LE PRÉSENT DU PASSÉ: Nouvelles de chez nous

Nouvelles de chez nous

Benoît Voyer

Le pape au Québec en 2008 ?

QUÉBEC – Le congrès eucharistique 2008 pourrait avoir lieu au Canada. Le conseil pontifical responsable de cet événement qui a lieu à chaque quatre ans a accepté la candidature du diocèse de Québec, actuellement seul dans la course. Ce rassemblement pourrait amener le pape Jean-Paul II ou son successeur dans la province québécoise. La décision finale du Saint-Père sera annoncée en 2004 à Guadalajara, au Mexique, lors du prochain congrès. Cette fête de la foi présente des conférences, des spectacles et des célébrations. En moyenne, entre 10 000 et 15 000 personnes prennent part à chaque rendez-vous et la messe papale, qui termine la semaine, attire de 100 000 à 150 000 fidèles. En 2008, la ville de Québec aura 400 ans.

Taux d'avortements à la hausse
MONTRÉAL – Le taux d'avortements a grimpé du tiers en 10 ans au Québec. En 2001, il s'est situé à 17,9 pour 1000 femmes de 15 à 44 ans. Une hausse de 1,7 % par rapport à 2000 et de 30 % depuis 10 ans. Les groupes d'âges qui ont le plus recours à ce moyen de contraception sont, dans l'ordre, les 20 à 24 ans, les 25 à 29 ans et les 15 à 19 ans.

Décès de Mgr Michael Rusnak
OTTAWA – Le 16 janvier 2003, à l'âge de 81 ans, est décédé Mgr Michael Rusnak, rédemptoriste, évêque éparchial à la retraite des Slovaques de rite byzantin au Canada. Les funérailles ont été célébrées le 25 janvier 2003. Il était originaire de Beaverdale, en Pennsylvanie. Il a été ordonné prêtre rédemptoriste à Presov, en Slovaquie, en 1949, par le bienheureux Paul Gojic. Peu de temps après son ordination, il fut arrêté et envoyé dans un camp de concentration en compagnie d'autres prêtres slovaques de rites byzantin et latin qui refusaient de collaborer avec le régime communiste en Tchécoslovaquie. Après 14 mois de réclusion, il s'évadait de la prison qui le tenait captif.

Déficit de la JMJ 2002
OTTAWA – Le déficit de 38 M$ de la Journée mondiale de la jeunesse 2002 est presque entièrement remboursé. Il est encore temps d'apporter sa contribution.

Nouvel évêque
TORONTO – Mgr Nicolas Angelis a été nommé évêque du diocèse de Peterborough, en Ontario. Depuis 1992, il était évêque auxiliaire à Toronto.

40ᵉ anniversaire du Rapport Parent
MONTRÉAL – Du 31 mars au 4 avril, l'Université du Québec à Montréal (UQAM) et sa faculté d'éducation permanente soulignent, par une semaine d'activités et un colloque scientifique de portée internationale, les 40 ans du Rapport Parent. « Cette rencontre majeure permettra de faire le point sur les acquis de cette grande réforme qui a révolutionné notre système éducatif », explique le communiqué qui annonce l'événement. Celui-ci a lieu à l'UQAM et au Palais des Congrès à Montréal. De nombreux experts, acteurs et responsables du milieu de l'éducation du Québec et de l'étranger participent à ces rencontres, dont le ministre de l'Éducation, Sylvain Simard, deux anciens ministres de l'Éducation, Paul Gérin-Lajoie et Claude Ryan, ainsi que Pierre Lucier, président de l'Université du Québec, Jean-Pierre Proulx et Céline Saint-Pierre, respectivement président et ex-présidente du Conseil supérieur de l'éducation.

Visite pastorale du nouvel archevêque de Québec
QUÉBEC – En février, Mgr Marc Ouellet, nouvel archevêque de Québec, a entrepris une grande visite pastorale de son nouveau diocèse. Il a visité les régions pastorales de Lévis, Saint-Marie de Beauce, Vanier, La Malbaie, Beauport, La Guadeloupe, Saint-George-de-Beauce, Plessiville et Québec. À chaque endroit, il a célébré l'eucharistie et rencontré ses diocésains. Le 26 janvier, lors de la célébration de l'inauguration de sa charge pastorale, il a annoncé son intention d'instaurer une nouvelle évangélisation pour son diocèse et a exhorté ses diocésains à vivre plus intensément les valeurs de l'Évangile. « Aimons les bonnes choses et protégeons la création, mais ne tombons point dans l'idolâtrie de l'argent, du sexe et du pouvoir médiatique. Écoutons le message de la Croix qui jalonne l'histoire du monde et l'histoire de la Nouvelle-France, de Gaspé à Montréal, de Notre-Dame-du-Cap à Notre-Dame-de-Québec. Cette croix glorieuse n'est-elle pas notre lumière et notre espérance au milieu des errances de ce temps ? N'est-elle pas notre phare pour repérer les valeurs authentiques ! », a-t-il dit dans son homélie.

Jean Vanier au Canada
OTTAWA – Des rencontres avec Jean Vanier et les maisons de l'Arche auront lieu du 27 au 29 juin 2003. Elles se tiendront dans le diocèse d'Ottawa.

En faveur de la paix en IRAK
OTTAWA – Mgr Jacques Berthelet, président de la Conférence des évêques catholiques du Canada et évêque de Saint-Jean-Longueuil, s'est joint à d'autres leaders d'Églises et dirigeants d'organismes ecclésiaux afin de lancer un appel en faveur de la paix en Irak. La demande consiste à « donner à la population irakienne, non pas des bombes et des missiles, mais un appui moral, politique et matériel. »

Faire le choix de l'école catholique
OTTAWA – Mgr Marcel Gervais, archevêque d'Ottawa, demande aux parents catholiques d'opter en faveur de l'école… catholique. Il y a quelques semaines, il a publié une lettre pastorale sur le sujet. « Dans le contexte de l'éducation en Ontario où les parents ont la possibilité de choisir entre différents conseils scolaires, nous sommes bien conscients qu'ils considèrent plusieurs facteurs avant d'arrêter leur choix sur une école. Nous voulons insister ici sur le choix d'une école catholique de votre langue. L'école catholique est la seule qui se propose explicitement de remplir la mission d'une éducation catholique réelle », introduit-il avant de défendre son point de vue.

4ᵉ rencontre mondiale des familles
WATERLOO – C'est Monique et André Normand de Gatineau, au Québec, et Janet et Grant Ertel de Waterloo, en Ontario, qui étaient les délégués de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) à la 4ᵉ Rencontre mondiale des familles qui a eu lieu du 22 au 26 janvier. 75 pays étaient représentés.

Honneur rendu à Rose Mathieu
TROIS-RIVIÈRES – Au nom du pape, Mgr Martin Veillette, évêque de Trois-Rivières, a remis l'insigne « Pro Ecclesia et Pontifice » à Rose Mathieu, membre de l'institut séculier des Oblates missionnaires de Marie Immaculée, pour les services qu'elle a rendus pendant plus de 30 ans à l'Église catholique des Antilles, particulièrement en République dominicaine, mais aussi à Cuba.

Mgr Berthelet en Terre sainte
LONGUEUIL – En janvier, Mgr Jacques Berthelet, évêque de Saint-Jean Longueuil, a participé à la troisième rencontre portant sur l'avenir de la Terre sainte, organisée par le patriarcat latin de Jérusalem. À cette occasion, il a rencontré Yasser Arafat, président de l'autorité palestinienne, et Moshe Katsav, président de l'État d'Israël. « Un an après mon dernier voyage en Terre sainte, j'ai constaté qu'il y a plus de violence et de pauvreté, plus de chômage, plus d'émigration, que les mesures de sécurité sont plus oppressives et les points de contrôle plus nombreux. La souffrance et le désespoir sont encore plus présents dans la population, d'où un sentiment général de résignation », a-t-il dit lors de son point de presse à son retour au Canada.

Le diocèse de Rimouski en difficultés financières
RIMOUSKI – Le diocèse de Rimouski, au Québec, éprouve de sérieuses difficultés financières. Afin de diminuer son déficit d'opération de 2003, il a fait des coupures dans les heures de travail de ses employés des services diocésains. Chacun a été coupé de 2 heures de travail par semaine.

Pas question de vendre d'églises.
VALLEYFIELD – Mgr Luc Cyr, évêque de Valleyfield, n'a pas l'intention de vendre d'églises dans son diocèse pour l'instant. C'est ce qu'il a déclaré lors d'un point de presse afin de faire taire toutes rumeurs. Cependant, rien n'est impossible dans le futur. Une étude est présentement en cours. « Il est important de bien saisir la réalité de chacune des paroisses. Il faut que les paroissiens réfléchissent sur la façon d'assumer leur mission », a-t-il dit.

(Revue Sainte-Anne, avril 2003, pages 155 à 157)

5 mars 2026

EN LIBERTÉ: Alicia Keys


VISION CATHOLIQUE: Une vie à la recherche du trésor

Une vie 
à la recherche du trésor

Par Benoit Voyer

5 mars 2026

Au fil des ans, ma vision de Dieu et de Jésus a considérablement changé. Pour y parvenir, j’ai dû traverser plusieurs crises de vie et de foi. Tout comme ma compréhension de la vie en général et de celle de ceux qui m’ont donné naissance dans cette humanité, ma conception des choses divines a changé.

Durant les étapes que j’ai traversées, il m’est arrivé de dire : « Je suis agnostique » ou « Je suis chrétien à la limite de l’agnosticisme ». Il est bon de rappeler que l’agnostique n’est pas un athée. L’athéisme nie l’existence de Dieu. L’agnostique se questionne sur son existence. C’est quelqu’un qui doute. Il pose des questions. On ne lui fera pas gober n’importe quoi.

Depuis 2023, je dis : « Je suis chrétien… Je suis un chrétien de tradition catholique. Oui, je crois ! Mais pas en n’importe quoi ! »

Ainsi donc, à presque 60 ans, l’image que j’ai de Dieu et de Jésus n’est plus celle de mon enfance, de mon adolescence et de celle que mes parents m’ont transmise. Au fil des ans, il m’a fallu à quelques occasions abandonner Dieu pour mieux le trouver ou le retrouver.

Et je sais déjà que lorsque je serai un centenaire, mes certitudes actuelles n’auront plus la même saveur qu’aujourd’hui.

Si je me fie à plusieurs grands psychologues, comme Erik Erikson, mon cheminement spirituel et religieux est normal et sain.

Ils nous enseignent que l’homme et la femme passent par des étapes de développement à mesure qu’ils mûrissent. D’ailleurs, les grands mystiques catholiques ont enseigné la même chose pendant des siècles. C’est ce qui a conduit à des concepts comme les voies purgative, contemplative et unitive. De plus, plus près de nous, des auteurs spirituels comme James Fowler ont utilisé la psychologie moderne pour enrichir notre compréhension du développement spirituel.

Si on simplifie les choses à leur plus simple expression, le développement spirituel comporte trois grandes étapes : 1– Le détournement de nos mauvais penchants ou de nos péchés ; 2– La pratique de la vertu ; 3– Se sentir embrassé par l’amour divin. Ces étapes ne sont pas fermes, mais plutôt des périodes d’accentuation. Il y a une fluidité entre les trois. Selon les étapes de notre existence, nous serons plus ou moins dans l'une ou l’autre.

Malheureusement, bien des gens s’attardent à la première étape. On doit rapidement en venir à se focaliser sur la pratique de la vertu. Il faut passer du négatif au positif. On doit passer de « Comment puis-je arrêter de pécher ? » à « Comment puis-je être un meilleur chrétien ? »

Lorsqu’on prie et on lit les Évangiles, on ne se concentre pas sur le péché, mais sur Jésus comme la personne qu’on veut suivre et imiter : « Que puis-je faire pour plaire à Dieu ? » « Comment puis-je être meilleur ? »

La majorité des chrétiens passent la plus grande partie de leur vie dans cette étape du développement spirituel. Je ne suis pas un grand pécheur, mais pas non plus quelqu’un de parfait. Je tente d’être meilleur, même si j’échoue souvent. On fait ce qu’on peut.

Dans la troisième étape du développement, on ne se concentre pas sur soi, mais sur Dieu. En regardant Jésus dans les Évangiles, on verra une personne qui ne se contente pas de dire aux gens d’arrêter de pécher et de le suivre. On découvre plutôt quelqu’un de merveilleux qui nous parle de son Père, qui est aimant et compatissant. À cette étape du développement, on regarde les textes anciens pour constater à quel point Dieu est impressionnant et merveilleux.

Rendu là, l’acte de foi le plus difficile à faire est de croire que Dieu nous aime inconditionnellement et qu’il est un Dieu bienveillant.

Un auteur dont je ne me souviens plus du nom disait qu’à chaque étape du développement spirituel, notre vie de prière est différente. Dans la première étape, c’est surtout la contrition (je suis désolé), dans la deuxième étape, c’est surtout la supplication (aide-moi) et dans la troisième étape, c’est surtout l’action de grâce et l’adoration (Tu es incroyable, mon Dieu).

Dans la dernière étape du développement spirituel, on tombe véritablement amoureux et on s’engage. En vieillissant, mon dialogue avec le bon Dieu se résume de plus en plus à l’essentiel : « Salut ! Je suis là ! Merci d’être là, toi aussi ! Je t’aime, tu le sais bien… »

Pour produire de bons fruits spirituels, il est important de travailler à son développement. Pour reprendre Jésus, « le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits ». En d’autres termes, le bonheur ou le trésor sera donné à celui qui travaille à le trouver. N’oublions pas, la vie est une course au trésor. Elle nous conduit vers lui dans la mesure où on se donne les moyens de le trouver. (Mt 21,33-43. 45-46)

AU FIL DE L'HISTOIRE: Le mariage de Magdeleine Dupont et René Étienne Voyer (7 février 1750)


LE PRÉSENT DU PASSÉ: François, l'évêque ressuscité

François, l'évêque ressuscité

Benoît Voyer


« L'assassinat de mon ami Raoul Léger, avec qui j'ai travaillé au Guatemala, a engendré dans ma vie et dans ma foi une grande période d'obscurité. Ce fut une terrible épreuve pour moi. J'ai douté jusqu'à remettre en question mon apostolat. »

Le doute est une réalité humaine. Chaque saint a vécu des périodes d'obscurité au fil de son existence. Quelques jours après la résurrection de Jésus, Thomas a été un des premiers à douter de ce qu'affirmaient les gens. « Si je ne vois pas, […] je ne croirai pas. » (Jn 20,25) Croire en la résurrection du maître n'est pas toujours facile. Qu'est-ce que la résurrection ? Comment faire un acte de foi en période de doutes ? Jésus est-il vraiment revenu à la vie, en chair et en os ? Mgr François Lapierre, évêque catholique de Saint-Hyacinthe, tente de donner quelques pistes pour vivre à plein au cœur de l'expérience chrétienne.

Qu'est-ce que la résurrection ?

C'est « être vivant » C'est ce qu'affirment les évangiles. « Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts ? » (Lc 24,5)

Cette réalité ne se vit pas uniquement lors de notre passage de la vie à trépas au terme de notre chemin humain. Nous la vivons déjà durant notre existence quotidienne. Toute personne vit des moments de mort et de résurrection. Au moment des ténèbres que nous traversons, au moment où nous croyons qu'il n'y a plus rien de possible, il y a toujours l'espérance d'une vie nouvelle. Déjà cette espérance est très présente dans les psaumes. Je dois vous avouer que c'est ce qui soutient ma foi.

Cela est le sens philosophique de la résurrection. Après la pluie, vient toujours le beau temps. Au bout d'un long tunnel obscur, il y a toujours la lumière qui nous attend…

Pour représenter la résurrection, j'aime l'image de l'enfant qui vient au monde. Lorsqu'il naît, il y a rapidement une rupture avec la mère. Ainsi, nous vivons une expérience nouvelle. La résurrection chrétienne, c'est faire l'expérience de devenir une nouvelle création dans le Christ. J'aime beaucoup cette pensée de Pascal : « Quelle raison ont-ils de dire qu'on ne peut ressusciter ? Quel est le plus difficile, de naître ou de ressusciter, que ce qui n'a jamais été soit, ou que ce qui a été soit encore ? [...] La coutume nous rend l'un facile, le manque de coutume rend l'autre impossible : populaire façon de juger ! » (Pascal, Pensées, 222-882) Son questionnement est intéressant : celui qui a créé le monde peut aussi nous re-créer!

Thomas dit avoir touché concrètement à Jésus après sa mort. Cela pose un doute pour l'intelligence. Est-ce que vous êtes à l'aise avec son affirmation ?

Jésus lui dit : « Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru. » Je crois fermement que nous sommes appelés à vivre cette béatitude des gens qui ne l'ont pas vu et qui sont appelés à la foi. Cependant, on peut penser que cette foi ne repose pas uniquement sur une réalité vraiment rationnelle ou logique parce que toute la spiritualité chrétienne nous invite à ressusciter chaque jour, à vivre la résurrection au quotidien.

Voici une autre image de la résurrection que j'aime beaucoup. À la fin d'une journée de ma vie, il m'arrive d'être très fatigué. Je me couche et je ne fais rien pendant huit heures. Le matin, je me réveille reposé. L'Écriture nous parle à plusieurs reprises de la résurrection comme d'un réveil.

Peut-on faire ce parallèle avec la réalité de la résurrection du Christ qui est le fondement du christianisme ?

Ces images sont des réalités qui peuvent nous aider à découvrir le mystère de la résurrection et à le vivre au présent.

La grande question n'est pas seulement de la vie après la mort, mais de la vie avant la mort. Nous avons à nous soucier de la qualité de cette vie. C'est là que l'expérience chrétienne, quand elle est bien vécue, devient une expérience de vie. Tout le cheminement de la foi est un art de vivre. La résurrection, c'est l'expérimentation de la vie en abondance.

Revenons à Thomas. Est-ce qu'il a vraiment touché le Christ en chair et en os ? Est-ce qu'il serait plus simple pour l'intelligence d'affirmer que c'était un corps métaphysique ?

C'est le corps du Christ ressuscité.

Comment décrire ce corps du Christ ressuscité ?

C'est une réalité qui dépasse notre entendement. La résurrection n'est pas simplement, comme dans le cas de Lazare, un retour à la vie antérieure. Lazare a été réanimé.

La résurrection est une nouvelle création, c'est une réalité nouvelle qui dépasse notre raisonnement humain.

Est-ce que nous pourrions comparer la résurrection du Christ à une apparition ?

Vous avez bien compris. C'est un phénomène mystique. Ce n'était plus le corps de chair du Seigneur. C'était son corps transformé, ressuscité.

Sans vouloir amenuiser l'importance de la nécessité d'une compréhension rationnelle de ce phénomène, je pense que c'est une réalité qui se comprend surtout avec le cœur.

Comment surmonter le doute ?

Le récit de la rencontre du Christ avec les disciples d'Emmaüs vous donne la recette. Il faut commencer par se mettre en route. En marchant, Jésus se présente et engage un dialogue à l'aide des Écritures. La Parole de Dieu a le pouvoir d'animer ou de réanimer un élan en soi. Parfois, il faut juste une parole.

Les étapes de leur cheminement nous montrent que la première chose qui ressuscite, c'est le cœur. Il s'ouvre à de nouvelles capacités. Une nouvelle espérance s'installe. L'amour qui renaît nous amène à nous engager davantage au service des autres et à pardonner.

De plus, les jours saints que nous vivrons dans peu de temps peuvent être une source pour retrouver l'élan. Par cette commémoration du passage de Jésus de l'épreuve à la mort et de la mort à la vie nouvelle, chacun célèbre ses vendredis saints et ses matins de Pâques.

Qu'est-ce qu'il faut penser du doute ?

Il est normal de douter et de passer par des périodes ténébreuses. Les plus grands saints sont passés par des périodes de grande obscurité. Ce sont des étapes charnières dans notre vie. Elles ne se traversent pas toujours avec les âges de la vie.

Est-ce qu'il vous est déjà arrivé de ces périodes de doutes ?

[Il fait silence. Il scrute du regard les yeux du journaliste. Il comprend que la question a pour principal but d'aider son interlocuteur à traverser ses propres doutes. D'une voix mi-éteinte, comme lorsqu'on confie un grand secret, il poursuit…

L'assassinat de mon ami Raoul Léger, avec qui j'ai travaillé au Guatemala, a engendré dans ma vie et dans ma foi une grande période d'obscurité. Ce fut une terrible épreuve pour moi. J'ai douté jusqu'à remettre en question mon apostolat.

Il y a quelques mois, lors de la présentation du nouveau film de l'ONF qui porte sur sa vie, j'ai vu un parallèle entre celle-ci et celle de Jésus. Raoul n'avait que 30 ans.

Pourquoi avez-vous douté ?

C'est toujours la question du pourquoi qui hante l'esprit, surtout lorsqu'on a l'impression d'avoir été fidèle à l'appel reçu et qu'on a donné le meilleur de soi-même. J'ai beaucoup questionné Dieu.

Qu'est-ce que l'épreuve a transformé en vous ?

L'expérience a été pour moi un tournant important. J'ai découvert une réalité nouvelle dans la spiritualité. Elle n'est pas une fuite, mais un au-delà. J'ai découvert une lumière dans ma nuit. C'est difficile à exprimer. C'est une expérience qui s'explique difficilement avec des mots. Si je n'avais pas vécu cet événement, mon cheminement n'aurait pas été le même. Après quelques pas dans la nuit, j'ai vu le soleil se lever. J'ai vécu l'expérience d'une vie nouvelle. La résurrection, c'est le soleil qui se lève après la nuit obscure.

(Revue Sainte-Anne, avril 2003, page 153)

4 mars 2026

EN LIBERTÉ: Jean Guy Dubuc (4)


EN MUSIQUE: La mauvaise éducation (Alexandre Poulin)


LE PRÉSENT DU PASSÉ: Mgr Raymond Dumais veut redevenir laïc

Mgr Raymond Dumais veut redevenir laïc

Par Benoît Voyer


RIMOUSKI – L'évêque émérite de Gaspé, Mgr Raymond Dumais, a créé une commotion chez les catholiques canadiens en annonçant qu'il demande au Vatican d'être relevé de ses fonctions épiscopales et presbytérales, après 26 années de services, afin de retourner au laïcat. Par la suite, il souhaite unifier sa vie par les liens du sacrement du mariage à celle qu'il aime et avec qui il partage sa vie dans la municipalité du Bic.

Interviewé par le journaliste Harold Michaud de la station CJBR, la filiale de la Première chaîne de Radio-Canada à Rimouski, il a confié que sa décision ne remet pas en question sa position au sujet du célibat des prêtres.

« Je suis toujours en faveur du célibat des prêtres. Ce n'est pas parce que moi je ne peux pas le vivre que je renie la discipline ecclésiale et que je ne reconnais pas que les prêtres ne la vivent pas honnêtement », a expliqué cet homme qui insiste pour qu'on l'appelle maintenant « Monsieur Dumais », malgré qu'il soit encore officiellement évêque.

Si sa demande est acceptée par la curie vaticane, il sera le premier évêque canadien à quitter le célibat apostolique.

Aux États-Unis, deux prêtres ont « défroqués », il y a 30 ans. James Shannon, évêque de Minneapolis de 1965 à 1968, et Bernard Kelly, évêque de Providence de 1963 à 1971. Leurs parcours sont similaires à celui de Raymond Dumais.

James Shannon, notamment, a quitté parce qu'il n'était pas en accord avec l'encyclique Humanae Vitae du pape Paul VI, publiée le 25 juillet 1968. Comme Bernard Kelly, il s'est marié. Les deux sont devenus avocats. M. Shannon a maintenant 81 ans et habite Minneapolis avec sa femme Ruth Wilkinson qu'il a épousée en 1968.

Raymond Dumais a quitté sa charge d'évêque de Gaspé en juillet 2001 pour cause d'épuisement professionnel. Il décidait ainsi d'écouter les recommandations de son médecin en procédant à un changement dans son rythme de vie parce que sa charge épiscopale était devenue trop lourde pour ses capacités physiques et psychologiques.

En août 2000, il avait pris congé de ses diocésains pour sept mois de repos.

En 1994, le journal L'Informateur catholique a failli faire dérailler la nomination au poste d'évêque de l'abbé Raymond Dumais en révélant qu'il était l'un des signataires d'une lettre ouverte qui dénonçait l'encyclique Veritatis Splendor. Dumais avait dû se rendre au Saint-Siège pour donner des explications. Au Canada, l'Assemblée des évêques du Québec (AÉQ) déclarait qu'il s'agissait d'une simple opinion ayant pour but d'alimenter le débat. Sa consécration avait été retardée d'un mois. Il a été élevé à l'épiscopat le 20 mai 1994.

Né le 4 juin 1950 à Amqui et ordonné prêtre le 26 juin 1976, il est actuellement chargé de cours, c'est-à-dire professeur, à l'université du Québec à Rimouski (UQAR) et consultant bibliste. Il y a quelques mois, Mgr Jean Gagnon lui a succédé à la tête du diocèse gaspésien.

(Revue Sainte-Anne, mars 2003, page 112)

3 mars 2026

EN LIBERTÉ: Jean Guy Dubuc (3)


VISION CATHOLIQUE: Le pape en Afrique du 13 au 23 avril

Le pape en Afrique du 13 au 23 avril

Par Benoit Voyer

3 mars 2026

Le pape Léon se rendra en Algérie, au Cameroun, en Angola et en Guinée équatoriale du 13 au 23 avril. Ce sera la première fois qu’un pape foule le sol de l’Algérie. Sa présence en ce lieu sera très observée et donnera le ton au reste de son périple.

Pour l’évêque de Rome, l’Afrique n’est pas un terrain inconnu. Avant son élection, lorsqu’il était à la tête des Augustiniens, Robert Francis Prevost avait multiplié les déplacements pour y visiter les communautés de son ordre religieux. Il profitait de ses séjours pour soutenir des initiatives locales, notamment au Nigeria. Dans ce pays, des religieuses augustiniennes étaient engagées contre les mutilations génitales féminines. Il n’attendait pas les influences du Vatican pour bouger. La méthode du père Prévost a toujours été de « soutenir ce qui naît sur place ».

Le Vatican a également confirmé que le pape Léon se déplacera à Monaco le 28 mars et fera un voyage en Espagne, à Madrid, Barcelone et dans les îles Canaries, du 6 au 12 juin.

EN MUSIQUE: Les étoiles filantes (Cowboys fringants)


LE PRÉSENT DU PASSÉ: Nouvelles de chez-nous

Nouvelles de chez nous

Par Benoît Voyer


Les Canadiens sont moins religieux que les Américains
Selon un sondage international, 30 % des Canadiens affirment que la religion est très importante pour eux, alors que ce chiffre atteint 59 % chez leurs voisins américains. En France et en République tchèque, seulement 11 % des habitants accordent une telle importance à la religion, alors qu'ils sont 12 % au Japon, 21 % en Allemagne, 27 % en Italie et 33 % en Grande-Bretagne. À l'opposé, 97 % des Sénégalais se disent très religieux. Trente-huit mille personnes parlant 46 langues ont participé à ce sondage. En Chine, il n'a pas été possible de questionner la population.

Divorces à la hausse
Pour une troisième année consécutive, le taux de divorces est à la hausse au Canada. Ainsi, 71 000 couples ont mis fin à leur relation, soit une hausse de 0,3 % par rapport à 1999 et de 3 % par rapport à 1998. Statistiques Canada indique que c'est dans la première année de mariage qu'il y a le moins d'échecs conjugaux, avec moins d'un divorce pour 1000 unions matrimoniales. Après le quatrième anniversaire d'engagement, le taux de divorces est de 25,5 pour 1000 mariages.

Entente : sévices sexuels
Le gouvernement du Canada et l'Église anglicane du Canada indemniseront les victimes de sévices sexuels et physiques dans les pensionnats amérindiens entre 1940 et 1970. L'Église anglicane versera 25 M$, c'est-à-dire 30 % de ce qui est réclamé par les victimes. Ottawa versera les 70 % qui restent. Plus de 12 000 membres des Premières Nations recevront une compensation financière.

Baisse du nombre d'agriculteurs
Selon Statistiques Canada, le nombre d'exploitants agricoles a diminué de 10,2 % au Canada, entre 1996 et 2001. Chez les producteurs de moins de 35 ans, la baisse est du tiers.

Mgr Drainville marche sur les eaux
L'évêque d'Amos, au Québec, s'est prononcé en faveur de l'instauration du parc hydrique de Saint-Mathieu-d'Harricana. « L'avenir de Saint-Mathieu passe par la protection de l'eau. Il faut avoir à cœur la création et les biens communs dont nous sommes responsables, tous ensemble. En faisant fermer les gravières, certains se sont fait enlever une partie de leur gagne-pain, mais il faut penser au bien commun. Entretenir cette idée, c'est faire de la grande politique », a dit cet homme qui possède une formation de biologiste. Selon lui, le projet poursuit trois objectifs, soit la protection de l'eau et de l'environnement, l'éducation et la sensibilisation à l'importance de cette ressource et le développement récréo-touristique.

Le nouvel évêque de Gaspé
Les diocésains de Gaspé ont procédé à l'accueil de leur nouvel évêque, Mgr Jean Gagnon, le 17 janvier, à la cathédrale gaspésienne dédiée au Christ-Roi. C'est Mgr Bertrand Blanchet, archevêque de Rimouski, qui a présidé cette célébration spéciale. Mgr Luigi Ventura, nonce apostolique au Canada, était présent à l'événement.

Paul Martin ramasse des dollars pour sa paroisse
L'ex-ministre Paul Martin, candidat à la succession du premier ministre Jean Chrétien, est le président d'honneur de la campagne de financement de la paroisse Saint-Jean-de-Matha à Montréal, la communauté chrétienne qu'il fréquente régulièrement. « Je connais fort bien cette paroisse et surtout ses paroissiens. J'admire la congrégation des Pères Trinitaires qui, depuis des générations, a su vulgariser cette foi et ses valeurs humaines », a-t-il lancé lors d'un dîner-bénéfice qui a eu lieu en décembre. En plus de son implication, M. Martin a remis un important don au père Marc Allaire pour les travaux de réfection de l'église de la rue Allard, à Montréal.

Nouveau document de l'AÉQ
L'Assemblée des évêques du Québec (AÉQ) vient de publier le document Orientations pour la formation à la vie chrétienne.

Rénovations à l'Oratoire Saint-Joseph
Le gouvernement du Québec injectera 8 M$ dans les projets de rénovations de l'Oratoire Saint-Joseph dans le cadre du grand projet de remise en beauté du lieu de culte qui en coûtera 45 M$. L'argent servira surtout à la réfection des accès du centre de pèlerinages. La basilique, la crypte et les édifices avoisinants demeureront intacts. Lors de l'annonce de la subvention, le ministre des Affaires municipales du Québec, André Boisclair, a lancé : « La France à Notre-Dame de Paris et le Sacré-Cœur de Montmartre. Montréal a l'Oratoire St-Joseph. » Le projet s'inscrit dans le cadre des préparatifs au centenaire de l'Oratoire qui aura lieu en 2004.

Communication et société
L'organisme Communication et Société, qui joue le rôle d'office des communications sociales pour les francophones du Canada, a tenu une journée d'études à Montréal, le 21 février, afin de réfléchir à la place de l'Église sur la place publique. La rencontre visait à réfléchir aux atouts que les catholiques ont en poche pour mieux diffuser leurs valeurs dans la société.

Restauration de l'orgue à Saints-Anges-Gardiens de Lachine

D'ici la fin de 2003, la paroisse des Saints-Anges-Gardiens de l'arrondissement Lachine, à Montréal, terminera la deuxième phase de la restauration de l'orgue de son église. Les travaux consistent à transférer un grand nombre de tuyaux de chaque côté du vitrail et à rajouter 85 trompettes en chamade. Les travaux sont possibles grâce à une subvention de 150 000$ de la Fondation du patrimoine religieux du Québec et à plusieurs petits dons de fondations privées et de nombreux donateurs. L'arrondissement de Lachine a donné 25 000 $.

Filles de la Sagesse
Fondée en 1703, la congrégation des Filles de la Sagesse célèbre en 2003 son 300ᵉ anniversaire de fondation. Elles sont arrivées au Canada en 1884 pour œuvrer dans les hôpitaux. Leur première affectation fut l'hôpital Sainte-Justine à Montréal. Autour de la planète, la communauté regroupe 2500 femmes dans 23 pays sur cinq continents. Leur site Internet est www.sagesse.ca

Guy Levac est promu
Depuis le 1ᵉʳ janvier, Guy Levac, adjoint administratif principal et directeur des communications de l'archidiocèse d'Ottawa, est devenu directeur général de l'administration diocésaine. C'est donc lui qui veille maintenant à l'administration des affaires quotidiennes de la juridiction canonique et à la responsabilité des cimetières catholiques du diocèse.

Les évêques déménagent
Après 44 ans sur la rue Parent à Ottawa, la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) est déménagée, à la mi-décembre, au 2500, promenade Don Reid, à Ottawa, en Ontario.

Mgr Ernest Léger
L'ex-archevêque catholique de Moncton, au Nouveau-Brunswick, Mgr Ernest Léger, est devenu vicaire à la paroisse anglophone Resurrection of Our Lord à Ottawa, en Ontario.

Nouvelle paroisse catholique
Depuis le 1ᵉʳ décembre, le quartier de Barrhaven, à Ottawa, a une nouvelle communauté catholique anglophone. L'abbé William Penney est le premier curé de cette paroisse qui, jadis, en comptait cinq.

40ᵉ anniversaire du concile Vatican II
Afin de souligner le 40ᵉ anniversaire de l'ouverture du Concile Vatican II, l'archevêque d'Ottawa, Mgr Marcel Gervais, a remis des honneurs pontificaux à quatre personnes de son diocèse. Il s'agit de Danielle Bourgie, du diacre permanent Gérard-E. Brunelle, de sœur Jean Goulet, c.s.c. et de Heribert Riesbe

Les Spiritains

Cette année, la communauté religieuse des Spiritains célèbre son 300ᵉ anniversaire de fondation. La communauté veut continuer à s'impliquer dans la lutte contre la pauvreté et elle souhaite élargir son champ d'action hors de l'Afrique. Actuellement plus de 600 jeunes Africains se préparent à l'engagement spiritain.

Nouveau livre pour Mgr Plourde
L'archevêque émérite d'Ottawa, Mgr Joseph-Aurèle Plourde, vient de publier chez Fides le livre Pour vivre pleinement sa foi.

Cours universitaire sur Internet

L'université Saint-Paul d'Ottawa offre maintenant des cours universitaires sur Internet. Depuis le début de janvier, le professeur Guy Marchessault y donne la série « Médias et foi chrétienne, deux univers culturels à concilier ; divergences et convergences ».

Mgr Marc Ouellet visite le pape
Le 14 décembre, le pape a reçu en audience privée le nouvel archevêque de Québec, Mgr. Marc Ouellet. Il était en séjour dans la Cité du Vatican pour participer à la Commission pontificale pour la promotion de l'unité chrétienne. Le nouvel archevêque québécois a été introduit dans son diocèse le 26 janvier, en après-midi, à la basilique Notre-Dame, située en plein cœur du Vieux-Québec. 

(Revue Sainte-Anne, mars 2003, pages 107 à 110)

2 mars 2026

SANTÉ: Les femmes et leurs douleurs

Les femmes et leurs douleurs

Par Benoit Voyer

2 mars 2026

Lorsqu’un homme a une vilaine grippe, les femmes sourient en leur disant : « Ce n’est vraiment pas drôle une grippe d’homme, hein ! » Messieurs, vous pourrez maintenant vous faire taquins envers elles. Vous pourrez dire : « Je sais que ce n’est pas dans ton imaginaire et que tu as vraiment mal. Ce n’est vraiment pas jojo les petits bobos féminins ! » Bien qu’il n’y ait rien de prouvé au sujet de « la grippe d’hommes », c’est une autre affaire pour les douleurs de la gent féminine.

En effet, les femmes sont plus exposées à certaines douleurs chroniques que les hommes – notamment plus de céphalées (comme la migraine) et la fibromyalgie – en raison d’une différence dans leur système immunitaire. C’est ce que révèle une récente étude américaine publiée dans Science Immunology. La nouvelle a été reprise par plusieurs médias, dont Le Figaro et La Croix.

Les douleurs féminines proviendraient notamment d’une moins bonne efficacité de leur système immunitaire à la résolution de la douleur. À ce chapitre, la génétique masculine est mieux équipée.

Au Figaro, Geoffroy Laumet, professeur de physiologie à l’université d’État du Michigan (États-Unis) et auteur de l’étude, rappelle que « les femmes représentent 60 % à 70 % des patients souffrant de douleurs chroniques […] Elles ont plus de risques d’en développer après une même blessure et ont besoin de doses plus élevées de morphine pour obtenir le même effet. Pourtant, il existe encore une forme de discrimination. Certaines femmes se voient encore reprocher d’exagérer leur douleur. Or, notre étude montre que cette différence est physiologique, inscrite dans le système immunitaire. »

On a découvert qu’un certain type de globules blancs essentiels au système immunitaire libère une molécule faisant taire les neurones sensibles à la douleur dans les tissus blessés. Les chercheurs ont observé que ce mécanisme est plus prononcé chez les mâles, et l’expliquent par la présence de la testostérone. Cette hormone sexuelle masculine « favoriserait » la production de globules blancs, qui sont associés à la molécule soupçonnée de calmer les neurones. On a fait la même observation chez des patients humains ayant subi un traumatisme physique. Le niveau de ce type de globules blancs dans le sang était bien plus élevé chez l’homme.

L’ibuprofène ou l’aspirine demeurent de bons moyens pour effacer les douleurs aiguës. Ce n’est toutefois pas le cas pour les douleurs chroniques.

Il s’agit d’une découverte qui permettra de développer de nouveaux traitements contre la douleur chez les femmes.

Plus de détails dans Le Figaro
https://www.pressreader.com/france/le-figaro/20260227/281689736292151

EN LIBERTÉ: Jean Guy Dubuc (2)


EN MUSIQUE: Les anges (Alain Lefrançois)


LE PRÉSENT DU PASSÉ: Raid Fahmi

Raid Fahmi

L'homme que Saddam Hussein aimerait exécuter
« L'action militante est l'affaire de toute ma vie. J'ai commencé à l'âge de 20 ans, soit une dizaine d'années avant de fuir l'Irak. » - Raid Fahmi

Raid Fahmi est condamné à mort. Malgré qu'il soit en exil depuis près de 30 ans, Hussein aimerait bien lui mettre la main au collet. Un retour en Irak, le pays qui l'a vu naître, lui vaudrait d'horribles persécutions qui le conduiraient inévitablement à la mort. Professeur d'économie à Paris, il milite en faveur d'un retour à la démocratie dans sa patrie. En plus d'avoir collaboré à la création de plusieurs organisations humanitaires au Kurdistan, pays voisin de l'Irak, il est rédacteur en chef de la revue culturelle progressiste irakienne « Al Thakafa Al Jadida » (La nouvelle culture), un magazine engagé vendu dans plusieurs kiosques à journaux d'Europe et qui, régulièrement, traverse clandestinement la frontière irakienne.

Par Benoît Voyer

Raid Fahmi, en quelle année et pourquoi avez-vous fui votre pays ?

J'ai quitté l'Irak en 1979 parce que je m'oppose au régime du Parti Baas, la formation politique de Saddam Hussein. Ma lutte est en faveur de la démocratisation du pays.

Le régime Hussein exige que tous soient membres du parti. Puisque j'ai longtemps travaillé pour le gouvernement, je me suis opposé à cette idée. Tous ceux qui ont fait comme moi se sont exposés à de sévères représailles. Ils ont été arrêtés et torturés. D'ailleurs, toute forme d'opposition est passible de sanctions. J'ai quitté mon pays clandestinement.

Si vous étiez resté en Irak, qu'est-ce qui vous attendait ?

J'aurais été arrêté. Si j'avais résisté, la torture aurait duré jusqu'à la mort.

Quelles sortes de tortures inflige Saddam Hussein ?

Laissez simplement aller votre imagination et dites-vous que le régime de Saddam Hussein l'inflige… torture électrique et à l'aide d'instruments, frappes physiques, tourments psychologiques et, plus encore, il va jusqu'à menacer les proches et la famille. Je ne veux pas vous effrayer ! Je vais juste vous résumer ce qui est arrivé à plusieurs de mes amis.

Est-ce qu'ils ont résisté ?

Certains n'ont pas été capables. Ils ont dû signer des engagements afin de renier appartenir à un autre parti politique que Baas et ils ont dû accepter de devenir membres du parti. Au meilleur des cas, ils ont renoncé à toutes formes d'actions politiques ou syndicales.

Est-ce que votre famille a subi des représailles ?

Mon frère qui a milité dans un mouvement étudiant qui s'opposait au pouvoir a dû abandonner le mouvement. Depuis ce temps, il est régulièrement convoqué par les services de renseignements. Dernièrement, ils cherchaient à savoir s'il a eu de mes nouvelles. Il a répondu qu'il n'a pas de contact avec moi depuis que j'ai quitté l'Irak.

De quelle manière obtenez-vous de ses nouvelles ?

Tout se fait par des intermédiaires. Je ne peux pas parler ou écrire à ma famille depuis mon départ, sinon il y aura des répercussions nuisibles pour leur vie.

Pourquoi continuez-vous votre action politique après tant d'années ?


Parce que je poursuis toujours l'objectif de travailler à la démocratisation de l'Irak, que mon peuple vive une prospérité économique et qu'il soit en paix avec le reste de la planète. L'action militante est l'affaire de toute ma vie. J'ai commencé à l'âge de 20 ans, soit une dizaine d'années avant de quitter l'Irak.

Est-ce que vous menez ce combat à cause d'une blessure que vous portez en vous ?

Non. Lorsque je me suis engagé dans cette voie, je savais qu'elle m'amènerait des conséquences difficiles et que je risquais la prison. J'estime avoir toujours travaillé pour une juste cause et elle mérite que je continue le combat à partir de Paris. C'est ma manière de contribuer à l'avancement de mon pays.

Est-ce que vous voyez des résultats concrets de votre militantisme ?

Nous avons créé des cercles d'opinions qui grandissent et qui prennent conscience que l'Irak est actuellement au centre de l'intérêt international. Nos idées font du chemin. Comme nous, l'ONU et l'Assemblée des Nations constatent que l'Irak mérite un meilleur régime politique.

Est-ce que Saddam Hussein pourrait éventuellement accepter de quitter la direction du pays ?

J'en douterais. Saddam n'a pas l'habitude d'abandonner la partie. Cependant, si la tension continue de s'intensifier jusqu'à un point où les menaces d'interventions militaires sont réelles et que des cercles de pouvoir commencent à s'inquiéter de leur sort, alors il y aura une combinaison d'éléments qui pourrait le déloger, mais, au moment où nous nous parlons, cela est peu probable.

Vous affirmez donc que Saddam Hussein restera au pouvoir.

Il restera au pouvoir sauf si les Américains encouragent, comme ils le font habituellement, l'entourage de Saddam à se séparer de lui. En ce moment, on voit à quel point les Américains sont déterminés à déstabiliser Hussein. Ils ne lui laissent pas beaucoup de portes pour s'en sortir.

Est-ce que Saddam Hussein est une menace pour la paix mondiale ?

Il est plutôt une menace pour le peuple irakien. Il a démontré, à l'occasion de quelques guerres qu'il a menées, que ses victimes sont souvent ses propres soldats. Pour ce qui est de l'actuel conflit, il va éviter de poser des menaces aux pays de sa région et sur le plan international. Ce n'est vraiment pas dans son intérêt.

Pourquoi ?

Son régime militaire n'est pas suicidaire. Il constate que la survie de son pouvoir pourrait être en jeu. Il va donc éviter toutes formes d'actions qui pourraient précipiter une intervention militaire internationale et provoquer la fin de son pouvoir.

Il n'y aura donc pas de guerre…

Cette question est différente de la dernière. Pour arriver à cette conclusion, il faut découvrir ce que veulent exactement les États-Unis. Est-ce qu'ils désirent uniquement le désarmement de l'Irak ? Si c'est le cas, ils iront peut-être plus loin que des inspections. Si l'objectif est un changement de régime politique, alors ce ne sera pas seulement le désarmement du pays qui comptera. Les Américains chercheront à savoir dans quelle mesure le processus de désarmement favorisera le changement de régime. Et s'ils ne réussissent guère à obtenir ce qu'ils veulent, alors la guerre en Irak sera un recours pour en finir avec Saddam Hussein.

Est-ce que le pétrole est l'enjeu fondamental des problèmes des Américains avec l'Irak ?

Bien entendu, mais je n'affirmerai pas que le pétrole explique tout. Le régime irakien est prêt à signer tous les contrats d'approvisionnement que les États-Unis voudront. Il n'y a pas d'objections majeures dans ce dossier.

La question est que, si les Américains signent des contrats, une partie des recettes va servir le régime. Elles pourraient renforcer économiquement Saddam. Dans cette perspective, il m'apparaît évident que les États-Unis ne veulent pas d'un tel partenariat d'affaires. Ils cherchent d'autres partenaires.

C'est pour cette raison qu'un changement de régime politique en Irak est une solution à l'économie américaine et, aussi, une solution stratégique. D'ailleurs, celle-ci ne se limite pas uniquement à l'Irak, mais à toute la zone arabe.

(Revue Sainte-Anne, mars 2003, pages 105 et 125)

1er mars 2026

EN LIBERTÉ: Jean Guy Dubuc (1)


EN MUSIQUE: La vie est longue (Jean-Pierre Ferland)


LE PRÉSENT DU PASSÉ: Nouvelles de chez nous

Nouvelles de chez nous

Benoît Voyer


Décès de Mgr Thomas Fulton et de Mgr Jean-Marie Fortier
L'épiscopat canadien vient de perdre deux évêques à la retraite, Mgr Thomas Fulton, évêque émérite du diocèse de Sainte-Catherine, en Ontario, et Mgr Jean-Marie Fortier, archevêque émérite de Sherbrooke dans la province québécoise. Mgr Fulton avait 84 ans et Mgr Fortier, 82 ans.

Dimanche Pro-Vie
Mgr Marcel Gervais, archevêque d'Ottawa, n'a pas tenu en janvier le traditionnel Dimanche Pro-vie. Pour 2003, il reporte l'événement en mai à l'occasion d'une Semaine pour la vie qui comprendra le Dimanche Pro-Vie le 25 mai, un banquet avec Alliance pour la Vie (Ontario) le 27 mai et la célébration diocésaine de la fête de la Visitation le 29 mai, à 19 h 30, à la Grotte de Lourdes à Vanier.

Les évêques canadiens chez le pape
En novembre, Mgr Jacques Berthelet, président de la Conférence des évêques catholiques du Canada et évêque du diocèse de Saint-Jean-Longueuil, a conduit une délégation d'évêques canadiens au Vatican pour une série de rencontres annuelles avec les représentants du Saint-Siège. Il y a notamment eu des réunions à la Secrétairerie d'État, à la Congrégation pour la Doctrine de la foi, à la Congrégation pour les Évêques, à la Congrégation pour l'évangélisation des peuples, à la Congrégation pour l'Éducation catholique, à la Congrégation pour le Clergé, au Conseil pour les Laïcs, au Conseil « Justice et paix » et au Conseil pour le Dialogue interreligieux. Les évêques canadiens ont également été reçus par le pape Jean-Paul II, le 15 novembre.

Nouveaux évêques auxiliaires

Jean-Paul II a nommé deux nouveaux évêques auxiliaires pour des diocèses canadiens. Mgr Donald Lapointe ira aider l'évêque de Saint-Jérôme, au Québec, et Mgr Robert Harris, celui de Sault Sainte-Marie, en Ontario. Mgr Lapointe est originaire de Disraeli, dans le diocèse de Sherbrooke. Quant à Mgr Harris, il est né à Montréal.

Un évêque démissionne

Le pape Jean-Paul II a accepté la démission de Mgr Colin Campbell, évêque d'Antigonish, en Nouvelle-Écosse. Il se retire à cause de problèmes de santé.

Messe de la Sainte-Cécile
Le 21 novembre, à l'occasion de la fête de sainte Cécile, patronne des musiciens, l'archevêque d'Ottawa, Mgr Marcel Gervais, a présidé une messe spéciale à la cathédrale Notre-Dame.

Prix Communication et société
En novembre, Communication et société, organisme qui joue le rôle d'office des communications sociales pour les francophones du Canada, a remis ses prix littéraires pour le livre religieux. Les lauréats sont : Mgr Maurice Couture et Pierre Maisonneuve pour le livre « Maurice Couture. Encore un mot… » ; L'abbé Jacques Otis, prêtre du diocèse de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, pour « La vie en abondance, une relecture des évangiles pour aujourd'hui » Le comédien Jean-François Casabonne a reçu une mention spéciale pour son livre « Jésus de Chicoutimi » ; et, Andrée Quiviger a également reçu une mention spéciale pour « Des petits d'éternité ».

Pour les enfants qui souffrent de la faim

Le comédien, chanteur et auteur Guy Sévigny a jeûné, en novembre, à l'occasion de la semaine mondiale de l'enfant. Par ce geste, il voulait se montrer solidaire des 150 millions d'enfants qui souffrent de la faim sur la planète. Il a profité de cette semaine pour présenter, à la salle du ZEST à Montréal, la pièce « Pourtant quand je rêve… », écrite par la juge Andrée Ruffo. Sévigny est le fondateur du Théâtre contre la violence. Le site Internet de l'organisme est : www.theatrecv.org

Centenaire des Sœurs des Saints-Cœurs de Jésus et de Marie au Canada
Jusqu'au 9 novembre 2003, les Sœurs des Saints-Cœurs de Jésus et Marie célèbrent leur centième anniversaire de présence à Joliette, au Québec. Pour souligner l'événement, diverses activités seront présentées au fil de l'année. C'est le 6 novembre 1903, sollicitées par le père Cyrille Beaudry, c.s.v., supérieur du Collège de Joliette, que ces religieuses viennent de Paramé/St-Malo (Bretagne, France) pour prendre en charge les services domestiques du Collège qui regroupait à l'époque près de 300 personnes. Depuis ce temps, elles sont actives dans plusieurs paroisses du diocèse.

Mariages homosexuels
La Conférence des évêques catholiques de l'Ontario (CECO) est très déçue de la décision de la Cour divisionnaire de l'Ontario qui demande que la définition du mariage soit modifiée afin d'inclure l'union de partenaires du même sexe dans le texte de la loi du mariage. Les évêques ontariens craignent qu'il y ait des répercussions négatives dans la province. Pour eux, cette décision déforme la nature fondamentale du mariage et de la famille. « Le temps est-il venu de faire connaître votre opinion à ce sujet à vos députés des paliers fédéral et provincial, si vous souhaitez préserver ce fondement de notre société ? Nous vous demandons avec instance de le faire à votre façon et dans vos propres mots », écrivent-ils dans une lettre pastorale.

Nouveaux prêtres
Mgr Raymond Lahey, évêque du diocèse de Saint-Georges, à Terre-Neuve, a ordonné deux nouveaux prêtres pour son diocèse. Il s'agit de Roger Poblete et d'Edmund Carnacho. Ils sont originaires des Philippines.

75ᵉ anniversaire des Sœurs Missionnaires du Christ-Roi
Le 28 octobre, les Sœurs missionnaires du Christ-Roi célébreront leur 75ᵉ anniversaire sur le sol gaspésien. Sur les 213 membres de la communauté religieuse qui vivent autour de la planète, 84 sont des Canadiennes Trente religieuses proviennent de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine et, sur ce nombre, une quinzaine sont encore actives dans les pays de mission. « Ces quelques chiffres vous prouvent que notre congrégation est encore bien vivante et que nous avons toutes le goût de continuer la mission », a dit Colombe Martin, supérieure générale de la congrégation, lors de l'ouverture de l'année jubilaire.

Nouveaux évêques au Québec
Le Québec compte maintenant deux nouveaux évêques. Mgr Marc Ouellet a été nommé archevêque de Québec. Il remplace Mgr Maurice Couture qui a donné sa démission, il y a quelques mois. Éventuellement, cette nomination pourrait l'amener à devenir cardinal de Québec. Au diocèse de Gaspé, Mgr Jean Gagnon est devenu évêque du diocèse. Mgr Ouellet est originaire de Lamotte dans le diocèse d'Amos, au Québec. Quant à Mgr Gagnon, il est né à Saint-Joseph-de-Lauzon (Lévis), dans le diocèse de Québec.
(Revue Sainte-Anne, février 2003, pages 59, 60 et 61)

28 février 2026

EN LIBERTÉ: Bouge de Don Karnage


LES GRANDS ESPACES


VISION CATHOLIQUE: Le vénérable frère William Gagnon

Le vénérable frère William Gagnon

Par Benoit Voyer

28 février 2026

Le 16 mai 1905, à Dover, dans l’État américain du New Hampshire, naît William Gagnon. Il est le fils d'Adolphe-Delphis Gagnon et de Marie-Louise Roy.

Le 20 novembre 1932, il entre dans l'Ordre hospitalier de Saint-Jean-de-Dieu, à Montréal, au Canada.

Après avoir occupé diverses fonctions dans la région montréalaise, il devient, le 18 janvier 1952, missionnaire dans le Nord du Vietnam, dans la mission de Bùi-Chu.

Durant dix-sept ans, il travaille à l'implantation de l'Ordre au Vietnam et donne des soins à des milliers de réfugiés.

Il meurt à Saïgon, le 28 février 1972.

Le 16 décembre 2015, il est déclaré vénérable par le pape François.

EN MUSIQUE: L'amour interdit (Serge Laprade)


LE PRÉSENT DU PASSÉ: Bertrand Ouellet

Bertrand Ouellet, directeur général de Communication et société

« Peut-être que les supports institutionnels doivent tomber… Et Dieu sait à quel point ça fait mal quand ça tombe. Ça va prendre, comme à l'époque de Jérémie, une bonne vie ou deux pour relever tout ça. On en est donc juste à voir les débuts de l'exil. »

Benoît Voyer

MONTRÉAL – En mai 1971, l'existence de Bertrand Ouellet, directeur général de Communication et société, organisme qui joue le rôle d’"office des communications sociales" au Canada francophone, a basculé. Il a vécu une expérience intérieure qui a changé sa vie et sa manière de penser.

Il est né à l'époque où la science avait réponse à tout. Il était adolescent quand se tint l’Expo 67, qui lui a laissé le souvenir que tous les problèmes modernes seraient résolus par la science. La preuve en fut, pour l'ado qu'il était, que deux ans plus tard on marchait sur la Lune. Comme son époque, tout l’univers intérieur de Bertrand Ouellet était cosmique. Ce n’est pas pour rien que l’année où Neil Armstrong foula le sol lunaire, il se destinait à des études scientifiques. En 1971, il entrait à l'École polytechnique pour étudier les sciences.

Qu'est-ce qui s'est passé dans votre vie, ce samedi de mai 1971 ?


J’étais un catholique pratiquant, mais je doutais à peu près de tout. J'allais à la messe, mais, pour être cohérent avec mes doutes, je ne communiais pas. Pour moi, la science était la réponse ultime. J’avais 18 ans.

À l’invitation d’un prêtre catholique de 30 ans, j’accepte de faire partie du conseil pastoral de ma paroisse. Un certain samedi, je participe à une journée de ressourcement.

On a passé la journée autour de la table des réunions et nous avons célébré la messe autour de cette même table. Durant la liturgie, mon esprit voyageait dans l’espace. Dans mon imagination, je voyais la terre.

Qu’est-ce qui a bouleversé votre vie durant cette messe ?


Au moment de la consécration, au moment où le prêtre tenait le pain eucharistique entre ses doigts, j’ai eu l’impression que tout le cosmos s’effondrait et se concentrait en un lieu, au milieu de nous. Ce fut comme un grand coup de vent. C’est difficile à expliquer, parce que c’est une expérience. Cela relève de l’intelligence de l’âme et des sens, mais la présence du Ressuscité à l’eucharistie était à ce moment d’une réalité indiscutable. Une indescriptible vague d'intensité avait d'ailleurs saisi plusieurs des personnes présentes.

Plus de trente ans plus tard, l'Eucharistie et l'adoration sont toujours très importantes pour moi et de plus en plus présentes dans ma vie. Cette expérience a été une bonne nouvelle dans ma vie ! J'ai depuis fait miennes les affirmations de Vatican II selon lesquelles l’Eucharistie est la source, le sommet, la racine et le cœur de l'expérience chrétienne.

Mon expérience dans ce groupe paroissial m’a par la suite conduit, une fois mon diplôme d'ingénieur obtenu, à des études en théologie.

Depuis toutes ces années, on dirait qu'il y a eu un schisme entre le christianisme et la culture moderne.

Contentons-nous de dire que c’est une incompréhension !

Puisque nous abordons la question, prenons en exemple la liturgie. Elle est incomprise. Les gens la décodent avec le langage qu’ils ont. En allant à la messe, ils se disent : « Je m’assois dans une salle de spectacle, alors c’est un spectacle, alors c’est un divertissement, donc je suis supposé ne pas m’ennuyer. » Vous êtes donc responsables de m’en donner pour mon argent.

On ne s’en sortira pas ! Vous voyez le problème qu'il y a entre le christianisme et la culture ? Il y a tout un choc entre les deux ! Les gens d’aujourd'hui lisent l’événement liturgique de telle manière, alors que la liturgie ce n’est pas ça.

Qu'est-ce qu'une liturgie ?

La liturgie est un événement collectif. Ce n’est pas un spectacle ! S’il y a des gens qui font et d’autres qui regardent, ce n’est pas une liturgie !

Est-ce qu’on doit blâmer ceux qui arrivent en spectateurs et qui viennent voir !?

La vie de foi, c’est comme l’amour et comme la natation. Tu apprends en plongeant dedans ! Tu n’apprends pas ça en regardant l’autre et en étudiant d’abord. Tu apprends à être aimé en aimant et tu apprends à flotter en te lançant à l’eau.

Mais avant d'aimer, il faut être charmé ?

Mais les coups de foudre, ça existe aussi !

La liturgie est donc une expérience à vivre…

La liturgie de l’Église catholique est de l'ordre du symbole et du rituel. Cela nous amène au-delà des mots. Elle procède à partir d'une expérience. Il faut sauter dedans ! Si tu restes à l'extérieur, tu ne pourras pas entrer dans l'expérience.

Est-ce que l'Église peut tirer des leçons de cette incompréhension ?

Il faut parler au corps et au non-verbal. Il faut revenir à ce que la liturgie très ancienne a toujours fait avec l'eau, le feu, la fumée, le rituel, les mains et le contact corporel. C’est le défi de l'Église de miser à fond là-dedans, sans demi-mesures, et, après, c’est à l’Esprit de faire son œuvre. Il faut le laisser faire.

Pour être bien comprise, quel message doit lancer l'Église d'aujourd'hui au monde moderne ?

Je crois qu’on doit se centrer sur le cœur du message chrétien et le reste viendra ! Il faut parler de l'essentiel sans se taire.

Vous parlez comme saint Paul !

Saint Paul a appris cette leçon-là très vite quand il est arrivé à Athènes. Le chapitre dix-sept des Actes des apôtres raconte tout ça. Paul dit : « Je vais essayer de parler dans leur langage, de prendre leurs recherches, leurs catégories religieuses. » Il laisse donc tomber toutes ses habitudes normales. Il tourne autour du pot. Lorsqu’il pense que son auditoire est avec lui, parce qu’il parle son langage, il leur parle de Jésus ressuscité. Ils se mettent tous à rire et s’en vont. Échec monumental !

Quelques mois après, il s’en va à Corinthe pour fonder une Église. Quelques années plus tard, dans une lettre, il écrit : « Maintenant, je commence toujours par parler de Jésus-Christ crucifié et jamais je ne dirai rien d'autre ! » Il dit que plus jamais il ne se fera reprendre à ce jeu qu’il a joué à Athènes.

Paul dit ce qu’il a à dire et ensuite il va dans les détails pour en tirer la leçon pour la vie.

De son côté, je pense que le bon vieux Paul VI avait raison. Dans un texte que je traîne presque toujours avec moi, tiré de l’encyclique L'Évangélisation dans le monde moderne, publiée il y a un peu plus de 25 ans, il écrit :

« Le monde qui, paradoxalement, malgré d'innombrables signes du refus de Dieu, le cherche cependant par des chemins inattendus et en ressent douloureusement le besoin. Le monde réclame des Évangélisateurs qui lui parlent de Dieu, qu’ils connaissent et fréquentent, comme s’ils voyaient l’invisible. Le monde attend de nous la simplicité de vie, l'esprit de prière, la charité envers tous, spécialement envers les petits et les pauvres, l'obéissance et l'humilité, le détachement de nous-mêmes et renoncement . Sans cette marque de sainteté, notre parole fera difficilement son chemin dans le cœur de l'homme de ce temps. »

Paul VI était un prophète. Ce qu'il décrit dans cette encyclique est bien plus pour notre temps que pour le sien.

Comment fait-on pour se démarquer ainsi ?

En brillant dans la société. Paul VI donne les lignes. Il parle de simplicité de vie, d'esprit de prière et de charité envers tous.

Il faut que le catholique questionne et soit visible et, aussi, que sa foi soit explicite. Si on lui pose la question : « Pourquoi fais-tu ceci ou cela ? » Il ne faut qu’il dise : ah ! C’est parce que j’ai des valeurs profondes. Il faut que la proclamation évangélique de Dieu soit toujours au premier plan.

Il n'est pas facile de se démarquer dans une société où le christianisme est en déclin !

Notre époque ressemble beaucoup à celle de Jérémie. Vous vous souvenez de cette période d’exil ? Ma période de vie correspond à celle de Jérémie. Lorsqu’il était jeune, il a vécu la réforme de Josias, la grande réforme deutéronomique où tous les espoirs étaient permis. C’était une époque de grand renouveau. C’était un peu comme notre concile Vatican II.

Rendu à mon âge, il commençait à désespérer. Il voyait bien que la catastrophe s’en venait. Il faisait des oracles : Attention ! Si on ne change pas, tout va s’effondrer ! Quelques années plus tard, il dit : « Il faut s’en aller en exil parce que tout s’écroule. » Là-bas, en exil, le peuple juif n’avait plus de roi, de temple et de terre promise. Les Israélites ont donc réinventé leur foi sans les supports institutionnels qu’ils avaient avant.

Si nous décidons de suivre leur exemple, qu’est-ce que nous devons faire ?

On se concentre sur l'essentiel, comme les Israélites ont fait à l’époque. Ce n’est pas rien ! Ils approfondissent leur foi ! Durant cette période, ils ont même écrit les textes de la Bible…

Est-ce que l'Église catholique d'ici en est arrivée là ?

Peut-être qu’on en est là ! Peut-être que les supports institutionnels doivent tomber. Et Dieu sait à quel point ça fait mal quand ça tombe. Ça va prendre, comme à l’époque de Jérémie, une bonne vie ou deux pour relever tout ça. On en est donc juste à voir les débuts de l'exil.

Qu'est-ce qu'il nous faut donc faire ?

Il faut commencer par ne pas éteindre le feu et, surtout, il ne faut pas revenir en arrière. Il faut accepter de partir en exil.

Je crois que l'essentiel que nous avons reçu de la tradition, c’est ce que Paul VI disait. Nous devons être des témoins qui vivent, parlent et agissent comme s’ils voyaient l’invisible.

(Revue Sainte-Anne, février 2003, pages 57 et 77)

27 février 2026

EN LIBERTÉ: Aider le milieu communautaire à se financer


VISION CATHOLIQUE: C'est le coeur qui compte

C'est le coeur qui compte

Par Benoit Voyer
27 février 2026

La logique de Jésus m’étonne toujours. Il va toujours à contre-courant de la pensée du p’tit monde. Pas question pour lui de faire comme on a toujours fait. C’est avant tout le cœur qui compte. « Jésus le dit très clairement, c’est dans le quotidien que tout se joue, dans notre manière d’être, notre comportement. La colère, l’insulte, le jugement hâtif mettent à mal la fraternité »[1].

« La vie authentique commence par le pardon et la réconciliation, avant toute offrande. Prenons-nous le temps de réparer nos liens ou laissons-nous la colère miner notre vie ? »[2]

Jésus me demande de ne pas garder rancœur et d’aller voir celui qui m’a blessé afin de lui offrir mon pardon. Il n’est même pas besoin de lui dire « je te pardonne ». Le fait d’aller à sa rencontre parlera davantage que bien des mots inutiles.

« Mon Dieu, je ne viens pas te demander de faire un bon Carême, mais de me faire bon moi-même » (Jean Debruynne).

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[1] Michèle Clavier. « Méditation : Vendredi de la 1re semaine de Carême (Mt 5, 20-26) », La Croix, 26 février 2026, p. 21.
[2] Jean-Paul Musangania. Application de Prions en Église, 27 février.

EN MUSIQUE: Le bonheur (Alain Tremblay)


LE PRÉSENT DU PASSÉ: "Il y a en chaque personne un pouvoir de résurrection"

Sœur Nicole Fournier

« Il y a en chaque personne un pouvoir de résurrection »

Par Benoît Voyer, journaliste


MONTRÉAL – Il y a un peu plus de 18 ans que sœur Nicole Fournier, directrice générale de l'Accueil Bonneau, travaille au sein de cet organisme qui a fêté, le 7 mai 2002, son 
125ᵉ anniversaire de fondation.

Depuis qu'elle est en fonction, l'œuvre de charité a considérablement grossi. Pour répondre aux besoins du milieu, l'Accueil Bonneau est passé, en 15 ans, de 5 à 28 employés. En 2001, il a donné 279 359 repas. Cependant, Bonneau est bien plus qu'une bouffe populaire pour les démunis. L'organisme dispense toute une gamme de services pour venir en aide aux plus pauvres que la société canadienne oublie. L'Accueil donne des services de dépannage (repas, vestiaire, etc.), de promotion humaine et sociale (avec des intervenants qui offrent des consultations, la gérance de budget personnel et des suivis psychosociaux) et d'habitation (117 logements supervisés).

Avec les plus pauvres de la grande ville de Montréal, sœur Nicole Fournier vit une aventure de foi hors de l'ordinaire.

Qu'est-ce que la pauvreté a changé dans votre conception de Dieu ?


[Un grand silence] Qu'il faut avoir foi en la résurrection. Dans la lutte à la pauvreté, je pense que si on a si peu de résultats, c'est que souvent on oublie que la personne est plus que ses carences. Elle a aussi une force qui habite dans son intériorité secrète. Je crois que c'est cela le grand message de l'Évangile. Il y a en chaque personne un pouvoir de résurrection que l'Esprit peut réveiller, peut faire grandir. Il ne faut jamais perdre confiance en ce pouvoir de résurrection.

Croire en quelqu'un, c'est le rendre capable de grandir. Si je ne crois pas que l'enfant puisse marcher, il ne prendra jamais le risque de se tenir debout et d'avancer ses jambes. Dans la vie, je pense que ce que nous avons surtout besoin, ce n'est pas de nourriture et d'argent, mais de quelqu'un qui croit en nous.

Le pape Paul VI, dans son encyclique L'Évangélisation dans le monde moderne, dit que le monde d'aujourd'hui a besoin de personnes qui vivent comme s'ils voyaient l'invisible. C'est votre relation à Dieu qui vous motive à continuer ?

Oui, parce que je crois en cette force de résurrection. [Elle n'en dit pas plus. De toute façon, ce n'est pas important, ses yeux, son sourire et son attitude parlent bien plus que ses paroles]

Cette implication auprès des bénéficiaires de l'Accueil Bonneau a changé votre manière de vous adresser à votre Jésus et au Dieu auquel vous croyez ?

Lorsque je prie, je rappelle à Dieu tous ces gens qui nous fréquentent. Je lui demande la force d'ouvrir en eux des portes et qu'il travaille sur les causes qui peuvent amener toutes ces personnes chez nous. Je lui demande aussi de faire grandir en eux la confiance en ce qu'ils sont.

Est-ce que vous parlez de spiritualité aux gens que vous aidez ?

Les gens qui viennent ici sont peut-être beaucoup plus près de la foi qu'on le pense.

Il y a peu de temps, je suis allée rencontrer un homme qui fait un délire religieux. Il a une déficience intellectuelle et un problème en santé mentale. Il a tellement fréquenté de centres hospitaliers dans ses moments de crise qu'un jour on l'a orienté vers du logement approprié où sa médicamentation lui est donnée de façon très régulière. Aujourd'hui, ses crises sont beaucoup moins grandes.

Il vit dans une maison avec une dizaine de personnes comme lui. En dehors du milieu hospitalier, l'Accueil Bonneau est à peu près le seul lieu qui lui apporte autre chose que ce qu'il trouve dans son univers fermé.

Il revient souvent à son délire : Ah ! Je ne suis pas aimé de Dieu ! Je suis damné ! Je m'en vais en enfer…

L'autre jour, je l'ai rencontré avec une autre personne qui elle aussi a une déficience psychologique, mais qui n'a pas ce genre de dérapage. Pendant que nous prenions un café dans un centre d'achats, mon gars qui délire commence son discours : « Je suis perdu, je m'en vais en enfer… L'autre lui répond : « Tu ne peux plus y aller, en enfer ! » Cela a saisi mon bonhomme ! L'autre ajoute : « Tu es la pauvreté ! Tu ne peux pas y aller, en enfer ! Dieu est pour les pauvres !

De plus, je pense qu'il ne faut pas servir un discours religieux qui soit comme un devoir ou une réponse à tout. Il faut surtout développer une confiance en Dieu.

Mais ce n'est pas toujours facile !

Je l'admets, mais en voyant l'autre avec des yeux différents, c'est possible. Ce matin est entré dans mon bureau un sidéen en phase terminale. Pour avoir 10$, il m'a raconté une histoire rocambolesque. Je lui ai répondu : « Si tu veux 10$ pour consommer un peu de drogue, je te comprends. Tu n'as pas besoin de m'inventer une histoire [!] parce que si j'étais dans l'état de souffrance que tu es, j'aurais peut-être envie de me geler la fraise moi aussi…

Vous êtes très compréhensive !

À cause de cette terrible maladie, la souffrance de cet homme est tellement rendue grande. Il m'impressionne parce qu’il a encore le courage d'être debout.

Actuellement, il vit dans un de nos appartements et je pense qu'on lui permet de finir ses jours dignement.

Ce qui semble amoral, ne l'est pas toujours !

Je suis d'accord avec vous. Et vous savez, il souffre tellement que je me dis : qui suis-je pour lui dire que c'est sa faute s'il a le sida ? Le mal est fait et il le porte. C'est bien assez !

Qu'est-ce qui vous a amenée à l'Accueil Bonneau ?

Il y a 18 ans, j'arrivais d'Afrique où j'ai été professeure de français pendant 13 ans. Le Cameroun est très différent d'ici ! Je cherchais donc un nouveau lieu pour travailler et on m'a proposé l'Accueil Bonneau.

Ce choix me permettait de me rapprocher de la spiritualité de Marguerite d'Youville. Je suis entrée chez les Sœurs grises parce qu'elles m'ont grandement interpellée. Sa personnalité s'orientait vers les plus démunis.

Et comment a été votre entrée dans cet univers ?

Je ne connaissais rien à la toxicomanie et à la santé mentale. J'ai été initiée en plongeant directement dans le milieu. Heureusement, il y avait des personnes expérimentées pour me guider !

(Revue Sainte-Anne, janvier 2003, page 9)