jean-Claude Turcotte, archevêque de Montréal, demandait de faire attention aux terrains très glissants où la société peut s’engager au nom des droits de la personne. Il croit qu’il ne faut pas opter pour une voie qui engagerait les gens dans des querelles qui demanderaient des énergies inutiles. Il en a profité pour louanger la Loi 107.

Face au débat, vaut-il mieux conserver le statut juridique d’école confessionnelle ou la transmission de l’héritage ? La position de Mgr André Gaumond, le président de l’AEQ, était claire : « C’est la transmission de l’héritage qui est le plus important ».

(Reportage de Benoît Voyer)

Chevaliers de Colomb

Les Chevaliers de Colomb du Québec recommandent au gouvernement de maintenir le système scolaire confessionnel actuel. « Le problème central de l’éducation est la recherche des valeurs humaines qui méritent d’être transmises d’une génération à la suivante. Il revient aux parents le droit et le devoir de veiller à ce que l’école soit bel et bien le prolongement de la famille », dit le mémoire.

Ils réaffirment que les parents sont les premiers responsables de l’enseignement des jeunes et des choix de l’école et du projet éducatif. L’école doit être au service des enfants et des tuteurs.

Le Ministère ne peut plus développer l’ensemble du système à cause des coûts exorbitants qu’il engendre. L’association suggère de favoriser l’intervention de groupes sociaux des collectivités locales dans le processus académique. « Le milieu aura toujours des besoins à combler et celui-ci devra se tourner vers les organismes capables de l’aider à solutionner ces besoins », écrivent les « Colombiens ».

Enfin, ils rappellent que les jeunes ont besoin de rencontrer des adultes signifiants qui ont trouvé et donné un sens à leur vie. L’école ne doit pas que former de bons techniciens. Elle doit parler de la vie et de son sens.

Les 518 conseils des Chevaliers de Colomb du Québec regroupent plus de 106 000 membres. Ils sont engagés dans leurs régions par des œuvres éducatives, charitables, religieuses et sociales. Les principes de l’Ordre sont la charité, l’unité, la fraternité et le patriotisme. (Benoit Voyer)

En bref

Jeunesse du monde
5000 jeunes de 13 à 15 ans sont regroupés au sein du mouvement Jeunesse du monde. Cette association participe à des projets collectifs de développement et d’éducation à travers le monde : lutte contre le racisme, la promotion de la paix, l’action pour la justice entre les peuples, la défense des droits humains, le respect de l’environnement, et autres... Ses membres s’engagent personnellement et collectivement en refusant le défaitisme. Pour eux, l’éducation doit se faire à travers des applications concrètes, des engagements.

« Pour éduquer des jeunes “citoyens du monde”, affirme le mémoire, il importe de miser sur l’école, comme milieu de vie, pour créer, dès le plus jeune âge, un intérêt pour ce qui se passe ailleurs sur la planète. Il importe de faire en sorte que les matières scolaires portent ces préoccupations, les intègrent au cheminement pédagogique et scolaire et il faut outiller les jeunes face aux médias de tous ordres ».

Ils poursuivent : « Enfin, on doit favoriser des activités qui tendent, hors des matières scolaires, à créer cette ouverture au monde dans l’objectif affirmé de favoriser l’arrimage des contenus et modalités pédagogiques de l’école avec des pratiques éducatives complémentaires ».

Frères éducateurs
La congrégation des frères éducateurs fait quatre recommandations générales : a) Intensifier la relation maître-élève au secondaire en instaurant le titulariat à tous les niveaux ; b) Valoriser et développer l’identité francophone des jeunes Québécois ; c) Transmettre des valeurs fondamentales de la culture québécoise au double point de vue de la langue et de la religion ; d) Maintenir le réseau de l’enseignement privé en le dotant d’un appui financier accru.

Parmi ses 10 propositions auxiliaires, les frères éducateurs suggèrent d’intensifier l’enseignement du français et d’en faire un préalable pour passer au secondaire, d’augmenter le nombre de jours de classe, d’établir une période d’étude après les heures régulières d’école, de remettre au premier plan la transmission de l’histoire culturelle, sociale et religieuse du Québec, de maintenir la confessionnalité et qu’une formation à la culture religieuse soit exigée à ceux qui optent pour l’enseignement de la morale.

JEC
La Jeunesse étudiante catholique (JEC) demande que les jeunes soient plus écoutés et consultés dans les institutions scolaires. Ils aimeraient que la tâche des professeurs et le nombre d’élèves par classe soient diminués. Ils souhaiteraient, enfin, pouvoir participer à l’évaluation des enseignants. (Benoit Voyer)


Mémoires

Voici quelques groupes religieux qui ont déposé des mémoires aux États généraux sur l’éducation :

Mgr André Gaumond, archevêque coadjuteur à Sherbrooke

Mgr Bertrand Blanchet, archevêque à Rimouski
Association des parents catholiques du Québec
Abbé Gérard Marier, enseignant/Communauté du Désert
Centre diocésain de la pastorale à Gaspé
Association des parents catholiques/section de Montréal
Mgr Charles Valois, évêque à St-Jérôme
Mgr Jean Gratton, évêque à Mont-Laurier
Service de l’éducation chrétienne de la Commission scolaire Val Mauricie de Shawinigan-Sud
Comité de solidarité Tiers-monde de Trois-Rivières
Équipe Jeunes du monde de l’école secondaire Du Rocher de Grand-Mère
M. Pierre Robitaille, étudiant au doctorat en théologie, Université Laval de Québec
Intervenants en pastorale scolaire (par Bertin Dickner, Jeanine Mercier et Germaine Lacroix)
Mouvement des filles d’Isabelle/région Beauce-Bellechasse
Comité catholique régional d’expression anglaise de Québec
Conseil urbain de pastorale de Sept-Îles
Pastorale paroissiale et scolaire de la Paroisse Notre-Dame-de-la-Protection de Rouyn-Noranda
Assemblée des évêques du Québec
Les frères éducateurs du Québec
Jeunesse du monde
Chevaliers de Colomb
Conseil catholique d’expression anglaise
Conférence de la pastorale scolaire du Québec
Centre justice et foi
Direction chrétienne
Association québécoise des conseillères et conseillers au service de l’éducation chrétienne
Association des religieuses enseignantes du Québec
Association des parents catholiques/section Gatineau-Hull
Congrès juif canadien/région du Québec
Association des écoles juives
Centre d’information sur les nouvelles religions

(Revue Notre-Dame du Cap, novembre 1995, pp. 11 à 13)