LE PRÉSENT DU PASSÉ : Les évêques aux États généraux sur l’éducation

Les évêques aux États généraux sur l’éducation

Le président de l’Assemblée des évêques du Québec (AEQ) et archevêque du diocèse de Québec, Mgr Maurice Couture, accompagné de Mgr André Gaumond, du cardinal Jean-Claude Turcotte et Mgr Gilles Lussier, a présenté un résumé du mémoire de l’Assemblée des évêques du Québec (AEQ) aux États généraux sur l’éducation décrétés par le ministère de l’Éducation du Québec (MEQ). Peu de médias étaient présents. En décembre, un exposé de la situation sera publié par le MEQ.

Pour les évêques, ce dont notre système éducatif a besoin, c’est d’un élan nouveau qui motive les jeunes, les enseignants et d’une solidarité qui mobilise tous les partenaires de l’éducation, à commencer par la famille.

« Personne ne sera surpris que le mémoire aborde la question de l’école confessionnelle. Convaincus que nous sommes, cela est loin de constituer un problème aussi majeur que l’on veut bien le laisser croire dans certains milieux », disait Mgr Couture.

Avant d’aborder ce sujet, ils ont préféré présenter quelques enjeux importants du renouvellement du système éducatif québécois.

« Combattre l’abandon scolaire est le plus criant et le plus dramatique à nos yeux. Quand le tiers des jeunes quittent l’école avant la fin du secondaire et que pour accéder à toutes les formes d’emplois ou presque, on réclame un secondaire V, c’est l’échec de toute une société. L’abandon scolaire est le résultat de nombreux autres décrochages », expliquait l’ex-président de l’AEQ.

L’Assemblée stipule aussi qu’au Québec, la formation professionnelle est trop peu fréquentée et trop peu valorisée. Elle soutient que pour s’y orienter, il faut pratiquement avoir été rejeté du secteur général. « Aménager une autoroute de la formation professionnelle s’impose de toute urgence », a-t-il ajouté.

Au primaire et au secondaire, le Ministère devrait davantage miser sur le durable, sur ce qui ne se démode pas, sur le permanent de l’expérience humaine : parler, penser, compter, lire, écrire, s’initier au langage des arts, au monde des relations, de l’intériorité et des valeurs. Lorsque ces points ne sont pas intégrés, la formation collégiale et universitaire en souffre.

Mgr Maurice Couture poursuivait : « Il faut se fixer des objectifs plus élevés. Mener 85% des jeunes à un diplôme d’études secondaires et 65% à un diplôme d’études collégiales, c’est l’objectif ambitieux que s’est donné notre système scolaire pour l’an 2000. Il faut y tenir, non seulement par volonté légitime de progresser au même rythme que les autres pays, mais avant tout, pour l’estime et le progrès de notre peuple ».

Le souci de mettre l’enfant et l’adolescent au cœur de la relation éducative a dégénéré en un glissement vers la facilité. De cette façon, selon les évêques, l’école risque de fabriquer des jeunes fragiles et peu combatifs, des êtres sans racines, des personnalités dispersées et floues se mouvant au rythme des envies et des pulsions.

« Malgré le poids du syndrome du “jeter après usage” et la sous-culture ambiante qui contrecarrent l’action de l’école, il faut ouvrir la jeunesse au monde de la culture, c’est-à-dire à l’ensemble des pratiques, des connaissances, des inventions, des conventions et des convictions qui relient les générations et les font durer. Sans cette initiation, les enfants sont comme des êtres sans père à la recherche de repère ! », ajoutait le primat de l’Église canadienne.

Confessionnalité scolaire
Si le mémoire fait une place à part à la confessionnalité scolaire, c’est qu’elle comporte des aspects complexes, notamment au plan juridique, et surtout que ce sujet est souvent traité avec passion. « Elle contient des ingrédients de beaux débats, plutôt qu’elle ne génère de beaux combats », insistait Mgr Maurice Couture.

Il a précisé que l’appui que l’AEQ soutient pour la maintenir n’est pas motivé par le désir de garder ou de restaurer l’emprise de l’Église sur l’école, ni de décharger sur elle sa mission de diffuser l’évangile.

« Notre appui répond essentiellement à la volonté des parents qui, pour des motivations diverses, pas toujours objectivement cohérentes avec leur pratique religieuse qu’il serait imprudent voire impudent de juger de haut, maintiennent ce choix ».

Mgr Couture disait aux commissaires que la Loi 107 est encore jeune et qu’elle commence à peine à être appliquée. Celle-ci a des dispositions respectueuses de la liberté religieuse des élèves et des enseignants. De plus, elle donne la permission de créer des Commissions scolaires linguistiques dans les régions où s’exercent des contraintes. Enfin, elle autorise la révision du statut confessionnel des institutions scolaires aux 5 ans.

« Pourquoi remettre déjà en question un modèle qui ne menace pas la paix scolaire, ni ne compromet les évolutions qui s’avéreraient nécessaires ? » a-t-il interrogé.

Il concluait : « Nous croyons que la tradition chrétienne véhicule un apport culturel, spirituel et social dont la disparition éventuelle constituerait un appauvrissement pour la population ».

Réactions aux commissaires
« J’estime que la présence de l’Église (catholique et protestante), c’est-à-dire la place qu’elle a occupée dans l’évolution de notre peuple, fait que si l’héritage spirituel était soudainement évacué, cela marquerait une partie importante de notre patrimoine culturel. Cela veut dire qu’en faisant ainsi, on n’est plus soi-même », précisait l’archevêque de Québec à un commissaire.

Mgr André Gaumond, archevêque coadjuteur au diocèse de Sherbrooke, a complété en affirmant que couper de manière radicale avec cette tradition et avec cette façon de faire, lui semble dangereux : « On n’insiste pas assez sur la valeur culturelle de l’action de l’Église dans l’histoire du Québec. Elle a contribué largement à former cette société qui est la nôtre, les Québécois que nous sommes maintenant ».

L’école confessionnelle, une atteinte à la liberté ? Le cardinal Jean-Claude Turcotte, archevêque de Montréal, demandait de faire attention aux terrains très glissants où la société peut s’engager au nom des droits de la personne. Il croit qu’il ne faut pas opter pour une voie qui engagerait les gens dans des querelles qui demanderaient des énergies inutiles. Il en a profité pour louanger la Loi 107.

Face au débat, vaut-il mieux conserver le statut juridique d’école confessionnelle ou la transmission de l’héritage ? La position de Mgr André Gaumond, le président de l’AEQ, était claire : « C’est la transmission de l’héritage qui est le plus important ».

(Reportage de Benoît Voyer)

Chevaliers de Colomb

Les Chevaliers de Colomb du Québec recommandent au gouvernement de maintenir le système scolaire confessionnel actuel. « Le problème central de l’éducation est la recherche des valeurs humaines qui méritent d’être transmises d’une génération à la suivante. Il revient aux parents le droit et le devoir de veiller à ce que l’école soit bel et bien le prolongement de la famille », dit le mémoire.

Ils réaffirment que les parents sont les premiers responsables de l’enseignement des jeunes et des choix de l’école et du projet éducatif. L’école doit être au service des enfants et des tuteurs.

Le Ministère ne peut plus développer l’ensemble du système à cause des coûts exorbitants qu’il engendre. L’association suggère de favoriser l’intervention de groupes sociaux des collectivités locales dans le processus académique. « Le milieu aura toujours des besoins à combler et celui-ci devra se tourner vers les organismes capables de l’aider à solutionner ces besoins », écrivent les « Colombiens ».

Enfin, ils rappellent que les jeunes ont besoin de rencontrer des adultes signifiants qui ont trouvé et donné un sens à leur vie. L’école ne doit pas que former de bons techniciens. Elle doit parler de la vie et de son sens.

Les 518 conseils des Chevaliers de Colomb du Québec regroupent plus de 106 000 membres. Ils sont engagés dans leurs régions par des œuvres éducatives, charitables, religieuses et sociales. Les principes de l’Ordre sont la charité, l’unité, la fraternité et le patriotisme. (Benoit Voyer)

En bref

Jeunesse du monde
5000 jeunes de 13 à 15 ans sont regroupés au sein du mouvement Jeunesse du monde. Cette association participe à des projets collectifs de développement et d’éducation à travers le monde : lutte contre le racisme, la promotion de la paix, l’action pour la justice entre les peuples, la défense des droits humains, le respect de l’environnement, et autres... Ses membres s’engagent personnellement et collectivement en refusant le défaitisme. Pour eux, l’éducation doit se faire à travers des applications concrètes, des engagements.

« Pour éduquer des jeunes “citoyens du monde”, affirme le mémoire, il importe de miser sur l’école, comme milieu de vie, pour créer, dès le plus jeune âge, un intérêt pour ce qui se passe ailleurs sur la planète. Il importe de faire en sorte que les matières scolaires portent ces préoccupations, les intègrent au cheminement pédagogique et scolaire et il faut outiller les jeunes face aux médias de tous ordres ».

Ils poursuivent : « Enfin, on doit favoriser des activités qui tendent, hors des matières scolaires, à créer cette ouverture au monde dans l’objectif affirmé de favoriser l’arrimage des contenus et modalités pédagogiques de l’école avec des pratiques éducatives complémentaires ».

Frères éducateurs
La congrégation des frères éducateurs fait quatre recommandations générales : a) Intensifier la relation maître-élève au secondaire en instaurant le titulariat à tous les niveaux ; b) Valoriser et développer l’identité francophone des jeunes Québécois ; c) Transmettre des valeurs fondamentales de la culture québécoise au double point de vue de la langue et de la religion ; d) Maintenir le réseau de l’enseignement privé en le dotant d’un appui financier accru.

Parmi ses 10 propositions auxiliaires, les frères éducateurs suggèrent d’intensifier l’enseignement du français et d’en faire un préalable pour passer au secondaire, d’augmenter le nombre de jours de classe, d’établir une période d’étude après les heures régulières d’école, de remettre au premier plan la transmission de l’histoire culturelle, sociale et religieuse du Québec, de maintenir la confessionnalité et qu’une formation à la culture religieuse soit exigée à ceux qui optent pour l’enseignement de la morale.

JEC
La Jeunesse étudiante catholique (JEC) demande que les jeunes soient plus écoutés et consultés dans les institutions scolaires. Ils aimeraient que la tâche des professeurs et le nombre d’élèves par classe soient diminués. Ils souhaiteraient, enfin, pouvoir participer à l’évaluation des enseignants. (Benoit Voyer)


Mémoires

Voici quelques groupes religieux qui ont déposé des mémoires aux États généraux sur l’éducation :

Mgr André Gaumond, archevêque coadjuteur à Sherbrooke

Mgr Bertrand Blanchet, archevêque à Rimouski
Association des parents catholiques du Québec
Abbé Gérard Marier, enseignant/Communauté du Désert
Centre diocésain de la pastorale à Gaspé
Association des parents catholiques/section de Montréal
Mgr Charles Valois, évêque à St-Jérôme
Mgr Jean Gratton, évêque à Mont-Laurier
Service de l’éducation chrétienne de la Commission scolaire Val Mauricie de Shawinigan-Sud
Comité de solidarité Tiers-monde de Trois-Rivières
Équipe Jeunes du monde de l’école secondaire Du Rocher de Grand-Mère
M. Pierre Robitaille, étudiant au doctorat en théologie, Université Laval de Québec
Intervenants en pastorale scolaire (par Bertin Dickner, Jeanine Mercier et Germaine Lacroix)
Mouvement des filles d’Isabelle/région Beauce-Bellechasse
Comité catholique régional d’expression anglaise de Québec
Conseil urbain de pastorale de Sept-Îles
Pastorale paroissiale et scolaire de la Paroisse Notre-Dame-de-la-Protection de Rouyn-Noranda
Assemblée des évêques du Québec
Les frères éducateurs du Québec
Jeunesse du monde
Chevaliers de Colomb
Conseil catholique d’expression anglaise
Conférence de la pastorale scolaire du Québec
Centre justice et foi
Direction chrétienne
Association québécoise des conseillères et conseillers au service de l’éducation chrétienne
Association des religieuses enseignantes du Québec
Association des parents catholiques/section Gatineau-Hull
Congrès juif canadien/région du Québec
Association des écoles juives
Centre d’information sur les nouvelles religions

(Revue Notre-Dame du Cap, novembre 1995, pp. 11 à 13)