SAINTS ET SAINTES : Louis Émond, un laïc sur la route des autels

Maria Gingras et Louis Émond
Louis Émond, un laïc sur la route des autels

Par Benoit Voyer

24 septembre 2026

Louis Émond porte le nom de l’auteur du célèbre roman Maria Chapdelaine, mais n’a rien d’un intellectuel. Il s’agit plutôt d’un simple journalier de son époque, un homme issu du peuple qui consacrera sa vie au service des autres.

Il naît à Sainte-Famille, sur l'île d'Orléans, près de Québec, le 24 août 1876. Sa mère est Maria Rhéaume (1845-1922) et son père François-Xavier Émond, un petit cultivateur. Il sera baptisé dans la tradition catholique trois jours plus tard.

On ne vit pas riche chez les Émond. Afin d’aider ses parents, il commence à travailler à l’âge de 12 ans. Il gagne 1 $ par semaine dans la cave malsaine d'un sellier-tanneur. Il est un apprenti modèle, appliqué et dévoué aux intérêts de son patron.

Très tôt, il développe également une attention particulière envers les personnes plus fragiles. Louis passe ses soirées au service de la jeunesse défavorisée au Patronage Saint-Vincent-de-Paul. Cette présence auprès des autres annonce déjà ce qui marquera toute sa vie : une foi qui ne se limite pas aux pratiques religieuses, mais qui cherche à se traduire par un engagement concret.

Le 12 mai 1902, il unit sa destinée à Maria Gingras. Il a 26 ans. Rapidement, il achète une maison dans le quartier Saint-Sauveur, à Québec, au coût de 400 $. Leurs trois enfants y grandiront. En tout, ils y demeureront pendant 42 ans.

Il s’implique dans le syndicalisme catholique afin de se porter à la défense des ouvriers. Cette implication rejoint profondément son expérience personnelle. Louis Émond connaît le monde du travail de l’intérieur. Il n’est pas un observateur éloigné des difficultés des travailleurs, mais un homme qui partage leur réalité.

Au conseil municipal de Québec, il représente le quartier Saint-Sauveur, un secteur défavorisé de la ville. En 1926, 3 000 ouvriers sont mis à pied. Par solidarité, Louis Émond démissionne de son poste. Il deviendra percepteur des arrérages de taxes municipales.

Sur le plan religieux, il fonde le Comité du Sacré-Cœur. Il deviendra un proche du père Victor Lelièvre. Leur amitié durera une trentaine d’années. Le religieux dira de son ami Louis : « La découverte de ce Louis d'or fut l'une des grandes grâces de ma vie. »

Fondé en 1919, le Comité du Sacré-Cœur représente une vision particulière de l’engagement des laïcs. Il ne s’agit pas seulement d’aider un prêtre dans ses activités, mais de former des hommes capables d’unir la prière, la vie spirituelle et l’action auprès de leur milieu.

Le père Lelièvre était un prédicateur capable de toucher les foules. Louis Émond, pour sa part, possédait une autre force : celle de l’accompagnement. Il savait aider les personnes à transformer un moment de grâce en engagement durable.

En 1930, avec Victor Lelièvre, il fonde, à Québec, la Maison Jésus-Ouvrier. On s’y spécialise dans les retraites spirituelles pour « le monde ordinaire ». L’objectif est clair : offrir aux ouvriers et aux personnes simples un temps de ressourcement spirituel qui leur soit adapté.

À cette époque, les retraites spirituelles sont souvent associées aux milieux plus instruits ou aux classes dirigeantes. Louis Émond et le père Lelièvre veulent rejoindre les travailleurs, les familles et ceux qui n’ont pas toujours accès à ce type de formation spirituelle.

Louis Émond prend la direction de la Maison. Il n’hésitera pas à passer de maison en maison afin de « vendre » la retraite fermée comme étant une « police d'assurance pour le ciel ».

Cette expression révèle bien son tempérament. Louis Émond possède un sens pratique remarquable et une foi communicative. Il ne cherche pas à convaincre par de grands discours, mais par une parole simple, directe et profondément humaine.

Durant 27 ans, les retraites se terminent par une conférence de Louis Émond. Un retraitant dira un jour : « C'est le père Lelièvre qui a préparé ma confession, et le père X qui l'a entendue; mais c'est Louis Émond qui m'a décidé à persévérer. »

La phrase résume bien son rôle. Le père Lelièvre pouvait provoquer une conversion par la force de sa prédication. Louis Émond aidait ensuite les personnes à demeurer fidèles dans le temps.

Cette reconnaissance n’échappe pas à l’Église. En 1922, le pape Pie XI lui remet la décoration de chevalier de l’Ordre de Saint-Grégoire-le-Grand.

Louis Émond représente une figure importante de l’histoire religieuse québécoise : celle d’un laïc engagé bien avant que la place des fidèles dans la mission de l’Église soit largement reconnue. Père de famille, travailleur, citoyen engagé et homme de prière, il démontre qu’une vie ordinaire peut devenir un véritable témoignage spirituel.


Il est décédé à Québec le 26 septembre 1949, à l'âge de 73 ans. Il est inhumé dans le lot A 4 43 du Cimetière Saint-Vallier, une composante du Cimetière Saint-Charles, à Québec.

Il a reçu le titre de « serviteur de Dieu ». Ainsi donc sa cause, en vue d’une future canonisation, est à l’étude.

Si l’Église devait un jour reconnaître officiellement sa sainteté, elle mettrait en lumière une figure particulière : celle d’un homme laïc qui, au cœur de sa famille, de son travail et de son milieu social, a consacré sa vie au service de Dieu et de ses frères.

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Sources:
Anonyme. « Le père Lelièvre », Renaissance catholique au Canada, page consultée le 16 juillet 2026. https://crc-canada.net/eglise-au-canada/20e-siecle/pere-lelievre.html
Benoit Voyer. « Louis Émond, un saint laïc », Benoit Voyer en liberté, 25 septembre 2025. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/09/article-du-jour-louis-emond-un-saint.html
Benoit Voyer. « Louis Émond, cofondateur de la maison Jésus-Ouvrier » Benoit Voyer en liberté, 15 mai 2025. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/05/louis-emond-cofondateur-de-la-maison.html