SANTÉ MENTALE : La musculation
En 2026, des chercheurs irlandais publient une étude sur les effets de la musculation sur la santé mentale. Ils recrutent 55 jeunes femmes présentant des symptômes d'anxiété. Pendant huit semaines, les participantes suivent un programme d'entraînement supervisé. Les chercheurs mesurent notamment leurs symptômes dépressifs. À la fin de l'expérience, les deux groupes présentent une amélioration importante. Ces résultats suggèrent que la musculation peut contribuer à améliorer le moral. Les chercheurs soulignent toutefois qu'elle ne remplace pas les traitements habituels de la dépression. (Benoit Voyer, 5 novembre 2026)
PSYCHOLOGIE : Les émotions
Par Benoit Voyer
5 novembre 2026
Il y a près de 90 ans, plus précisément le 20 février 1937, le frère Marie-Victorin (Conrad Kirouac) écrivait, dans une lettre à Marcelle Gauvreau, cette magnifique phrase que j’aime répéter : « On soulage ses maux en les racontant ».
On le sait déjà. Il y a de bonnes émotions. Il y en a de moins bonnes. Les bonnes sont positives. Les autres, on peut avoir de la difficulté à les comprendre et à les gérer.
Il y a maintenant quelques années, Florence K. publiait Nueva Vida (Éditions Libre Expression, 2021), un livre-témoignage que je vous invite à lire. L’auteure a une plume vivante et une manière très pédagogique d’expliquer les choses. Aux pages 119 à 121, se trouvent quelques extraits intéressants qui m’ont aidé à mieux comprendre ce que sont les émotions. Je pourrais résumer cela avec mes mots, mais ça ne rendrait pas justice au livre. Alors, je me permets de la citer en espérant que ça vous donnera le goût d’acheter son bouquin.
Florence K. écrit : « D’un point de vue scientifique, l’émotion est un concept fort difficile à définir. Comment se fait-il qu’un événement provoque chez quelqu’un une émotion complètement différente de celle que pourrait ressentir quelqu’un d’autre ? Pourquoi le tracé événement-pensée-émotion-réaction-comportement se dessine-t-il en nous dans nos jeunes années pour y rester, se transformant en un schéma que, plus tard, on essaiera de corriger à coups de centaines, voire de milliers de dollars de thérapie? »
Puis elle ajoute : « Depuis l’Antiquité, des philosophes, des médecins, des psychologues, des anthropologues, des sociologues, des éthologues puis des neuroscientifiques se sont penchés sur la question et ont essayé, se contredisant les uns avec les autres comme les chercheurs ont l’habitude de le faire, de tirer une définition précise de l’émotion. »
Florence K. affirme sa préférence : « J’aime beaucoup celle de Scherer, un chercheur en psychologie spécialisé dans l’émotion. Il dit qu’elle est un épisode de changements synchronisés et interreliés des états des systèmes cognitifs (qui gèrent le traitement de l’information, la pensée), neurophysiologique (qui comprend toutes nos structures cérébrales et nos systèmes de neurotransmission), motivationnel (qui fait en sorte que l’on pose des gestes), de l'expression motrice (qui fait que l’on bouge) et du sentiment subjectif (notre façon de ressentir les choses). Beaucoup de stock là-dedans! Parce qu’une émotion, la moindre miette d’émotion, est faite de pas mal de choses. »
Enfin, elle explique : « Une émotion difficile à réguler est vécue au-delà du cerveau. En plus de rebondir comme une balle de ping-pong dans notre tête, avec nos pensées qui se désorganisent, qui s’embrouillent comme un pare-brise d’auto recevant l’eau des roues d’un gros camion placé devant lui lors d’une forte pluie, comme les couleurs d’une peinture de Kandinsky, elle se propage dans notre corps. Larmes, tension physique, cœur qui bat à tout rompre, repères visuels qui s’effondrent, tremblements. Ces réactions s’apparentent aux symptômes du stress, lorsque s’en mêle le cortisol, cette hormone sécrétée pour nous faire agir ou réagir selon ce qui se passe. On est sur nos gardes, on travaille plus vite à se sortir du pétrin, nos sens sont alertes et on attrape au vol tous les outils possibles pour revenir à l’homéostasie, à l’état neutre. Nos pupilles se dilatent, nos neurones sont survoltés, le sommeil est absent. Pourquoi sommes-nous si efficaces lorsque nous travaillons sous pression? Lorsque nous avons six semaines pour remettre un travail scolaire et que nous l’entamons six jours avant la date de remise? Parce que l’état d’alerte dans lequel le cortisol nous plonge nous donne des capacités de concentration hors du commun. Comme lorsque nos ancêtres, il y a des centaines de milliers d’années, faisaient face à un lion des cavernes et que toutes leurs ressources, toute leur attention, devaient être tournées vers la solution. C’est le célèbre fight or flight, la lutte ou la fuite. La remise d’un travail scolaire ou d’un rapport trimestriel, c’est comme la rencontre avec un lion, un mammouth ou un ptérodactyle [1]. Les émotions que je n’arrivais pas à maitriser étaient comme une bête menaçante qui se tenait devant moi. Je ne sentais que ça, je ne voyais que ça, je devenais cette émotion. Mais le cortisol, ça use. À force de traverser la boucle circulaire de notre corps avant de se reloger dans notre cerveau, il fatigue nos nerfs, fatigue nos sens, se transforme en poison qui, petit à petit, nous ronge, nous mène à l’épuisement professionnel, à la dépression. »
Et quand on en est rendu là, les maux qui nous rongent méritent d’être racontés.
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[1] Il s’agit d’une figure de style utilisée par Florence K. Les ptérodactyles ont disparu des millions d’années avant l’apparition des humains.
[1] Il s’agit d’une figure de style utilisée par Florence K. Les ptérodactyles ont disparu des millions d’années avant l’apparition des humains.
RÉFLEXION SPIRITUELLE : Nos égarements
Benoit Voyer
5 novembre 2026
La vie est ainsi faite. Il nous arrive de nous égarer. Parfois, c’est à la suite d’événements. Parfois, c’est à cause du poids des blessures de l’existence. Parfois, c’est volontaire. À chaque fois, on finit par perdre ses repères, par s’éloigner de l’essentiel et même de Dieu. On se replie sur soi-même, pour ne pas dire qu’on finit par se regarder le nombril, au point de refermer une grande porte derrière soi.
Ce matin, je lisais dans l'Évangile cette histoire que Jésus racontait : Il était une fois un berger parti à la recherche de sa brebis perdue… (cf. Lc 15, 1-7). Le berger ne cherche pas à savoir pourquoi la brebis s'est égarée ni à lui faire des reproches. Il souhaite simplement la retrouver. Ainsi en est-il de Dieu. Durant nos égarements, pendant qu’on s’éloigne de lui, il ne nous abandonne pas. Il nous cherche. Il n'est jamais bien loin.
Nos choix et nos gestes entraînent parfois des conséquences néfastes dans notre existence. Mais nos égarements ne nous enlèvent rien de notre dignité ni de notre valeur aux yeux du bon berger. Ce qui compte avant tout pour lui, c'est notre retour, notre désir de retrouver l'essentiel, de changer notre cœur et de renouer avec cet amour auquel il nous appelle.
Et lorsque nous entendons enfin son appel, nous découvrons qu'il est déjà là, sur le seuil de notre porte. Il nous a cherchés tout ce temps. Il ne force rien, il nous laisse libres. Il frappe à la porte (cf. Ap 3, 20). Il suffit de tourner la poignée et de lui ouvrir.
SAINTS ET SAINTES : Jérôme Le Royer
Par Benoit Voyer
5 novembre 2026
Jérôme Le Royer de la Dauversière naît à La Flèche, dans la région française de Maine-et-Loire, le 18 mars 1597.
Il met sur pied, avec Jean-Jacques Olier, fondateur de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice, la Société de Notre-Dame de Montréal, responsable de la réalisation d'un rêve apostolique : l'établissement sur une île du fleuve Saint-Laurent, découverte par Jacques Cartier, et qu'il nommera Hochelaga, d'une cité dédiée à Marie pour l'évangélisation des peuples autochtones.
Il fonde tout d’abord, avec Marie de la Ferre, les Sœurs hospitalières de Saint-Joseph. La mission des religieuses est de s’occuper des malades du premier hôpital de Montréal, qui n’est pas encore fondé. En plus, elles devront travailler à l’épanouissement de la foi catholique dans la nouvelle colonie.
En 1630, Jérôme Le Royer de la Dauversière conclut le projet de fondation de Ville-Marie, qui prendra plus tard le nom de Montréal. Jusqu’à sa mort, il soutiendra la plus lourde part des responsabilités de l’initiative. Il en sortira ruiné, ayant donné tout son argent à la cause.
En 1641, deux navires quittent le port de La Rochelle. Ils sont dirigés par son ami Paul Chomedey, sieur de Maisonneuve, et Jeanne Mance, qui s’occupera de l’hôpital. L’équipage passera l’hiver à Québec et atteindra l’île de Montréal le 17 mai 1642.
Le Royer était aussi l’ami du père Charles Lalemant, jésuite, procureur des missions du Canada. C'est ce dernier qui lui présentera Jeanne Mance. C'est à La Rochelle, où il prépare l'embarquement pour Montréal, que leur première rencontre aura lieu.
Jérôme Le Royer découvre en Jeanne Mance « un présent du ciel », une personne « toute de grâce » choisie par Dieu et qui arrive en temps opportun. Il l'invite à se joindre à l'expédition, comme il l’avait fait à Paul de Chomedey. Jeanne Mance opte pour le risque. La voilà mêlée à l'aventure héroïque des fondateurs de Montréal.
Décédé le 6 novembre 1659, Jérôme Le Royer de la Dauversière a d’abord été inhumé dans l’Hôtel-Dieu de La Flèche. Depuis le 16 mai 1838, le vénérable repose dans la chapelle de l'ancien hôpital de La Flèche.
La tombe de Le Royer
Le lieu actuel où il repose n’est pas connu.
Dans un courriel reçu le 5 novembre 2024, Christophe Maillet, président de l’association La Flèche-Canada, m’expliquait : « En ce qui concerne son corps charnel, l'hypothèse qui revient le plus souvent est que ses restes pourraient être dans un mur, ou peut-être dans le sol, de la chapelle de l'hôpital, rue Henri Dunant, à La Flèche. Aucune recherche digne de ce nom n'a été entreprise pour avoir une certitude. Ce lieu est
désormais interdit au public, d'une part pour des raisons de sécurité, et d'autre part, parce que l'ancien hôpital va être réhabilité en appartements après de lourds travaux… Si un jour, il arrivait qu'ils soient retrouvés, Jérôme Le Royer devrait normalement être placé dans la chambre reliquaire déjà installée dans la chapelle de Notre-Dame-du-Chef-du-Pont dans l'église Saint-Thomas. Ceux de la vénérable Marie de La Ferré y sont déjà, dans un emplacement dédié, juste à côté. »
Son cœur, qui a longtemps été conservé par les Hospitalières de Saint-Joseph, dans leur communauté fléchoise, repose de nos jours dans la chambre reliquaire de l’église paroissiale Saint-Thomas, où, le 2 février 1630, Jérôme Le Royer de la Dauversière a reçu l’inspiration de fonder la colonie de Ville-Marie et la congrégation de religieuses hospitalières de Saint-Joseph destinées à y servir.
Sur la voie de la béatification
Le 6 juillet 2007, le pape Benoît XVI a autorisé la promulgation des décrets concernant des miracles attribués à de nouveaux saints et bienheureux. Le même jour, il a reconnu les vertus héroïques de Jérôme Le Royer (1597-1659), fondateur des Filles de Saint-Joseph de La Flèche, mieux connues au Canada sous le nom des Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph ou des Religieuses Hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Montréal, et visionnaire de la ville de Montréal. Jérôme Le Royer pourra maintenant porter le vocable de « vénérable », ce qui veut dire que la cause de béatification est engagée.[1]
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[1] Benoit Voyer. “Jérôme Le Royer sur la voie de la béatification », Revue Sainte Anne, octobre 2007, p. 398.
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Une «vénérable» femme de chez nous
Elisabeth Bergeron est une «vénérable» Québécoise. L’Église reconnaît qu’elle a vécu sa foi de façon exemplaire. Aujourd’hui encore, son humilité interpelle les croyants.
Elisabeth Bergeron (Mère Saint-Joseph) naquit à La Présentation, village de la région de Saint-Hyacinthe, le 25 mai 1851. Elle était la quatrième enfant de Théophile Bergeron et de Basiliste Petit. Elle vécut ses premières années à la campagne. Cependant, une crise économique força la famille à immigrer aux États-Unis en 1865. C’est là qu’Elisabeth se découvre des talents de catéchiste. Elle enseignera les rudiments de la foi catholique à ses compatriotes en exil.
En mars 1870, la famille Bergeron est de retour au pays avec quelques économies qui lui permettent un peu de sécurité. Au cœur d’Élisabeth, l’appel à la vie religieuse se fait de plus en plus pressant. Elle rêve de fonder une communauté religieuse vouée à la contemplation. L’évêque du lieu, Mgr Louis Zéphirin Moreau, lui suggère plutôt d’entrer chez les moniales établies à Saint-Hyacinthe: Les religieuses du Précieux-Sang. Elisabeth se dirige donc vers le monastère mais pour y apprendre, quelques mois plus tard, qu’on lui refuse son entrée définitive dans la congrégation. Elisabeth est inconsolable.
Mgr Moreau, pour sa part, désire fonder une communauté enseignante pour les enfants pauvres de son diocèse. Se souvenant d’Elisabeth, il la fait venir pour lui demander si elle accepte d’être la pierre d’angle d’une nouvelle communauté. Elisabeth allègue qu’elle ne sait pas écrire.
«Notre Seigneur a établi son Église avec des ignorants… d’ailleurs le Bon Dieu n’a pas besoin de nous. Plus l’instrument dont il se sert est faible, plus il en retire de gloire» lui répondit Mgr Louis-Zéphirin Moreau. Après 8 jours de réflexion, elle donna sa réponse à l’évêque.
Le 12 septembre 1877, Elisabeth Bergeron fondait avec Malvina Blanchette, Eloïse Saint-Germain et Valérie Langevin la communauté des sœurs de Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe. Mgr Moreau lui donne le nom de Mère St-Joseph et la fait supérieure.
Le 17 août 1878, il la désiste de sa fonction. Elle demeurera assistante-générale jusqu’en 1925. À ses filles attristées par la nouvelle, elle répond: «C’est Dieu qui a décidé ce changement; nous n’avons pas à lui demander raison de ses volontés».
Depuis, cette communauté n’a jamais cessé d’étendre son action. Elle compte aujourd’hui quelque 500 religieuses réparties dans le monde entier notamment au Canada: Québec et Manitoba; en Afrique: Lesotho et Tchad; en Amérique latine: Brésil et dans les Antilles: Haïti. Au moment du décès d’Elisabeth Bergeron le 29 avril 1936, elles étaient 540.
«Il ne peut se concevoir rien d’aussi petit que ces commencements: c’était le véritable grain de sénevé de l’évangile qui se déposait en terre», dira Mgr Moreau en se rappelant les humbles origines de la communauté.
(Texte de Benoit Voyer)
Centre Elisabeth Bergeron
805, rue Raymond
St-Hyacinthe, Québec, Canada
J2S 5T9
(514) 773-6067
(Revue Notre-Dame du Cap, novembre 1995, p. 28)
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