Par
Benoit Voyer
4 novembre 2026
La maladie
mentale ne se résume pas à un diagnostic. La personne malade est tout avant une
personne. Elle a ses besoins qui dépassent le cadre médical, son histoire et
ses souffrances. Ainsi donc, soigner, c’est avant tout prendre soin.
Le 14 mars
2026, la pédopsychiatre et psychiatre Céline Lamy écrivait dans Le Devoir qu’avant
même de chercher à guérir, il faudrait apprendre à prévenir : « Prévenir
la survenue de la maladie, prévenir sa rechute, prévenir son aggravation,
prévenir le développement de troubles dits comorbides qui surviennent parce
que, justement, les patients sont isolés, invisibilisés et considérés comme des
numéros dans ce réseau. Parce que tout est centré sur le malade, sa maladie et
son plan de traitement. Le curatif, en somme. [mais] le soin, ce n’est pas que
cela : il est aussi fait de tous les « à-côtés ». Parce que la racine du mot «
soin » ne veut pas dire « guérir », mais « se préoccuper de »… »
Pour elle,
cette préoccupation pour l’autre demande du temps et, surtout, une relation de
confiance : « La santé et surtout la santé mentale, elles,
nécessitent du lien, du temps, du partage, des échanges. Elles nécessitent que
la confiance puisse se placer, tranquillement, pour que l’histoire se dise, les
traumatismes se dévoilent. Pour que ce qui est caché (parce que jugé honteux
par le patient et pointé du doigt comme tel par tant d’autres) puisse se
découvrir. Petit à petit. »
Encore faut-il
des espaces où cette parole pourra être véritablement entendue : « Le
système de « santé » nécessite des lieux, et pas juste un bureau médical : un
lieu pour se déposer un peu, pour élever la voix, pour la faire jaillir. Elle
est si souvent bâillonnée, cette voix, ou, si elle est « osée » par le patient,
elle est alors souvent non écoutée, banalisée, détournée ou muselée. »
La docteure Lamy
insiste : prendre soin, c’est aussi redonner une place à ce qui rend la
vie plus belle et plus supportable. « Les soins en psychiatrie, surtout,
sont pluriels et convoquent toutes les sphères de vie du patient, remettent un
peu de beau, de doux, de créatif et de vivant dans un quotidien parfois
extrêmement sombre où l’abîme n’est jamais bien loin et où la noirceur de la
pensée est un cavalier envahissant. »
