Assermentation des députés du Parti québécois
Assemblée nationale du Québec
15 octobre 2026
Alors, bonjour à tous.
Un événement plein d'émotion, évidemment. J'ai averti à l'avance : si jamais je dois m'interrompre, sachez que la première chose qui vous attend après 51 journées consécutives de travail, lorsque vous rentrez à la maison, ce sont tous les virus que les CPE et les écoles primaires ont pu inventer au cours des dernières semaines.
Évidemment, la première chose qui me vient en tête, c'est la même cérémonie, il y a quatre ans.
Je pense qu'il faut le souligner : l'espoir, la volonté de faire une différence, même lorsque tout semble perdu — c'est ce qu'on nous disait en 2021 —, peuvent donner des résultats étonnants.
Et c'est en vous voyant, et en voyant aussi la qualité des gens qui ont réussi à ravir leur circonscription, que ça m'apparaît très, très clairement.
C'est émotif, évidemment, parce que les Québécois ont fait le choix de la confiance en élisant 59, peut-être plus, on le saura bientôt, au moins 59 députés du Parti québécois pour les représenter à l'Assemblée nationale.
Et c'est dans le cadre d'une campagne électorale qui a été marquée par les campagnes de peur.
Malgré toutes les raisons du monde qu'on a pu servir aux Québécoises et aux Québécois pour tenter de les convaincre de céder à la résignation et à la crainte, il y a un très grand nombre de Québécoises et de Québécois qui ont répondu et qui ont décidé de choisir l'espoir et le changement.
Ils ont malgré tout décidé de faire le choix de la confiance. Pour moi, c'est très touchant et significatif sur notre capacité pour la suite des choses.
La poussière retombe graduellement au terme de cette campagne électorale et ça vaut la peine de prendre une pause et de voir ce qu'on peut faire en quatre ans.
Nous avons multiplié par vingt notre nombre de députés.
Nous avons, en fait, ici, le plus gros contingent d'élus du Parti québécois depuis 1998.
D'autres résultats sont encourageants pour la suite. Nous avons fini premiers dans 11 des 17 régions du Québec, mais dans cinq autres régions administratives, nous étions bons deuxièmes. Donc, dans 16 régions sur 17, nous sommes arrivés dans les deux premières places.
On peut donc être très, très fiers de ce qu'on a réalisé tous ensemble, candidats, bénévoles, militants et sympathisants du Parti québécois.
Et maintenant, la réalité, c'est que le plus gros du travail demeure devant nous.
Parce que le sens de notre engagement ne réside ni dans le nombre de députés que nous avons obtenu, bien qu'il soit impressionnant, ni dans le titre qui vous est conféré à tous et chacun aujourd'hui.
Notre quête de sens réside dans l'espoir et, ultimement, dans notre capacité à avoir un impact positif sur la société, notre capacité à aider du monde.
« Protéger son monde », disait Jacques Parizeau.
« Éclairer notre peuple sur son meilleur intérêt », nous disait René Lévesque.
Tel est le sens de notre engagement.
Et c'est au nom de cette quête de sens, au nom de cet espoir, que plusieurs d'entre vous ont fait de nombreux sacrifices au cours des derniers mois.
Parce que des sacrifices en politique, il y en a.
Et je vois plusieurs familles, amis, venus célébrer votre champion, votre championne, votre moment, votre beau moment au terme de tant d'efforts.
Donc, je veux juste dire merci aux proches, à la famille et à tous ceux qui ont prêté leur être cher pendant cette campagne électorale.
La plupart du temps, j'allais dire merci aux bénévoles, mais c'est le même monde !
C'est souvent ça, les 59 histoires que vous avez devant vous. Ce sont souvent des histoires de famille et d'amitié, des histoires de gestes héroïques, de courage, de détermination.
Chaque histoire mérite d'être contée.
Et ce n'est pas toujours facile, la vie politique. C'est exigeant pour la personne qui fait le choix du service public, mais ce sont souvent les proches également qui paient un prix.
Nos sacrifices deviennent leurs sacrifices.
Donc, je veux juste dire merci aux gens qui sont toujours là en soutien de cette démarche.
Parce que la politique, ce sont des sacrifices, mais c'est également un privilège. C'est celui de pouvoir servir à temps plein le bien commun, celui de pouvoir véritablement avoir un impact positif sur la société.
Il y en a qui en rêvent, puis il y en a d'autres qui ont le privilège de tenter ce changement-là et qui ont les outils pour le faire.
La cérémonie d'assermentation des députés, c'est la première étape de la constitution d'un gouvernement.
Elle consacre le rôle de législateur que nous serons appelés à jouer au cours de la prochaine législature.
Et je ne pourrais imaginer une meilleure équipe pour remplir cette importante responsabilité qu'on a devant nous.
Parce que les députés que vous avez devant vous sont intéressants et très différents, diversifiés, sont à l'image du Québec.
Mais aussi, c'est important de le dire, à l'image de la forte mobilisation de talents que peut générer le fait qu'on a un projet de société.
Ça fait une différence.
Des hommes et des femmes de talent, qui proviennent de tous les milieux et qui ont simplement décidé de laisser tomber leur emploi parce que nous avons un projet de société qui les appelle.
Certains ont dirigé des organisations, d'autres ont accompagné des entrepreneurs, ont assuré notre sécurité, d'autres ont soigné des malades, enseigné à nos enfants, travaillé dans nos mines ou ont fait rayonner notre culture.
Ils ont été militaires, diplomates, professeurs, comédiens, médecins, avocats, journalistes, entrepreneurs, élus municipaux, policiers, alouette, j'en passe.
Une partie d'entre eux connaissent les rouages de l'État. D'autres connaissent les défis de ceux qui doivent composer avec les décisions de l'État.
Messieurs, mesdames les députés, chers collègues, vous n'avez pas tous suivi le même chemin pour être ici, mais vous avez en commun d'avoir choisi, à ce moment précis de votre vie, de vous engager pour quelque chose de plus grand que vous-mêmes.
Aujourd'hui, je vous demande, et je nous demande, je m'inclus là-dedans, de prendre cet engagement en faisant preuve de la plus grande humilité.
Car représenter nos concitoyens est une lourde tâche. Elle requiert un grand sens des responsabilités et une compréhension de la complexité de la politique.
Il faut le vivre pour le réaliser : la politique peut sembler simple de l'extérieur, quand on commente, mais quand on est dans cette situation-là, il s'agit d'un métier qui a ses complexités.
Donc, ayons toujours en tête que nous travaillons pour le Québec et uniquement pour le Québec.
La confiance, elle se gagne lentement. Ayons en tête qu'elle peut se perdre vite.
Il ne faut jamais prendre nos concitoyens pour acquis. On doit, en fait, gagner davantage de concitoyens dans cette confiance qu'on veut bâtir.
Ayez aussi en tête que la politique est un métier. Un métier qui requiert, comme tous les autres métiers, qu'on s'investisse pendant des années avant de pouvoir aspirer à une pleine maîtrise des compétences requises et avant donc d'aspirer à l'excellence dans ce domaine.
L'acquisition de compétences et d'expérience est donc l'une des clés du succès d'une équipe qui est jeune, qui est talentueuse, certainement idéaliste, mais parfois aussi inexpérimentée.
Sachant que c'est ça, la clé de notre réussite, je vous annonce aujourd'hui que j'ai pris la décision de solliciter madame la première ministre Pauline Marois ainsi que monsieur Jean Royer, qui a œuvré comme chef de cabinet de Jacques Parizeau pendant des années.
Ils ont tous deux accepté de vous donner une formation conjointe sur la vie politique, pour vous donner un maximum d'outils en ce début de mandat, sur les meilleures pratiques, sur les pièges à éviter, sur les aspects de la vie politique qui gagneraient à être sus et connus rapidement.
Bref, je vous convie à un mini-MBA pour élus !
Cette formation s'ajoutera à toutes les autres formations que l'Assemblée nationale a déjà préparées pour vous.
Car, dans les prochains mois, nous mènerons des batailles ensemble. Nous vivrons de belles victoires pour le Québec et on les veut les plus nombreuses possible. C'est pour ça qu'on se prépare.
Mais on va devoir aussi faire face à de l'adversité et parfois faire face à des déceptions.
Et parfois, vous serez en désaccord avec la décision finale. C'est inévitable parce que c'est inhérent à la démocratie.
C'est ça, faire le pari de la démocratie.
Et j'ai donc une deuxième demande pour vous.
Gardons toujours en tête que nous pratiquons un sport d'équipe.
On est tous ensemble dans le même bateau et, comme dans plusieurs sports d'équipe, nos victoires ne dépendent pas que du rendement des joueurs vedettes.
Elles dépendent largement du rendement de chaque joueur, lesquels pourraient faire des erreurs.
C'est très difficile de gagner au soccer quand les défenseurs ne bougent pas ensemble.
Si vous voulez changer de sport, c'est très difficile de gagner au football américain quand un des demis de coin, un seul, a de la difficulté à couvrir son receveur.
De la même manière que c'est presque impossible de gagner au hockey lorsqu'on passe toute la partie au banc des pénalités.
Et ainsi va la vie politique.
La politique est un sport d'équipe dans le cadre duquel notre rendement dépend du talent, que sans l'ombre d'un doute on a déjà, mais dépend surtout de notre capacité, à tous et chacun, sans exception, à livrer une prestation qui est sans faille et sans bévue.
C'est la discipline et l'éthique de travail qui mènent à des victoires et non pas le talent brut.
Je m'arrête là. Je n'irai pas jusqu'à citer Martin St-Louis. Assez pour le sport !
Mais parlant de victoire, dans les dernières minutes, nous avons vécu quelque chose d'historique.
Pour la première fois de notre histoire, les députés qui forment le nouveau gouvernement ont prêté serment uniquement au peuple du Québec.
Dans mon texte, la prochaine phrase, c'est : « Ça peut paraître banal. » Mais là, vous n'avez pas l'air de penser que ça l'est !
Mais pour les gens moins fervents ou moins politisés, ça peut paraître banal vis-à-vis de la liste d'urgences qu'on aura à régler au cours des prochaines semaines et des prochains mois.
Mais il y a quatre ans à peine, tous les députés faisaient un serment de loyauté à la Couronne britannique et il n'y avait pas d'exception.
Ils n'étaient pas tous amoureux de la monarchie pourtant.
Plusieurs députés, en fait, étaient très mal à l'aise de prêter allégeance à un roi étranger.
Certains se cachaient même. Il y avait même ceux qui faisaient un signe des doigts derrière le dos. Il y en avait d'autres qui marmonnaient pour que ce ne soit pas clair. Tout était une bonne technique.
Et en privé, tout le monde contestait et nommait l'odieux du processus.
Mais en public, vous vous souviendrez, parce que c'est très récent, personne ne remettait en question cette pratique archaïque et déloyale qui consistait à forcer un nouvel élu à mentir et à agir, en fait, contre sa conscience au profit d'un monarque étranger dès sa première prise de parole.
Donc, malgré un consensus officieux et silencieux, le consensus officiel de l'espace public et médiatique, c'était que changer cet état des lieux était impossible.
Donc, je suis fier maintenant que le serment des députés soit exclusivement envers le peuple du Québec.
Et donc, lorsque des prophètes de malheur nous expliqueront à nouveau que vouloir changer les choses et améliorer la politique, c'est impossible, gardons en tête la citation suivante de Nelson Mandela.
Ça va comme suit, c'est tout simple :
« Cela semble toujours impossible jusqu'à ce que l'on le fasse. »
Et c'est tout simple, c'est aussi simple que ça.
J'aurais pu… Il y en avait quinze, des citations qui allaient dans ce sens-là. Évidemment, celle de Mandela est très significative.
Mais on est toujours contraint par les limites que notre esprit veut bien accepter.
Mais si une limite qu'on tente de nous imposer n'a, en fait, aucun sens et n'est pas dans le bien commun, moi, je vous soumets qu'il est de notre devoir, tant qu'à passer ici, puis tant qu'à avoir le privilège d'avoir le titre que vous avez acquis aujourd'hui, on a le devoir de donner la meilleure réponse.
Et c'est de là que naîtra la confiance qu'on veut rebâtir avec une population qui, je pense, le réclame.
Donc, à nous de jouer.
À nous de jouer pour être ce gouvernement qui dit d'abord ce qu'il fait et qui, ensuite, fait ce qu'il dit.
Car ceux et celles que l'on sert ont le droit de savoir la direction qu'on prend, doivent avoir confiance qu'on sert l'intérêt public.
Ils sont en droit de s'attendre à une cohérence également et donc que, durant ce mandat, on prenne toutes les mesures pour pouvoir tenir parole et remplir nos engagements dans le cadre de ce qui est un gouvernement minoritaire.
Une partie de l'atteinte de cet objectif, de remplir nos engagements, dépendra de nous, de notre capacité à tendre la main aux partis d'opposition et d'assurer qu'aucune bonne idée ne soit perdue, parce qu'on n'a pas le monopole des bonnes idées.
Je m'engage donc formellement aujourd'hui à offrir aux oppositions cette main tendue.
L'autre composante nécessaire à l'atteinte de cet objectif de cohérence pour ce groupe, elle ne dépendra pas de nous.
Elle sera entre les mains des partis d'opposition, qui seront confrontés au dilemme entre parfois vouloir bloquer des efforts légitimes du gouvernement pour faire avancer les dossiers ou, de l'autre côté, y aller du côté de la collaboration qui permet de faire avancer ces mêmes dossiers qui, pour la plupart, seront urgents.
Nul doute que les Québécoises et les Québécois observeront très attentivement le comportement de chacune de ces oppositions, tout comme celui de notre formation politique au gouvernement.
Donc, c'est à nous tous d'être à la hauteur de leurs attentes et j'ai confiance que nous allons y arriver.
De notre côté, tout est clair : nous allons tendre la main parce que les Québécois veulent que leur Parlement fonctionne.
Je nous invite donc à faire ce que d'autres démocraties dans le monde font si bien, c'est-à-dire écouter davantage, dialoguer davantage, collaborer, négocier jusqu'à tant que ça avance.
Je crois que nous avons tous le devoir de faire fonctionner l'Assemblée nationale pendant ces quatre prochaines années.
En terminant, je souhaite m'adresser directement aux Québécois.
L'équipe qui se présente devant vous aujourd'hui, c'est votre équipe, c'est l'équipe du Québec et elle se battra pour vous.
Que vous ayez voté pour le Parti québécois ou pour une autre formation politique, chacun des députés du gouvernement du Québec sera à votre service et fier de l'être.
Le rôle ne sera pas de penser à la prochaine élection, mais bien de penser à vous, c'est-à-dire vos intérêts, vos besoins, vos priorités.
On ne sera pas un gouvernement parfait.
On va probablement faire des erreurs, mais on va toujours donner l'heure juste.
Et donc, l'authenticité et la cohérence de notre démarche, elles sont acquises pour vous.
Ce qui, en soi, constituera un changement rafraîchissant pour la politique québécoise. Un changement qui est rempli de potentiel pour la suite des choses.
Nous allons donc agir étape par étape pour réduire le coût de la vie des Québécois qui en arrachent, et ce, le plus rapidement possible.
Et ensuite, nous allons reprendre le contrôle des finances publiques en faisant le ménage dans le gaspillage et dans la bureaucratie.
On fera preuve d'exemplarité rapidement en gelant nos propres salaires et ceux des dirigeants des sociétés d'État jusqu'à ce qu'on retrouve l'équilibre budgétaire.
Enfin, nous allons recentrer l'État sur ses missions fondamentales.
Soigner notre monde, éduquer nos enfants, protéger nos gens qui sont vulnérables ainsi que notre culture et notre langue québécoise.
Nous allons également réduire de moitié l'itinérance au Québec.
Et si des gens vous disent que c'est impossible, vous savez quoi leur répondre.
On va faire en sorte de remettre de l'ordre au Québec, remettre le Québec sur les rails, parce que je pense que c'est comme ça qu'on peut résumer notre mandat.
C'est une maison qui a besoin qu'on y remette un peu d'ordre et un peu d'air frais pour qu'à nouveau on puisse faire confiance dans notre État québécois, dans notre gouvernement, qu'on retrouve confiance dans notre capacité à agir collectivement pour véritablement régler des problèmes.
Qu'on considère qu'il est à nouveau possible d'accomplir de grandes choses au Québec.
Et à ce moment-là, bien, nous pourrons reprendre la discussion essentielle de notre avenir national.
Nous pourrons reprendre notre marche vers la normalité, celle d'un peuple normal qui veille à ses propres intérêts.
Un peuple qui adopte toutes ses lois, qui négocie en son nom avec ses partenaires à l'international, qui gère tout son budget lui-même, comme n'importe quel autre peuple qui se respecte et qui est donc capable et heureux de faire ça lui-même.
Être maîtres chez nous, être maîtres de notre avenir et des décisions qui sont vitales pour notre population, tel est notre destin.
C'est un destin qui vous appelle et qui vous parle individuellement.
C'est ça, le sens du serment que vous venez de prêter au peuple québécois.
Et pour ceux qui n'étaient pas là il y a quatre ans, allez voir la cérémonie lorsque nous n'étions que trois.
Et à cette époque-là, je m'étais adressé à Pascal Bérubé et je lui avais parlé de destin.
Je lui avais dit : « Pascal, un jour, le lys refleurira. »
Et nous n'étions que trois.
Et aujourd'hui, vous voyez ce lys qui est en train de refleurir.
Vous me direz : les fleurs, les bourgeons ne sont pas encore là, mais c'est solide et c'est en train de sortir de terre.
Ce lys est en train de refleurir et tel est le destin d'un peuple.
Mais votre destin et votre responsabilité individuelle pour les années qui viennent.
Donc aujourd'hui, c'était un rite de passage qui est hautement symbolique et hautement significatif pour la suite des choses, comme le seront les prochains rites de passage, parce qu'on bâtit quelque chose de plus en plus solide et de plus en plus significatif, justement.
Donc, vive le Québec, vive la liberté et donc, vive le Québec libre !
Merci.



