SANTÉ MENTALE : Pas besoin de soulever des montagnes
Faut-il soulever des poids très lourds pour profiter des bienfaits de la musculation ? Une étude irlandaise publiée en 2026 apporte une réponse intéressante. Les chercheurs répartissent 55 jeunes femmes présentant des symptômes d'anxiété en deux groupes. Le premier s'entraîne avec des poids relativement lourds. Le second utilise des charges beaucoup plus légères. Après huit semaines, les symptômes dépressifs diminuent de 54 % dans le premier groupe et de 43 % dans le second. La différence entre les deux résultats n'est toutefois pas statistiquement confirmée. Même un entraînement léger pourrait donc apporter des bienfaits. (Benoit Voyer, 6 novembre 2026)
RÉFLEXION SPIRITUELLE : L'intendance du bien commun
Benoit Voyer
6 novembre 2026
Le 1er décembre prochain, les députés québécois feront leur rentrée parlementaire à l'Assemblée nationale. Derrière les débats, les affrontements partisans et les promesses électorales, une responsabilité immense les attend : servir le bien commun.
Foi et politique sont deux réalités qu'on hésite souvent à rapprocher. Pourtant, soyons honnêtes, le chrétien n'abandonne pas ses convictions spirituelles lorsqu'il s'engage dans la vie publique.
En février 1997, l’ancien chef du Parti libéral du Québec, Claude Ryan, abordait cette question lors d’une conférence qu’il donnait à Québec.
Durant sa présentation, Ryan invitait chaque chrétien engagé en politique à respecter ses adversaires et à accepter qu'« il peut arriver que leurs idées soient meilleures que les siennes ». Agir ainsi demande de l’humilité.
Claude Ryan se méfiait des ambitions personnelles et des illusions que peut susciter le pouvoir. Il rappelait que son exercice invite « bien davantage à la prudence et à l'humilité ».
Deux ans plus tard, au cours d'un entretien qu'il m'accordait pour la Revue Sainte-Anne, il me confiait sa manière de concevoir l'engagement : « Je crois plutôt à la puissance du ruisseau qui, chaque jour, perce le rocher petit à petit. »
Travailler patiemment, sans nécessairement voir les résultats de ses efforts. Construire quelque chose qui nous survivra. Servir sans chercher à tout posséder, ni même à récolter les honneurs. N'est-ce pas une belle manière de comprendre l'intendance des affaires de l’État ?
Ce matin, je lisais dans l'Évangile une histoire racontée par Jésus : celle d'un intendant malhonnête qui, menacé de perdre son emploi, déploie une étonnante ingéniosité pour assurer son avenir. (cf. Lc 16, 1-8)
Jésus ne fait pas l'éloge de la malhonnêteté de l’intendant, mais de son habileté. Puis il provoque ceux qui le suivent : pourquoi ne mettrions-nous pas autant d'intelligence à rechercher ce qui demeure qu'à poursuivre ce qui passe ?
Et si cette invitation dépassait nos seules préoccupations individuelles ? Chacun de nous est pour ainsi dire l’intendant d'un monde qui ne nous appartient pas personnellement. Collectivement, nous avons reçu une société, des institutions, une histoire, un patrimoine humain à préserver et à transmettre.
Les gouvernements passent. Les partis et les majorités changent. Mais le bien accompli peut leur survivre.
Et si la véritable grandeur de l'engagement politique consistait à mettre ensemble nos intelligences au service du bien commun, même lorsque nous ne partageons pas les mêmes convictions ?
Une question m’habite : sommes-nous capables de faire passer le bien commun avant nos ambitions, nos intérêts et même nos victoires politiques ?
Il y a toute une réflexion à faire.
POINT DE VUE CATHOLIQUE : Prendre soin à la manière des moines du Moyen Âge
Par Benoit Voyer
6 novembre 2026
Bien que les techniques de soins ne soient plus les mêmes de nos jours, l'héritage intellectuel et l'expérience vécue par les moines du Moyen Âge demeurent encore une belle source d’inspiration.
Dans un texte paru le 18 mai 2026 dans l’édition italienne de L’Osservatore Romano, Enrico Frosio écrit : Les moines du Moyen Âge « nous présentent un modèle dans lequel l'action concrète sur la réalité est constamment accompagnée d'une réflexion qui cherche à pénétrer sa surface et à saisir sa dimension la plus profonde. […] Leur façon de comprendre la maladie et la guérison comme des faits ne se limitant pas à la simple composante clinique reste encore surprenante et, dans un certain sens, instructive. […] En premier lieu, la dimension relationnelle marquée du processus de prise en charge, mise en évidence par le fait que la vie quotidienne du malade et de ceux qui le soignent se déroule au sein de la communauté religieuse, plutôt que d'être marquée par l'abandon et l'isolement. Ensuite, la conscience que l'expérience de la maladie est liée à une recherche incontournable de sens et, surtout lorsqu'elle conduit à toucher l'extrême fragilité de la vie et ouvre à l'âme humaine la question de l'au-delà. Enfin, l'importance accordée à la capacité d'agir de la personne, à laquelle n'est jamais exclue la possibilité de décider, de faire, de cultiver le bien même dans les circonstances les plus défavorables. [On] ne sépare jamais la souffrance de la personne de sa dignité et de son humanité, le clinique du transcendant, le mal de la conscience de ne pas être abandonné ou seul sous toutes les croix de l'homme aujourd'hui ».
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Les moines au hit-parade
Les moines de l’Abbaye St-Benoît-du-Lac en Estrie, lançait, quelques jours après la fête de Pâques 1995, un disque compact de chants grégoriens. 10 000 exemplaires étaient vendus en trois jours. Le succès de la compilation « Cantus Mariales » n’a pas diminué depuis ce temps.
Pour la première fois de leur histoire, les bénédictins des Cantons de l’Est se retrouvaient à la tête du palmarès de la musique classique et dans les dix meilleurs vendeurs au « hit-parade » populaire, pas tellement loin derrière Roch Voisine. Dom André Saint-Cyr et les éditions Analekta sont les artisans de cette réussite.
NDC — André Saint-Cyr, pourquoi les gens s’intéressent-ils à cette musique?
A. St-Cyr — C’est une musique naturelle, équilibrée, et je crois que les gens sentent le besoin d’un son sérieux, profond et sain. Il faut le dire aussi, le chant grégorien est pacifiant! C’est une musique qui recharge l’intérieur. Il n’y a que deux styles musicaux qui détendent vraiment : la musique classique de Bach et de Mozart et le grégorien.
NDC — Parlez-moi de vous!
A. St-Cyr — Je suis musicien de naissance puisque mes parents l’étaient aussi. Mon père était chanteur et violoniste. Il chantait dans les chorales paroissiales. Maman était pianiste et organiste. Elle a suivi des cours. J’ai donc commencé la musique dans le sein de ma mère parce qu’ils en faisaient ensemble.
Lorsque j’étais jeune, j’ai été membre, pendant 3 ans, des Petits chanteurs de la basilique de Québec. À l’époque, nous chantions en grégorien.
J’ai continué à chanter en faisant partie de la chorale du collège. Je suis entré à St-Benoît-du-Lac en 1949. J’étais déjà organiste avant d’arriver ici! En 1951, j’accompagnais des célébrations à l’abbaye.
J’ai eu la chance d’étudier avec dom Georges Mercure qui était ici quand je suis entré. C’est lui d’ailleurs qui m’a accepté dans la communauté puisqu’il était le prieur. Il y a eu aussi dom Oscar O’Bryan. Plus tard, je suis allé en Europe, pendant 5 ans, pour me perfectionner.
En 1970, je devenais maître de chœur. J’ai laissé l’accompagnement parce qu’ils avaient besoin d’un chantre. Par la suite, j’ai été nommé, tour à tour, premier chantre, directeur de la « schola » et, enfin, maître de chœur.
NDC — Pourquoi devenir moine?
A. St-Cyr — Je voulais entrer chez les maristes puisqu’ils faisaient de la musique. Il me semblait que je serais heureux dans ce groupe. Je suis allé voir mon confesseur, l’abbé Stanislas Paradis, à la paroisse St-Roch de Québec et je lui ai confié mon intention d’entrer chez les maristes et les raisons. Il m’a dit : « J’ai un rendez-vous de 5 à 10 minutes. Je vais te faire entendre quelque chose en attendant. » Il m’a mis un disque des moines de St-Benoît-du-Lac. Au retour, il a continué : « Je connais un confrère de classe qui est là (c’était le maître de chœur). Je vais communiquer avec lui et tu vas aller voir sans t’engager. Je crois que tu serais encore plus heureux avec eux. »
Il a reçu la réponse une semaine plus tard. Je suis venu faire un bref séjour ici et, une semaine après, j’entrais sans avoir l’autorisation officielle. Ils attendaient les résultats des examens médicaux, des certificats de la paroisse et des écoles.
NDC — C’est vraiment pacifiant dans ce monastère! L’abbaye ressemble à votre musique!
A. St-Cyr — On baigne dans le beau! Ici, il y a tout un environnement qui est propice à l’émerveillement. La nature est splendide! On a une végétation incroyable! Le lac est merveilleux! C’est entouré de montagnes. Quand on arrive, on voit les bâtiments d’une noblesse, d’une grandeur, d’une beauté qui émerveille et qui élève! Plus on se rapproche de la beauté de la création, plus ça nous rapproche du Créateur.
Quand les gens entrent à l’intérieur, il y a un silence qui les pénètre. Ils arrivent à la chapelle — s’ils ont la chance d’assister à l’eucharistie — où ils voient une communauté priante qui le fait de façon sérieuse. Les gens sentent cela. Ici, la chapelle est presque toujours pleine.
NDC — St-Benoît-du-Lac c’est un peu comme à Cap-de-la-Madeleine!
A. St-Cyr — Oui, d’une certaine façon. Mais nous n’avons pas le même rôle.
NDC — D’où vient la musique grégorienne?
A. St-Cyr — Les racines remontent au début de la chrétienté. C’est un amalgame de musiques hébraïque et grecque. Jusqu’au IVe siècle la liturgie était en grec et non en français. Je dis souvent lorsque je donne des conférences sur l’histoire du grégorien, si on décidait demain de fonder une Église et qu’on voulait chanter, on ne dirait pas « on va inventer une musique! » Mais non!
Et quand il est dit dans le livre des Actes des apôtres qu’ils étaient assidus à la prière… Ce n’était pas en latin! C’était en arménien… et en grec par la suite.
La période de composition la plus importante est du Ve au VIIIe siècle. À cette époque, ils ont laissé tomber des éléments de la culture du moment et en ont gardé d’autres. Les styles venaient des Hébreux et des Grecs plus particulièrement. Plus tard, le latin est apparu.
Ce qui est exceptionnel pour le grégorien, c’est que nous avons des documents écrits depuis le IXe siècle. C’est la seule musique au monde qui a cet avantage.
J’essaie de transmettre cet héritage à la communauté bénédictine et dans les cours privés que je donne. Je veux faire découvrir la beauté et la splendeur du grégorien.
Journaliste : Benoit Voyer
Les bénédictins
St-Benoît-du-Lac, Québec,
Canada J0B 2M0
Téléphone : (819) 843-4080
(Revue Notre-Dame du Cap, janvier 1996, pp. 8 et 9)
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