POINT DE VUE CATHOLIQUE : L’identité chrétienne, entre patriotisme et nationalisme
Par Benoit Voyer
21 octobre 2026
Il y a quelques mois, le père Benoist de Sinety, curé de la paroisse Saint-Eubert, à Lille, a écrit un livre sur la question de l’identité chrétienne, paru chez Grasset : « La Cause du Christ - L’évangile contre l’identité chrétienne ».
Dans un entretien qu’il accordait à Marguerite de Lasa, du quotidien La Croix, le 6 juin, il faisait un constat de situation : « Depuis une quinzaine d’années, on sent chez un certain nombre de chrétiens un besoin de manifester une identité de manière plus visible, plus singulière. Ce phénomène est sans doute en lien avec le grand flou dans lequel on se trouve sur toutes les questions de « construction » et de « déconstruction » de l’identité. Cela vient aussi peut-être d’une inquiétude géopolitique, en raison des mouvements de population, de l’importance de nouveaux courants religieux, notamment l’islam, dans notre pays. Tout cela provoque des inquiétudes chez certains. D’où ce sentiment qu’il serait bon de pouvoir manifester de manière plus visible une identité chrétienne ».
Il ajoutait : « Sur le plan du combat politique, ressort, de manière de plus en plus forte et de moins en moins complexée, une espèce de néo-maurrassisme qui considère que le christianisme est un bon vecteur politique parce qu’il incarnerait l’identité du pays. Ce courant affirme que la France est chrétienne, que les Français sont chrétiens et que les autres ne sont qu’un reste qui pose question. On mobilise donc l’image d’un passé chrétien, très magnifié et idéalisé, cette « France chrétienne de toujours », qui n’a en fait jamais existé telle qu’on la décrit. Pour les tenants de ces discours, le Christ et les Évangiles n’ont pas beaucoup d’importance. Ce qui est important, c’est la façade chrétienne qui structure une nation et qui évoque un passé qu’on aimerait voir demeurer à jamais. »
Puis, en pensant à haute voix, il affirmait : « Il me semble que le christianisme n’a pas de sens sans le Christ. Et en détachant le christianisme de Jésus et de l’évangile, en essayant d’entraîner des chrétiens dans cette dérive, on trahit l’identité chrétienne au sens fort. Et on s’ouvre à des dérives terribles, parce que le christianisme sans le Christ devient une idéologie, marquée par une forme de repli sur soi, de rejet de ce qui est autre, et de méfiance, voire de détestation, pour ce qui est étranger. »
Au cours de l’entretien accordé au quotidien La Croix, il en a profité pour faire une distinction entre le patriotisme et le nationalisme : « Il faut le distinguer du patriotisme, qui est l’amour de sa patrie, de sa terre, du lieu où on a grandi, de la langue qu’on parle, de la culture de laquelle on est pétri. Le patriotisme est légitime et louable. Le nationalisme, c’est la pensée que ma patrie, ma culture, est non seulement supérieure aux autres, mais qu’elle doit s’imposer aux autres. Il conduit à la guerre. Or le christianisme ne cherche pas à appuyer un État ou à asseoir une visibilité géopolitique parmi les États du monde. Il ne provoque pas un désir de créer un pays ou un continent de chrétiens. Le christianisme vient infuser partout dans le monde, dans tous les systèmes politiques, dans toutes les cultures, dans toutes les langues, la bonne nouvelle de l’évangile. »
Et le transmetteur de l’évangile se révélait : « Je ne suis pas là pour défendre un système de valeurs, je suis là pour suivre Jésus, le Christ. Et Jésus n’a pas besoin d’être défendu. Il le dit même très clairement à Pilate lors de son procès. Jésus est mort sur la croix, donc il a accepté que son honneur soit bafoué. Nous ne sommes pas là pour empêcher que Jésus soit crucifié, mais pour témoigner de la puissance de l’amour que Dieu nous manifeste à travers le visage de Jésus. »
Il semblait triste en disant : « Certains nouveaux venus dans l’Église cherchent cette identité chrétienne en réaction à une société en mouvement, dont les mœurs évoluent, et qui se diversifie. Comment l’Église devrait-elle les accompagner ? Le rôle de l’Église [est d’] aider à convertir […] pour se mettre au service de l’évangile. Il faut […] faire comprendre [qu’elle n’est] pas là pour une reconquête, pour récupérer des parts de marché. [Elle est] là pour servir ».
