LE PRÉSENT DU PASSÉ : « En boisson ce n’était plus papa… »

« En boisson ce n’était plus papa… »

Par Benoit Voyer


Jean-Marie Lapointe est le fils de Jean. Son enfance et sa vie ont été marquées par l’alcoolisme de son père, l’ex-Jérolas. L’animateur de l’émission « Écoute-moi » (TQS) et comédien du téléroman « Chambres en ville » (TVA) s’est confié à la revue.

« Je pense, au fond, que la foi c’est de croire dans une force, dans un être, dans une dimension supérieure à la sienne. C’est aussi le fait de croire qu’il y a quelque chose après son passage sur la terre, que nous ne sommes pas seuls. C’est une dimension importante de ma vie », dit-il.

Il raconte que son père, Jean Lapointe, est un homme qui a une grande foi et que cela a toujours été respecté dans le foyer familial.

Parler de l’alcoolisme de son paternel ne l’intéresse pas vraiment. L’homme de télévision avoue que le public en sait déjà beaucoup sur le sujet.

« À 5 ans, je savais que mon père était alcoolique, confesse le jeune homme. Il y avait rarement de la boisson sur la table, car papa buvait en cachette. Il ne voulait pas boire devant les enfants. Ma mère nous a couvés. Mais déjà à cette époque, l’alcool changeait des choses dans la famille. »

Il poursuit : « Quand papa arrivait à la maison en état d’ébriété, l’équilibre familial s’effondrait. J’avais vraiment l’impression qu’en boisson ce n’était plus papa. Maman le chicanait souvent. Il était souvent malade et ça lui faisait de la peine. »

Quand une famille est dysfonctionnelle à cause de l’alcool ou de la toxicomanie, il n’y a plus de famille. Jean-Marie Lapointe a découvert cette réalité en vieillissant.

« Si ton père ou ta mère qui a des problèmes d’alcool ou de drogue et qu’il continue de consommer et qu’il détruit sa vie, tu n’es pas obligé d’embarquer là-dedans. Si la personne coule, tu n’es pas obligé de couler avec elle. Tu peux lui lancer une bouée, la corde de la bouée, tu peux la tenir, mais tu n’es pas obligé de la nouer autour de ton cou et de couler avec elle. C’est ce que les enfants de parents alcooliques ont tendance à faire », explique Jean-Marie Lapointe.

Le jeune veut tellement aider ses parents à s’en sortir, mais dans les faits, il ne peut rien faire tant que l’alcoolique ou le toxicomane ne veut pas s’aider lui-même.

Jean-Marie Lapointe observe que les fins de semaines de thérapie qu’il a faites l’ont aidé à prendre conscience que les personnes sont libres de faire ce qu’elles veulent, de consommer ou non. Mais ceux qui l’entourent ne sont pas obligés de gâcher leur existence pour cela.

Il admet ne jamais avoir eu de problème de consommation comme son père. Toutefois, il confie avoir eu des difficultés à cause de sa façon de vivre l’alcoolisme de son père.

Il pense à voix haute : « Je ne sais pas pourquoi… C’est très vague… Je n’ai jamais bu, j’ai cependant goûté à l’alcool. J’en connais la saveur mais je n’aime pas ça ! Je n’ai pas de mérite de ne pas boire ou de ne pas prendre de drogue. J’ai un peu peur d’embarquer là-dedans, car je suis une personne excessive et j’ai beaucoup de trait en commun avec les alcooliques et les toxicomanes. »

Jean-Marie Lapointe avoue qu’il agirait sans doute comme son père si un jour il consommait de l’alcool ou de la drogue. Les difficultés vécues par son père lui servent de leçon de vie. Il a appris de ses erreurs. Plus jeune, le comédien avait de la misère à dissocier l’alcool et les problèmes d’alcoolisme.

« J’avais des amis avec qui je sortais la fin de semaine et qui prenaient un coup tout en s’amusant. Pour moi, c’était tous des alcooliques ! J’avais de la peine et de la difficulté à vivre avec ça. J’avais de la misère à les voir prendre un coup », ajoute Jean-Marie Lapointe.

Puisqu’il ne buvait guère de spiritueux avec ses amis parce qu’il voyait en eux l’ivrognerie de son père, il faisait le « taxi ».

Fondation Jean Lapointe
L’animateur du « Club des 100 watts » est vendu à la « Fondation Jean Lapointe » et au téléthon qui porte le nom de son père. Il a commencé à s’y impliquer à l’âge de 17 ans.

« Je me cherchais un emploi d’été, dit-il encore. Je suis allé frapper à la porte de l’œuvre et ils m’ont engagé. Je me suis impliqué auprès des résidants. Les personnes qui suivent une thérapie sont là pour une durée variant de trois semaines à un mois. Je faisais faire du sport aux bénéficiaires ainsi que de longues marches. »

Il explique que l’activité corporelle est importante pour l’alcoolique et le toxicomane. C’est souvent une belle source de plaisir.

« Durant l’été, je me suis attaché à ces gens qui ont une belle sensibilité et une grande générosité. Je me retrouvais en eux, ainsi que mon père et ceux que j’aime. J’y ai finalement travaillé trois étés en plus de m’y impliquer bénévolement. »

Il se souvient des fêtes de Noël qu’il a passées à la « Maison Jean Lapointe » avec son père pour y jouer de la musique, chanter, faire des blagues et amuser les résidants.

« Sur le coup, les gens ne le réalisent pas toujours, mais ça leur fait mal de ne pas être auprès de leur famille à Noël. Mais c’est tellement plus beau l’année d’après quand ils fêtent Noël dans la sobriété. Surtout pour leur famille », stipule le fils de Jean Lapointe.

Il se souvient des fêtes de Noël qu’il a passées à la « Maison Jean Lapointe » avec son père pour y jouer de la musique, chanter, faire des blagues et amuser les résidants.

Expériences religieuses
Le comédien se souvient de ses expériences religieuses vécues au collège comme des instants importants dans sa vie.

Il dit avoir eu le privilège de fréquenter l’école privée au primaire et au secondaire au Collège Notre-Dame situé en face de l’Oratoire St-Joseph sur le chemin de la Reine-Marie à Montréal.

Au collège, il entretenait de bons liens avec ses professeurs de religion et s’impliquait dans les activités de pastorale. Il se souvient plus particulièrement du groupe l’ACLE et des camps de fin de semaine.

Même si le cadre de l’institution des Frères de Ste-Croix a été rigide, il en garde un excellent souvenir. Pour ce qui est de sa pratique religieuse, il avoue aimer aller à l’église : « Cela m’apporte beaucoup quand j’y vais. Je me sens dans un lieu très sécurisant où je trouve la paix. Ce lieu favorise vraiment la communication avec Dieu. Le bien être que ça m’apporte, ce n’est pas palpable. »

Il conclut : « Quand je vais à l’église, c’est comme quand j’ai fait du parachutisme. Je ne peux pas expliquer en détail tout ce que je ressens, tout ce que mon corps, ma tête vivent comme émotions à ce moment-là. Il faut que tu te lances dans le vide au moins une fois dans ta vie pour comprendre. Une chose est assurée : je me sens mieux à 29 ans dans une église que je me sentais à 14 ans. Je comprends plus le sens de ce geste… »

Maison Jean Lapointe
111, rue Normand
Montréal, Qc, Canada
H2Y 2K6
(514) 288-2611


(Revue Notre-Dame du Cap, octobre 1995, pp. 18-19)