RELIGIOLOGIQUE : Dieu n’est jamais parti

Dieu n’est jamais parti

Par Benoit Voyer

20 octobre 2026

Dans plusieurs sociétés occidentales, pendant de nombreuses années, la question religieuse semblait appartenir au passé. La foi chrétienne paraissait doucement disparaître, emportée par la sécularisation, la transformation des modes de vie et l’effacement progressif des références religieuses dans l’espace public. En ce moment, certains signes troublent cette lecture trop simple de l’histoire.

En France, l’augmentation récente des demandes de baptême chez les adolescents et les adultes témoigne d’une réalité inattendue : chez certains jeunes, une recherche spirituelle renaît.

Le 25 mai 2026, dans un entretien paru dans Le Figaro, le théologien dominicain Thierry-Dominique Humbrecht explique qu’il ne s’agit pas nécessairement d’un simple retour du passé, mais d’une réponse à un manque : « Dieu revient ? Il n’est jamais parti, mais il se fait discret jusqu’à la timidité ».

Selon lui, ces nouveaux baptisés révèlent « une soif spirituelle chez ceux qui n’ont rien reçu des générations qui les précèdent ». Il y a lieu de se questionner : que devient une société lorsqu’elle cesse de transmettre une partie de son héritage spirituel et culturel ?

Une quête de sens et d’identité
Pour Thierry-Dominique Humbrecht, le phénomène actuel ne peut pas être réduit à une seule explication. Certains cherchent Dieu, d’autres cherchent des racines, une histoire, une appartenance. Souvent, les deux dimensions se croisent.

Il dit au journaliste du Figaro : « S’agit-il d’un réveil religieux ou d’une quête d’identité ? D’un peu des deux, mais pourquoi pas ? »

On le sait depuis toujours, la vie de foi ne se limite effectivement pas à une pratique personnelle d’un courant religieux. Elle porte aussi une culture, un langage, des symboles, une manière de comprendre le monde. Le théologien rappelle qu’il est normal qu’une tradition religieuse transmette une vision de l’être humain et de la société : « Il est anormal que l’on stigmatise la culture chrétienne qui est la nôtre depuis des siècles ».

Cette réflexion amène une autre question. Le théologien se demande : « Tout le monde aurait-il droit à son identité, sauf les chrétiens ? »

La transmission de la foi
Mais redécouvrir un héritage ne suffit pas. Encore faut-il le connaître. Thierry-Dominique Humbrecht insiste sur cette faiblesse majeure des dernières décennies : une rupture dans la transmission. Il rappelle une réalité fondamentale : « On n’aime que ce qu’on connaît, dit saint Augustin. Faire aimer Dieu sans le faire connaître, c’est aller droit à l’échec »

D’ailleurs, sa réflexion dépasse le seul domaine religieux. Elle touche toutes les sociétés : une culture qui ne transmet plus ses références laisse les générations suivantes chercher seules des réponses aux grandes questions humaines.

Pour le théologien, la foi ne peut pas uniquement reposer sur une émotion ou une recherche personnelle. Elle demande une formation, une communauté et une expérience vécue.

Une foi minoritaire, mais appelée à témoigner
Le christianisme occidental n’est plus une évidence sociale. Il est devenu minoritaire. Pour Thierry-Dominique Humbrecht, cette situation peut aussi devenir une occasion de retrouver une foi plus consciente. Il affirme une vérité qui fait réfléchir : « Ces dernières décennies, on a enseigné que la foi ne s’enseigne pas. C’est un succès, la voilà ignorée : apostasie silencieuse »

Ainsi donc l’avenir de la foi chrétienne dépendrait moins du nombre que de la capacité des croyants à témoigner avec cohérence : « Foi instruite, vie de prière, parole puissante, action inventive » : voilà, selon lui, les moyens nécessaires pour que le christianisme retrouve une présence dans la société.

Il n’a pas la nostalgie d’un passé révolu, mais il est conscient qu’une civilisation ne peut vivre longtemps sans mémoire. Derrière la question religieuse apparaît une interrogation plus profonde : que devient une société lorsqu’elle oublie les récits, les symboles et les convictions qui ont contribué à la construire ?