Eugène de Mazenod a dû passer au tribunal de l’Église avant d’être déclaré «candidat à la canonisation». Le père Yvon Beaudoin o.m.i., le «columbo» de la cause des saints au Vatican, en sait quelque chose. Chaque jour, il se rend à son bureau de la cité du pape pour rédiger des centaines et centaines de pages de rapports qui sont ensuite présentés à un comité de cardinaux.
«Le diocèse qui présente la cause doit recueillir toute la documentation possible qui nous permette d’écrire une biographie critico-historique pour connaître cette personne dans les minimes détails de sa naissance jusqu’à sa mort», explique le père Beaudoin, un Oblat de Marie Immaculée originaire de Shawinigan. Celle-ci sera plus ou moins grosse selon les problèmes rencontrés. Elle aura de 500 à 1000 pages.
Une fois cette étape franchie, il s’attarde à la dimension théologique. Ce travail consiste à démontrer que le candidat a vécu l’évangile d’une façon héroïque, c’est-à-dire au-dessus du commun des fidèles.
Quelques années plus tard, des historiens et des théologiens regardent si le travail a été bien réalisé.
S’il n’y a pas eu d’obstacles sur la route, un comité de 15 cardinaux scrute le dossier et le recommande au pape.
Entre le début et la fin du processus, près d’une quinzaine d’années se seront écoulées. C’est à ce moment que le souverain pontife donne au candidat le titre de «vénérable».
Ainsi nommé, le peuple est assuré que ce personnage est un intercesseur auprès de Dieu. Néanmoins, le vénérable doit se contenter de la ferveur privée.
Pour devenir un «bienheureux», il faudra qu’il accomplisse un miracle certifié par la médecine, sauf pour un martyr.
«Il nous faut une preuve assurée qu’il est au ciel. C’est pour cela que l’Église exige un miracle», dit Yvon Beaudoin. Le bienheureux devra en accomplir un second pour être canonisé. Dans le cas d’un martyr, il en faudra seulement un.
Dans le cas d’Eugène de Mazenod, il lui a fallu 30 ans pour être béatifié et 20 autres pour la canonisation. Dans plusieurs cas, il faudra des centaines d’années avant de devenir «bienheureux» ou «saint».
Le titre de «bienheureux» permettra à un diocèse ou une région précise ou une congrégation religieuse de vouer un culte public au personnage. La canonisation propose celui-ci comme modèle à l’Église universelle. Il aura une place particulière au calendrier liturgique. St-Eugène de Mazenod sera fêté le 21 mai de chaque année.
L’avocat du diable?
Autrefois, toute la documentation qui arrivait au Vatican était examinée par l’avocat de la cause qui démontrait l’héroïcité des vertus et il y avait le promoteur de la foi ou vulgairement appelé «l’avocat du diable» qui cherchait dans cette littérature ce qui était négatif. À trois reprises, le candidat était «jugé», explique le père Yvon Beaudoin.
Il poursuit: «Depuis 1983, ce sont des historiens qui font un exposé objectif et, moi c’est mon rôle, nous pouvons arrêter une cause en disant qu’il est impossible de répondre à certaines difficultés, à certaines objections».
Cérémonie de canonisation
La cérémonie de canonisation du fondateur des Oblats de Marie Immaculée qui sera célébrée le 3 décembre par Jean-Paul II se déroulera pendant une messe.
Après l’évangile, le cardinal préfet de la congrégation de la cause des saints demandera au pape de canoniser Mgr de Mazenod en rappelant sa vie. À ce moment, le pape fera une déclaration officielle qui existe depuis le Moyen Âge.
«Après avoir intercédé auprès de St-Pierre et St-Paul et de tous les saints et déclaré que l’on peut le vénérer dans toute l’Église, dit le québécois septuagénaire, le rideau devant sa peinture tombera et nous chanterons un Te deum solennel. Enfin, le pape fera son homélie et la célébration se poursuivra».
Eugène de Mazenod sera le seul à être canonisé cette journée-là. Puisque c’est un évêque, le premier de France depuis 4 siècles, le Vatican veut souligner cela d’une façon particulière.
Il ne pouvait y avoir un meilleur moment puisque cette journée est le 1er dimanche de l’Avent, de la première année du cycle liturgique de trois ans dans une période où les chrétiens sont interpellés par l’évangile à partager avec les pauvres dans l’attente du jour de Noël.
Les Oblats de Marie Immaculée ont justement été fondés pour les pauvres, «les pauvres aux multiples visages», comme le mentionnent leurs Constitutions. À cette époque, la France venait de traverser la Révolution française qui avait laissé derrière elle une Église dévastée. Eugène de Mazenod se donnera corps et âme au service de l’Église pour «ramener la foi prête à s’éteindre dans le cœur d’un grand nombre de ses enfants» (Préface des Constitutions).
Une célébration d’Action de grâce à l’occasion de la canonisation d’Eugène de Mazenod aura lieu le 3 décembre de 15h à 15h45 au Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap. Il s’agit d’une célébration de la Parole. La cérémonie du 1er dimanche de l’Avent suivra à 16h.
(Reportage de Benoit Voyer)
(Revue Notre-Dame du Cap, novembre 1995, p. 22 et 23)
