LE PRÉSENT DU PASSÉ : Le père Armand Gagné au service des chrétiens persécutés

Le père Armand Gagné


Au service des chrétiens persécutés

Depuis plus de douze ans, le père Armand Gagné, de l’Ordre des Trinitaires, s’est engagé à soutenir les chrétiens persécutés à cause de leur foi et à sensibiliser le plus de gens possible à ce problème. Il apporte une aide concrète dans certains pays où la liberté religieuse est interdite. Il sait que chaque geste est important, aussi petit soit-il. C’est pour cette raison qu’il demeure optimiste. « On ne peut pas désespérer. Oh non! Moi, je garde un grand espoir dans l’avenir. » Le père Gagné connaît les besoins grandissants de ces chrétiens, car il constate comme nous tous la montée de l’intégrisme, du fanatisme religieux et des manifestations d’intolérance.

Au Canada, l’intolérance commence à émerger envers ceux et celles qui vivent leur engagement religieux librement. Beaucoup de gens remettent leur foi en question.

Ailleurs dans le monde, par contre, les démonstrations d’intolérance sont empreintes de violence : en Algérie, dans la nuit du 26 au 27 mars dernier, sept moines trappistes ont été enlevés par le Groupe armé révolutionnaire. Le pire est toujours à craindre dans ces cas-là.

En Chine, le père Liao Hai Quing a passé trente-trois ans en prison à cause de ses convictions religieuses. En Égypte, trois chrétiens coptes ont été assassinés au mois d’octobre dernier. Au Burundi, depuis deux ans, quatorze prêtres ont été assassinés. Au Kenya, les tensions entre l’Église et l’État s’amplifient.

La liste s’allonge continuellement. Les gens comme vous et moi ont peine à croire qu’encore aujourd’hui on use de violence afin d’empêcher des prêtres, des religieuses et des laïques d’afficher leurs convictions.

Ainsi que l’affirme le père Armand Gagné dans son éditorial du dernier numéro de « La voix de Jésus Nazaréen », des pays comme l’Arabie Saoudite, la Turquie, l’Égypte, le Soudan, l’Algérie ainsi que plusieurs pays d’Afrique connaissent un manque de liberté religieuse flagrant.

Sa mission
Aujourd’hui, en plus des occupations de son ministère, le père Armand Gagné respecte toujours les responsabilités rattachées à ce désir de sensibilisation entrepris, il y a douze ans. « J’avoue ouvertement que la tâche est plus difficile si on pense, par exemple, qu’au Québec, il y a une grande baisse au point de vue de la foi et que cela équivaut à un manque d’intérêt de la part des chrétiens.

C’est donc en ce sens — information, support, aide concrète — qu’il a fondé un bulletin trimestriel « La voix de Jésus Nazaréen » publié et diffusé par la Fondation des amis du père Armand Gagné, en collaboration avec les Trinitaires.

Par l’entremise de ce bulletin, il lui est possible de souligner les faits récents concernant des injustices religieuses commises partout dans le monde. Mais, c’est aussi et surtout un message d’espoir qu’il désire propager en permettant à ses lecteurs de constater les résultats de l’aide apportée par la Fondation des amis dans certains pays où les conditions politiques et sociales le permettent.

Son parcours
Tout a commencé pendant les huit années (de 1975 à 1983) où il était missionnaire au Guatemala. Le père Armand Gagné voyait alors l’injustice humaine et religieuse de très près, mais sans se douter qu’il allait en apprendre davantage à ce propos.

En 1983, lors d’un séjour chez les Trinitaires, à Rome, on le nomme responsable d’une mission, soit sensibiliser et informer sur ce qui se passe vraiment par rapport à la persécution des chrétiens à cause de leur foi.

Pour ce faire, le père Gagné qui comme d’autres a de la difficulté à croire que le phénomène est aussi répandu qu’on le dit, va vérifier lui-même.

Sa recherche l’amène à séjourner dans plusieurs pays, souvent sous le couvert de l’anonymat puisque le simple fait de déclarer son état de prêtrise aurait pu lui empêcher de passer certaines frontières.

D’abord en Tchécoslovaquie, en Pologne, en Russie, en Chine, au Vietnam, puis en Amérique Latine, partout il rencontre des prêtres, des évêques, des religieuses, des laïques. Avec eux, il échange sur la façon dont ils vivent leur foi là-bas et, parfois, ils doivent le sensibiliser sur un problème. Il entre en contact avec des organismes autant politiques, sociaux que religieux.

En Tchécoslovaquie, il réussit à parler à des prêtres qui vivent toujours cachés. En Pologne, il y retourne plus d’une fois, car avec l’aide des Polonais, il peut établir des contacts avec les pays de l’Est et ainsi répandre de l’information et de l’espoir. En cours de voyage, il apprend que c’est par milliers que des prêtres, des religieuses et des laïques sont tués et que d’autres ont passé trente ans et plus en prison à cause de leurs convictions religieuses. Il voit aussi les deux visages de l’Église en Chine : Église clandestine et Église patriotique (contrôlée par l’État).

À la fois, il donne et il reçoit des informations. Il en fait rapport régulièrement à Rome et à sa communauté. Il établit des contacts.

Des rencontres inoubliables, inestimables qui, à partir d’un parcours laborieux et parfois même dangereux, ont fait qu’il est revenu ici grandi dans sa foi et dans son espérance.

De retour au pays
Ces voyages qui s’échelonnent sur une période de 6 à 7 ans prennent fin et le père Gagné revient dans sa communauté de Montréal où il tient une correspondance continue avec ses nombreux amis de par le monde. Établi à Granby depuis maintenant trois ans, il poursuit son travail de sensibilisation.

« La voix de Jésus Nazaréen » adopte le projet d’aider un pays en particulier et c’est le Vietnam qui est choisi puisque les contacts y sont plus faciles et que là-bas on s’ouvre lentement à la liberté religieuse.

Sa pensée
Selon le père Gagné, il y a des chrétiens qui sont persécutés parce qu’ils s’engagent dans une lutte contre les injustices humaines et il y a ceux qui sont persécutés parce qu’ils essaient de pratiquer en toute liberté leur religion. Les uns rejoignent les autres quelque part, il est vrai, mais, selon lui, c’est la liberté religieuse qui est à la base de toutes les libertés.

« C’est l’unité de l’Église qui fait sa force; les chrétiens de par le monde savent qu’ils ne sont pas seuls », confie-t-il. De plus, maintenant, ils ont une voix en la personne du pape Jean-Paul II. C’est ce qui fait qu’il faut garder espoir.

Ce prêtre qui vit dans une communauté parmi tant d’autres consacre, à cette cause, efforts et prières.

Ses origines
Le père Armand Gagné est natif du Saguenay. Il a grandi dans la ville de La Baie. Ses études complétées au Séminaire de Chicoutimi, il entre chez les Trinitaires en 1954 et est ordonné prêtre en 1959. Rattaché à la paroisse Saint-Jean-de-Matha de Montréal, il travaille comme aumônier pendant deux ans à la prison des femmes Tanguay, entre autres, avant de partir en mission au Guatemala.

Christiane Pillette

La Fondation des Amis du père Armand Gagné
C.P. 204
Succ. S
Montréal (Québec)
H4E 4H7 

(Revue Notre-Dame du Cap, juin 1996, pp. 10 à 12)