Au terme de leur assemblée plénière semi-annuelle de la semaine dernière, les évêques du Canada ont rendu public cet important document dont voici le texte intégral.
Au terme de notre assemblée régulière du printemps, nous aimerions vous faire part de certaines décisions que nous avons prises pour faire suite aux enseignements du Synode des évêques à Rome, en 1971, sur la « Justice dans le monde ».
La question posée concernait l’accomplissement de la justice dans l’Église et dans le pays. Ainsi, nous avons considéré la justice dans les réalités économiques, dans la vie interne de l’Église, etc.
Nous nous sommes également interrogés sur un problème qui concerne directement le Québec, mais qui ne peut manquer d’avoir des incidences dans tout le pays. Nous savons pertinemment que les évêques du Québec se voient demander par les chrétiens et notamment par les jeunes : sommes-nous libres comme chrétiens et comme communautés chrétiennes dans nos choix politiques ? Y a-t-il quelque option qui soit exclue, ou quelque option qui soit à prendre ?
À une question posée sous l’angle pastoral, nous voulons donner une réponse pastorale.
Nous affirmons que toutes les options politiques respectueuses de la personne et de la communauté humaine sont libres, tant au plan individuel que collectif.
C’est la doctrine récente la plus claire de l’Église.
« Il revient aux communautés chrétiennes d’analyser avec objectivité la situation propre de leur pays, de l’éclairer par la lumière des paroles inaltérables de l’Évangile, de puiser des principes de réflexion, des normes de jugement et des directives d’action sociale dans l’enseignement social de l’Église... À ces communautés chrétiennes de discerner, avec l’aide de l’Esprit-Saint, en communion avec les évêques responsables, en dialogue avec les autres frères chrétiens et tous les hommes de bonne volonté, les options et les engagements qu’il convient de prendre pour opérer les transformations sociales, politiques et économiques qui s’avèrent nécessaires avec urgence en bien des cas. Dans cette recherche de changements à promouvoir, les chrétiens devront d’abord renouveler leur confiance dans la force et l’originalité des exigences évangéliques. » (Lettre « Octogesima Adveniens » de Paul VI au cardinal Maurice Roy, 1971, no 4.)
Et de plus, du récent Synode des évêques en 1971 :
« Pour réaliser le droit au développement :
a) Que les peuples ne soient pas empêchés de se développer selon leurs propres caractéristiques culturelles ;
b) Que dans la collaboration mutuelle chaque peuple puisse être lui-même le propre artisan de son progrès économique et social ;
c) Que chaque peuple puisse prendre part à la réalisation du bien commun universel comme membre actif et responsable de la société humaine à un plan d’égalité avec les autres peuples. » (La Justice dans le monde, no 8.)
Mais, il nous faut également indiquer deux choses aux chrétiens. La première : dans la recherche et la poursuite des options politiques différentes ou contraires, il y a des valeurs humaines et chrétiennes à respecter et à vivre. Il en va de même pour ceux qui préfèrent demeurer en dehors du débat ou de telle recherche. Chez tous, par exemple, outre l’amour, la paix, la justice, la solidarité et la fraternité, on doit trouver le respect et l’acceptation d’autrui même quand celui-ci a des options différentes de celles qu’on a soi-même, le respect et l’acceptation des choix des collectivités accomplis dans les divers moments de leur histoire.
La seconde : « Les options politiques de par leur nature sont contingentes et n’interprètent jamais l’Évangile de façon absolument adéquate et durable. » (Synode, Le Sacerdoce ministériel, deuxième partie, activités profanes et politiques, 1971.)
À nous donc, chrétiens, laïcs, prêtres, religieux, religieuses, évêques, Peuple de Dieu tout entier, est demandé de nous rappeler que l’Église entend jouer à travers le changement, la recherche, la discussion, le rôle d’une instance supérieure de rencontre, de justice, de dialogue, de communion.
Quant à nous, évêques, nous entendons servir le Peuple de Dieu là où il est et dans les politiques économiques, sociales et culturelles qu’il aura choisies.
(L’Action-Québec, 27 avril 1972, p. 6)
