PATRIMOINE : Quand le temps menace la mémoire collective

25e ann.de sacerdoce de l'abbé Guy Joyal à Saint-Eugène en 1978
Quand le temps menace la mémoire collective

Par Benoit Voyer

17 octobre 2026

Certains bâtiments disparaissent sous le bruit des démolisseurs. D’autres plus silencieusement, lorsque l’absence d’entretien et de projet finit par fragiliser leur avenir.

C’est cette inquiétude qui m’habite lorsque je pense au sort qui attend l’église Saint-Eugène, à Granby. En 2022, ce bâtiment qui est désacralisé et vendu à un entrepreneur qui tarde à le rénover. C’est le lieu où j’ai été baptisé dans la tradition catholique le 11 décembre 1966 et où Mgr Louis Langevin a présidé mon sacrement de la confirmation, le 5 avril 1978.

Pendant des décennies, cette église a été bien plus qu’un bâtiment religieux. Comme tant d’autres lieux de culte au Québec, elle a été un lieu de rassemblement, de célébrations, de rencontres et de mémoire. Ses murs ont accompagné la vie de générations de citoyens. Un bâtiment patrimonial n’est pas uniquement fait de pierres, de bois ou de vitraux : il porte une partie de l’histoire d’une communauté.

Ces dernières années, plusieurs lieux chargés d’histoire ont connu un triste destin. Certains ont été sauvés grâce à des projets de reconversion. D’autres sont disparus après une longue période de détérioration. Le phénomène est parfois appelé « démolition par abandon ». Ainsi, volontairement, on laisse un bâtiment se dégrader au point où sa conservation devient de plus en plus difficile, voire présentée comme impossible.

Pour ce qui est de Saint-Eugène, je reste prudent avant de porter un jugement sévère sur les intentions des propriétaires. En revanche, je demeure inquiet pour l’avenir de ce bâtiment, particulièrement parce qu’il héberge les magnifiques vitraux de l’artiste Guido Nincheri qui ne semblent pas encore avoir trouvé preneur pour les intégrer dans la construction d’un nouveau projet.

L’église Saint-Eugène a été construite en 1941.